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La Sardoine




Étymologie :

  • SARDOINE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1100 sardonie (Roland, éd. J. Bédier, 2312); déb. xiies. sardoine (Lapidaire de Marbode, éd. L. Pannier, p. 43). Empr. au lat.sardonyx « onyx de Sardaigne », gr. σ α ρ δ ο ́ ν υ ξ « id. ».


Lire également la définition du nom sardoine afin d'amorcer la réflexion symbolique.





Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


La sardoine, variété brune ou rouge de calcédoine, dont on fait souvent des camées, symbolise le courage. Amulette traditionnelle des guerriers et des soldats, elle protège dans les entreprises périlleuses tout en chassant la peur et en donnant une grande force morale.

Pour certains, « en raison de la profondeur et de la diversité de ses nuances, elle représente l'énergie purificatrice émanée de Dieu et ce détachement des préoccupations matérielles par lequel l'âme s'élève à un plus haut degré de compréhension ». L'archevêque de Mayence (vers 800) associa la pierre à l'apôtre Paul et y vit l'emblème de la vie spirituelle et de l'humilité des saints. Grégoire 1er l'attribua à la hiérarchie angélique des Séraphins. L'illuminé du VIIIe siècle, le suédois Emmanuel Swedenborg, en fit un symbole de « de l'Amour, du Bien et de la Lumière ».

Cette pierre porte chance, procure la gaieté, la sérénité, attire l'amitié des femmes, l'argent, permet de s'élever socialement ou de recevoir des honneurs, et promet la félicité conjugale, surtout si elle est offerte en août. Elle évite les disputes, les colères, les calomnies, conjure le mauvais œil et toutes malveillances. Porter une sardoine ou la tenir dans la bouche serait en outre un remède à la bêtise car elle renforcerait les capacités intellectuelles et la vivacité d'esprit. On prétend encore qu'elle est censée attirer les esprits logiques, analytiques et ceux qui aiment les chiffres.

Selon Pline, la sardoine agit efficacement sur les morsures de scorpion ou d'araignée. La pierre empêche en outre les maux de ventre, arrête les hémorragies, soigne un empoisonnement et évite les cauchemars Elle a un influence bénéfique sur la moelle osseuse, notamment en cas de troubles cellulaires. Un médium américain, Lenora Huett, « a prédit son application future aux techniques de traitement du cancer par les rayons lasers ».

On renforce le pouvoir d'une sardoine en y gravant un aigle.

L'élixir de sardoine, qui accroît la confiance en soi et favorise l'entente avec autrui, est indiqué pour soulager un chagrin, une dépression, l'angoisse. Il développe l'intuition.

Si , en songe, quelqu'un vosu tend cette pierre, attendez-vous à de hautes responsabilités ; si vous le manipulez comme un chapelet, un être proche va commencer un traitement médical. Rêver qu'on contemple des sardoines promet l'abondance, mais il faudra la partager. En acheter une, toujours en rêve, présage une aventure créative.

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Selon Valérie Gontero, autrice de « Un syncrétisme pagano-chrétien : la glose du Pectoral d’Aaron dans le Lapidaire chrétien », (in : Revue de l’histoire des religions [En ligne], 4 | 2006) :


Le lapidaire mixte est consacré aux douze gemmes les plus célèbres de La Bible : celles du Pectoral d’Aaron, reprises en partie par la Jérusalem Céleste. L’Exode décrit deux fois le gigantesque pendentif qui orne la poitrine du Grand Prêtre, élaboré selon les directives divines : « Ils le garnirent de quatre rangs de pierres précieuses : première rangée : une sardoine, une topaze, une émeraude ; deuxième rangée : un rubis, un saphir, un jaspe ; troisième rangée : une pierre d’ambre, une agate et une améthyste ; quatrième rangée : une chrysolite, un onyx et un béryl ; elles étaient serties d'or dans leurs montures (1). »

À la fin de la Bible, L’Apocalypse de saint Jean dépeint la Jérusalem céleste, dont les piliers sont taillés dans les mêmes gemmes, à quelques exceptions près : « Les soubassements du mur de la ville sont ornés de toutes sortes de pierres précieuses ; le premier est de jaspe ; le deuxième de saphir ; le troisième de calcédoine ; le quatrième d'émeraude ; le cinquième de sardonyx ; le sixième de sardoine ; le septième de chrysolithe ; le huitième de béryl, le neuvième de topaze ; le dixième de chrysoprase ; le onzième d’hyacinthe ; le douzième d'améthyste (XXI, 19-20). »

[...] Dans le lapidaire, l’exégèse s’effectue à plusieurs niveaux, de la partie au tout, du microcosme au macrocosme. Ainsi une senefiance est dévolue à chaque gemme, à chaque rangée (parfois même au rang de la gemme sur la rangée) et enfin à l’ensemble des douze pierres du Pectoral. Le texte considère les qualités physiques et la disposition des gemmes pour établir des correspondances avec les qualités morales et les expériences spirituelles des chrétiens, comme l’illustre le tableau suivant, récapitulant les données de la seconde partie du lapidaire.

​Gemme

​Rang sur le Pectoral d'Aaron et dans la Jérusalem céleste

Symbolique des nombres

Couleur

Symbolique religieuse et mystique

les 12 gemmes

Les apôtres

Sardoine

le/6e

Le 1er et le 6e jour

Rouge

La terre dont Adam fut façonné ; Le rouge du péché d'Adam et de nos péchés ; Le sang du vendredi saint

[...] Le raisonnement analogique, qui sous-tend l’ensemble du texte, s’appuie systématiquement sur le nombre et sur la couleur, mais reprend aussi des propriétés décrites dans la partie païenne du lapidaire. L’analogie principale, aux ramifications variées, s’enrichit parfois d’analogies secondaires, qui étoffent et complexifient la glose.

L’analogie par le nombre, véritable mode de pensée au Moyen Âge, est la plus marquante dans le lapidaire. Les clercs accréditent l’exégèse biblique des nombres en se fondant notamment sur le verset suivant : « Mais vous réglez toutes choses avec mesure, avec nombre et avec poids » (Sagesse, XI, 21).

Dans son versant numérique, la glose s’attache au rang de la gemme, sur le pectoral d’Aaron (rang parmi les douze gemmes, rangée, place sur la rangée) et dans la Jérusalem céleste (rang parmi les piliers de gemmes). Pourquoi douze gemmes ? Le douze représente le syncrétisme du nombre matériel 4 et du nombre spirituel 3, et fait écho au 7, qui incarne la perfection. Les gemmes matérialisent les douze tribus d’Israël – comme il est dit dans L’Exode et rappelé dans le lapidaire (v. 601-608) – mais aussi les douze apôtres (v. 662-667).

Rang

Pectoral d'Aaron

​Apôtre

Tribu d'Israël

​1

Sardoine

Matthieu

​Judah

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