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La Sardoine




Étymologie :


  • SARDOINE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1100 sardonie (Roland, éd. J. Bédier, 2312); déb. xiies. sardoine (Lapidaire de Marbode, éd. L. Pannier, p. 43). Empr. au lat.sardonyx « onyx de Sardaigne », gr. σ α ρ δ ο ́ ν υ ξ « id. ».


Lire également la définition du nom sardoine afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Gemmologie :


Charles Barbot, dans son Traité complet des pierres précieuses contenant leur étude chimique et minéralogique: les moyens de les reconnaître sûrement leur valeur approximative et raisonnée, leur emploi, la description des plus extraordinaires et des chefs-d'œuvre anciens et modernes auxquels elles ont concouru. (Lacroix et Baudry, 1858) nous apprend quelques anecdotes à propos de la sardoine :


Sans chercher ici à résoudre la question tant controversée de l'étymologie du mot — sardoine — que quelques- uns font venir de Sardes, demeure des rois de Lydie, ou de la Sardaigne, où il s'en trouve, ou de ce qu'elle a la couleur des sardines salées , ce qui prouverait l'ancienneté de ce mets, nous ne nous occuperons que de ses caractères physiques et de l'emploi qu'on en a fait dans la joaillerie et dans les arts somptuaires.

La sardoine est un quartz agate de couleur fauve, ni jaune ni rouge et tenant cependant des deux.

Sa pesanteur spécifique est de 2,603. Constituée par les mêmes principes que la cornaline, elle n'en diffère essentiellement que par la couleur et par un peu plus de finesse de pâte. Vue de face, la sardoine est fauve, riante , légère et parfaitement éclairée, tandis qu'inclinée, ses couleurs s'assombrissent.

La beauté de la sardoine gît dans la pureté et l'égalité de sa couleur, et si elle joint à cela la dureté, on la qualifie de sardoine orientale, suivant la règle adoptée pour désigner les pierres précieuses supérieures.

Celle-ci nous vient des Indes, de l'Arabie, de l'Égypte, de l'Épire, d'Arménie, etc. Cette espèce est pommelée, très agréablement nuancée, limpide jusqu'à presque la transparence et a tout l'aspect de la corne la plus pure.

La Bohême et la Silésie nous fournissent aussi des sardoines mais bien inférieures ; elles sont sans prix et presque sans usage ; leur teinte enfumée, parsemée de taches sourdes bleuâtres, les rendent impropres à tout emploi .

La sardoine se taille généralement en goutte de suif ovale plus ou moins relevée suivant l'intensité ou la faiblesse de sa couleur. Cette pierre a été employée dans beaucoup d'ouvrages d'art et souvent gravée. Pour ce dernier art on a presque constamment choisi celle dite sablée. C'est une espèce de sardoine d'une belle couleur, mais parsemée de petits points opaques, d'une couleur plus foncée, qui, s'ils étaient scintillants, lui donneraient presque l'apparence de l'aventurine.

Les intailles les plus célèbres exécutées sur sardoine , sont : Mars et Vénus surpris par les dieux, gravé par Valerio Vicentini.

Ce sujet, d'une grande dimension , parfaitement exécuté, présente neuf figures. Il faisait partie de la collection d'Orléans.

On cite encore les noces de Cupidon et de Psyché, sur sardoine gravée par Triphon. Cette belle pierre est à Londres dans la collection des héritiers de Jean Germain. Cet admirable morceau, quoique petit, n'en contient pas moins cinq figures. On y remarque surtout les visages de Cupidon et de Psyché, la tête recouverte d'un voile si délié que l'œil ne perd aucun trait.

L'inventaire des curiosités de la couronne de France de 1791 fait mention de deux vases en sardoine estimés 64,000 fr. ; six coupes estimées 167,500 fr.; deux tasses, 1,600 fr.; une burette, 1,500 fr. et une urne, 600 fr. Mais la pièce la plus remarquable est une plaque de sardoine orientale d'un gris jaunâtre mêlé de brun de dix- neuf centimètres de diamètre, sur laquelle on a gravé une tête de Méduse au front ailé. Ce magnifique et unique morceau est évalué 12,000 fr.

Les anciens Étrusques faisaient grand cas d'une espèce particulière de sardoine qu'ils surnommaient -barrée. En effet, au milieu de deux portions de sardoine translucide, on rencontre une couche de matière opaque blanche qui s'y trouve interposée. Cet effet est très curieux, surtout mis en œuvre.

On connaît en gravure sur cette singularité, Tidée s'arrachant un bout de javelot de la jambe droite. Son nom est écrit en étrusque.

Cette pierre, admirablement dessinée sous le rapport anatomique, marque cependant la roideur du style étrusque; le revers présente un scarabée. Elle est maintenant à Livourne.

En somme, cette pierre est très anciennement connue, puisqu'on raconte que Mithridate en avait une collection de quatre mille, et il fallait qu'elle fût bien estimée pour que le fameux Polycrate, tyran de Samos, en jetât une dans la mer, comme ce qu'il avait de plus précieux, afin de faire un sacrifice à la fortune qui l'accablait de ses faveurs. On sait qu'elle fut retrouvée dans les entrailles d'un poisson qu'on lui servit à table. C'était réellement trop de bonheur.

On rencontre encore dans les vieux bijoux et les cachets antiques, des sardoines soit unies soit gravées ; mais l'usage de cette pierre est tombé en désuétude, d'abord par le peu d'extension donné à la gravure sur pierres dures, ensuite parce qu'on n'en trouve plus de belles.

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Symbolisme :


Selon Elie-Charles Flamand, auteur de Les pierres magiques. (Éditions Le Courrier du Livre. Paris) :


LA SARDOINE : Elle apporte la gaieté, le courage, la force morale nécessaires pour supporter l'adversité.

Elle aiguise l'esprit, éloigne les discussions, augmente les richesses, chasse les mauvais songes, prévient les maléfices et la calomnie et donne l'amitié des femmes.

La sardoine qui a la couleur du sang régularise aussi le flux sanguin et arrête les hémorragies.

[...]

Certains Lapidaires occidentaux comme le grand poème pédagogique du Moyen Age sur les pierres précieuses que fut l'ouvrage de Marbode, évêque de Rennes au xi" siècle, se contentent de donner la description des vertus naturelles et surnaturelles des pierres. D'autres, écrits d'après les préceptes des Pères de l'Eglise, cherchent dans les images et les symboles qu'ils empruntent aux gemmes un sujet d'édification et de moralisation. Tels sont les traités de saint Epiphane, d'Anastase le Sinaïte, de Conrand de Haimbourg, de Richard et Hugues de Saint-Victor, de Cornélius a lapide, etc.

Voici, empruntée à toutes ces sources, l'opinion la plus généralement acceptée au Moyen Âge sur la signification mystique des gemmes : [...]

La sardoine, par sa transparence et sa teinte approchante de celle du feu et qui passait pour épouvanter les bêtes féroces, rappelait, elle aussi, la foi qui s'élève, qui aspire à monter sans mesure et s'attache aux choses d'En-Haut, et en même temps le martyre. Saint Barthélémy, dont le corps fut ensanglanté par le plus cruel des martyres et qui était terrible aux démons, fut assimilé à la sardoine.

[...]

D'après l'exégèse mystique, les correspondances des gemmes avec les milices célestes sont les suivantes :

La Sardoine signifie les Séraphins.

 

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


La sardoine, variété brune ou rouge de calcédoine, dont on fait souvent des camées, symbolise le courage. Amulette traditionnelle des guerriers et des soldats, elle protège dans les entreprises périlleuses tout en chassant la peur et en donnant une grande force morale.

Pour certains, « en raison de la profondeur et de la diversité de ses nuances, elle représente l'énergie purificatrice émanée de Dieu et ce détachement des préoccupations matérielles par lequel l'âme s'élève à un plus haut degré de compréhension ». L'archevêque de Mayence (vers 800) associa la pierre à l'apôtre Paul et y vit l'emblème de la vie spirituelle et de l'humilité des saints. Grégoire 1er l'attribua à la hiérarchie angélique des Séraphins. L'illuminé du VIIIe siècle, le suédois Emmanuel Swedenborg, en fit un symbole de « de l'Amour, du Bien et de la Lumière ».

Cette pierre porte chance, procure la gaieté, la sérénité, attire l'amitié des femmes, l'argent, permet de s'élever socialement ou de recevoir des honneurs, et promet la félicité conjugale, surtout si elle est offerte en août. Elle évite les disputes, les colères, les calomnies, conjure le mauvais œil et toutes malveillances. Porter une sardoine ou la tenir dans la bouche serait en outre un remède à la bêtise car elle renforcerait les capacités intellectuelles et la vivacité d'esprit. On prétend encore qu'elle est censée attirer les esprits logiques, analytiques et ceux qui aiment les chiffres.

Selon Pline, la sardoine agit efficacement sur les morsures de scorpion ou d'araignée. La pierre empêche en outre les maux de ventre, arrête les hémorragies, soigne un empoisonnement et évite les cauchemars Elle a un influence bénéfique sur la moelle osseuse, notamment en cas de troubles cellulaires. Un médium américain, Lenora Huett, « a prédit son application future aux techniques de traitement du cancer par les rayons lasers ».

On renforce le pouvoir d'une sardoine en y gravant un aigle.

L'élixir de sardoine, qui accroît la confiance en soi et favorise l'entente avec autrui, est indiqué pour soulager un chagrin, une dépression, l'angoisse. Il développe l'intuition.

Si , en songe, quelqu'un vosu tend cette pierre, attendez-vous à de hautes responsabilités ; si vous le manipulez comme un chapelet, un être proche va commencer un traitement médical. Rêver qu'on contemple des sardoines promet l'abondance, mais il faudra la partager. En acheter une, toujours en rêve, présage une aventure créative.

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Selon Valérie Gontero, autrice de « Un syncrétisme pagano-chrétien : la glose du Pectoral d’Aaron dans le Lapidaire chrétien », (in : Revue de l’histoire des religions [En ligne], 4 | 2006) :


Le lapidaire mixte est consacré aux douze gemmes les plus célèbres de La Bible : celles du Pectoral d’Aaron, reprises en partie par la Jérusalem Céleste. L’Exode décrit deux fois le gigantesque pendentif qui orne la poitrine du Grand Prêtre, élaboré selon les directives divines : « Ils le garnirent de quatre rangs de pierres précieuses : première rangée : une sardoine, une topaze, une émeraude ; deuxième rangée : un rubis, un saphir, un jaspe ; troisième rangée : une pierre d’ambre, une agate et une améthyste ; quatrième rangée : une chrysolite, un onyx et un béryl ; elles étaient serties d'or dans leurs montures (1). »

À la fin de la Bible, L’Apocalypse de saint Jean dépeint la Jérusalem céleste, dont les piliers sont taillés dans les mêmes gemmes, à quelques exceptions près : « Les soubassements du mur de la ville sont ornés de toutes sortes de pierres précieuses ; le premier est de jaspe ; le deuxième de saphir ; le troisième de calcédoine ; le quatrième d'émeraude ; le cinquième de sardonyx ; le sixième de sardoine ; le septième de chrysolithe ; le huitième de béryl, le neuvième de topaze ; le dixième de chrysoprase ; le onzième d’hyacinthe ; le douzième d'améthyste (XXI, 19-20). »

[...] Dans le lapidaire, l’exégèse s’effectue à plusieurs niveaux, de la partie au tout, du microcosme au macrocosme. Ainsi une senefiance est dévolue à chaque gemme, à chaque rangée (parfois même au rang de la gemme sur la rangée) et enfin à l’ensemble des douze pierres du Pectoral. Le texte considère les qualités physiques et la disposition des gemmes pour établir des correspondances avec les qualités morales et les expériences spirituelles des chrétiens, comme l’illustre le tableau suivant, récapitulant les données de la seconde partie du lapidaire.

​Gemme

​Rang sur le Pectoral d'Aaron et dans la Jérusalem céleste

Symbolique des nombres

Couleur

Symbolique religieuse et mystique

les 12 gemmes

Les apôtres

Sardoine

le/6e

Le 1er et le 6e jour

Rouge

La terre dont Adam fut façonné ; Le rouge du péché d'Adam et de nos péchés ; Le sang du vendredi saint

[...] Le raisonnement analogique, qui sous-tend l’ensemble du texte, s’appuie systématiquement sur le nombre et sur la couleur, mais reprend aussi des propriétés décrites dans la partie païenne du lapidaire. L’analogie principale, aux ramifications variées, s’enrichit parfois d’analogies secondaires, qui étoffent et complexifient la glose.

L’analogie par le nombre, véritable mode de pensée au Moyen Âge, est la plus marquante dans le lapidaire. Les clercs accréditent l’exégèse biblique des nombres en se fondant notamment sur le verset suivant : « Mais vous réglez toutes choses avec mesure, avec nombre et avec poids » (Sagesse, XI, 21).

Dans son versant numérique, la glose s’attache au rang de la gemme, sur le pectoral d’Aaron (rang parmi les douze gemmes, rangée, place sur la rangée) et dans la Jérusalem céleste (rang parmi les piliers de gemmes). Pourquoi douze gemmes ? Le douze représente le syncrétisme du nombre matériel 4 et du nombre spirituel 3, et fait écho au 7, qui incarne la perfection. Les gemmes matérialisent les douze tribus d’Israël – comme il est dit dans L’Exode et rappelé dans le lapidaire (v. 601-608) – mais aussi les douze apôtres (v. 662-667).

Rang

Pectoral d'Aaron

​Apôtre

Tribu d'Israël

​1

Sardoine

Matthieu

​Judah

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