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  • Anne

Le Lièvre des neiges



Symbolisme :


Selon Jean-Marie Jeudy, auteur de Les Mots pour dire la Savoie (2006),


Le blanchon, « c'est le nom que l'on donne au lièvre qui vit en altitude, un cousin du lièvre brun installé dans les plaines. On dit encore le lièvre des neiges, le lièvre blanc ou le blanchot. Son véritable nom est le lièvre variable. Son nom scientifique, c'est Lepus timidus. Parce qu'il est d'une extrême timidité. Bien malin qui peut l'apercevoir... Un Bessanais, le père Jacques Fodéré, docteur en Sorbonne, donnait une description de l'animal dans un livre paru en 1617 : « Parmi ces montagnes, il y a deux sortes de lièvres, l'une commune et d'autres qui sont blanches. La peau de ces lièvres est fort chaude et propre à porter devant l'estomac, il s'en trouve quantité chez les pelletiers. » Signalons qu'en patois bessanais, le mot lièvre est féminin.

Légèrement plus petit que son cousin d'en-bas, avec un poil plus épais et des jambes plus longues,, le blanchon est doté de doigts fourrés de poils qui le préservent du froid. Ces doigts s'écartent pour mieux le porter sur la neige comme de véritables raquettes. Ce mammifère vivant en haute altitude fait partie des « reliques » de l'époque glaciaire. A la fin des glaciations du Quaternaire, il fut contraint de se retirer vers les pays nordiques, mais il grimpa également vers les hauteurs alpestres où il se fixa comme dans un îlot froid au sein de la zone tempérée. Telle sa voisine de palier, la perdrix blanche, autre relique de l'époque glaciaire.

Cet animal est d'autant plus difficile à observer qu'il possède des mœurs crépusculaires et qu'il cultive un art consommé du camouflage. S'il est brun en été comme son parent des plaines, il est totalement blanc en hiver. A peine une tache noire sur les oreilles. Blanc comme neige et blanc sur neige. Vous pouvez passer à deux pas de lui et ne jamais le voir. Au lieu de fuir comme la plupart des bêtes sauvages, conscient de son mimétisme, il se tapit sur la neige, plaque ses oreilles sur sa fourrure, garde les yeux à demi fermés et ne quitte son gîte qu'à la toute dernière extrémité.

Mieux encore, il use d'une succession continuelle de mues qui le font passer du gris brun de l'été au blanc de l'hiver. En cela, il se rapproche du lagopède, la perdrix blanche déjà citée.

L’animal ne daigne pas creuser un terrier. Faire des trous, c'est juste bon pour son cousin d'en bas ! Il est vrai que la terre en altitude est d'une grande dureté sous l'effet du froid continuel. Il se contente de se blottir sous des blocs de roche, parfois il opte pour un trou de marmotte. S'il fréquente les alpages élevés, en cas de danger, il n'hésite pas à aller se réfugier encore plus haut, là où les roches et les vents se partagent l'espace. Et même sur les névés et sur les glaciers. »

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