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  • Photo du rédacteurAnne

Le Monotrope sucepin




Le mot monotrope signifie en grec tourné d’un seul côté.


Autres noms : Monotropa hypopitys ; Monotrope à grappes ; Monotrope du pin ; Monotrope sous-pin ; Monotrope Suce-Pin ; Sucepin ; Sucepin multiflore ;




Botanique :


Dans son Essai d'une nomenclature française normalisée des genres, version du 12 novembre 2018, David Mercier (avec la relecture de Daniel Mathieu et Pierre Papleux) précise la nomenclature :


En France, deux noms sont donnés au genre Monotropa, Monotrope et Sucepin (variante : Suce-pin). Sur la base de la phylogénie et de la morphologie (Neyland et Hennigan 2004, Broe 2014), le genre Monotropa a été scindé à nouveau en Monotropa (contenant Monotropa uniflora, absent de France) et Hypopitys (contenant Hypopitys monotropa, synonyme Monotropa hypopitys, considérée ici la seule espèce de ce genre). Dans ces conditions, il est proposé de réserver le nom Monotrope au genre Monotropa sensu stricto, et de dédier le nom de Sucepin au genre Hypopitys. Représenté par le Sucepin multiflore (Monotropa hypopitys, synonymes Hypopitys monotropa, Hypotipys multiflora), qui est divisé en deux sous-espèces en France, les Sucepin glabre (Monotropa hypopitys subsp. hypophegea) et Sucepin poilu (Monotropa hypopitys subsp. hypopitys). Il est possible que ce genre contienne en réalité plusieurs espèces, auquel cas la ou les espèces présentes en France seront à réévaluer.

 




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Bienfaits thérapeutiques :


Lucienne Bezanger-Beauquesne et Madeleine Pinkas, autrices de "Plantes médicinales de la région du Nord (Nord, Pas-de-Calais, Somme)" (in : Bulletin de la Société Botanique de France, 111 : sup3, pp. 380-404 ; © 1964 Taylor and Francis Group, LLC) signalent le Monotrope sucepin comme :


Antispasmodique et béchique.

 

Selon Jean-Claude Rameau, Dominique Mansion et G. Dumé, auteurs d'une Flore forestière française : guide écologique illustré, tome 2 (Forêt privée française, 1989, 2421 p.) :

Plante pectorale (utilisée contre la coqueluche).

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Usages traditionnels :


Dans le guide intitulé Plante protégées, menacées de la région Nord-Pas-de-Calais (© Centre Régional de Phytosociologie agréé Conservatoire Botanique National de Bailleul, 2005) sous la direction de F. Duhamel et F. Hendoux, on apprend que :


Cette plante a souvent été employée à l'état de poudre en médecine vétérinaire populaire contre la toux des brebis.

 

Robin Arma, dans un document intitulé Plantes alimentaires donne le Monotrope sucepin comme une plante comestible :


Utilisation alimentaire : Plante entière cuite.

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Symbolisme :


Jacques-Paul Migne, dans son Dictionnaire de paléographie, de cryptographie, de dactylogie, d'hiéroglyphie, de sténographie et de télégraphie. Vol. 47. (chez M. J-P. Migne, éditeur, 1854) nous donne l'équivalence de la fleur dans le langage de Flore :


Monotrope Sucepin - Tournant.

 

Dans La Vie secrète des champignons (Güthersloher Verlagshaus, 2017 ; Éditions des Arènes, 2019 pour la traduction française) Robert Hofrichter évoque notre regard évaluatif sur la nature :


Le monotrope sucepin : une sombre crapule parée de blanc

Pour finir, nous allons voir, avec l'exemple du monotrope sucepin (Monotropa hypopitys), une plante commune dans tout l'hémisphère Nord, que l'admiration pour l'inventivité de la nature peut porter sur des objets que nos catégories morales tendraient à juger « mauvais ». Nous avons déjà évoqué ce phénomène extraordinaire qu'est la mycorhize. Compte tenu de la créativité dont fait montre l'évolution, il eût été surprenant qu'aucun être vivant n'ait eu l'idée de dévoyer ce système parfait. C'est là qu'entre en scène le monotrope sucepin, une plante parasite dont la couleur blanc jaunâtre n'est pas sans rappeler l'asperge. XDépourvue de chlorophylle, elle ne réalise pas de photosynthèse. Elle s'abreuve grâce à une connexion à l'association mycorhizienne entre les arbres et les champignons alentour. en s'infiltrant dans le canal de communication des deux partenaires, le monotrope sucepin joue ne quelque sorte le rôle de pirate informatique, pour filer l'image du WWW évoquée plus haut

Si cette plante étrange est connue depuis longtemps des spécialistes de la mycorhize, on a longtemps cru qu'il s'agissait d'un saprophyte, un organisme se nourrissant de biomasse organique morte, comme c'est effectivement le cas de nombreux champignons. Cette thèse est devenue caduque lorsque l'on s'est intéressé de plus près à la mycorhize des tricholomes : il s'est avéré que le monotrope sucepin parasitait les hyphes symbiotiques reliant ces champignons aux arbres. Il fallut alors inventer un nouveau mot pour désigner ce mode d'existence particulier : la myco-hétérotrophie. le Suédois Erik Björkman a mis ce phénomène en évidence dès 1960 à l'aide de traceurs radioactifs, et c'est également lui qui est à l'origine du terme épiparasitisme pour qualifier cette forme de larcin alimentaire.

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Une étude de l'Observatoire de la Fabrique Spinoza inspirée par Alexandre Jost fait du Monotrope suce-pin un symbole du handicap :


L’imperfection de la nature devient force : Dans son livre La vie secrète des arbres (2015), Peter Wohlleben bat en brèche une idée reçue : si, selon l’imaginaire commun, les arbres se font compétition pour la lumière dans une forêt, dans le même temps, l’ombre portée par les grands arbres aux plus petits ou aux plus jeunes leur permet de croître plus progressivement, et ce faisant, de consolider leur structure. Ce processus permet que les arbres qui atteignent une taille importante le fassent en robustesse et donc puissent résister aux intempéries et autres aléas de la vie de l’arbre. La vulnérabilité de l’ombre devient la force de la croissance tranquille.

Selon Charles Gardou, expert de la question du handicap, l’individu a tendance à fuir sa condition humaine, à savoir sa fragilité inhérente, empêtré dans un culte de la performance. Or, il n’existe aucun règne vivant qui ne soit pas fragile. Le Monotrope Sucepin nous le rappelle. En effet, on pourrait qualifier cette plante de “plante handicapée” en ce que, dépourvue de chlorophylle, elle ne peut réaliser le processus de photosynthèse. Pour autant, cette plante vit bien : elle vit en symbiose avec des champignons (les Tricholomes) qui produisent des tissus (des ectomycorhizes et des mycorhizes) à la racine des arbres, lesquels transportent la chlorophylle des arbres vers les Monotropes. Ce système de compensation naturelle permet à cette plante de vivre pleinement avec très peu de luminosité. Son handicap compensé devient une force réelle. Cet exemple nous montre qu’il est possible de transformer la “déficience” et inviter à s’acheminer vers une société plus inclusive, ou comme dirait Charles Gardou : “une société mature, face à ses fragilités, à la diversité, à la richesse de ces talents niés demeurant inconnus”.

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Voir aussi : Monotrope uniflore ;

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