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Le Bois-joli




Autres noms : Daphne mezereum ; Bois de garou ; Bois d'oreille ; Bois-gentil ; Cancerille ; Daphné bois-gentil ; Daphné morillon ; Faux-garou ; Garoutte ; Jolibois ; Lauréole femelle ; Lauréole gentille ; Lauréole jolie ; Lauréole Malherbe ; Merlion ; Mézéréon ; Morillon ; Verdelet ; Vert-bois ;




Botanique :


Le site Phyto-réponse propose la descrption du Bois-joli suivante :

Le mézéréon est un arbrisseau de 1,20 mètre de haut, à tige grise, souple mais dressée, rameuse, revêtue d'une écorce brune ou grisâtre. Les feuilles, alternes, lancéolées, caduques et ovales, sont d'un vert pâle ou jaunâtre, un peu glauque en dessous, glabres. Les fleurs rouges ou roses, sont sessiles, latérales. Elles s'épanouissent de février à avril, avant l'émergence des feuilles. Les fruits sont des petites baies rouges ovoïdes.

Le mézéréon pousse dans les montagnes humides et les bois d'Europe, d'Afrique du Nord et de l'ouest de l'Asie. On ne doit choisir que l'écorce du tronc de l'arbuste. La récolte de l'écorce des rameaux se fait au printemps et elle ne doit pas être conservée plus de 2 ans. Elle doit être séchée en petits fragments à l'air et à l'ombre, puis doit être conservée en sachets. Lorsqu'elle est sèche, on la trouve chez les herboristes, en morceaux minces, roussâtres.




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Utilisations traditionnelles :


Alfred Chabert dans De l'emploi populaire des plantes sauvages en Savoie (in Bulletin de l'Herbier Boissier, Vol. III, nʻ5-6-7, sous la direction de Eugène Autran, Genève, 1895) évoque ainsi le Bois-joli :


Antisyphilitiques : Décoction de la racine et de l'écorce du Bois-joli, Daphne mezereum. Elle a une action sudorifique, comme la salsepareille, mais cette action est légère et bien insuffisante. Lorsque les malades la prennent pendant la période secondaire, ils lui attribuent la disparition des accidents, ne sachant pas que la plupart n'ont qu'une durée limitée. Aussi jouit-elle d'une certaine vogue. Une vieille femme de la montagne en apporte chaque année de nombreux paquets à Chambéry où elle les vend à beaux deniers comptants aux malheureux atteints ou se croyant atteints de syphilis. Le Daphne alpina bien plus rare est aussi employé.

 

Pierre Julien, auteur de "La pommade épipastique de Borde." (in Revue d'Histoire de la Pharmacie, 1970, vol. 58, no 204, pp. 13-16) précise les vertus médicinales des Daphne :


La pommade de Borde se présente comme une combinaison de substances stimulantes extraite de Mézéréons. Ce dernier terme, typique du Mezereum, est apparemment employé ici pour désigner également les autres arbrisseaux du genre Daphne (famille des Thyméléacées). Quatre espèces de Daphne indigènes en France ont été utilisées en médecine, de nos jours presque exclusivement en usage externe, mais autrefois, aussi comme purgatif drastique : Daphne mezereum L., bois gentil, bois joli ou joli bois, est assez courant ; Daphne cneorum L., thymélée, est plus rare ; Daphne laureola L., lauréole, est assez commun dans la région parisienne ; Daphne gnidium L., sain bois ou garou, propre aux maquis méditerranéens, semble l'espèce type du point de vue phytopharmaceutique, les autres n'étant que des substituants. Tous renferment dans leur écorce des dérivés coumariniques et une résine aux propriétés rubéfiantes et vésicantes affirmées, le garou surtout .

On leur attribuait à l'époque de Borde de plus larges vertus. Le Dr Bernard Peyrilhe, dans son Tableau méthodique d'un cours d'histoire naturelle médicale, les tient pour rubéfiantes, corrosives, excoriantes, cardialgiques, émétiques, anti-vénériennes et leur donne pour usages : ulcères putrides, carcinomes, exostoses fausses, tumeurs froides-vénériennes, maladies acrimonieuses (extérieurement, pour former des exutoires), morsures venimeuses ou rabieuses {appliqué). Il précise que la thymélée est un poison mortel : douze baies, selon Linné, ont suffi à tuer une jeune fille ; mais employée prudemment, elle a produit de grands et d'excellents effets. Son écorce sert à pratiquer des exutoires. Elle est préférable verte ; sèche, on la fait macérer dans le vinaigre, pour la ramollir, et même, dit-on, pour augmenter son activité.

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Francis Trépardoux, auteur de "La flore médicinale des Alpes." (In Histoire des sciences médicales, vol. 47, n°3-2013, p. 391.) ajoute ces quelques éléments :


- les daphnés, joli bois (Daphne mezereum, daphne alpina L., Thyméléacées) forment un groupe donnant le bois de Garou, renfermant un principe âcre vésicant, résinoïde, pouvant causer des rougeurs par sa seule manipulation. C’est un irritant, diurétique et purgatif, qui fut utilisé contre la syphilis, en infusion ou en sirop (cf. les travaux de Vauquelin sur Daphne alpina) ; épispastique pour les vésicatoires ou en pommades. À l’époque de Broussais, l’usage des emplâtres vésicants dans les hôpitaux de Paris mettait en œuvre des quantités importantes de bois de Garou, avec l’avantage d’obtenir une suppuration intense et indolore (cf. le procédé de Frigerio, pharmacien de l’hôpital de la Maternité - Port Royal à Paris, 1828). Leur aspect extérieur est celui d’un arbuste ligneux à feuilles courtes vernissées portant des fruits rouges, petites baies écarlates.

 

Sur le site Remèdes de grand-mère, on découvre que le Bois-joli était recommandé contre le zona :


Sur le zona, [....] vous pouvez aussi poser un cataplasme de mézéréon, ou Bois-Gentil (Dâphne Mezereum) : Arracher un morceau d’écorce, la mettre dans de l’eau vinaigrée à macérer 2 heures, puis appliquer du côté interne sur la peau enflammée. Attention plante très toxique, ne jamais en consommer ou en ingérer, lavez-vous consciencieusement les mains après l’avoir manipulée ou mieux, utilisez des gants.

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Symbolisme :


Selon Philippe François Nazaire Fabre d'Églantine, auteur du Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française, p. 23 :


Dans le calendrier républicain, le Bois-joli était le nom attribué au 8e jour du mois de pluviôse.

 

Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) nous livrent leur vision de ce bel arbuste :


Hiver - Janvier.

L 'AURÉOLE FEMELLE OU BOIS-GENTIL- COQUETTERIE, DÉSIR DE PLAIRE.


La tige de l'auréole femelle, ou bois-gentil, est recouverte d'une écorce sèche qui lui donne l'apparence du bois mort. La nature, pour cacher sa difformité, a environné chacun de ses rameaux d'une guirlande de fleurs purpurines, qui se déroule en spirale, et se termine par une petite touffe de feuilles qui affecte la forme d'une pomme de pin. Un parfum indéfinissable, exquis et dangereux, s'échappe de ces tiges légères, qui souvent fleurissent vers la fin de janvier. Cette plante apparaît au sein des neiges, revêtue de sa charmante parure ; on dirait une nymphe imprudente et coquette, qui, à demi transie, se pare, au milieu de l'hiver, de sa robe de printemps.

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Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Lauréole femelle ou bois gentil - Coquetterie ou Désir de plaire.

Cet arbrisseau fleurit au milieu des neiges : on dirait une coquette qui se pare en hiver de sa robe de printemps.

 

Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


JOLIBOIS - GENTILLESSE.

Les branches du jolibois, ou Daphné bois-gentil, ressemblent à des thyrses entourés d'une guirlande mon tante de fleurs couleur pourpre, groupées par bouquet.

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Emma Faucon, autrice d'un ouvrage intitulé Le langage des fleurs. (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) rapporte une équivalence du Calendrier de Flore :


Février - Daphné, Bois gentil.

Pendant ce mois les arbres sont encore dépouillés de leur feuillage, la nature semble morte et les campagnes sont désertes.

Ah ! plaignons le mortel qui, dans ce triste jour,

Contraint de s'avancer vers un lointain séjour,

Ne reconnaissant plus ni coteau, ni prairie,

Traine un pas égaré sur la neige qui crie.


Mais bientôt apparaît une petite fleur qui vient nous annoncer le retour des beaux jours et le perce-neige nous console quand la nature grelotte sous son blanc linceul.


Puis l'autrice s'intéresse au symbolisme de cet arbuste dans le langage des fleurs traditionnel :


Lauréole ou Daphné-Bois gentil - Coquetterie - Désir de plaire.

Au milieu des neiges fleurit un charmant arbrisseau couvert de fleurs rouges qui embaument l'air. On dirait une coquette qui se hâte de se parer de sa robe de printemps afin d'éclipser toutes ses rivales. De même aussi que la coquette est perfide, le bois gentil renferme dans son écorce un principe vésicant qui, comme le daphné garou, son voisin, est d'un emploi excessivement dangereux.

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Dans son Nouveau Langage des fruits et des fleurs (Benardin-Béchet, Libraire-Éditeur, 1872) Mademoiselle Clémentine Vatteau poursuit la tradition du Sélam :


L'AURÉOLEBOIS-GENTIL : Coquetterie ; Désir de plaire.

Cette fleur s'épanouit après les neiges. Elle n'épargne rien pour charmer nos regards.




Mythologie :


Pour Alexander Haggerty Krappe, auteur d'Études de Mythologie et de Folklore germaniques (Éditions Lulu.com, 2018) :

Les flèches de Tyr


Au chapitre IX de sa Mythologie germanique, Jacob Grimm fit observer qu'il y a plusieurs noms de plantes norois évidemment dérivés du nom de Tyr, dieu germanique, d'abord du Ciel, plus tard, de la Guerre. Il s'agit de Viola canina, appelée Tysfiolia en norois, d'Aconitum nipellus, connu, dans la vieille Scandinavie, sous le nom de Tyrhjalm mais aussi sous ceux de Thorhjalm et de Thorhat, et de Daphne mezereum, le Tyvidr norois. De ces trois, le premier s'explique sans difficulté, ainsi que Grimm l'a bien vu, par une traduction littérale de Viola Martis. On sait que le Tyr germanique est l'équivalent du Mars romain, et la traduction est par conséquent l'œuvre de quelque antiquaire islandais des temps historiques. Il n'en est pas de même des deux autres noms, qu'on n'a pas jusqu'ici explique d'une façon vraiment définitive. M. Paul Herrmann par exemple pensait que le Tyvidr reçut son nom, dérivé de Tius « dieu du Soleil et de l'année solaire » parce qu'il fleurit au printemps. [...]

Il paraît qu'on n'a pas observé jusqu'ici que les deux plantes en question, l'aconit et le mézéréon sont des herbes vénéneuses. C'est que les philologues ne sont pas ordinairement des botanistes. Nous pensons donc que ces qualités pharmacologiques pourraient y être pour quelque chose pour expliquer cette curieuse nomenclature d'autant plus que les herbes médicales joue un rôle bien plus important dans la vie de l'homme primitif que nous autres modernes, habitants des grandes villes, ne nous imaginons. Regardons donc d'un peu plus près le caractère botanique et toxicologique de ces plantes.

[...]

La deuxième, Daphne mezereum, a certes une histoire beaucoup moins éclatante que l'aconit. Cependant, ses qualités pharmacologiques et toxicologiques n'étaient pas ignorées de nos ancêtres. Ecoutons ce qu'en dit Culpeper dans son herbier :


... It is Saturnine. The whole plant has an exceeding acrid biting taste, and is very currosive. An ointment prepared from the bark, or the berries is a serviceable appplication to foul ill-conditioned ulcers... The bark of the root, or the inner bark of the branches, is to be used, but it requires caution in the administration, and must be only given to people of robust constitutions, and very sparingly even to those ; for if given in too large a dose, or to a weakly person, it will cause bloody stools and vomiting...


En effet, on s'en servait à des fins criminelles dès le XVe siècle, mais aussi comme remède convenant pour exterminer la vermine qui infeste les animaux domestiques. Les noms portés par cette plante le confirment ; qu'on compare all. Hühnertod, Wolfsbast, Schlangenbeer, russ. woltschowok, woltschji jacodi, woltschji perez. Ajoutons une curieuse légende selon laquelle le mézéréon joue un rôle sinistre dans le drame de la Passion et qui ne laisse pas de doute sur le caractère omineux de la plante :


Jadis le mézéréon était un grand arbre ; mais lorsque les Juifs en firent la croix du Christ, il fut frappé d'une malédiction et devint le petit arbrisseau qu'il est maintenant.


L'effet principal du poison de Daphne mezereum est celui de produire des inflammations d'épiderme, et c'est en raison de cette qualité, paraît-il, qu'on s'en est servi autrefois. Or, il est assez remarquable que d'autres plantes se distinguant par la même caractéristique, aient été utilisées pour empoisonner les flèches. Les anciens Gaulois par exemple avaient recours à Rhanunculus Thora, herbe vénéneuse et possédant à peu près les mêmes vertus que le mézéréon. [...] Il est donc a priori très probable que le mézéréon fut utilisé en Europe, aux temps préhistoriques, pour empoisonner les flèches. Par malheur, les sources historiques sont tellement pauvres et dénues de faits utiles qu'il est impossible d'en venir à des conclusions plus nettes.

Le silence des chroniqueurs médiévaux es d'autant plus curieux qu'on ne saurait entretenir le moindre doute sur l'emploi en guerre de plusieurs poisons par les nations soi-disant civilisée de l'Europe chrétienne et que cette habitude continua jusqu'à la grande révolution qui se produisit en Europe, pour ce qui concerne les armes offensives, au XVe siècle. Déjà les auteurs grecs et romains constatent que les Gaulois se servaient de flèches empoisonnées, pour ne rien dire des peuples « aryens » du Proche Orient et des Maures de l'Afrique du Nord.

[...]

Tyr est donc un vieux dieu de la flèche, quoique, certes, non pas exclusivement de la flèche, et c'est ce qui explique très bien, non seulement la rune ᛏ [Tiwaz] mais aussi les noms norois de l'aconit et du mézéréon, deux herbes vénéneuses dont on a utilisé la première certainement, la deuxième très probablement pour empoisonner les flèches. Ajoutons que le mézéréon porte le nom du dieu de la guerre non seulement en Scandinavie mais aussi chez les Germains du sud.

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Littérature :


« Elle [la sorcière] aime aussi à le [Satan] nommer du petit nom de verdelet, jolibois, vert-bois, ce sont les lieux favoris de l'espiègle »

Jules Michelet, la Sorcière.

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Voir aussi : Garou ;

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