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  • Anne

Le Cacatoès




Étymologie :

Étymol. et Hist. 1. 1652 cacatoua « sorte de perroquet blanc huppé » (P. Philippe de La T.S. Trinité, Voyage d'Orient [trad. du lat.], p. 379 [à propos de Goa] dans Arv., p. 108) ; 2. 1652 kakatou (d'apr. FEW t. 20, p. 97) ; 1663 cacatous (A. de Wicquefort, Relation du Voyage de Perse et des Indes orientales [trad. de l'angl. et du flam.], p. 544 dans Arv., p. 108); 1707 Cacatües (Voiage de G. Schouten aux Indes orientales [...] Trad. du Hollandois, I, p. 73, ibid.) ; 1760 kakatoes (M.-J. Brisson, Ornithologie, IV, p. 183, ibid.) ; 1809 cacatoès (Lamarck, Philos. zool., t. 2, p. 338). 1 est empr. au port. cacatua « id. », attesté dep. 1630 (Oriente Português dans Mach.), lui-même empr. au malais kakatūwa « id. », prob. composé de kaka « corneille » transposé au perroquet, et de tūwa « vieux » en raison de l'âge avancé que ces oiseaux peuvent atteindre (v. R. Loewe dans Z. vergl. Sprachforsch., t. 61, pp. 37-136 ; König, pp. 39-41 ; FEW t. 20, p. 97 ; 2 empr. au néerl. kakatoe, kaketoe « id. » (xviie s., Valkh., p. 82), lui-même directement empr. au malais (De Vries Nederl.) ; v. aussi R. Loewe, loc. cit. et Arv., pp. 107-109.


Lire également la définition de cacatoès afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :


Dans son Atlas de zoologie poétique (Éditions Arthaud-Flammarion, 2018) Emmanuelle Pouydebat nous expose les caractéristiques du Cacatoès noir (Probosciger aterrimus), c'est-à-dire selon elle "le musicien de ces dames" :


La musique pour séduire... Une stratégie humaine ? Pas uniquement. Voici le sublime cacatoès noir. entièrement noir, bec et pattes inclus, il possède une tache rouge sur chaque joue. Elle correspond à une zone dépourvue de plumes qui peut changer de couleur si le perroquet est stressé ou malade. Contrairement au kakapo, ce perroquet d'un kilo maximum vole ! Quant à son bec, il est puissant et lui permet de casser facilement des noix pour les manger. sa langue, dont la dextérité est proche de celle des aras que j'ai étudiés, est fort utile pour manipuler. Ainsi, loin d'avoir un régime alimentaire spécialisé, il consomme également des graines, des plantes, des baies, des insectes et même leurs larves. Les oiseaux et les baleines produisent de superbes chants musicaux. Mais ce cacatoès ne se contentent pas de chanter, monsieur joue d'un instrument de musique...

Plus précisément, le mâle cacatoès noir de cette région de l'Australie serait un batteur ! Pour attirer et séduire les femelles, il fabrique une baguette, une branche d'environ 20 centimètres. Ensuite, il la saisit avec ses pieds et la percute sur les troncs d'arbres. Le son est entendu à plus de 100 mètres. Pourquoi parler de musique et pas seulement de bruit ? Parce que chaque mâle tape avec des cadences quasiment parfaitement régulières et ce pendant très longtemps. Les humains font pareil lorsqu'ils jouent de la batterie. Ils gardent un rythme régulier. Là où cela devient encore plus intéressant, c'est que chaque individu a son propre style et son propre rythme. Chacun tape à sa propre cadence, certains étant toujours rapides pendant que d'autres sont lentes ou encore un peu fantaisistes. Il est tout à fait probable que ces identifications musicales personnelles aident les autres perroquets, en particulier les femelles, à savoir qui joue et interpelle les femelles. La percussion de ces mâles est un véritable rituel de séduction individualisé.

Quand leur stratégie musicale fonctionne, l'accouplement a lieu. La femelle pond un œuf très en hauteur et dans le creux d'un arbre. Le mâle cacatoès n'est pas uniquement bon musicien. Il est également un bon père puisqu'avec la mère, il va alternativement couver l’œuf pendant trente jours. Une fois éclos, l’œuf laisse apparaître un oisillon qui restera au nid pendant environ cent jours. Il pourra vivre jusqu'à 100 ans, voire plus ! Enfin, si tout va bien... car ces oiseaux sont menacés par un faible taux de reproduction et la fragmentation de leur habitat due aux activités minières.


"Les poètes sont des oiseaux : tout bruit les fait chanter." (François-René de Chateaubriand).

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Symbolisme :


Philippe Descola, dans « Les animaux et l’histoire, par-delà nature et culture », Revue d'histoire du XIXe siècle, 54 | 2017, 113-131 revient sur les oiseaux qui lui ont permis de distinguer quatre modes de pensée des relations entre humains et non-humains :


[…] Au fond ce que j’ai voulu faire depuis des années c’est de distinguer des phénomènes là où l’anthropologie les avait auparavant réunis. Comme je le disais précédemment, cette interrogation vis-à-vis de l’animal est très ancienne et on a eu tendance à mettre sous la même rubrique, quel que soit le nom qu’on leur ait donné par ailleurs – totémisme, animisme, naturalisme, nagualisme (1), etc. – des conceptions des animaux qui fondamentalement se distinguent des nôtres, comme de celle des occidentaux du XIXe siècle. Toutes les informations rapportées à cette époque allaient dans le même sens d’une indistinction entre animaux humains et non humains, tout ce qui n’était pas occidental n’était qu’une vaste pelote exotique à l’intérieur de laquelle des distinctions n’étaient pas faites. Et donc ce que j’ai voulu faire c’est établir des différences internes car à l’évidence le toucan n’était pas du tout traité de la même façon que l’étaient, par exemple, le cacatoès et le corbeau, qui sont deux oiseaux totémiques chez les Nungar.

C’était ma deuxième formule, le totémisme illustré par ces deux oiseaux. Les Nungar composent une société divisée entre deux groupes totémiques qui portent l’un le nom du corbeau, l’autre celui du cacatoès ; ces oiseaux ne sont pas des ancêtres dont on descend, mais des animaux qui vont incarner de façon visible un ensemble de propriétés caractéristiques de tous les membres humains et non humains de chaque groupe totémique. Ce sont donc des prototypes totémiques qui, à l’époque où ils vivaient sur la terre, n’avaient pas du tout l’apparence des oiseaux tels qu’ils sont actuellement et qui sont à l’origine des deux classes au sein desquelles les humains et les non humains sont réunis. Le totémisme est contre-intuitif mais fascinant, ce n’est pas un hasard s’il a fasciné tous les grands savants des XIXe-XXe siècles. En même temps ces prototypes reçoivent dans des espèces nommément désignées l’incarnation, l’incorporation de certaines de leurs qualités. Le nom qu’on donne en général à ces espèces totémiques, ce n’est donc pas un nom d’espèce, c’est le nom d’une qualité – « le guetteur » ou « l’attrapeur » – qui sert aussi à désigner une espèce ; ce qui permet de se détacher de l’idée d’ancestralité d’un animal parce qu’évidemment il est conceptuellement difficile d’imaginer comment il est possible de descendre d’un ours, d’un aigle, ou d’un cacatoès. On est dans un dispositif ontologique dans lequel des animaux sont en fait une incarnation de qualités qui leur préexistent.


1) : Dans les croyances amérindiennes, le nagual est un être mythologique à la fois humain et animal, un esprit tutélaire qui peut être un animal particulier, concret, ou bien le représentant abstrait d’une espèce. Depuis la fin du XIXe siècle, l’étude du nagualisme a beaucoup intéressé archéologues, linguistes et ethnologues.

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