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  • Anne

La Courgette




Étymologie :

  • COURGETTE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1929 (Lar. 20e). Dér. de courge1* ; suff. -ette*.


Lire également la définition de courgette afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Cucurbita pepo var. pepo ;




Botanique :


Selon Françoise Aubaile Sallenave, auteure d'un article intitulé "Les cucurbitacées de Méditerranée. De Babylone à aujourd'hui : le cas de la courgette et d'al-faqqus." (Bocconea 13 - 2001) :


La courgette : Dans les langues romanes de Méditerranée, elle est, tout comme en français, le diminutif de courge, it. "zucchini " de "zucca ", espagnol "calabacin" de "calabaza ", ce qui peut être un indice de son origine botanique. L'arabe la nomme "qusa ", "kùsa". Bien qu'étant la dernière née des cucurbitacées de Méditerranée, la courgette reste encore un mystère. C'est par hasard que j'ai trouvé une référence qui m'a semblée la plus ancienne: à Naples, au Musée San Martino où sont exposées les figurines de crèches sculptées en bois par de bons artistes napolitains des XVIIe et surtout XVIIIe siècles. Le réalisme des sculptures humaines ainsi que celle des objets de la vie quotidienne napolitaine permet de penser qu'il en est de même pour les petites sculptures représentant les légumes, fruits et autres produits de l'alimentation. Or parmi les nombreux légumes et en particulier les multiples cucurbitacées, j'ai nettement cru reconnaître la courgette. Bien qu'elle soit aujourd'hui très abondamment consommée dans toute la Méditerranée, sa présence en Europe tempérée y est récente et ne date que de quelques dizaines d'années. Depuis longtemps déjà je pense que les jardiniers méditerranéens ont joué un rôle très important dans l'acclimatation et l'amélioration des plantes cultivées. Ce sont eux qui ont multiplié les variétés de Citrus, de melon, de pèches, d'olives, de figues etc. Ce sont eux qui ont créé le poivron (Capsicum grossum L.) à partir du piment américain Capsicum annuum, car le poivron n'existait pas en Amérique mais on ignore encore si cela s'est passé en Espagne, en Italie ou en Hongrie ou concomitamment dans les trois pays. C'est le même cas pour la courgette qui n' existait pas en Amérique et qui a été créée à partir de la Cucurbita pepo américaine. Cependant, de la courgette, on peut, semble-t-il, donner dès lors l'origine de sa création : ce sont les jardiniers de l'ltalie du sud, y compris la Sicile, qui l'ont créée. Consultant la Flore de Syrie, Palestine et Sinai" de Post (1932), j'ai été confirmée sur son origine italienne : c'est Cucurbita pepo. varo italica Todaro, botaniste de Palerme qui l'a nommée en 1857 (1932, I : 483). En Italie du sud, on mange depuis longtemps les fleurs de courgette en beignets qui sont un des fritti les plus estimés à Naples.

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Dans La Vie érotique de mon potager (Éditions Terre Vivante, 2019), Xavier Mathias nous donne quelques précisions supplémentaires sur la Courgette :


Les courgettes, molles du bout et dépressives : Allons bon, ça recommence ! Chaque début et fin de saison, mes courgettes, pourtant si vaillantes, et que rien ne semble pouvoir atteindre, font plus que grise mine : elles jaunissent par l'ombilic, puis finissent par pourrit, avant même d'avoir pu se développer.

Qu'y faire ? Je ne vais pas me mettre à invectiver bourdons et abeilles pourtant responsables. En effet, quand les températures commencent juste à monter au mois de juin, mais surtout à redescendre en septembre, mes deux pollinisateurs préférés ont bien du mal à butiner dès le matin. Or, n'y voyez aucune comparaison, c'est le matin que les fleurs mâles s'épanouissent, à l'instar des fleurs mâles de courges. Pendant quelques heures seulement, elles vont s'ouvrir avant de se refermer définitivement. Si aucun insecte pollinisateur vaillant et bien réveillé ne croise dans les parages pendant ce court et frais laps de temps, les fleurs femelles seront incomplètement, voire pas du tout fécondées : nos petites courgettes, qui sont en fait des ovaires infères, ne peuvent donc pas se développer de façon satisfaisante. Soit elles finissent par pourrir au bout de quelques jours, soit elles se développent cahin-caha, mais la fécondation incomplète aura toujours raison de leur croissance : elles ramollissent à leur extrémité, puis inévitablement commencent à pourrir. On appelle ce phénomène la « dépression apicale ».

La solution est finalement assez simple : puisque ces messieurs dames les pollinisateurs sont à ce point chochottes qu'ils craignent le rhume quand les températures baissent, qu'à cela ne tienne, je vais le faire à leur place, moi, de féconder ces dames ! Je ne suis pas à ça près non plus ! C'est donc moi qui me lève, prélève du pollen d'une fleur mâle sur le bout du doigt, tout simplement par frottement, et vais le déposer sur le pistil d'une fleur femelle. Rien de bien compliqué finalement. L'opération de fécondation ne prend que quelques secondes.

Si toutes les dépressions étaient aussi faciles à soigner !

[...]

Les slaouis, le concours de la plus longue (Lagenaria siceraria) : C'est un ami marocain qui s'étonnant de ne pas trouver en France de slaouis, les vraies courgettes selon lui pour faire le couscous, m'en a amené des graines. Rien d'étonnant à ce qu'il ne trouve pas sur nos étals ces fruits qu'il me décrivait d'une taille peu près identique à nos variétés mais d'un vert plus pâle, avec une chair plus dense !

La couleur et la forme très particulières des semences qu'il m'offrit ne laissaient pas de place au doute. Les fruits dont ils me parlait n'étaient pas des courgettes au sens botanique où nous l'entendons, des petites Cucurbita pepo donc, mais plutôt ce que nous appelons des « gourdes » ou « calebasses », des Lagenaria siceraria, qu'aucun maraîcher français à ma connaissance ne cultive à des fins alimentaires (pour les manger comme des courgettes) et ne récite avant leur complet développement.

Bien avant les différentes espèces de Cucurbita, que nous appelons courges ou parfois courgettes si elles sont récoltées immatures, c'était pourtant bien des Lagenaria siceraria qui étaient cultivées, entre autres, à des fins alimentaires sur le vieux continent. Pline l'Ancien, par exemple, ne nous décrit déjà pas moins de treize recettes de ces Lagenarias cuites, bouillies, en sauce, etc. Exactement comme nous le faisons dorénavant ave nos courgettes que nous ne laissons pas mûrir et atteindre leur plein développement pour les récolter il est aussi possible de cueillir ces gourdes avant qu'elles n'aient leur taille définitive. C'est d'ailleurs faire preuve de bon sens que de récolter ces slaouis quand elles mesurent « seulement » une quarantaine de centimètres environ. En premier lieu parce qu'elles sont plus tendres à ce stade, mais aussi parce qu'il n'est pas rare qu'elles atteignent un bon deux mètres de long quand elles parviennent à leur terme !

Même s'il est compliqué de nommer avec certitude une variété de gourde, on peut rapprocher ces slaouis de ce que nous appelons les "Speckled snake" ou "Snake". très impressionnantes pour peu que l'été soit un peu chaud, elles sont parfaites pour habiller treillages et pergolas, avec leur développement absolument stupéfiant. plantées mi-mai, après avoir été semées sous abri début avril, les slaouis produisent souvent une trentaine de mètres de pousses qui s'orneront de fleurs blanches à la finesse du papier crépon au cours de l'été. Cette plante étant très fructifère, on peut alors récolter les fruits jeunes et les manger tout de suite ou, pour le plaisir des yeux, les laisser arriver à terme, puis sécher au cours de l'hiver.

Que pensez-vous que ces gourdes à la longueur impressionnante ont inspiré à quelques jardiniers ? Hors de question de s'en régaler au Château e Valmer, par exemple, où était organisé chaque année, fin septembre, le « concours de la plus longue ». De nombreux jardiniers venaient y exhiber fièrement et mesurer tout à fait officiellement ces organes végétaux démesurés sous les yeux admiratifs et parfois rêveurs d'une assemblée nombreuses, je n'ai jamais gagné.

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Symbolisme :


Dans « La transcendance de la courgette, ou les dieux nécessaires » (L’Homme [En ligne], 163 | juillet-septembre 2002) Marie-Claude Dupré utilise la courgette pour souligner la pauvreté de la réflexion de Pascal Boyer dans son ouvrage intitulé Et l’homme créa les dieux. Comment expliquer la religion. (Paris, Robert Laffont, 2001) :


[...] Et c’est ainsi que, partant de la capacité taxonomique propre à l’être humain, qui ouvre brillamment ce livre, Pascal Boyer, via la puissance cognitive de la « coalition » (les bleus et les rouges des groupes expérimentaux de la psychologie sociale) arrive à nous faire admettre la transcendance de la courgette : « Nous supposons qu’il existe dans tout organisme en cours de développement quelque chose qui le pousse à devenir semblable aux autres membres de son espèce. Cette “essence” spécifique est ce qui permet aux courgettes et aux endives d’acquérir leur forme et leur goût spécifique » (p. 255). Les rituels, qui consistent en une suite d’actions (et qui seraient ainsi comparables à la croissance d’un plant de courgette), produisent un résultat inexplicable mais expliqué de la même façon que la transformation de la fleur en fruit, par un automatisme biologique et génétique. La transcendance du rituel ne diffère pas de celle de la courgette car elle active les mêmes systèmes d’inférence cognitive. Cela ne surprendra pas le lecteur, sommé d’éviter les simplismes de l’ethnologie, qui a déjà rencontré l’essence des espèces animales identifiées par le chasseur-cueilleur, puis celle des « coalitions », des lignages et des castes. La transcendance est une application du système de causalité, un effet secondaire du fonctionnement de notre cerveau. Elle est donc présente partout où l’être cognitif exerce (ou subit ?) l’activité de ses systèmes d’inférence. L’ethnologue, incurablement naïf mais obstiné, estime qu’une question importante est ainsi abordée : pourquoi l’espèce des coopérants est-elle amenée à reconnaître de la transcendance dans la récurrence des manifestations observables dans son environnement, que ce soit une antilope, une courgette, un rituel ou, plus impalpable, un sorcier, un esprit d’ancêtre ou une divinité ? Ce serait là, comme on nous l’a déjà dit, le résultat de notre « propension » à entretenir des pensées religieuses (p. 326). L’homme cognitif voit des dieux partout.

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Selon un article du site Lanutrition.fr mis à jour le 20 juillet 2017 :


Quand et comment les courgettes sont-elles arrivées dans nos assiettes ?


Au Paléolithique, des courges sauvages, ancêtres de la courgette semblent avoir été consommées par les nomades cueilleurs d'Amérique centrale, entre le Mexique et le Guatemala. Elles y seront progressivement domestiquées. La courgette, qui appartient à la famille des courges dites « à moelle », a probablement été sélectionnée et cultivée par les peuples du Sud du Mexique. Au gré des échanges entre les peuples amérindiens, la courge s’est ensuite rapidement disséminée vers le nord comme vers le sud au moment du Néolithique. Des variétés ayant plus de chair et une saveur plus fruitée sont développées. Au 16e siècle, les Conquistadores découvrent l’askutasquash des Indiens du Nouveau Monde et en rapportent en Europe pour les jardins botaniques, avant de les cultiver comme légume. Pendant 400 ans, elle fait l'objet de sélections successives dans le but d'obtenir une floraison hâtive, des plants compacts et des fruits uniformes. Elle est rapidement adoptée en Afrique et en Asie où elle symbolise l'abondance et la fécondité. Les États-Unis, la Chine, le Moyen-Orient et l'Amérique du Sud produisent de leur côté, des cultivars adaptés à leur cuisine et à leur climat respectifs. C'est au 20e siècle que la courgette s'étend sur tout le territoire français depuis les rives de la Méditerranée où elle est cultivée depuis environ 200 ans. En 1929, la courge d'Italie devient officiellement la « courgette » dans la langue française.

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Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :




Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque la Courgette :

24 septembre

(La Bastide)


Une ample corolle en tube sur cinq lames vertes de calice, qui se resserre en son milieu et achève en ondulations jaunes sa symétrie cosmique : la fleur de la courgette est à soi seule un monde - une trompette sidérale où l'abeille se perd, l'univers en creux d'une géométrie nouvelle, où des fourmis argentines (créatures inconnues) passent entre des forêts de poils raides.

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