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Le Mûrier


Étymologie :

  • MÛRIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. Fin xie s. judéo-fr. morier « mûrier » (Raschi Gl., éd. A. Darmesteter et S. Blondheim, n°721, p. 99) ; 1. 1re moitié xiie s. morier « arbre de la famille des morées » (Psautier d'Oxford, éd. F. Michel, 77, 52 : Et ocist en grisille les lur vignes, e les moriers d'els en gelada [moros eorum in pruina ; Psautier de Cambridge, même éd., 77, 47 : e lur muriers trenchad en freit]) ; ca 1180 morier (Fierabras, 171 ds T.-L.) ; 2. 1303 mourier « ronce » (doc. ds L. Delisle, Ét. sur la condition de la classe agric. en Normandie, p. 358, note 135 : super la haize du mourier) − cf. 1372 Propriétés des choses II, 29, 9 ds T.-L. : Mourier est double : l'un sauvage ; Li pastourel leur pasture En font...; Privé est dit l'autre mourier. Dér. de more, meure, mûre*; suff. -ier*; -eu-, -o- prétonique s'étant fermé en -ü- (Pope, § 543 ; Fouché, p. 429).


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Morus ;

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Botanique :


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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme du mûrier blanc :


MÛRIER BLANC - SAGESSE.

Les anciens ont appelé le Mûrier blanc le plus sage des arbres, parce qu'il tarde longtemps à développer ses feuilles. On dit, par opposition, fol Amandier, sage Mūrier, parce que l'Amandier est toujours le premier à fleurir. Une branche d'Amandier, unie à une branche de Mûrier, exprime que la sagesse doit tempérer l'activité.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Mûrier blanc - Sagesse.

A cause de sa végétation tardive, qui semble pressentir et éviter les dernières gelées.


Mûrier noir - Dévouement.

Cet arbre, dans le midi de la France, est dépouillé de presque toutes ses feuilles, pour la nourriture des vers à soie, quand la feuille du mûrier blanc vient à manquer.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


MURIER BLANC. PRUDENCE.

Heureux l'homme qui trouve la sagesse et l'homme qui est riche en prudence ! Sa possession vaut mieux que tous les trésors, sa moisson que l'or le plus pur.

Proverbes : III, 13, 14.

Le mûrier blanc est ainsi dénommé à cause de la couleur de son fruit. Son tronc, médiocrement élevé, droit, recouvert d'une écorce rude, épaisse et gercée, se divise en branches éparses, garnies de feuilles un peu en cœur et d'un vert tendre. Son fruit est petit, blanc, très sucré, et un peu douceâtre. Cet arbre qui s'élève de 15 à 20 mètres peut venir dans toutes sortes de terre, mais il ne fournit pas dans toutes des feuilles d'une aussi bonne qualité : une terre bonne et légère est celle qui lui convient le mieux. On sème les mûres, et quand les plantes sont sorties, on les éclaircit, ayant soin de ne laisser que les plus vigoureuses. On a remarqué que cet arbre n'épanouit ses bourgeons et ses feuilles que fort tard dans le printemps et lorsque les dernières gelées blanches ne sont plus à craindre ; aussi, dès la plus haute antiquité, on en a fait le symbole de la prudence.


RÉFLEXIONS.

La prudence est lâche et timide, si elle n'est animée par le zèle de la charité ; et le zèle est indiscret s'il n'est réglé et conduit par la prudence.

(Mme DE LA SABLIÈRE.)

Il n'y a point d'éloges qu'on ne donne à la prudence. Cependant elle ne saurait nous assurer du moindre événement, parce qu'elle travaille sur l'homme qui est le sujet du monde le plus changeant.

(LA ROCHEFOUCAULT.)

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Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Mûrier blanc - Sagesse.

Aujourd'hui naturalisé dans l'Europe méridionale, ainsi qu'en Orient, il fut introduit de ce pays en Grèce et dans l'Asie Mineure, sous le règne de Justinien ; en 1230 il passa en Sicile, d'où il ne fut transporté en Provence qu'en 1494. Les fleurs sont d’un jaune verdâtre, et c'est avec ses feuilles que l'on nourrit les vers à soie. Le mûrier blanc attend sagement que les dernières gelées soient passées pour donner naissance à ses bourgeons.


Mûrier noir - Je ne vous survivrai pas.

Jadis à Babylone vivaient deux jeunes gens, Pyrame et Thisbé, qui s'aimaient en dépit de leurs parents divisés par une, haine de famille. Décidés à s'unir, ils se donnèrent rendez-vous sous un mûrier å fruits blancs, à quelque distance de la ville. Thisbé, arrivée la première, vit une lionne qui s'approchait ; elle s'enfuit et laissa tomber son voile que la bête féroce saisit et déchira de sa gueule ensanglantée. Pyrame survint bientôt ; il vit le voile, et ne doutant pas que celle qu'il aimait n'eût été dévorée, il se perça de son épée. Thisbé revint peu après et, trouvant son amant expirant, elle ne voulut pas lui survivre, elle se tua près de lui avec la même épée.


Elle tombe, et tombant range ses vêtements,

Dernier trait de pudeur, même aux derniers moments.

Les nymphes d'alentour lui donnèrent des larmes,

Et du sang des amants, teignirent par des charmes

Le fruit d'un mûrier proche, et blanc jusqu'à ce jour :

Éternel monument d'un si parfait amour. LA FONTAINE.


Le mûrier sous lequel eût lieu celte scène sanglante ne porta plus dès lors que des fruits d'un noir foncé rougeâtre.

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Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Le mûrier est dans la Chine ancienne, l'arbre du levant. Il est la résidence de la Mère des soleils et l'arbre par où s'élève le soleil levant. Lorsque Houang-ti part de K'ong-sang, le mûrier creux, pour s'élever à la souveraineté, il suit manifestement la marche ascendante du soleil. Cette même marche est rythmée en battant une caisse de résonance faite de bois de mûrier (ou de paulownia). Une forêt de mûriers (sang-lin) est plantée à la porte orientale de la capitale ; le même mot désigne une danse qui semble en rapport avec l'équinoxe de printemps.

Toutefois, c'est aussi d'un mûrier que la fille de Yen-ti, transformée en pie, s'élève vers le ciel.

L'arc de mûrier - comme l'arc de pêcher - sert à tirer des flèches, qui éliminent aux quatre orients les influences mauvaises.

On peut, en conséquence, s'étonner que l'apparition de mûriers miraculeux, en rapport avec les événements dynastiques, soit considérée comme néfaste : c'est sans doute que la montée du soleil est annonciatrice de sécheresse, laquelle apparaît de toute évidence comme une malédiction céleste.

Ses fleurs rouges, lumineuses la nuit, seraient comparées dans les légendes à des étoiles. Ovide raconte que les fruits du mûrier étaient primitivement blancs, mais qu'ils seraient devenus rouges à la suite du suicide de deux amants, Pyrame et Thisbé, qui se donnaient rendez-vous à l'ombre d'un mûrier près d'une source."

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


MURIER (Morus nigra L.). — D’après les poètes anciens, il naît du sang de Pyrame et de Thisbé ; cependant, dans le livre des songes, il est censé annoncer une grande quantité d’enfants et toutes sortes de prospérités (cf. Artem. Daldiani, De Somniorum interpretatione, I, 75). A Gioiosa, en Sicile (province de Messine), le jour de la Saint-Nicolas, le saint bénit la mer et la campagne, et tout le peuple détache une branche de mûrier, que l’on garde après, pendant une année, comme une branche de bon augure. A Iserlohn, en Allemagne, les mères, pour détourner les petits enfants de manger des mûres, leur chantent que le diable s’en sert pour cirer ses bottes. Pline appelle le mûrier sapientissima arborum, parce qu’il tarde à se parer de feuilles, pour échapper au retour du froid, qui se produit le plus souvent lorsque le printemps commence. Porta, Phytognonomica, nous a laissé cette description du mûrier : « Mori fructus sanguineus est, vescentium labra et manus cruentant, et veluti sanguinae tabe polluunt ; immaturus rufescit, et tunc praecipue sanguinem astringit, maturus nigrescit, et tunc solvit alvum ; tunc praecipue sanguinem reprimit, quum illius praecipue similitudinem gerat. Mira produnt de eo ; si priusquam in folia exeat, sinistra decerpi jubentur futura poma (ricinos Graeci vocant) ; hi terram si non attigere, sanguinem sistunt adalligati, sive ex vulnere fluat, sive ore, sive naribus, haemorrhoidis ; ad hoc servantur repositi. Idem praestare et ramus dicitur, Luna plena defractus, incipiens fructum habere. Si terram non attigerit, privatim mulieribus adalligatus lacerto contra abundantiam mensium, ex Plinio. » On voit que ces notions de thérapeutique populaire sont fondées sur le principe homéopathique : similia similibus ; on a vu du sang dans le fruit, du mûrier, il servira donc contre toute sorte d’hémorragie.

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Croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) :


"Si vous trouvez une mûre double un beau jour d'été, refrénez votre gourmandise. Partagez-la plutôt en deux et offrez une moitié à un être cher. Selon les Bretons, vous serez récompensé par un afflux de chance dans votre vie. Pour attirer le bonheur sur votre maison et ses habitants durant toute une année, vous pouvez, comme le faisaient les Italiens de Messine, garder à l'intérieur un rameau de mûrier noir qui a été béni à la Saint-Nicolas. Mais si c'est de chance durable dont vous rêvez, envisagez plutôt la plantation de ce même arbre près de votre logis. Si l'on en croit les on-dit, tant que le mûrier sera debout, la félicité sera de mise au sein du foyer, ça vaut le coup d'essayer ! En Chine ancienne, seuls les nouveau-nés de sexe masculin bénéficiaient d'un rituel vidant à les placer sous de bons auspices...

A leur naissance, on utilisait un arc de mûrier pour tirer six flèches de roseau vers le ciel la terre et les quatre points cardinaux représentant les quatre régions du pays. Grâce à ce rituel, l'enfant était protégé des malheurs susceptibles de provenir de tous ces espaces et pouvait prétendre à un grand avenir.


Ça coupe l'appétit : Les parents de la Haute-Garonne, souhaitant dissuader leurs petits de manger des mûres, ne lésinaient pas pour inventer de terribles mises en garde ! AU mieux, cet acte de gourmandise vaudrait aux bambins d'avoir des poux sur la tête. Au pire, les morts ne feraient qu'une bouchée de leur petite personne durant leur somme...


Le mûrier garde du corps : Pour déjouer les manœuvres de brigands, les sorciers de la Chine ancienne détachaient leurs cheveux en pleine nuit et brandissaient, face à la Grande Ourse, un instrument conjuratoire fabriqué à partir d'une branche de mûrier. En France, la plupart des paysans cherchaient plutôt à se protéger des ensorceleurs. C'est dans ce but que les Languedociens donnaient à manger des feuilles de mûrier noir mélangées à du foin à leur chevaux.


Rêve augural : La vision d'un mûrier noir apparaissent dans les songes prédit à la fois un succès professionnel et la mise au monde de plusieurs enfants."

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