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  • Anne

L'Outarde




Étymologie :

  • OUTARDE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. Début du xive s. [ms.] ostardes (Bataille de Caresme et de Charnage, éd. G. Lozinski, 247, var. du ms. D) ; 2. 1545 [éd.] (J. Cartier, Brief recit et succinte narration de la navigation faicte es isles de Canada ds Les Français en Amérique pendant la 1re moitié du XVIe s., Paris, 1946, p. 165 : grues, oultardes, signes) ; 1613 au Canada «bernache du Canada» (S. Champlain, Voyages, p. 71 : de gros oiseaux qui sont en ce pays là, appelés outardes). Du lat. avis tarda, littéralement « oiseau lent » (donné comme mot d'Espagne par Pline, Hist. nat., X, 57, cf. aussi André, Oiseaux, pp. 42-43), contracté en *austarda, avis n'étant plus compris en Gaule. Cf. encore l'esp. avutarda, avetarda (Cor.-Pasc.) et l'a. prov. austarda.


Lire aussi la définition du nom outarde pour amorcer la réflexion symbolique.


Ce nom vernaculaire renvoie à deux espèces différentes :

- l'outarde d'Europe, d'Afrique ou d'Asie qui est un oiseau de la famille des Otididae.

- l'oie bernache du Canada (Branta canadensis).




Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


L'outarde est un "gros échassier qui se trouve souvent accompagné de deux ou trois femelles. Il symbolise en Afrique la famille polygame. N'étant jamais éloigné de la terre, ne s'élevant jamais dans les airs, il signifie dans la sagesse populaire, l'enfant qui ne s'écarte pas du giron de sa mère, qui ne devient jamais majeur, ni même adulte. D'autre part il n'est pas facilement surpris par les chasseurs, qui ont coutume de dire : Je suis une outarde, moi, on ne m'attrape pas. Oiseau fabuleux qui nargue le chasseur à qui il échappe.

En nocturne, il symbolise le monde temporel. Les houppes de plumes fines du mâle ne sont que parures éphémères ; le monde ressemble à cet oiseau qui se tient sur un pied, qui bat de l'aile et qui est insaisissable. En diurne, il évoque la capture impossible, que les hommes se disputent en se heurtant et en finissant par s’entretuer eux-mêmes : Il vaut mieux, dit la sagesse peule, partir sans regret de cette terre qui roule et écrase ceux qui veulent la dominer.

L'outarde est représentée en Afrique par une empreinte d'oiseau, simple ou double. L'outarde serait le symbole, dans le mariage, de l'union des âmes et de la fécondité, de la descente des âmes dans la matière. Si l'on peut lire la marque de l'outarde dans la cendre répandue autour du lit d'un défunt, c'est que l'âme enfin libérée a pris son vol. Les deux shin accolés de l'outarde soulignent son rôle d'intermédiaire entre la terre et le ciel ; ils représentent aussi l'arbre également épanoui dans le monde d'en haut par ses feuilles et dans le monde d'en bas par se racines. Enfin, cet oiseau migrateur peut symboliser l'aventure de l'âme humaine."

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Dans l'édition revue et augmentée de Les Animaux totems dans la tradition amérindienne (Éditions Le Dauphin blanc, 2019) Aigle bleu nous transmet la médecine de l'Oie sauvage, encore appelée oie blanche ou oie des neiges, qu'il associe à la bernache (ou outarde) :


Voici deux espèces différentes qui ont sensiblement la même signification dans le système totémique des Premières Nations. Nous les regarderons donc ensemble en précisant plus loin les petites différences qui les démarquent. La médecine des oies sauvages, nous le verrons, est très importante - je dirais même capitale - aujourd'hui, en ces temps de transition pour l'humain et la terre.

Le mot clé pour les oies sauvages est communion. Les oies sont les championnes de la communication, du partage et de l'entraide. Parmi les nations du nord du Québec, elles sont très importantes et on un symbolisme très actif, au point où les Cris, la plus importante nation du Nord canadien, se définissent comme le peuple de l'oie. Il n'est rien de plus rassembleur et propice à l'entraide que des conditions difficiles de vie. En effet, le Nord canadien présente l'un des environnements les plus hostiles qui soient. C'est pourquoi la population y est raréfiée, et ceux qui y vivent sont très proches les uns des autres. Les Premières Nations du Nord canadien ont cultivé au plus haut point les notions de partage et d'entraide. Ces qualités se sont un peu émoussées au contact du Blanc qui érige en dogme la propriété privée individualiste. mais, elles demeurent néanmoins des modèles de solidarité. La compréhension du besoin affectif des humains, du besoin d'amour et de partage y est plus grande que parmi d'autres nations autochtones. D'où la cohérence du nom « peuple de l'oie ». N'est pas étrangère à cela non plus l'abondance de la chasse à l'oie à l'automne et au cours du printemps en particulier, où il est plus difficile de se déplacer dans le Grand Nord. Cette sauvagine qui vient à eux s'avère particulièrement importante pour la subsistance et le peuple en est reconnaissant.

Dans leur migration, les oies voyagent en grands voiliers. Nous les voyons traverser le ciel, à l'automne et au printemps, en voiliers qui ont la forme d'un V. En effet, à tour de rôle, une oie prendra la tête du voilier pour fendre l'air et les autres profiteront de l'effet d'entraînement de la turbulence de cette percée en formant, de chaque côté de l'oie de tête, deux grandes files qui forment donc un V. Lorsque l'oie de tête devient fatiguée, elle cède sa place pour aller se reposer en arrière de la formation. Les oies peuvent ainsi franchir des distances importantes sans escale. Leurs appels lorsqu'elles passent dans le ciel sont particulièrement émouvants. De fait, les oies se parlent sans arrêt en volant et leur cri si caractéristique est très expressif.

Les oies forment un couple pour la vie. Une fois ensemble, le même couple nichera et se reproduira chaque saison. Si, en cours de migration, l'un des partenaires doit quitter la formation pour se poser, son compagnon ou sa compagne laissera aussi le voilier pour rester à ses côtés.

Les oies forment un couple pour la vie. Une fois ensemble, le même couple nichera et se reproduira chaque saison. Si, en cours de migration, l'un des partenaires doit quitter la formation pour se poser, son compagnon ou sa compagne laissera aussi le voilier pour rester à ses côtés.

Le symbolisme de ce totem est alors facile à comprendre. La médecine de l'oie nous enseigne le partage et l'entraide. Elle nous propose de communiquer davantage et de vivre ensemble dans une collaboration communautaire. Ces vertus ont été constamment érodées par les sociétés technocratiques et démocratiques qui cultivent es ségrégations, les compétitions, les oppositions d'opinions et de partis politiques, etc. Par suite, nous avons des cités tentaculaires où sont entassés des millions d'individus, mas où de nombreuses personnes souffrent de solitude, d'abandon, et où se côtoient sans communiquer très riches et très pauvres.

C'est un état de fait qui est désastreux et regrettable. En effet, l'Homme est comme l'oie. Il a besoin de la compagnie de ses semblables pour se sentir bien. Le rêve que nous portons tous et toutes est de trouver l'âme sœur, la personne qui nous accompagnera et nous aimera pour toute la vie. Ainsi, la médecine de l'oie est très importante aujourd'hui et nous sommes interpellés par sa communion avec ses semblables. Nous devons de toute urgence retrouver la notion et l'application de la communauté véritable, du partage de ressources naturelles dans un équilibre avec la nature et nos proches. Notre survie en tant qu'humanité sur terre dépend aujourd'hui de nos volonté et capacité à retrouver ces valeurs universelles.

Faites appel à la médecine de l'oie sauvage pour dynamiser la communication et l'entraide avec vos proches et vos collègues de travail ou pour approfondir le dévouement et la fidélité envers l'être aimé. Puis, ayez recours à cette médecine pour reconstruire les communautés et les écovillages qui sont l'avenir de notre humanité.

L'oie blanche, aussi appelée « oie des neiges », est légèrement plus petite que la bernache, aussi appelée « outarde ». Elle va plus loin vers le nord pour nicher dans l'Arctique, et plus loin vers le sud, parfois jusqu'au Mexique, sa migration est donc d'une distance beaucoup plus importante que celle de la bernache. Elle est encore plus grégaire que celle-ci et ses colonies peuvent parfois comporter jusqu'à cent nids à l'hectare. Par ailleurs, ces deux oies ont sensiblement le même symbolisme totémique. Mais pour la personne qui a le totem de l'oie sauvage, l'espèce importe. Elle différenciera l'outarde de l'oie blanche lorsqu'elle entre prendra une représentation symbolique de son totem sur ses vêtements et ses objets de médecine.

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