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  • Anne

La Scabieuse




Étymologie :

Étymol. et Hist. xiiie s. scabiose (Simples médecines, 1096, éd. P. Dorveaux, p. 187) ; 1314 scabieuse (Henri de Mondeville, Chirurgie, 2068, éd. A. Bos, t. 2, p. 179). Empr. au lat. médiév. scabiosa « scabieuse » (1250 d'apr. Latham), subst. fém. tiré du lat. scabiosus « galeux » (dér. de scabies « gale »), cette plante ayant été utilisée comme remède contre la gale. Voir FEW t. 11, p. 263a.


Lire également la définition du nom scabieuse pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :




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Symbolisme :


Emma Faucon, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Guérin, 1860) nous donne le calendrier de Flore ainsi que la signification de la scabieuse :


Août — Scabieuse des montagnes

Dans le mois d'août on célébrait de grandes fêtes en l'honneur de Rhéa, déesse de la terre. Avant de commencer la moisson, les paysans allaient porter des offrandes sur l'autel de cette divinité : Les moissonneurs en foule avancent vers la plaine, L'épi, qu'un doux zéphyr au gré de son haleine Courbe, roule, relève et courbe et roule encor, Promet à leurs travaux sa chevelure d'or. Ce salaire promis enflamme leur courage, Et chacun tout entier s'abandonne à l'ouvrage. A l'envi l'un de l'autre, ils frappent les épis : La faucille à leurs pieds les étale en tapis.

[…]

Scabieuse — Deuil, Veuvage, Fleur des veuves Fleur d'un pourpre noir foncé qui, cultivée, a donné de nombreuses variétés. On la plantait sur les tombeaux.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Cette plante herbacée à fleurs blanches, bleues ou lilas, utilisée autrefois contre les maladies de la peau et surtout contre la gale, d'où son nom dérivant du latin scabiosus (galeux), est appelée également « mors du diable » à cause des marques laissées par ce dernier, en particulier sur sa racine à demi coupée. En effet, le démon, jaloux de ses nombreuses vertus, l'a entaillée d'un coup de couteau, pour empêcher que saint Michel, conte qui il se battait, ne pût profiter des bienfaits de cette herbe.

La scabieuse, qui est « l'emblème de la parole de Dieu », naquit, selon une légende des environs de Lorient, de la sollicitude de la Vierge : une veuve malheureuse cherchait un soir de la Toussaint des coquillages pour la tombe de son mari et pleurait de ne trouver que des coquilles nacrées ; « elle se mit à demander des fleurs à la Sainte Vierge, et ses larmes est tombant sur le sable des dunes, se changèrent en petites fleurettes aux tons violets et aux couleurs de deuil : c'est la scabieuse des mielles, qu'on appelle en Bretagne la fleur de la veuve ».

Selon le Grimoire du pape Honorius, la scabieuse, cueillie la veille de la Saint-Pierre, avant le lever du soleil, et placée sur l'autel puis réduite en poudre, porte bonheur et fait gagner un jeu celui qui porte cette amulette sur lui. Dans la Vienne sa fleur sert aux amoureux dont la famille contrarie les projets: chacun garde une moitié de la fleur coupée en deux pendant neuf mois. « Au bout de ce temps les parents qui s'opposent à leur mariage mourront sûrement et les amants seront unis. » On dit d'ailleurs, près de Dijon, que la jeune fille qui avec un couteau n'enlève pas en une seule fois l'intérieur de la fleur, risque de subir l'opposition de ses parents au mariage qu'elle souhaite. En revanche, si elle y parvient, elle sera de nombreuses fois mère mais sans mari (Valence).

Une femme de plus de quarante ans qui urine sur des scabieuses « connaîtra un fort moment de passion avec un veuf riche, mais la liaison risque de mal se terminer ». En Belgique, les jeunes filles choisissent entre plusieurs soupirants en donnant un nom à chaque bouton de la plante. Celui qui fleurira le mieux indique l'élu.

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Selon le rapport de Catherine REYNAUD-MAURUPT sur les plantes hallucinogènes intitulé Usages contemporains de plantes et champignons hallucinogènes, une enquête qualitative exploratoire conduite en France paru en décembre 2006, la scabieuse aurait des vertus hallucinatoires :

En Europe, ces pratiques de consommation de « plantes » hallucinogènes étaient plus rares, et sont souvent décrites comme tombées en désuétude après le Moyen Âge. « L’Europe médiévale, quoique chrétienne, connaissait, elle aussi, de nombreuses substances excitantes ou hallucinogènes : mais ce savoir, issu des traditions préchrétiennes, était marque et preuve de sorcellerie et de fréquentation diabolique. La pharmacopée « diabolique » faisait appel à des plantes divinatoires dont certaines furent très utilisées en Inde, comme dans le continent amérindien ou en Extrême-Orient : des Solanacées comme le datura, la stramoine, la jusquiame noire, la mandragore, la morelle furieuse ; des ombellifères – l’ache, la cerle, la ciguë, la coriandre – l’aconit, la scabieuse, etc. Toutes ces plantes furent longtemps utilisées à des fins magiques, le plus souvent divinatoires ou comme philtres avant de devenir des bases médicamenteuses pour la médecine scientifique » (Juilliard, op. cit.).

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