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  • Anne

L'Oiseau de Paradis




Étymologie :

  • PARADISIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1806 (A.M.C. Duméril, Zool. analytique, p.40) ; 1809 (Lamarck, Philos., zool., t.1, p.339), cf. oiseau de paradis, v. paradis. Dér. de paradis*; suff. -ier*.


Lire aussi la définition du nom paradisier pour amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :


Dans son Atlas de zoologie poétique (Éditions Arthaud-Flammarion, 2018) Emmanuelle Pouydebat expose les caractéristiques du Paradisier républicain (Cicinnurus respublica), "un oiseau de haut vol" :


Survivre dans les airs... A ce petit jeu, les oiseaux bénéficient d'adaptations variées. Car pour aller dans les airs, il faut décoller, voler, planer, migre, puis atterrir... voire amerrir pour certains. Autant de capacités que les oiseaux maîtrisent. Et pour évoquer ces magnifiques performances, qui de mieux que le splendide paradisier républicain ? Cet oiseau des forêts consomme des arthropodes et des fruits. Il est célèbre pour la parade nuptiale du mâle qui danse et exhibe toutes les couleurs possibles de son corps. mais ce n'est pas le séducteur qui nous intéresse le plus ici, mais le voleur !

Le paradisier républicain est un oiseau avant d'être un séducteur. Et un oiseau, ça décolle. Or, quand on pense décollage, on pense ailes. Et pourtant... Le plus important dans le décollage du sol, ce ne sont pas les ailes mais les pattes. Elles propulsent l'animal. D'autres types de décollage existent : après une longue course sur terre ou sur l'eau, sans prise d'élan, à la verticale, avec ou sans l'aide du vent, ou encore par chute dans le vide depuis une branche. Quoi qu'il en soit, une fois que l'oiseau n'a plus de contact et qu'il a vaincu la pesanteur, les ailes prennent le relais. Il faut alors poursuivre l'envol et ne pas retomber. A ce titre, le paradisier républicain possède un vol vif et ondulant. En parfait oiseau, il bénéficie d'un corps parfaitement adapté : un squelette allégé par des os pneumatisés, une forme aérodynamique, des ailes pour assurer la portance, une homéothermie (température corporelle constante) pour produire de l'énergie en permanence, un cerveau et des organes sensoriels développés pour notamment maîtriser les courants aériens et les utiliser pour changer de direction grâce à des mouvements des membres antérieurs. Sans compter les adaptations complexes des oiseaux migrateurs qui doivent entre autres maîtriser les pertes de poids pendant des longs trajets et bénéficier de capacités de navigation hors normes. Sur e point, les prouesses du pigeon voyageur, bien loin de notre paradisier en termes d'esthétique, sont toujours en partie inexpliquées.

Une fois tous ces exploits réalisés, l'oiseau doit atterri, ou amerrir d'ailleurs. Car selon les espèces, l'arrivée se fait sur une branche, un sol plan, un rocher ou encore sur l'eau. Evidemment, à chaque substrat sa technique. Le paradisier atterrissant essentiellement sur les branches, la morphologie de ses pattes lui assure une parfaite stabilité de préhension. Quelle que soit la zone d'atterrissage ou d'amerrissage, des points communs existent. Il semble qu'à l'arrivée les plumes s'écartent toujours pour augmenter la surface de portance. De plus, un ralentissement est recherché en amplifiant la portance par ouverture de l’angle d'incidence. Comme un avion ! Enfin, une extension des membres postérieures améliore l'amorti nécessaire au moment du contact.

Le paradisier républicain, le mâle en particulier, est un oiseau extraordinairement beau. Sa beauté et celle de sa parade nous feraient presque oublier qu'en tant qu'oiseau, il accomplit quotidiennement des exploits aériens.


"S'il n'y a pas de république paradisiaque, qu'il y ait au moins un paradisier républicain !" (Charles-Lucien Bonaparte).

C'est le naturaliste Charles-Lucien Bonaparte, neveu de Napoléon Bonaparte, qui avait nommé cet oiseau ainsi. Il détestait cette habtude qu'avaient les zoologistes de l'époque de donner des noms royaux aux nouvelles espèces. de cette manière, il a valrisé la république et fait un pied de nez à la royauté !

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Croyances populaires :

Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


Un compagnon de Magellan, le grand navigateur portugais, fit connaître les Oiseaux du Paradis à Seville dès 1522. Il apportait des dépouilles parfois sans ailes ni pattes et, malgré ses propres affirmations, la légende s'établit de créatures sans pieds, ne se posant jamais, se suspendant par les plumes de la queue et vivant de rosée, sans parler de la ponte effectuée par la femelle sur le dos des mâles.




Symbolisme :


Dans l'Encyclopédie des symboles (édition originale, 1989 ; traduction française 1996) établie sous la direction de Michel Cazenave, on apprend que :


" Dans les livres d'héraldique des XVIIè et XVIIIè siècles, l'oiseau de paradis est le symbole de la légèreté et de la proximité de Dieu. Il est également considéré comme un symbole de la Vierge. Il devait son ancien nom Paradisea apoda ("oiseau de paradis sans pied"), à la coutume des indigènes de Nouvelle-Guinée et des îles indonésiennes qui consistait à vider les oiseaux de leurs os et à leur couper les pattes, puis à les fumer de telle façon qu'ils conservent pourtant leur forme extérieure initiale. C'est ainsi qu'ils étaient vendus et importés en Europe, où ils faisaient sensation car on les prenait pour des sylphes (esprits aériens). On racontait que les oiseaux de paradis ne se nourrissaient que de la rosée du ciel (voir Phénix), qu'ils restaient toute leur vie dans les airs, qu'ils étaient "purs dès la naissance" et qu'ils ne savaient rien de ce qui se passe sur la terre : "l'oiseau qui tire son nom du paradis plane / toujours près du ciel, et ne se pose jamais sur la terre" (Hohlberg, 1675). Dans les études menées au XVIIIè siècle par des scientifiques tels que Buffon, on trouvait encore la fable de cet oiseau des dieux éthéré, jusqu'à ce que la recherche zoologique dévoile au XIXè siècle l'absurdité de ce symbole."


[Remarque personnelle : c'est ne pas comprendre grand-chose à la symbolique et à la logique de l'imaginaire que de juger de "l'absurdité" d'un symbole !]

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Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Ce passereau bleu de Nouvelle-Guinée est particulièrement vénéré dans ce pays et dans les îles voisines : sa peau, considérée comme sacrée, protège les guerriers. Elle faisait l'objet d'un commerce et était exportée sur d'autres continents. Avant de la livrer, on coupait fréquemment les pattes de l'oiseau. On dit aussi que les paradisiers se rendaient en troupes dans les villes méridionales de l'Inde, pendant la saison des noix de muscade dont l'odeur et l'huile les intoxiquaient. Pendant qu'ils gisaient au sol, les fourmis leur dévoraient les pattes.

C'est pourquoi, en Europe, on supposait que l'oiseau de paradis était dénué de pattes. Tout un folklore s'est développé à son sujet : les Anciens naturalistes prétendaient que cet oiseau mystérieux, sans demeure fixe, volait sans cesse, même en dormant, qu'il se nourrissait de rosée, des vapeurs et des senteurs de fleurs, et que sa femelle pondait en l'air.

Bien qu'il ne survive pas en captivité, en attraper un vivant porte chance. Ceux qui tentaient de l'élever lui accordaient un statut de "sage".

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"C'est un superbe oiseau de 30 centimètres environ, qui vit dans les forêts tropicales d'Indonésie, de Nouvelle-Guinée et d'Australie du Nord. Le mâle est pourvu d'une magnifique parure de plumes jaunes, rouges et bleues, avec un cou bleu ou noir, selon les espèces, et un corps brun ou roux. Il se nourrit essentiellement de fruits et de graines, parfois aussi de petits animaux. Son plumage multicolore est si beau qu'on lu a donné le surnom d'oiseau de Paradis.

Les légendes associées à celui que les explorateurs et colons européens surnommèrent l'Oiseau de Paradis ou Paradisier se perdent dans la nuit des temps. On en retrouve des traces aussi bien chez les aborigènes d'Australie que dans les tribus africaines de Nouvelle-Guinée et des îles avoisinantes. Elles content, par exemple, qu'il s'agit d'un oiseau qui peut voler jour et nuit sans jamais se reposer, qui se nourrit exclusivement du parfum des fleurs, et que c'est un enfant et un messager du soleil..."

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Littérature :


Cortège


Oiseau tranquille au vol inverse oiseau

Qui nidifie en l'air

A la limite où notre sol brille déjà

Baisse ta deuxième paupière la terre t'éblouit

Quand tu lèves la tête


Et moi aussi de près je suis sombre et terne

Une brume qui vient d'obscurcir les lanternes

Une main qui tout à coup se pose devant les yeux

Une voûte entre vous et toutes les lumières

Et je m'éloignerai m'illuminant au milieu d'ombres

Et d'alignements d'yeux des astres bien-aimés


Oiseau tranquille au vol inverse oiseau

Qui nidifie en l'air

A la limite où brille déjà ma mémoire

Baisse ta deuxième paupière

Ni à cause du soleil ni à cause de la terre

Mais pour ce feu oblong dont l'intensité ira s'augmentant

Au point qu'il deviendra un jour l'unique lumière

[...]

Guillaume Apollinaire, "Cortège" in Alcools, 1913.


Note : Le paradisier, ou oiseau de paradis, est un animal de Nouvelle-Guinée à l'origine d'un mythe : on raconte qu'il vit éternellement dans l'air, vole à l'envers et s'élève au fur et à mesure qu'il pond ses œufs.

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