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  • Anne

Les Pierres d'éternité




Littérature :


Dans le roman policier intitulé Temps glaciaires (Éditions Flammarion, 2015) de Fred Vargas, les protagonistes du voyage fatidique en Islande découvre une pierre tout à fait incroyable :


- Qu'a raconté Sylvain ?

- Que le long de la côte de Grimsey, à un jet de pierre, parmi tous les îlots déserts qui la bordent, il y en avait un très particulier, aussi redouté que convoité. On disait qu'il y avait là-bas une pierre encore tiède, de la taille d'une stèle à peu près, et couverte d'inscriptions anciennes. Et que si l'on se couchait sur la pierre tiède, on devenait presque invulnérable, éternel quoi. Parce que l'on était pénétré par les ondes du cœur même de la terre. Enfin, ce genre de trucs. Il faut dire qu'il y avait pas mal de centenaires à Grimsey, et on expliquait ceci par cela. Sylvain a dit qu'il s'y rendait le lendemain pour examiner le phénomène en scientifique, mais qu'il ne fallait à aucun prix le dire, les habitants de Grimsey tolérant mal qu'un homme mette le pied sur cette îlot. parce qu'il était habité par un démon, un « afturganga », une sorte de mort-vivant. Le médecin a rigolé, on a tous rigolé. Il n'empêche qu'après une heure le groupe entier était partant pour accompagner le volcanologue, même le médecin. On joue les sceptiques, mais au fond, un petit accouplement avec une pierre d'éternité, cela tente tout le monde. Bien que chacun fît mine d'y aller par défi, ou comme à la suite d'un pari d'ivrognes. C'était à environ trois kilomètres, une heure à pied par la banquise, on serait rentrés pour le déjeuner. Tu parles qu'on est rentrés.

[...]

- On s'est mis en route à 9 heures, en partant du bout de la jetée du port. Sylvain nous a de nouveau mis en garde : pas un mot aux locaux, car outre l'« afturganga », ils avaient horreur que des touristes ignares aillent souiller la pierre tiède en posant leur cul dessus. Le temps était bleu, glacial et parfait, sans un nuage. Mais en Islande, ils disent que le temps change sans cesse, c'est-à-dire toutes les cinq minutes si ça lui chante. Du bout du port, Sylvain nous a discrètement désigné le rocher noir, avec sa forme étrange, en « tête de renard », disait-on, c'est-à-dire avec deux petits cônes qui le surplombaient, comme des oreilles, et sa plage sombre en forme de museau. On est arrivés sans encombre, en évitant les failles entre les blocs de glace. L'îlot était minuscule, on en a vite fait le tour, et c'est le cadre supérieur - Jean ? On l'appelait jean ? - qui a trouvé la pierre.

- Je croyais que vous aviez une mémoire d'exception, observa Danglard.

- Oh, je ne me souviens que de ce qu'on me demande. Ensuite j'efface, cela fait de la place. Vous n'effacez pas, vous ?

- Surtout pas. Et donc, ce Jean ?

- Il s'était allongé sur la pierre, et il riait, toute réserve envolée. Et à mesure que chacun faisait son petit tour sur la stèle - qui était tiède, c'est vrai -, le temps passait. Le type au crâne rasé s'était étendu dessus avec grand sérieux et sans dire un mot, fermant les yeux. Soudain, Sylvain l'a secoué et a presque crié : « On s'en va maintenant, on rentre. » Et du bras, il a montré une montagne de brume qui s'avançait vers nous. Si vite qu'après vingt mètres sur la banquise, Sylvain a renoncé et on a rebroussé chemin.

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