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La Perle



Étymologie :


  • PERLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. A. 1. 1re moit. xiie s. « petite concrétion ronde, brillante et dure, qui se forme à l'intérieur de certaines huîtres » (1re trad. du Lapidaire de Marbode, 854 ds Anglo-Norman Lapidaries, éd. P. Studer et J. Evans, p. 64) ; spéc. a) 1260 pelles fausses (É. Boileau, Métiers, éd. G.-B. Depping, p. 193) ; b) id. fines pelles (Id., ibid.) ; c) 1307 perles d'orient (doc. ds Kalendars and inventories, éd. Fr. C. Palgrave, t. 3, p. 139) ; d) 1690 mère perle (Fur.) ; e) 1936 perles de culture (Cat. Madélios, Cadeaux) ; f) 1534 emphiller des perles (Rabelais, Gargantua, éd. R. Calder, M. A. Screech, V. L. Saulnier, chap. 31, p. 200 : passons avec les dames nostre vie à emphiller des perles, ou à filer comme Sardanapalus!) ; g) 1553 jeter des perles aux pourceaux (Bible Gérard, Matthieu 7, 6 d'apr. Rey-Chantr. Expr.) ; 2. 1260 désigne un petit ornement de même forme que les perles mais d'une autre matière, ici, pelles d'argent (É. Boileau, loc. cit.) ; 3. 1552 au fig. ici, désigne les dents de la femme aimée (Ronsard, Amours ds Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 4, p. 94) ; 4. p. ext. a) 1751 typogr. désigne le plus petit des caractères d'imprimerie (Encyclop. t. 2, p. 663) ; b) 1835 archit. (Ac.) ; c) 1853 pharm. (Dr Clertan in Journ. de méd. et de chir. pratiques, t. 24, p. 170 ds Quem. DDL t. 8). B. P. métaph. 1. 1532 « personne remarquable dans un domaine particulier » (P. Crignon in J. Parmentier, Œuvres poétiques, p. 4 ds Quem. DDL t. 30) ; 1549 « personne qui dépasse toutes les autres en son genre » (Est.) ; 2. 1923 « mot, expression ou phrase involontairement cocasse » (Léautaud, loc. cit.). C. 1669 gris de perle (Widerhold d'apr. FEW t. 8, p. 254a) ; 1671 gris perle (Pomey, s.v. gris). Issu du lat. perna « cuisse », également « coquillage », prob. par l'intermédiaire d'un dimin. lat. vulg. *pernula. Un empr. à l'ital. perla « perle » (Bl.-W.1-5 ; REW3 n°6418 ; Hope, p. 47) est peu probable car le mot ital. n'est att. que dep. le xiiie s. (Giamboni d'apr. DEI ; lat. médiév. perla à Rome ds Blaise Latin. Med. Aev.). V. FEW t. 8, p. 256a et Cor.-Pasc.


Lire aussi la définition du nom perle pour amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :


Selon Mircea Eliade, auteur de Images et symboles (Éditions Gallimard 1952, renouvelé en 1980) :


La Lune et les eaux. "Les huîtres, les coquilles marines, l'escargot, la perle sont solidaires aussi bien des cosmologies aquatiques que du symbolisme sexuel. Tous participent, en effet, aux puissances sacrées concentrées dans les Eaux, dans la Lune, dans la Femme ; ils sont en outre, pour diverses raisons, des emblèmes de ces forces : ressemblance entre la coquille marine et les organes génitaux de la femme, relations unissant les huîtres, les eaux et la lune, enfin symbolisme gynécologique et embryologique de la perle, formée dans l'huître. [...] La perle, jadis emblème de la force génératrice ou symbole d'une réalité transcendantale, n'a conservé en Occident que la valeur de "pierre précieuse". la dégradation ininterrompue du symbolisme apparaîtra plus nettement à la fin de notre exposé. [...]


Symbolisme de la fécondité. : Dans la Chine ancienne, [...] Mo-tsï (Ve siècle av. J. C.), après avoir noté que l'huître perlière pang prend naissance sans œuvre de mâle ajoute : "par conséquent, si pang peut avoir pour fruit une perle, c'est parce qu'elle concentre toute sa force yin".

[...] Aussi, portées sur la peau comme amulette ou comme ornement, huîtres, coquilles marines et perles imprègnent la femme d'une énergie favorable à la fécondité, tout en la préservant des forces nocives et du mauvais sort. [...] La thérapeutique hindoue moderne utilise la poudre de perle pour ses qualités revigorantes et aphrodisiaques : une application "scientifique" de plus, sur le plan concret, immédiat, d'un symbolisme archaïque qu'on ne saisit plus qu'à moitié.

La fonction cosmologique et la valeur magique de la perle étaient connues dès les temps védiques. Un hymne de l'Alharva Veda (IV, 10) l'exalte ainsi : "Née du vent, de l'air, de la foudre, de la lumière, puisse la coquille née de l'or, la perle, nous défendre de la peur ! Avec la coquille née de l'océan, la première de toutes les choses lumineuses, nous tuons les démons (raksas) et nous triomphons des (démons) dévorants. Avec la coquille (nous triomphons) de la maladie, de la pauvreté... La coquille est notre universel remède ; la perle nous préserve de la peur. Née du ciel, née de la mer, apportée par le Sindhu, cette coquille, née de l'or, est pour nous le joyau (mani) qui prolonge la vie. Joyau né de la mer, soleil né du nuage, qu'elle nous protège de toutes parts des flèches des Dieux et des Asuras. Tu es un des ors (la "perle" est un des noms de l'or), tu es née de la lune (Sôma), tu ornes le char, tu resplendis sur le carquois. Prolonge nos vies ! L'os des dieux s'est fait perle ; il prend vie et se meut au sein des eaux. Je t'attache pour la vie et se meut au sein des eaux. Je t'attache pour la vie, et la vigueur et la force, pour la longue vie, la vie de cent automnes. Que la perle te protège !"

La médecine chinoise, de son côté, tient la perle pour une drogue excellente par ses vertus fertilisantes et gynécologiques. Suivant une croyance japonaise, certaines moules aident à la parturition ; d'où leur nom de "moules accouchement facile". En Chine, on recommande de ne point donner aux femmes enceintes certaine huître qui a la propriété de hâter l'accouchement. Les huîtres, contenant exclusivement le principe yin, sont favorables à la parturition, et parfois la précipitent. La ressemblance entre la perle qui s'est développée dans l'huître et le fœtus est d'ailleurs relevée par les auteurs chinois. Dans Pei ya (XIe siècle) on dit de l'huître pang que, "gravide de la perle, elle est comme (la femme), portant le fœtus dans son ventre, c'est pourquoi pang s'appelle "le ventre de la perle".

Chez les Grecs, la perle était l'emblème de l'amour et du mariage. [...]


Le rôle des coquillages dans les croyances funéraires : [...] On mettait des perles dans la bouche du mort et le rituel funéraire en usage pour les Souverains de la dynastie han précise que "leurs bouches sont remplies de riz, de perles et de jade, comme l'indique la coutume depuis longtemps établie pour ces cérémonies". [...]

Steiner écrit que "comme en Égypte au temps de Cléopâtre, en Floride les tombeaux des rois étaient ornés de perles. Les soldates de Soto, dans un des grands temples, trouvèrent des cercueils de bois où gisaient, embaumés, les morts ; près d'eux étaient de petites paniers remplis de perles. Le temps de Tolomecco était le plus riche en perles ; les hautes murailles et le toit étaient en nacre, des colliers de perles et de plumes pendaient aux murs ; sur les cercueils des rois étaient posés leurs boucliers ornés de perles, et au milieu du temple se trouvaient des vases pleins de perles précieuses". Willoughby a déjà montré le rôle essentiel des perles dans les cérémonies funéraires, en décrivant les solennités de momification des rois indiens de Virginie. Zelia Nuttall a découvert, au sommet d'une pyramide du Mexique, une couche épaisse de coquillages au milieu de laquelle étaient des tombeaux. [...]


La perle dans la magie et dans la médecine : L'histoire de la perle est un témoignage de plus du phénomène de dégradation d'un sens initial, métaphysique. Ce qui à un moment donné fut symbole cosmologique, objet riche en forces sacrées bienfaisantes, devient, par l'œuvre du temps, un élément d'ornementation, dont on apprécie les qualités esthétiques et la valeur économique. Mais de la perle-emblème de la réalité absolue, à la perle-"objet de valeur" de nos jours, le changement s'est opéré à travers plusieurs étapes. Dans la médecine par exemple, tant orientale qu'occidentale, la perle a joué un rôle important. Taktur analyse en détail les qualités médicinales de la perle, qu'on emploie contre les hémorragies et la jaunisse, qui guérit les démoniaques et la folie. L'auteur hindou d'ailleurs en fait que continuer une longue tradition médicale : des médecins illustres, comme Caraka et Suçruta, recommandent déjà l'emploi de la perle. Narahari, médecin de Kashmir (en 1240 environ) dans son traité Râjanigantu (varga XIII), écrit que la perle guérit les maux d'yeux, qu'elle est un antidote efficace dans les cas d'empoisonnement, qu'elle guérit la phtisie, qu'enfin elle assure force et santé. Il est écrit dans la Kalhâsaritsâgara que la perle - comme les élixirs de l'alchimie - "chasse le poison, les démons, la vieillesse et la maladie". La Harshacarila rappelle que la perle naquit des larmes du dieu de la Lune et que son origine lunaire - la lune étant "source d'ambroisie éternellement guérisseuse" - en fait l'antidote de tout empoisonnement. En Chine, la médecine utilisait uniquement la "perle vierge", non perforée, qui passait pour guérir toutes les maladies d'yeux. La médecine arabe reconnaît à la perle des vertus identiques.

A partir du VIIIe siècle l'utilisation médicinale de la perle se répand aussi dans la médecine européenne, et l'on constate bientôt une forte demande de cette pierre précieuse. Albertus Magnus en recommande l'emploi. Malachias Geiger dans sa Margaritologia (1637) se préoccupe exclusivement de l'usage médicinal de la perle, affirmant qu'il y a eu recours avec succès, dans le traitement de l'épilepsie, de la folie et de la mélancolie. Un autre auteur souligne l'efficacité de la perle pour fortifier le cœur et traiter la mélancolie. François Bacon range la perle parmi les drogues de longévité.

Il va sans dire que le rôle de la perle dans la médecine de tant de civilisations diverses ne fait que succéder à l'importance qu'elle a eue d'abord dans la religion et dans la magie. Pour avoir été l'emblème de la force aquatique et génératrice, la perle devient - à une époque ultérieure - tonique général, aphrodisiaque en même temps que remède à la folie et à la mélancolie, deux maladies d'influence lunaire, donc sensibles à l'action de toute emblème de la Femme, de l'Eau, de l’Érotisme. Son rôle dans la guérison des maladies d'yeux et comme antidote des poisons est un héritage des rapports mythiques entre perle et serpents. En mainte région, on croyait les pierres précieuses tombées de la tête des serpents ou contenues dans le gosier des dragons. En chine, la tête du dragon passe pour renfermer toujours une perle ou quelque autre pierre précieuse, et plus d'une œuvre d'art figure un dragon avec une perle dans la gueule. Ce motif iconographique dérive d'un symbolisme très ancien et assez complexe qui nous entraînerait trop loin.

Significative enfin, la valeur de longévité que François Bacon prête à la perle. C'est justement une des vertus primordiales de cette pierre précieuse. Sa présence sur le corps de l'homme, comme d'ailleurs celle de la coquille, projette celui-ci aux sources mêmes de l'énergie, de la fécondité et de la fertilité universelles. Quand cette image intérieure n'a plus correspondu au nouveau Cosmos découvert par l'homme, ou quand son souvenir, pour d'autres raisons, s'est abâtardi, l'objet naguère sacré a gardé sa valeur, mais cette valeur elle-même s'est définie sur un autre niveau.

Aux confins de la magie et de la médecine, la perle remplit le rôle ambigu de talisman ; ce qui auparavant donnait fertilité et assurait un sort idéal post mortem devient peu à peu source constante de prospérité dans l'Inde, cette conception s'est conservée jusqu'assez tard. "La perle se doit toujours porter comme amulette de ceux qui désirent la prospérité" dit Buddhabatta. La preuve que la perle a pénétré dans la médecine pour avoir eu d'abord son rôle dans la magie et dans le symbolisme érotico-funéraire, est que les coquilles, en certaines régions, ont une vertu médicinale. En Chine, elles ont aussi familières au médecin que précieuses au magicien. De même chez certaines tribus d'Amérique.

[...] La valeur sacrée symbolique de la coquille marine et de la perle devient peu à peu profane. Mais la nature précieuse de l'objet n'est en rien atteinte par ce déplacement de valeur. En lui s'est à tout moment concentrée la puissance, il est force et substance ; enfin, il demeure constamment solidaire de la "réalité", de la vie et de la fertilité."

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D'après Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition Robert Laffont, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) :


L'huître est également l'animal qui sécrète la perle. Et celle-ci est cachée dans la coquille. Elle symbolise à cet égard l'humilité vraie, qui est source de toute perfection spirituelle, et, en conséquence, le sage et le saint. Ils ne font que s'ouvrir au soleil et accumuler les richesses intérieures, sur lesquelles ils se ferment soigneusement, pour qu'elles ne soient point profanées. L'huître ne peut pas être séparée du symbolisme de la perle."

[...]

Selon les mêmes auteurs, la perle est un "symbole lunaire, lié à l'eau et à la femme. La constance de ses significations est aussi remarquable que leur universalité, ainsi que l'ont montré en divers livres Mircea Eliade et nombre d'ethnologues.

Née des eaux ou née de la lune, trouvée dans une coquille, la perle représente le principe Yin : elle est symbole essentiel de la féminité créatrice. Le symbolisme sexuel du coquillage lui communique toutes les forces qu'il implique ; enfin la ressemblance entre la perle et et le fœtus lui confère des propriétés génésiques et obstétricales ; de ce triple symbolisme : Lune-eaux-femme, dérivent toutes les propriétés magiques de la perle : médicinales, gynécologiques, funéraires. A titre d'exemple, elle sert, en Inde, de panacée ; elle est bonne contre les hémorragies, la jaunisse, la folie, l'empoisonnement, les maladies d'yeux, la phtisie, etc.

En Europe, elle était utilisée en médecine pour traiter la mélancolie, l'épilepsie, la démence...

En Orient, ses propriétés aphrodisiaques, fécondantes et talismaniques priment sur les autres. Déposée dans un tombeau, elle régénère le mort en l'insérant dans un rythme cosmique, par excellence cyclique, présupposant, à l'image des phases de la lune, naissance, vie, mort, renaissance.

La thérapeutique hindoue moderne utilise la poudre de perles pour ses propriétés revigorantes et aphrodisiaques.

Chez les grecs, elle était l'emblème de l'amour et du mariage.

En certaines provinces de l'Inde, on emplit de perles la bouche du mort ; la coutume se retrouve à Bornéo. Quant aux Indiens d'Amérique, Streeter écrit que comme en Égypte au temps de Cléopâtre, en Floride, les tombeaux des Rois étaient ornés de perles. Les soldats de Solo découvrirent, dans un des grands temples, des cercueils de bois où gisaient, embaumés, des morts ; près d'eux étaient de petits paniers remplis de perles. Des coutumes analogues ont été signalées, notamment en Virginie et au Mexique.

Le même symbolisme recouvre l'usage de perles artificielles. Dans les sacrifices et les cérémonies funéraires du Laos, Madeleine Colani précise que : Les morts sont pourvus de perles pour la vie céleste. On en enfonce dans les orifices naturels du cadavre. De nos jours, les morts sont enterrés avec des ceintures, des bonnets et des habits ornés de perles.

En Chine, la médecine utilisait uniquement la perle vierge, non perforée, qui passait pour guérir toutes les maladies d'yeux. La médecine arabe reconnaît à la perle des vertus identiques.

Avec les Chrétiens et les Gnostiques, le symbolisme de la perle s'enrichit et se complique, sans toutefois jamais dévier de sa première orientation.

Saint Ephrem utilise ce mythe ancien pour illustrer aussi bien l'immaculée Conception que la naissance spirituelle du Christ dans le baptême du feu. Origène reprend l'identification du Christ à la perle. Il est suivi par de nombreux auteurs.

Dans les Actes de Thomas, célèbre écrit gnostique, la quête de la perle symbolise le drame spirituel de la chute de l'homme et de son salut. Elle finit par signifier le mystère du transcendant rendu sensible, la manifestation du Dieu dans le Cosmos.

La perle joue un rôle de centre mystique. Elle symbolise la sublimation des instincts, la spiritualisation de la matière, la transfiguration des éléments, le terme brillant de l'évolution. Elle ressemble à l'homme sphérique de Platon, image de la perfection idéale des origines et des fins de l'homme. Le musulman se représente l'élu au Paradis comme enfermé dans une perle en compagnie de sa houri. La perle est l'attribut de l'angélique perfection, d'une perfection toutefois, non pas donnée, mais acquise par une transmutation.


La perle est rare, pure, précieuse. Pure, parce qu'elle est réputée sans défaut, qu'elle est blanche, que le fait d'être tirée d'une eau fangeuse ou d'une coquille grossière ne l'altère pas. Précieuse, elle figure le Royaume des Cieux (Matthieu, 13, 45-46). Il faut entendre par cette perle qu'on peut acquérir en vendant tout son bien, enseigne Diadoque de Photicé, la lumière intellectuelle dans le cœur, la vision béatifique. Nous rejoignons ici la notion de perle cachée dans sa coquille : comme celle de la vérité, de la connaissance, son acquisition demande un effort. Pour Shabestari, la perle est la science du cœur : lorsque le gnostique a trouvé la perle, la tâche de sa vie est accomplie. Le Prince d'Orient des Actes de Thomas cherche la perle comme Perceval le Graal. Cette perle précieuse, une fois obtenue, ne doit pas être jetée devant les pourceaux (Matthieu, 7, 6) : la connaissance ne doit pas être livrée inconsidérément à ceux qui en sont indignes. Le symbole est la perle du langage, cachée sous la coquille des mots.

La perle naît, selon la légende, par l'effet de l'éclair, ou par la chute d'une goutte de rosée dans la coquille ; c'est en tout état de cause la trace de l'activité céleste et l'embryon d'une naissance, corporelle ou spirituelle, comme le bindu dans la conque, la perle-Aphrodite en sa coquille. Les mythes persans associent la perle à la manifestation primordiale. La perle en sa coquille est comme le génie dans la nuit. L'huître contenant la perle est plus immédiatement, en diverses régions, comparée à l'organe génital féminin.

Associée par nature à l'élément Eau - les dragons la détiennent au fond des abîmes - la perle est aussi liée à la lune. L'Atharva-Veda la dit fille de Sôma, qui est la lune, ainsi que le breuvage d'immortalité. Dans la Chine ancienne, on observe une mutation des perles - et des animaux aquatiques - parallèle aux phases de la lune. Les perles lumineuses, les escarboucles, empruntaient leur éclat à la lune ; elles protégeaient du feu. Mais elles sont à la fois eau et feu, image de l'esprit naissant dans la matière.

La perle védique, fille de Sôma, protège la vie. Elle est, en Chine aussi, symbole d'immortalité. Le vêtement orné de perles, ou les perles introduites dans les ouvertures du cadavre empêchent sa décomposition. Il en va de même avec le jade ou l'or. Il faut remarquer que la perle naît de la même façon que le jade, possède les mêmes pouvoirs et sert aux mêmes usages.

Symbole d'un ordre analogue : celui des perles enfilées sur un fil. C'est le rosaire, le sûtrâtmâ, la chaîne des mondes, pénétrés et reliés par Atmâ, l'Esprit universel. Ainsi, le collier de perles symbolise l'unité cosmique du multiple, l'intégration des éléments dissociés d'un être dans l'unité de la personne, la mise en relation spirituelle de deux ou de plusieurs êtres ; mais le collier brisé, c'est l'image de la personne désintégrée, de l'univers bouleversé, de l'unité rompue.

La perle a une valeur symbolique particulièrement riche en Iran, tant au point de vue de la sociologie que de l'histoire des religions.

D'après une légende reprise par Saadi (poète persan du XIIIe siècle) dans le Bustân, la perle est considérée comme une goutte de pluie tombée du ciel danss une coquille qui tient à la surface de la mer, et s'entrouvre pour la recevoir. C'est cette goutte d'eau, semence céleste, qui devient perle. Voir également Jalâl-od-Din Rûmi : Mathnawî, et Nizâmî : Sekandar nâma, ainsi que Haft-Paykar.

Cette légende tire son origine du folklore persan et constitue un thème fréquent dans la littérature. On cite d'ailleurs un hadîth du Prophète : Dieu a des serviteurs comparables à la pluie : lorsqu'elle tombe sur la terre ferme, elle donne naissance au blé, lorsqu'elle tombe sur la mer, elle fait naître les perles.

La perle intacte est prise comme symbole de virginité dans les œuvres folkloriques et les littératures persanes, ainsi que dans les écrits des Ahl-i Haqq, et d'une manière générale chez les Kurdes ; on emploie l'expression percer la perle de la virginité pour indiquer la consommation du mariage.

Sur un autre plan, cette même secte des Ahl-i Haqq se réfère à ce symbole : les mères des avatars de Dieu sont toutes vierges et leur nom principal est Ramz-bâr, c'est-à-dire Secret de l'océan.

Selon la cosmogonie des Ahl-i Haqq (Fidèles de Vérité en Iran) ... au commencement il n'y avait dans l'Existence aucune créature que la Vérité suprême, unique, vivante et adorable. Sa demeure était dans la perle et son essence était cachée. La perle était dans la coquille et la coquille était dans la mer et les ondes de la mer recouvraient tout.

Ainsi dans une poésie de Sekandar-nâma, Nizâmi parle de la conception d'Alexandre comme de la formation d'une perle royale dans une coquille fécondée par la pluie printanière.

Une lignée familiale est parfois comparée à un fil de perles régulièrement disposées, durr-i manzûm. La même image s'emploie également à propos des paroles mises en vers. Dans la littérature persane, on désigne par perle une pensée raffinée, tant à cause de sa beauté que du fait qu'elle est le produit du génie créateur de l'auteur. On dit par exemple, une pensée subtile plus fine qu'une perle rare. Répandre les perles éclatantes hors des lèvres de cornaline, c'est prononcer des paroles brillantes. Enfiler des perles, c'est composer des vers.

Au sens mystique, la perle est aussi prise comme symbole de l'illumination et de la naissance spirituelles. On peut lire notamment le célèbre Hymne de la Perle, des Actes de Thomas. Le mystique cherche toujours à atteindre son idéal ou son but, c'est la perle de l'idéal. La recherche de la perle représente la quête de l'Essence sublime cachée dan le Soi. L'image archétypale de la perle évoque ce qui est pur, caché, enfoui dans les profondeurs, difficile à atteindre. La perle désigne le Coran, la science, l'enfant. Si quelqu'un rêve qu'il perce une perle, il commente bien le Coran. S'il rêve qu'il vend une perle, grâce à lui les bienfaits de la science seront répandus dans le monde. Hafez parle de la perle que la coquille du temps et de l'espace ne peut contenir, Hariri exalte la perle de la Voie mystique gardée dans la coquille de la Loi canonique.


En Orient, et surtout en Perse, la perle a en général un caractère noble dérivé de sa sacralité. C'est pourquoi elle orne la couronne des rois. On retrouve des traces de ce même caractère dans les parures de perles, spécialement les boucles d'oreilles, ornées de perles rares et précieuses : quelque chose de cette noblesse sacrée rejaillit sur celui qui les porte.

Dans la symbolique orientale des rêves, la perle conserve ses caractéristiques particulières et s'interprète généralement comme l'enfant ou encore la femme et la concubine. En outre, il peut s'agir de la science et de la richesse."

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Selon Elie-Charles Flamand, auteur de Les pierres magiques. (Éditions Le Courrier du Livre. Paris) :


CONCRETIONS ANIMALES PRISES POUR DES PIERRES PAR LES ANCIENS :

On a longtemps rangé dans le règne minéral des matières d'origine organique, des produits sécrétés par des animaux, comme la perle, le corail, l'ambre gris, les « pierres » ou calculs trouvés dans le corps de certaines bêtes et que l'on nommait bézoards, les cornes de cerf, de rhinocéros, etc. A ces corps que Ton pourrait qualifier de zoominéraux, les plus anciennes traditions prêtent de puissantes propriétés magiques et thérapeutiques.


LA PERLE : La perle fine, ce diamant de la mer, ce petit globe opaque aux reflets doux et froids, qui donne l'impression d'être rempli de mille cristaux de neige infiniment petits et enchevêtrés les uns dans les autres, a de tout temps fasciné les hommes.

L'origine des perles a été longtemps méconnue. On savait bien qu'elles se trouvent dans des coquilles, néanmoins, on croyait qu'elles étaient formées par une goutte de rosée solidifiée. « On prétend, dit Pline, que, stimulées sous l'influence de la saison nouvelle, les coquilles où se forment les perles s'ouvrent par une sorte de bâillement et se remplissent d'une rosée féconde. Les perles sont le fruit que bientôt elles mettent au jour ; elles diffèrent suivant la qualité de cette rosée. Pure, elle produit des perles très blanches ; trouble, les perles sont d'une couleur sale. Elles sont pâles lorsqu'elles ont été conçues sous un ciel orageux, car elles tirent leur origine du ciel et tiennent plus de lui que de la mer. De là vient qu'elles sont claires ou obscures, suivant l'état matinal du ciel (1). »

Au XVIIe siècle, les mêmes idées étaient encore admises. René François, par exemple, écrit : « La Nacre est enceinte des cieux et ne vit que du nectar céleste, pour enfanter la perle argentine ou pâle ou jaunâtre, selon que le soleil y donne et que la rosée est plus pure. Recevant donc la rosée à écaille béante, elle forme de petits grains qui se figent, qui se durcissent et se glacent ; peu à peu, la nature leur donne le poli à la faveur des rayons du soleil ; enfin, ce sont des perles orientales. Si la rosée est grande, elles sont plus grosses ; s'il tonne, la coquille fait le plongeon, et selon le tonnerre aussi se font les avortons des perles bossues, plates, contrefaites ou vides comme vessies (2). »


L'origine céleste des perles a été maintes fois symbolisée par la peinture et chantée par les poètes. Le romantique allemand Friedrich Rückert en parle dans l'un de ses poèmes : « Je songeai alors à mon origine céleste : un ange pleurait au sujet d'une faiblesse et une larme tomba pour expier ; car les anges pleurent aussi dans le silence : mais leurs larmes sont un bienfait pour l'humanité, puisqu'elles donnent naissance aux perles. Cette larme aurait sombré dans l'Océan si la mer, reconnaissant sa noble origine, ne l'avait recueillie dans un coquillage ; séparant cette larme des autres émanées d'une source moins noble, elle la recommanda en ces termes aux soins du coquillage : Tu protégeras dans ton sein paisible ce noble germe et jusqu'à ce qu'il se soit développé, tu l'emporteras avec précaution à travers l'eau. Quand la perle se sera formée en toi et quand l'heure sera venue pour elle d'apparaître, tu l'ouvriras. L'enfant doit être alors enlevé à son tuteur et cette créature du ciel doit accomplir son destin sur la sphère terrestre. »

En réalité, la perle est une concrétion sécrétée par l'épithélium du manteau chez certains mollusques, pour enrober et isoler un parasite. Elle est formée d'une série de très minces couches de nacre se recouvrant les unes les autres et c'est à cette structure qu'elle doit ses admirables reflets à la fois argentins, mats et chatoyants.

Le principal coquillage producteur de perle est la méléagrine margaritifère (Pentadina margaritifera, Lamarck) qui ressemble à une huître de Marennes mais avec plus de régularité dans le contour et un dessus plus écailleux.

Les huîtres perlières ont une aire de répartition très étendue : elles vivent en bancs nombreux à une certaine profondeur dans le Golfe Persique, sur les côtes de Ceylan, dans la Mer Rouge, les golfes de Panama et du Mexique, sur les rivages de l'Australie et près de diverses îles du Pacifique.

D'autres mollusques bivalves produisent des perles qui sont généralement d'une qualité inférieure à celle des huîtres perlières. La pinne marine ou jambonneau, espèce de moule géante vivant en Méditerranée, donne des perles rosés ; l'arche de Noé, coquille assez commune sur nos côtes, en porte de violettes ; l'haliotide a des perles verdâtres ; l'anomie des perles pourprées, etc. Il s'en forme aussi dans un mollusque très répandu dans les cours d'eau de France et d'Europe du centre et du Nord, l'unio ou mulette perlière. Bien que généralement assez ternes, on en trouve parfois de fort belles qui sont soit d'un blanc un peu laiteux, soit rosés ou mauves. Ces perles furent beaucoup utilisées à la fin du siècle dernier, notamment dans la bijouterie « modem style ».

Une perle fine doit, avant tout, posséder un bel orient. On entend par là un lustre satiné, une blancheur épurée jointe à des nuances discrètement irisées qui vont de l'azuré au vert très pâle, du rosé au jaune avec une grande variété de teintes intermédiaires. Certaines perles, excessivement rares, sont noires comme du jais : il en existait un collier dans le trésor de l'empereur de Chine.

La seconde qualité d'une belle perle est qu'elle soit sphérique ou en forme de poire. Cependant, les perles irrégulières dites « baroques » sont recherchées lorsqu'elles affectent des formes étranges comme celles d'un petit homme, d'un dragon, d'une sirène, d'une tête de monstre, etc. Ces « jeux de la nature » étaient utilisés par les anciens orfèvres. Ils les prolongeaient de motifs en métaux précieux soulignant et complétant la forme suggérée par ces perles. Ils créaient ainsi des bijoux à destination talismanique.


On appelle perles de culture des perles artificielles provoquées par des greffes de boule de nacre dans les tissus sous-épidermiques des huîtres. Ces perles qui sont produites industriellement, notamment au Japon, ont une valeur bien moindre que les perles naturelles ou perles fines.

Il y a bien longtemps que les Chinois avaient eu l'idée de placer un corps étranger dans la coquille d'une huître pour obtenir des concrétions perlières. L'inventeur de ce procédé fut un certain Ye-Jin-Yang qui vivait au xiiie siècle à Hutschefu. Avant le changement de régime politique en Chine, une fête était célébrée chaque année en son honneur dans un temple particulier. Ye-Jîn-Yang avait imaginé de glisser entre le manteau et la coquille plusieurs figurines minuscules de Bouddha en métal ou en os. Au bout de plusieurs mois, ces statuettes se recouvraient d'une mince couche de nacre. Au début de ce siècle, cette industrie était encore florissante. Ces étranges coquilles dans l'intérieur desquelles apparaissent de multiples petits Bouddhas recouverts de nacre sont des objets magico-religieux qui étaient fort prisés dans le pays.

Un phénomène concourt à donner à la perle une aura de mystère : la perte accidentelle de son éclat naturel, de son orient.

Véritable être vivant, la perle est fâcheusement influencée par le manque d'air, de lumière, et surtout par l'état morbide de la personne qui la porte. Mais elle peut reconquérir tout son lustre si on la fait porter par une personne parfaitement saine. Souvent, la « mort » des perles est causée par une réelle affection de la peau. Aucune perle ne peut vivre sur une personne atteinte de lupus, d'éléphantiasis ou de lèpre et l'on dit même qu'elle « meurt » avant que nulle lésion ne soit encore apparue en quelque endroit du corps, lors de l'incubation de la maladie.

La sensibilité de la perle est extrême puisque ses reflets sont plus brillants si elle est souvent portée. Dans le cas contraire, c'est un coffret en bois de frêne qui la conserve en meilleur état.

On a prétendu que la perle sécrétait des sortes d'anti-corps pour lutter énergiquement contre les bactéries qui essaieraient de cheminer de sa surface vers son centre.

La mythologie hindoue attribue la découverte de la perle au dieu Krischna qui l'aurait tirée du fond de l'Océan pour en orner sa fille Pandaïa le jour de ses noces.

Chez les Grecs, la perle était consacrée à Aphrodite. Lors de la révolte des Titans contre leur père Ouranos, Kronos s'empara, avec l'aide de sa mère Géa, de l'empire du cosmos. Il s'attaqua ensuite à Ouranos, l'émascula et jeta dans l'Océan le phallus paternel.

De l'écume qui jaillit de celui-ci lors de sa chute dans les ondes naquit Aphrodite. La « fille de l'écume » aborda les rives de l'Ile de Cythère, portée par une conque d'huître perlière. Depuis lors, la coquille et la perle sont les attributs de la toute-puissante déesse de la Beauté et de l'Amour.

Joyau féminin par excellence, la perle, par sa blancheur et son origine marine, appartient à la Lune.

Emblème de la grâce, de la délicatesse, de la tendresse, elle est la pierre de l'amour et rend irrésistible.

Mais elle signifie aussi foi, ardeur religieuse. Elle confère la patience, l'humilité, adoucit les caractères violents, combat la colère, donne la paix de l'esprit, favorise la pureté du corps et de l'âme, la chasteté.

L'Eglise catholique l'a considérée comme le symbole du salut et du Verbe divin. N'est-il pas dit dans l'Evangile de saint Matthieu : « Le royaume des Cieux est semblable à un marchand qui cherchait des perles fines ; en ayant trouvé une d'un grand prix, il s'en alla vendre tout ce qu'il possédait pour l'acheter... Tu ne dois pas jeter des perles aux pourceaux. »

En magie, la perle servait à se concilier les sylphes et les elfes, élémentals de l'air.

Selon une superstition très répandue, la perte d'une perle est un présage de malheur. « Le grand conquistador Cortez passe pour avoir emporté, lors de son retour dans l'Ancien Monde, une grosse perle d'une admirable beauté, délicatement teintée de rosé. Un jour que, à bord de sa caravelle, fier de la possession d'un tel joyau, il le montrait à un ami, la perle lui glissa des mains et tomba à la mer. Cortez vit dans cette perte un funeste présage ; ce sombre pressentiment se vérifia ; plus jamais, il ne régna sur le Nouveau Monde (3). »

La médecine empirique attribuait à la perle de nombreuses et admirables propriétés. Son port passait pour dissiper les terreurs nocturnes, les spasmes nerveux et les angoisses des atrabilaires, apaiser les maux d'yeux, dissiper les taies de la cataracte, arrêter les hémorragies, combattre les palpitations cardiaques.

On disait qu'un collier de perles prolongeait la jeunesse.

Triturée dans du lait et absorbée, elle guérissait les ulcères, calmait les fièvres, donnait de l'éclat aux dents, éclaircissait la voix, réconfortait le cœur, empêchait les syncopes et les crises d'épilepsie, combattait la phtisie et arrêtait le flux de ventre.

Cette dilution passait également pour augmenter le lait des femmes, dissiper la mélancolie, combattre tous les poisons, redonner des forces et favoriser la longévité.

La poudre de perle mêlée à du jus de citron était recommandée comme fortifiant.

Aristote prétendait que des perles dissoutes de manière à obtenir un liquide limpide comme du verre constituait un puissant remède contre la lèpre. En frictionnant avec ce produit les parties blanches du corps affecté par la maladie, on pouvait faire disparaître ces taches dès la première friction.

On tirait de la perle une essence qui, mélangée avec de la mélisse, enlevait à la peau boutons, dartres, taches et autres imperfections. Cette même essence mêlée au suc de gaïac était considérée comme un excellent remède contre les maladies vénériennes.

[...]

Après les fondements, saint Jean parle des douze portes de la Jérusalem Céleste : « Et les douze portes sont douze perles ; chacune des portes est d'une seule perle (XXI, 21). » Les exégètes insistent sur le fait que le Christ assimile, dans l'Evangile, la perle avec la foi et le royaume de Dieu. Il la prend pour le type des biens les plus précieux et pour la doctrine évangélique elle-même. On n'entre dans le ciel que par la possession de ces trésors pour lesquels il faut tout quitter.

Ces douze portes de perle sont aussi les douze apôtres, dont l'éminente dignité et les admirables vertus dominent celles de tous les hommes comme la perle l'emporte sur les autres gemmes car elle est belle par elle-même sans le secours du travail de l'art.


Note : 1) Pline, Histoire Naturelle, Livre IX.

2) René François, Essay des Merveilles de Nature et des plus nobles Artifices, Paris, 1657.

3) ) Félix Hermann, loc. cit., p. 18.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Divine et céleste semence,

Qui tient sa première naissance

Du Ciel et des Astres voisins,

Empruntant du sein de l'Aurore

Son beau teint, quand elle colore

Le matin de ses doigts rosins.

Rémy Belleau, Amours et nouveaux échanges de pierres précieuses, 1576.

Selon les légendes, la perle fine est née de la lune et d'une goutte de rosée tombée dans une coquille (d'huître notamment), ou est produite par un éclair. Pour certains, elle provient de la rosée du paradis, pour d'autres, elle est engendrée par les larmes des anges. On évoque également un oiseau blanc, fécondé par le soleil : il plonge dans la mer et enfante la perle le huitième mois. Une ancienne croyance arabe prétend que c'est la pluie qui, tombant dans la mer, donne naissance aux perles tandis qu'une tradition éthiopienne d'origine égyptienne y voit les œufs du Phénix fécondées par un rayon solaire.

La perle sest un symbole lunaire lié à l'eau et à la femme : en vertu du symbolisme sexuel du coquillage et de la ressemblance de la perle et du foetus, elle est l'emblème de la « féminité créatrice ». Ce triple symbolisme (Lune-Eau-Femme) explique les propriétés médicinales, génésiques et funéraires de la perle.

En Orient, une perle déposée dans un tombeau est supposée régénérer le mort

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"L'une des caractéristiques de la perle, peut-être même celle à laquelle on pense immédiatement à son propos, qui revient toujours, c'est sa rareté. On dit communément d'une chose exceptionnelle, ou d'un être qui nous est cher, dont on sait estimer la valeur, que c'est une perle rare ; ce qui, désormais, constitue un pléonasme. Mais c'est une réalité. Car la perle est rare. Elle est le produit d'une réaction de rejet d'une huître, dite alors huître perlière, à la présence d'un grain de sable, d'un parasite ou d'un morceau de nacre, introduit malencontreusement dans la double coquille de ce mollusque, c'est-à-dire de cet animal invertébré, dont on a retrouvé des fissiles datant du cambrien. Au bout de plusieurs années, l'intrus est recouvert de plusieurs couches concentriques d'une sécrétion produite par l'huître. C'est ainsi qu'apparaît la perle. Notons au passage qu'à l'huître, la tradition attache des qualités de sottise et de mollesse, tandis qu'à la perle elle attribue des qualités de rareté, comme nous l'avons vu, mais aussi de pureté, ce qui peut sembler paradoxal. Car si l'on en croit sa formation, on ne peut pas dire que la perle soit un produit pur. Mais bien sûr, c'est à son aspect qu'on se fie alors.

A l'aube du paléolithique supérieur, d'après ce que nous en savons aujourd'hui, les hommes et les femmes ont manifesté un besoin o un goût prononcé pour les parures constituées de coquillages, de dents animales, d'os, d'ivoire, de graines, de plumes, etc. A cette période de notre histoire, les "perles sont de petits objets, plus ou moins sphériques, découpés en série à partir de baguettes d'os, de bois de renne, de pierre ou d'ivoire. Elles sont perforées avec soin à partir de deux faces opposées." (André Leroi-Gourhan, Dictionnaire de la préhistoire, Presses universitaires de France, 1988).

Son aspect, sa forme et sa blancheur nacrée induisirent nos ancêtres à l'associer à la Lune. Et du fait qu'on la pêchait dans les profondeurs des eaux de mer, se rattachent aussi à elle des principes liés aux mystères et aux origines de la vie, à des qualités purement féminines. En Inde, mais aussi en Europe au Moyen Âge, la poudre de perle fut même considérée et employée comme un aphrodisiaque puissant.

Dès lors, dans un rêve, il arrive fréquemment que la vision d'une perle nous révèle que nous avons rejeté un principe essentiel en soi, capable de nous régénérer et de nous revigorer, et qu'il nous faut aller le repêcher dans les profondeurs de notre psyché. Mais un rêve de perle peut être aussi l'annonce d'une trouvaille que nous allons faire ou d'une prise de conscience importante. Enfin, un tel rêve peut aussi avoir une connotation hautement spirituelle. La perle est alors une représentation onirique de notre âme, le bien le plus précieux que chacun d'entre nous recèle."

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Joëlle Ricordel, dans un article intitulé "Des vertus et couleurs de quelques minéraux dans les écrits des médecins de langue arabe (IXe-XIIIe siècle). (In :Pallas. Revue d'études antiques, 2021, no 117, pp. 219-233) explique la place de la perle dans la pharmacologie arabe :


La perle, (لؤلؤ, al-lū’lū’ ) fait l’objet de commentaires souvent abondants. On recherche celle qui est blanche et pure. Selon Masīḥ al-Dimašqī, « les grosses perles sont plus appréciées que les petites, celles qui ont un bel orient plus que les ternes, les lisses plus que les irrégulières. »

D’une façon générale, la perle s’oppose à la bile noire et possède une action bénéfique sur les maladies qui lui sont rattachées : angoisse et frayeur. Tous les auteurs rapportent cette qualité particulière (ḫawāṣṣ) exprimée très clairement par Ibn Biklāriš : « Sa vertu particulière est d’être bénéfique contre les palpitations cardiaques et la peur ainsi que contre l’état de frayeur causé par la bile noire. Elle purifie le sang cardiaque et le subtilise ». Les perles sont plus actives si l’on réussit à les dissoudre et qu’on obtienne un liquide trouble. La méthode consiste à triturer les perles, à verser dessus « du suc acide de citron » puis « on les met dans un vase et on les recouvre de pulpe de citron, puis on met ce vase dans un autre contenant du vinaigre et que l’on enterre pendant quatorze jours dans du fumier frais ». La perle agit également localement en blanchissant la peau dont elle enlève les taches de rousseur. Elle éclaircit la lèpre achromique lorsqu’on en frictionne les taches et elle la fait disparaître dès la première friction ». Elle a aussi une action détergente sur les dents.

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


[... voir coquillage...] La jeune inspiration de Véronique confère au symbole, dans une longue séquence de son huitième scénario, une ampleur qui se développe que dans les productions les plus spontanées de l'imaginaire. Véronique, descendue au fond de la mer, se trouve face à une huître : « … J'ai une impression intense de vie... et... j'entre dans l'huître... il y a un superbe coussin, blanc... de soie, très beau, avec une perle... l'huître ne se referme pas... moi, je suis assise, comme dans une caverne... je peux voir l'extérieur... je m'allonge contre la perle, un peu recroquevillée, en position de fœtus... un peu comme si je cherchais une protection... et... je m'endors... et, brusquement, il y a un choc très fort... l'huître s'est refermée, comme une mâchoire... et alors, à l'intérieur, c'est secoué !... Ça fait un tourbillon à l'intérieur... avec la perle qui cogne dans tous les sens... le coussin s'est crevé... il y a un tourbillon de plumes blanches... je tourbillonne aussi... et, brusquement, l'huître s'ouvre... et tout le contenu se déverse dans la mer... et moi aussi... je suis assommée... j'ai le vertige... je fais quelques pas en titubant... et, maintenant, les plumes tombent au fond, sur le sable... elles forment un petit tas tout propre, alors que, quand elles sont sorties, c'était vraiment.. c'était... le désordre le plus complet... et là, il y a un petit tas de plumes blanches en forme de pyramide... et la perle est à côté... je m'assieds sur une pierre, en face de ce petit tas blanc et de la perle... c'est beau... ça me fait plaisir... je suis clame maintenant... c'est devenu une vraie pyramide égyptienne... et je décide d'entrer dedans pour chercher le tombeau... » L'huître de Véronique expose en toute clarté la symbolique de renaissance. Le coquillage est ostensiblement le lieu de l'accomplissement du Soi, habité par la sphère parfaite, la perle. De ce point de vue, l'aventure sous-marine de la jeune fille n'est que l'une des belles illustrations de cette expérience psychique. Ce qui donne à l'inspiration de Véronique sa dimension impressionnante, c'est l'image des plumes qui volent « dans un désordre complet » et qui viennent s'organiser dans la forme géométrique la plus stable : la pyramide. La plume, symbole de l'âme, de l'aérien, de l'impalpable, et la pyramide, représentation de l'univers manifesté, de la matière organisé. La pyramide égyptienne, rêve de pérennité, tombeau d'éternité, coquille colossale ! Pour l'imaginaire, l'humble coquille que promènent la vague et la montagne de pierre édifiée pour l'éternité d'un seul homme ont la même dimension : celle de ce rien qui sépare le visible de l'invisible !

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Mythologie :


Mircea Eliade, auteur de Images et symboles (Éditions Gallimard 1952, renouvelé en 1980) :


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Anie Montigny, autrice de « La légende de May et Ghilân, mythe d’origine de la pêche des perles ? »,

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(Techniques & Culture [En ligne], 43-44 | 2004) rapporte un récit d'origine du Qatar liée à l'huître perlière qui tend à disparaître =>


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Littérature :

Coquilles, nacre, perle


Je comprends très bien ce que sent, en présence de la perle, le cœur ignorant et charmant de la femme qui rêve, est émue, sans savoir pourquoi. Cette perle n’est pas une personne, mais ce n’est pas une chose. Il y a là une destinée.

Quelle adorable blancheur ! non, c’est candeur que je veux dire : — virginale ? non ; c’est bien mieux ; les vierges et les petites filles ont toujours, tant douces soient-elles, un peu de jeune verdeur. La candeur de celle-ci serait plutôt celle de l’innocente épouse, si pure, mais soumise à l’amour.

Nulle ambition de briller. Elle adoucit, presque éteint ses lueurs. On n’y voit d’abord qu’un blanc mat. Ce n’est qu’au second regard qu’on commence à découvrir son iris mystérieuse, et, comme on dit, son orient.

Où vécut-elle ? Demandez au profond Océan. De quoi ? demandez au soleil. Elle a vécu de lumière et d’amour de la lumière, comme eût fait un pur esprit.

Grand mystère !… Mais elle-même, elle le fait assez comprendre. On sent que cet être si doux a vécu longtemps immobile, résigné, dans la quiétude qui fait « attendre en attendant, » ne veut rien faire et ne rien vouloir que ce que voudra l’être aimé.

L’enfant de la mer avait mis son beau rêve dans sa coquille, et celle-ci dans sa nacre, et cette nacre dans sa perle, qui n’est qu’elle-même concentrée.

Mais cette dernière n’arrive, dit-on, que par une blessure, une permanente souffrance, une douleur quasi-éternelle, qui attire, absorbe tout l’être, anéantit sa vie vulgaire en cette divine poésie.


J’ai ouï dire que les grandes dames de l’Orient et du Nord, tout autrement délicates que les lourdes enrichies, évitaient les feux du diamant, et n’accordaient de toucher leur fine peau qu’à la douce perle.

En réalité, l’éclair du diamant fait tort à l’éclair de l’amour. Un collier, deux bracelets de perles, c’est l’harmonie d’une femme, l’ornement vraiment féminin, qui, au lieu d’amuser, émeut, attendrit l’attendrissement. Cela dit : « Aimons ! Point de bruit ! »

La perle paraît amoureuse de la femme, elle de la perle. Ces dames du Nord, dès qu’elles les ont une fois mises, ne les quittent plus. Elles les portent jour et nuit, les cachent sous les vêtements. Dans de rares occasions, à travers les riches fourrures, toujours doublées de satin blanc, on aperçoit l’heureux bijou, l’inséparable collier.

C’est comme la tunique de soie que l’odalisque porte en dessous, qu’elle aime tant. Elle ne quitte cette favorite qu’elle ne soit usée, déchirée et sans remède hors de combat, sachant que c’est un talisman, l’infatigable aiguillon d’amour.

Il en est ainsi de la perle. Comme la soie, elle s’imprègne du plus intime et boit la vie. Une force inconnue y passe, une vertu de celle qu’on aime. Quand elle a dormi tant de nuits sur son sein, dans sa chaleur, quand elle s’est ambrée de sa peau et a pris ces teintes blondes qui font délirer le cœur, le bijou n’est plus un bijou, c’est une partie de la personne que ne doit plus voir l’œil indifférent. Un seul a droit de le connaître, et, sur ce collier, de surprendre le mystère de la femme aimée.


Jules Michelet, La Mer, Livre VIII "Coquilles, nacre, perle", 1875.

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Voir aussi : L'Huître ;


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