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  • Anne

Le Teinturier



Autres noms : Phytolacca americana ; Épinard de Cayenne ; Épinard des Indes ; Faux vin ; Herbe à la laque ; Laque ; Phytolaque américaine ; Plante à encre rouge ; Raisin d'Amérique ; Vigne de Judée.

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Botanique :


Selon Victoria Hammiche, Rachida Merad, and Mohamed Azzouz, auteurs de Plantes toxiques à usage médicinal du pourtour méditerranéen. (Paris : Springer, 2013) :


Malgré son apparence, Phytolacca americana n'est pas un arbuste mais une plante herbacée qui se maintient, parfois, pendant plusieurs saisons. En automne, les parties extérieures sèchent complètement et finissent par disparaitre puis, vers avril-mai, la souche qui ressemble a un énorme navet, émet des tiges parfois lignifiées de 1,5m à 2m. C'est une plante grande et vigoureuse, très spectaculaire avec ses tiges multiples, « lie de yin », terminées par des grappes de fruits qui lui ont valu Ie nom vernaculaire de « raisin d'Amérique ». Les feuilles pointues à pétiole court, à bord ondulé, sont légèrement asymétriques et peuvent atteindre 30 cm sur 10 cm. Les petites fleurs blanches ou rosées, ne dépassant pas 3 mm, possèdent, en général, dix étamines, ce que traduit Ie qualificatif d'espèce « decandra » ; elles donnent des fruits réunis en longues grappes denses, opposées aux feuilles. D'abord semblables a de petits potirons jaunâtres à 10 lobes, les fruits se transforment, des la fin de l'été, en baies de la taille d'un gros pois, noires, luisantes, lisses, légèrement aplaties, charnues, remplies d'un suc violet fonce contenant une dizaine de petites graines comprimées, subréniformes.

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Utilisations :


Selon Jane Cobbi, auteure de "Yamagobo : trois légumes japonais au carrefour de l'ethnobotanique et de l'ethnolinguistique." (In : Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, 29ᵉ année, bulletin n°2, Avril-juin 1982. pp. 179-183) :


Mais on consomme aussi les feuilles d'une autre plante également appelée yama-gobô, le Phytolacca esculenta Van Houtt. Cette espèce, cultivée depuis une cinquantaine d'années dans la région, est également désignée par le terme : tô-no-gobô, nom vernaculaire probablement adopté, dit-on, pour éviter les risques de confusion avec l'espèce sauvage déjà citée. Pour cette appellation, deux explications m'ont été fournies par les habitants de la région : il s'agit soit de « bardane de Chine », tô s'appliquant normalement à la dynastie des Tang (2), mais étant repris dans de nombreux composés, en particulier des noms de plantes, pour indiquer leur origine chinoise. L'autre signification possible est « bardane en cône », ou « en stupa », car tô pourrait être la prononciation d'un autre caractère dont le premier sens est stupa, et qui permet souvent de désigner les objets de forme allongée : dans ce cas précis, il s'agirait de l'inflorescence en grappe, qui différencie nettement cette espèce de la bardane.

Cependant, ce phytolaque est le plus souvent désigné par yama-gobô, et c'est encore sous ce terme qu'on le trouve dans les flores générales du Japon, comme celle de Makino, où il est précisé que ce nom est dû à la ressemblance de ses feuilles avec celles de la bardane-gobô. Ces feuilles sont consommées ici comme l'épinard, c'est-à-dire simplement ébouillantées, puis égouttées et assaisonnées d'un peu de sauce de soja. De plus, c'est, dit-on, une plante médicinale considérée comme remède de l'hypertension et des maladies du cœur. Son odeur qualifiée de « médicamenteuse » la protège des insectes, dit-on encore, et cette même odeur déconcerte un peu ceux qui en mangent pour la première fois, « mais quand on s'y habitue, on finit par en aimer le goût », précisent certains informateurs. Cependant, sa racine, vénéneuse, n'est pas comestible.

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Victoria Hammiche, Rachida Merad, and Mohamed Azzouz, auteurs de Plantes toxiques à usage médicinal du pourtour méditerranéen. (Paris : Springer, 2013) rapportent des usages de cette plante américaine :


Usages traditionnels

Son fruit charnu fournissait une teinture violette très appréciée pour les tissages et pour colorer les vins de qualité inférieure d'où Ie nom fréquent de Teinturier. Elle a été détrônée par la garance dont la solidité de la teinture devint légendaire tant pour Ie rouge des uniformes de l'armée française que pour celui des « chechias ».


Utilisations thérapeutiques

Les seules utilisations thérapeutiques connues sont homéopathiques : teinture mère de Phytolaque associée à celles d'Erysimum et de Grindelia, à utiliser en gargarismes pour éviter les maux de gorge et l'enrouement liés à l'arrêt du tabac ; teinture mère de Phytolaque associée à celle de Souci et en bains de bouche pour apaiser l'inflammation de la muqueuse buccale et pour les problèmes dentaires [3].


Phytochimie

La composition chimique est dominée par la présence de saponosides et de lectines dans tous les organes. Des phytolaccosides, saponosides et genine triterpénique pentacyclique, ont été mis en évidence dans la racine ; des composes de ce type, dont la genine est voisine de la phytolaccagenine de la racine, sont présents dans les fruits (acide jaligonique) et les graines. Sur la côte Est-algérienne, la place centrale de Cherchell- l'antique Césarée - offre un spectacle saisissant, avec ses dizaines de bellombra gigantesques dont les protubérances du tronc sont utilisées par les promeneurs en guise de sièges.

La feuille, la graine et la racine renferment des lectines.

La racine et les fruits immatures renferment des phytolaccaines ; dans les racines, on trouve un phytostérol : l'alpha-spinasterol.

II existe des composés flavoniques (kaempferol et quercetine), des acides phénols libres dans la feuille et les dérivés anthocyaniques qui colorent en rouge les tiges et les fruits.

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Sophie Polydor, dans son Étude des pratiques vétérinaires traditionnelles des peuples ixil au Guatemala. (2017. Thèse de doctorat), s'attache quant à elle à recenser les utilisations relatives au traitement des animaux :

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Aucune des familles enquêtées ne traite ses volailles avec un antiparasitaire externe à base de plantes. Ces antiparasitaires sont exclusivement réservés aux porcs et aux petits ruminants. Les shampoings sont préparés à base de plantes traditionnelles connues pour être utilisées comme savon par les ancêtres mayas. Il s'agit du phytolaque ou du savonnier. Les préparations de shampoings sont nombreuses. Le plus souvent, les fruits du phytolaque sont mélangés dans de l’eau froide, parfois mélangés avec les fruits de la lampourde d’Orient (Xanthium strumarium), de la cendre végétale ou encore du savon conventionnel. Une éleveuse baigne son cheval avec une décoction de phytolaque et de chilacayote (Cucurbita ficifolia). Les fruits du phytolaque (Phytolacca icosandra) sont aussi mélangés avec les racines de l’oreille d’éléphant (Xanthosoma robustum), des feuilles de tabac et la résine du pin (Pinus sp.), toujours en décoction.

[...]

Usages et activités citées et non documentées :

  • Substitut du savon au Guatemala et teinture (fruits mûres) (Standley, Steyermark 1946)

  • Utilisé dans le traitement de mammites bovines aux Etats-Unis (Standley, Steyermark 1946)

  • Les fruits sont utilisés comme savon pour laver les vêtements, ils ont une activité mollusquicide et spermicide (Hernández-villegas et al. 2012).

  • Les feuilles et racines sont utilisées pour de nombreuses affections chez les humains et les animaux : vers, gale, pellicules, démangeaisons, maux de tête, rhumatismes, irritations cutanées, douleurs d'estomac et parasites intestinaux des enfants (Ascasris sp.) (Hernándezvillegas et al. 2012).




Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque ainsi le Raisin d'Amérique :

25 septembre

(La Bastide)


Rouge vineux vif, la tige du phytolaque, colonne d'un univers de songe dans les broussailles inexplorées ; pourpre-violet, marginés de vert et de noir d'encre, les grains bizarre de ce raisin d'Amérique ; violet-rouge et jaunâtres, ses feuilles à la découpe longue et molle.

Je suis botaniste au Nouveau Monde, un continent dans l'œil, à l'heure de la découverte immense - avant la catastrophe industrielle. Audubon et Thoreau marchent avec moi dans l'émerveillement vierge de la Nouvelle-Angleterre.

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