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  • Anne

Le Grémil




Étymologie :

  • GRÉMIL, subst. masc.

Étymol. et Hist. a) Fin xiiie s. [date du ms.] bot. gromil (Antidotaire Nicolas, éd. P. Dorveaux, chap. 2, p. 3) ; groumil (ibid., chap. 9, p. 6) ; b) [ms. de la seconde moitié du xiiie s.] grumil (Ms. Bodley, 57 ds Romania t. 35, p. 580) ; c) 1564 gremil (Thierry). Mot composé de gré- (anciennement gro-/grou-/gru-) dont l'orig. reste obsc. et de mil* bot. Les deux princ. explications qui ont été données pour éclairer l'orig. de gré- sont peu satisfaisantes. Behrens (Z. fr. Spr. Lit. t. 23, p. 31) voit dans grémil, étant donné les formes anc. en gro-, grou-, la séquence griots + mil, propr. « mil de grès » (à cause de la dureté de ses graines), mais cette explication est peu défendable étant donné que griots est devenu de très bonne heure grés (v. ce mot), à moins que ce ne soit la nasale m- de mil qui n'ait provoqué la labialisation du e de grés. D'apr. EWFS2, qui se fonde sur la forme gruinum milium attestée dans les gloses, ce mot serait à rattacher au lat. grus « grue », lat. tardif gruinus « de grue ».


Lire également la définition du nom grémil afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Lithodora prostrata ; Crozonnaise ; Grémil à rameaux étalés ; Grémil couché ;

Buglossoides purpurocaerulea ; Grémil bleu pourpre ; Grémil pourpre bleu ; Grémil rouge-bleu ; Thé d'Europe ;

Lithospermum officinale ; Blé d'amour ; Graine d'amour ; Graine de lutin ; Grémil officinal ; Herbe aux perles ; Larmille des champs ; Millet perlé ; Thé de Fontainebleau ;

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Botanique :


Michel Pierre et Michel Lys auteurs de Secrets de plantes (Éditions Artémis, 2007) nous proposent une description rapide du Grémil officinal :

Le grémil est une plante officinal de 40 à 80 centimètres, à tige dressée, robuste, couverte de poils, rameuse à la partie supérieure. Les feuilles, alternes, sessiles, ovales, allongées, légèrement hérissées de poils, sont vertes à la face supérieure, plus pâles à la face inférieure. Les fleurs, petites, solitaires, blanches, visibles de mai à juillet, sont disposées à l'aisselle des feuilles. Le fruit, ovale, nacré et dur comme une perle, lui vaut ses jolis noms communs.

On trouve le grémil dans toute l'Europe, de préférence sur des terrains calcaires ; il ne pousse pas au-dessus de 700 mètres d'altitude.













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Usages traditionnels :


Selon Pierre Rézeau, auteur de l'article intitulé "De l'herbe à la Détourne à l'herbe au Tonnerre. Etude de quelques lexies populaires et/ou régionales désignant les plantes dans l'Ouest de la France". (In : Annales de Normandie Persée-Portail des revues scientifiques en SHS, 1983. pp. 213-230), on appelle le grémil herbe aux perles en raison de ses bienfaits supposés :


HERBE AUX PERLES Grémil "Pourquoi (...) le grémil, l'herbe aux perles, passe-t-il pour dissoudre les calculs de la vessie ?... Parce que les grains nacrés de cette plante ont la dureté de la pierre". (PORCHERON 136). "Pour enlever le corps étranger [d'un œil] on emploie, en Aunis, des applications de feuilles pilées de l 'herbe aux perles ainsi appelée à cause de ses semences brillantes" (LEPROUX 130). La lexie n'est pas marquée régionalement. Cf. FEW VIII, 254a et R. ARVEILLER in Revue de linguistique romane 42 (1978, 455).

 

Michel Pierre et Michel Lys auteurs de Secrets de plantes (Éditions Artémis, 2007) confirment cette intuition liée à la théorie des signatures en médecine :


Diurétique, le grémil draine les reins, la vessie, facilite la dissolution et l'évacuation des calculs des reins. Cet effet de drainage est aussi le bienvenu en cas de calculs biliaires, d'œdèmes, de rétention d'eau, de cellulite.

Il lui a été découvert également des propriétés anti-hormonales.

Préparez-le en décoction pendant 2 minutes, à raison d'une cuillerée à soupe de plantes coupées par tasse. Prenez-en deux ou trois tasses par jour.


Une plante de la famille des grémils est utilisée comme « pilule » par les Indiens d'Amazonie.

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Guy Fuinel, auteur de Plantes de vie. Du corps et de l'esprit (Éditions Fernand Lanore, 2003) établit une fiche sur le grémil qui établit un lien entre les usages traditionnels et les savoirs modernes :


[...] La première remarque que l'on fait en lisant cette plante est du style « Ça, c'est du costaud ».

En 1730 déjà, Nicolas Lemery, médecin, membre de l'Académie Royale des sciences, gratifiait le grémil d'une qualité indéniable, celle de casser et de chasser les « cailloux » qui provoquent les piquantes douleurs des coliques néphrétiques.

C'est, il est vrai, son principal atout, celui de ne laisser aucun obstacle obstruer les voies urinaires. C'est en ce sens un diurétique remarquable.

Le grémil ne supporte pas de corps étrangers dans l'organisme, à tel point que si, par exemple, vous avez un corps étranger dans l'œil, vous glissez une graine de grémil sous la paupière et celle-ci produit un mucilage qui englobe l'intrus et le fait sortir du globe oculaire en l'accompagnant.

Il faut dire que le grémil contient effectivement des mucilages ainsi que de la rutine et ses graines de l'acide salicylique, du calcium, silicium et des pigments.

Dernier point remarquable en ce qui concerne le grémil, les décoctions de racines étaient, sont, utilisées par les femmes indiennes pour se rendre stériles, les doses ingérées déterminaient le temps et la garantie. Sans doute est-ce pour cela que les Anciens nommaient déjà cette plante « blé d'amour » ou « graine d'amour ».

En 1956, en guise de confirmation, on a découvert dans cette plante des molécules anti-hormonales et anti-gonadotropes, c'est-à-dire qu'elles contrent l'ovulation. Ce qui prouve, s'il en était besoin, que l'usage millénaire des plantes ne repose pas sur des suppositions ou des effets placébo, si souvent appelés à la rescousse par des cerveaux obstrués par la science. Et que les résultats d'analyse des labos ne sont que l'écho de ce que la nature raconte depuis très longtemps.


[...] Il se prend en infusion prolongée. Deux bonnes cuillères à soupe de plantes dans de l'eau froide ou tiède, porter à ébullition, laisser infuser 20-25 minutes.

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Dans "Le collier de la dame de Chamblandes." (in : La mode à la fin du 5e millénaire avant Jesus-Christ : Le Collier de la Tombe, 2004, vol. 1, pp. 103-118), Paulette Pauc, P. Moinat et J. Reinhard retrouvent les méthodes de fabrication des colliers de la préhistoire :


Grains d’enfilage globulaires ou sub-sphériques en akènes de Lithospermum :

Le Lithospermum purpureocaeruleum L. (Grémil pourpre-bleu) est une plante de la famille des Borraginacées de 60 cm de haut maximum (Rameau et al.,1989). Il a la particularité de faire des fl eurs disposées en grappes, au printemps, qui font place graduellement à des akènes dont la coque ovoïde en calcaire blanc est remplie d’une matière organique tendre. La taille des akènes varie de 2 à 3,5 mm de long. Les plus gros sont utilisés pour faire des grains d’enfi lage. La récolte peut débuter en fi n d’été sur des tiges encore vertes alors que les akènes sont devenus blancs ou beiges très clair. A l’automne les feuilles et les tiges sèches progressivement mais gardent leurs akènes. Les tiges brunes squelettiques, toujours munies de leurs graines blanches, passent l’hiver, la saison suivante et même la période estivale; grâce à cela on peut facilement les distinguer parmi la végétation verdoyante tout en côtoyant les nouvelles plantes de l’année. L’association phytosociologique allie la plante à la chênaie pubescente, à des fourrés thermophiles et des lisières forestières.

En Suisse, la tombe 2 du site de Saint-Léonard « les Bâtiments », dans le Valais, a livré une centaine de perles. Il s’agit d’une inhumation de trois sujets, un homme et une femme jeunes accompagnés d’un enfant de 14 à 15 mois. Plus de 80 perles ont pu être positionnées, elles se situaient principalement au niveau des coxaux des deux adultes. Suivant les auteurs, il est très probable que ces perles appartenaient plus à un vêtement ou à une ceinture, plutôt qu’à un collier (Corboud 1986 ; Corboud et al. 1988). Les perles de cette tombe sont dans le musée de Sion. La reproduction a été réalisée au départ en nous appuyant sur cette parure ainsi que sur le collier de la sépulture chalcolithique de Lorca (province de Murcia en Espagne) (Ayala-Juan, 1987), c’est à dire en pratiquant une ouverture au niveau des pointes. Une composition d’akènes de Lithospermum agencés sur un fragment de tissu découvert dans le lac de Morat (canton de Fribourg, CH) puis décrite schématiquement à l’aide d’un dessin par E. Vogt en 1937 et reprise par H. Schlichtherle en 1988, montre une double perforation ventrale qui donne à la graine la forme de petit bouton à bélière.


Technique de fabrication : Après avoir ôté le pédoncule, on saisit l’akène du bout des doigts, le plus fermement possible, puis on frotte la partie sommitale avec un tout petit polissoir en grès très fin jusqu’à pratiquer une ouverture suffisamment grande pour faire passer le lien de suspension. On procède de la même sorte pour le pôle opposé. On nettoie l’intérieur en enleva) nt la matière organique à l’aide d’une fi ne écharde sans briser la coquille. Une fois l’akène vidé de son contenu, on obtient un grain d’enfilage.

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Symbolisme :


Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Herbe aux perles ou Grémil - Simple parure.

Le grémil est une petite plante qui croit dans les champs et le long des haies Ses fleurs jaunes, bleues, purpurines, blanches ou violettes, ont la forme de celles de la bourrache ; ses graines rondes et d'un beau gris de perle servaient à faire des colliers auxquels on attribuait des vertus médicinales.

 

Selon Guy Fuinel, auteur de Plantes de vie. Du corps et de l'esprit (Éditions Fernand Lanore, 2003) :

Le grémil aidera tous ceux qui ont du mal à faire leur place, qui ont peur de s'affirmer ou qui n'osent pas goûter de plaisir d'être bien là où ils sont... Le grémil se durcit pour résister, pour ne pas être bousculé dans tous les sens, il revendique l'existence.

Exister, c'est bien là la folle envie de tant de gens qui regrettent de se contenter de vivre.

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Marlène Albert-Llorca et Raphaële Garreta, autrices de « L’association Pierrine Gaston-Sacaze et la patrimonialisation de la flore en vallée d’Ossau (Pyrénées Occidentales – France) », (in : VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement [En ligne], Hors-série 16 | juin 2013)


Ce texte de Grenier fait connaître Gaston-Sacaze des botanistes de l’époque : il va avoir des relations épistolaires avec nombre d’entre eux et en guider d’autres pour des herborisations dans la montagne. Parmi eux, Georges Bentham, qui lui dédie un grémil découvert lors d’une herborisation faite avec lui dans l’été 1839 dans la haute vallée d’Ossau : « Je me suis assuré à Paris que le Lithospermum des roches de Balourd est nouveau (…). Je me suis fait un plaisir de vous le dédier en le publiant sous le nom de Lithospermum Gastonii » (lettre citée par Nicol, 1989). [...]

L’ethnobotaniste du conservatoire suggéra par ailleurs aux membres de l’association de mentionner des plantes « remarquables » qui ne poussent pas le long du sentier, mais dont on pouvait indiquer la présence dans les montagnes environnantes par le truchement de panneaux. Trois espèces « hors sentier » furent choisies. [...] La troisième espèce n’est autre que le grémil de Gaston, plante endémique des Pyrénées occidentales et dont le premier exemplaire, celui qui sert de type, a vraisemblablement été cueilli en présence de Gaston-Sacaze, voire découvert par lui, selon le livret. Chacune de ces trois fleurs s’inscrit, à sa manière, dans le patrimoine culturel de la vallée. [...] Le grémil de Gaston, enfin, peut d’autant plus aisément être rattaché au patrimoine culturel de la vallée qu’il porte dans la nomenclature savante le nom du « pâtre-botaniste ».

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