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Le LaquƩ bicolore

  • Photo du rĆ©dacteur: Anne
    Anne
  • 1 janv. 2023
  • 7 min de lecture

DerniĆØre mise Ć  jour : 13 mai 2024




Autres noms : Laccaria bicolor - Clitocybe bicolore - Clitocybe laquƩ bicolore - Laccaire bicolore -




Mycologie :


Jessy Labbé, dans sa Contribution à l'étude de la structure et du polymorphisme du génome du basidiomycète ectomycorhizien "Laccaria bicolor" (Maire) Orton et identification de QTLs de mycorhization chez les peupliers, "Populus trichocarpa" Torr. & A. Gray ex Hook. et "Populus deltoides" (Bartr.) Marsh. (2009. Thèse de doctorat. Université Henri Poincaré-Nancy 1) précise :


Cycle du clitocybe laqué bicolore : Le cycle de développement de Laccaria bicolor est du même type que celui de beaucoup de basidiomycètes supérieurs, avec alternance de deux phases : la phase haploïde et la phase dicaryotique :


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Un champignon utilisĆ© en foresterie : Les effets bĆ©nĆ©fiques des mycorhizes sur la nutrition de leur hĆ“te ont Ć©tĆ© mis Ć  profit en foresterie par la mycorhization contrĆ“lĆ©e de plants en pĆ©piniĆØres. La production d'arbres forestiers Ć  grande Ć©chelle se dĆ©veloppe aux Ɖtats-Unis dans les annĆ©es 80 (Marx et al., 1982). Son dĆ©veloppement est initiĆ© en Europe dans les annĆ©es 90, notamment sur un conifĆØre d'origine amĆ©ricaine, le Douglas (Pseudotsuga menziesii) qui est la premiĆØre essence de reboisement en France (AFOCEL, 1997). Dix ans d'essais en pĆ©piniĆØres et en plantations (Le Tacon et al., 1992) ont permis la constitution d'un Groupement d'IntĆ©rĆŖt Ɖconomique (regroupant Ć  l'origine 4 pĆ©piniĆ©ristes et l'INRA) qui utilise Laccaria bicolor S238N pour l'inoculation e pĆ©piniĆØres de plants de Douglas certifiĆ©s. L'inoculation par cette souche induit un gain de croissance important de l'hĆ“te en pĆ©piniĆØre puis plusieurs annĆ©es aprĆØs la transplantation en forĆŖt (Le Tacon et al., 1992 ; Selosse et al., 2000).

Laura Weiss dans sa propre Contribution Ć  l’étude des facteurs de rĆ©gulation transcriptionnelle impliquĆ©s dans la synthĆØse des effecteurs symbiotiques chez le champignon ectomycorhizien Laccaria bicolor. Microbiologie et Parasitologie. (rapport de stage, 2015) rĆ©sume les deux phases de ce cycle :


Son cycle de développement comprend 2 phases : la phase haploïde, qui comprend la germination des spores et la formation des monocaryons (hyphes haploïdes) et la phase dicaryotique pendant laquelle deux noyaux différents coexistent dans la même cellule après plasmogamie. Ce sont les dicaryons qui forment les ectomycorhizes avec les racines des plantes-hÓtes (Labbé, 2009).

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Francis Martin, auteur de Sous la forĆŖt, pour survivre il faut des alliĆ©s (Ɖditions humenSciences, 2019) raconte comment le Laccaire bicolore est devenu un champignon pionnier dans son domaine :


Le Laccaire bicolore : ami ou ennemi ?


Puis je quitte les sous-bois pour emprunter le chemin forestier, à la recherche d'un champignon qui fructifie le plus souvent sur les talus herbus et sablonneux en bordure de forêt, le Laccaire bicolore (Laccaria bicolor). J'en repère vite une belle colonie comportant plusieurs touffes sur le sol nu, en lisière d'une plantation d'épicéas mêlée de hêtres. Ce laccaire est facile à reconnaître avec son chapeau de trois à sept centimètres, hémisphérique devenant vite convexe, à marge très ondulée, de couleur brun-rose. Sous le chapeau, les lames sont espacées, doublées de lamelles de couleur lilas. Le pied est long, tordu, fibreux, de même couleur ou un peu plus foncé que le chapeau et, surtout, je m'assure que la base du pied est bien de couleur lilas. Pourquoi donc s'intéresser tout particulièrement à ce champignon ? C'est un comestible sans grand intérêt et il n'a pas la majesté des amanites tue-mouches ou des cèpes qui l'entourent. Pourtant Laccaria bicolor est une star parmi les mycètes : il a fait la une des journaux et sa photo est reprise par les réseaux sociaux ; c'est le premier champignon « à chapeau » et le premier champignon mycorhizien dont le génome a été séquencé. Cet humble représentant de la tribu des Agaricales mérite bien que je vous raconte comment il est devenu célèbre car, finalement, c'est moi qui l'ai poussé sous les feux de la rampe.


Il faut dire que mes Ć©tudiants ont souvent bien du mal Ć  me croire quand je leur raconte comment ce petit champignon a acquis sa notoriĆ©tĆ© internationale. Cette histoire dĆ©bute i soir de juin 2003, au bord du golfe de Botnie, au nord-est de la SuĆØde. Une centaine de chercheurs travaillant sur la biologie et la gĆ©nĆ©tique des arbres Ć©taient rassemblĆ©s Ć  UmeĆ , afin de prĆ©senter leurs derniers travaux. AprĆØs une longue journĆ©e de confĆ©rences plĆ©niĆØres er de discussions, j'Ć©tais en train de savourer quelques gorgĆ©es de biĆØre avec le responsable du projet de sĆ©quenƧage du gĆ©nome du peuplier, Jerry Tuskan du laboratoire nationale d'Oak Ridge (Tennessee) Nous Ć©bauchions la premiĆØre version de ce qui allait devenir une prestigieuse publication dans la revue Science. Soudain, entre deux gorgĆ©es de biĆØre, Jerry me demanda de faƧon anodine si je connaissais deux ou trois micro-organismes, associĆ©s au peuplier, dont le gĆ©nome mĆ©riterait d'ĆŖtre sĆ©quencĆ©. J'avais souvent imaginĆ© entreprendre le sĆ©quenƧage gĆ©nomique de quelques-uns de nos mycĆØtes favoris, mais ni notre laboratoire, ni l'Inra n'avaient la capacitĆ© de mobiliser les millions d'euros nĆ©cessaire Ć  un tel projet. Oubliant ma biĆØre tiĆ©die, j'argumentai alors sur l'intĆ©rĆŖt de sĆ©quencer des champignons symbiotiques dont Laccaria bicolor que nous Ć©tudiions au laboratoire. Affaire conclue ! Suite Ć  un intense Ć©change de courriers Ć©lectroniques avec nos collĆØgues amĆ©ricains, nous dĆ©posions un projet quelques semaines plus tard et le sĆ©quenƧage de Laccaria bicolor Ć©tait acceptĆ© et programmĆ© pour l'annĆ©e suivante, par le centre du sĆ©quenƧage du dĆ©partement de l'Ɖnergie des Ɖtats-Unis. Comme il se doit en de telles circonstances, quelques bouteilles de champagne furent sacrifiĆ©s sur l'autel de la science. L'obtention du matĆ©riel biologique, la purification de l'ADN de grande qualitĆ© et le sĆ©quenƧage du gĆ©nome prirent beaucoup plus de temps que prĆ©vu, mais le gĆ©nome du Laccaire bicolore fut publiĆ© en 2008. Bien des projets ambitieux ont ainsi vue le jour, suite Ć  des conversations impromptues tenues dans des lieux improbables : au coin cafĆ©, autour d'une biĆØre ou dans un bus transportant des congressistes.

En mars 2010, l'article rƩsumant notre Ʃtude du gƩnome du Laccaria bicolor et de ses caractƩristiques Ʃtait publiƩ dans la prestigieuse revue scientifique gƩnƩraliste, Nature.

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Quid de notre laccaire ? Qu'avons-nous donc appris en décodant le patrimoine génétique de ce champignon symbiotique ? Pourquoi est-ce s important ? Peut-on enfin expliquer sa capacité à dialoguer avec les plantes, à établir la symbiose en parcourant son répertoire de gènes ? Qu'est-ce qui le distingue des autres types de champignons forestiers : décomposeurs de la matière organique morte ou parasites des plantes vivantes ?


L'ADN empaqueté dans chacun des noyaux de ses cellules est composé de 61 millions de nucléotides et code 19 000 protéines. Plusieurs de ces protéines sont spécifiques du laccaire et semblent jouer un rÓle clé dans l'établissement de la symbiose. Une découverte surprenante est l'absence presque totales de l'arsenal d'enzymes responsables de la décomposition de bois, si abondant chez ses cousins (comme le Coprin chevelu), capables de se nourrir des détritus végétaux. Je m'attendais à ce que le laccaire ait conservé une partie de ce potentiel génétique de dégradation de la matière organique, afin de survivre dans la litière forestière entre deux séjours au sein des racines des arbres. En perdant ainsi sa capacité à dégrader la lignine et la cellulose, il était devenu totalement dépendant de sa plante hÓte pour ses besoins en sucres simples et alimenter ainsi la machinerie cellulaire qui assure sa croissance. Mais, après tout, à quoi bon se fatiguer à découper la cellulose et la lignine quand vous vivez sous perfusion de glucose alimenté directement par votre hÓte. J'avançai alors l'hypothèse que les champignons symbiotiques, approvisionnés par leur hÓte en sucres simples, s'étaient progressivement débarrassés de leurs enzymes de dégradation de la cellulose devenues inutiles. Confortablement installés dans les racines (loin de la compétition féroce régnant dans le sol) et bien nourris, ils étaient devenus totalement dépendants de leur plante hÓte. Impossible de faire machine arrière et de retrouver leur indépendance : un cul-de-sac, certes, mais un vrai succès évolutif !

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Quand un intrus attaque une plante, une molécule d'alerte, le jasmonate de méthyle, se propage de cellule en cellule pour mettre en branle les réactions de défense. Elle se combine à un interrupteur moléculaire, la protéine JAZ, entraînant sa dégradation et le déclenchement des mécanismes de défense. En présence du champignon symbiotique, la protéine MISSP7 se lie à JAZ, empe^chant sa destruction. Cette interaction MISSP7-JAZ évite le déclenchement des voies de défense normalement induites par le jasmonate de méthyle. En libérant MISSP7 au corus de sa progression dans la radicelle, le laccaire empêcher de fait le déclenchement des défenses de la plante ; pas de rejet possible, la plante est sous contrÓle. Nous n'assistions plus à l'établissement d'une relation amicale, mais plutÓt à un coup d'Êtat. Les champignons mycorhiziens, comme le laccaire, ont probablement développé au cours de smillions d'années passées, des moyens de manipuler leur ple hÓte efficacement afin de ne pas être rejetés des racines colonisées et d'assurer ainsi un modus vivendi permettant l'établissement de la symbiose. Force est de constater que la frontière entre champignons symbiotiques et champignons parasites est ténue. Elle est artificiellement maintenue par les scientifiques, qui affectionnent tout particulièrement de classer les organismes dans des catégories bien trop tranchées.

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Usages traditionnels :


DonnƩ comme comestible par la plupart des ouvrages sur les champignons, sans plus de prƩcisions.




Symbolisme :


Lucie Vincenot autrice d'une thèse de doctorat intitulée Du Basidomycète, multi-échelles des populations (Université Montpellier II, 2009) signale le caractère de pionnier de ce champignon mignon qui en fait une sorte d'aventurier du paysage :


Les mycorhizes de Laccaria sp. sont abondantes Ć  diffĆ©rents stades de la succession forestiĆØre, et leur Ć©cologie permet de signer les Ć©tapes du cycle sylvigĆ©nĆ©tique. En effet, certaines espĆØces sont considĆ©rĆ©es comme pionniĆØres, car leurs carpophores sont souvent trouvĆ©s sur des sites perturbĆ©s et dans des forĆŖts jeunes, mais pas ou peu dans des forĆŖts matures. Laccaria bicolor est par exemple considĆ©rĆ© comme une espĆØce ectomycorhizienne pionniĆØre, liĆ©e Ć  l’établissement des premiers stades forestiers (de la Bastide et al. 1994 ; Baar et al. 1994 ; Selosse et al. 1998, 1999).

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