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  • Anne

La Nivéole




Étymologie :

  • NIVÉOLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1796 (Encyclop. méthod., Botan. ds DG). Dér. sav. du lat. niveus « qui a la blancheur de la neige »; suff. -(é)ole*.


Lire également la définition du nom nivéole afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Leucojum aestivum ; Grande nivéole ; Nivéole d'été ; Nivole élégante ;

Leucojum vernum ; Bouquet de Saint-Joseph (Mariétan) ; Claudinette ; Grelot blanc ; Nivéole de printemps ; Nivéole printanière ;




Botanique :


Contrairement à ce que leur appellation indique, la nivéole de printemps fleurit en hiver et la nivéole d’été, au printemps !




Symbolisme :


Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Nivéole du printemps - Consolation.

Son nom veut dire neige. Lorsque la nature est presque morte , une toute petite fleur apparaît comme un heureux présage des beaux jours à venir.


Sous un voile d'argent la terre ensevelie

Me produit ; malgré sa fraicheur,

La neige conserve ma vie,

Et me donnant son nom, me donne sa blancheur.

*

*

Selon Suzanne Amigues, autrice d'un article intitulé "Des plantes nommées moly." (In : Journal des savants, 1995, n° pp. 3-29) la nivéole d'été serait le moly des Anciens :


[...] A supposer qu'il se trouve aujourd'hui encore en Arcadie une espèce végétale répondant en tous points aux indications d'Homère et des naturalistes, nous devrons nous demander s'il y a des raisons valables de considérer le moly de l'épopée comme le reflet stylisé de la plante réelle ou s'il faut s'en tenir à l'idée d'un végétal imaginaire que les Grecs des temps classiques, nourris d'Homère, se seraient attachés à reconnaître autour d'eux dans des plantes plus ou moins ressemblantes.

Déjà réunis dans des travaux antérieurs, les textes qui évoquent ou décrivent l'aspect et les vertus d'une plante nommée moly se répartissent en trois groupes : le passage de l'Odyssée où le terme apparaît pour la première fois ; les descriptions d'une plante bulbeuse homonyme ; les notices relatives à des espèces différentes secondairement ou localement appelées moly.

1. En k 275-308 Ulysse raconte comment « Hermès à la baguette d'or » (v. 277 ) vint à son aide lorsqu'il allait rejoindre ses compagnons que Circé avait transformés en porcs en les frappant de sa baguette (v. 238). Pour rendre inopérante la drogue avec laquelle la magicienne croira ensorceler Ulysse à son tour, Hermès lui donne une « herbe noble » (v. 287 et 292) douée d'un pouvoir prophylactique :

[...]

« Sur ces paroles, le Tueur d'Argos me remit une herbe qu'il avait tirée du sol, et m'en fit voir la nature : de la racine elle était noire, mais sa fleur ressemblait à du lait ; les dieux l'appellent moly ; elle est difficile à arracher, du moins pour les mortels ; les dieux, eux, peuvent tout. »


2. a) Théophraste, H.P. lX, 15, 7 :

[...]

« Le moly croît aux environs de Phénéos et dans le Cyllène. C'est, dit-on, une plante semblable à celle dont Homère a parlé, pourvue d'une racine ronde qui fait penser à un oignon et de feuilles semblables à celles de la scille ; on l'utilise pour les antidotes et les pratiques magiques ; toutefois elle n'est pas difficile à arracher, comme le dit Homère. »

b) Dioscoride, III, 47 (texte de l'éd. Wellmann, 1906) : [...]

« Le Moly a les feuilles semblables à celles du chiendent, mais plus larges, retombantes, des fleurs assez voisines de celles des perce-neige, couleur de lait, mais plus petites que celles du perce-neige, une tige grêle, de quatre coudées, surmontée à l'extrémité comme qui dirait de quelque chose qui rappelle l'ail ; la racine est petite, bulbeuse (ou : semblable à celle du muscari). Celle-ci, broyée et appliquée en pessaire avec de la farine d'ivraie, est très bonne pour les matrices béantes.

Moly : on l'appelle aussi ' perce-neige sauvage '. »


c) L'auteur anonyme du Carmen de viribus herbarum (IIIe siècle ap. J.-C. ?) pastiche Homère en empruntant un trait (la racine bulbeuse) à la tradition naturaliste :

(Ulysse ne se serait pas sauvé...)

[...]

« ...si le Guide ", le Tueur d'Argos, ne le [= le moly] lui avait donné après l'avoir tiré du sol, sous la forme d'une fleur blanche, tel que le lait, brillante nourriture de la jeunesse, et par ailleurs semblable à un narcisse, sombre d'aspect si on en regarde la racine. Puisses-tu apporter un remède radical à toutes les drogues funestes fatales aux mortels ! En portant cette herbe sur toi, tu échapperas à tes ennemis. »


3. a) Dioscoride, III, 46, au sujet de la « rue sauvage », Peganum harmala L. :

[...]

« Certains appellent aussi rue sauvage la plante qui porte en Cappadoce et chez les Galates d'Asie le nom de moly. (...) Certains appellent cette plante harmala, les Syriens bèssasa, les Cappadociens moly, parce qu'elle ne laisse pas de ressembler dans une certaine mesure au moly, avec sa racine noire et sa fleur blanche. »


b) Pline, XXI, 180 :


« II existe encore une autre espèce d'halicacabon ; elle est narcotique et conduit à la mort plus rapidement même que l'opium ; les uns l'appellent morion, les autres moly» (trad. J. André, C.U.F., 1969).

« Cet halicaccabos narcotique, explique J. André en note ad loc, est décrit par Diosc. 4, 72, sous les noms de strychnos hypnoticos, halicaccabon et caccalia (...). C'est la Withania somnifera Dun. que toute l'Afrique du Nord considère comme narcotique. »

La même plante se reconnaît aussi dans la « morelle somnifère » de Théophraste, H.P. VII, 15, 4 et IX, n, 5, et Pline précise, dans la fin de la phrase citée supra, que déjà Dioclès de Carystos (à qui Théophraste a pu emprunter une partie de ses renseignements) en louait les vertus. Ce sont donc les textes relatifs aux deux plantes appelées accessoirement moly qui forment la partie la plus sûre de notre documentation. Sachant avec certitude de quelles espèces il s'agit, nous devons nous attacher à identifier ce qui les rapproche l'une de l'autre, et l'une et l'autre [de l'herbe] remis par Hermès à Ulysse.

[...]

Nous sommes désormais en mesure de tracer avec plus de précision le « portrait » du moly qu'on disait en Arcadie « semblable à celui dont Homère a parlé »

C'est une plante rare, strictement localisée par Théophraste « aux environs de Phénéos et dans le Cyllène ». Le site antique de Phénéos se trouve en Arcadie septentrionale, dans une haute plaine (700 m) fermée au Nord-Est par le Cyllène, au Nord-Ouest par les Monts Aroaniens (l'actuel Chelmos) et au Sud par l'Oryxis. Les eaux de ruissellement qui convergent vers cette cuvette s'évacuent en disparaissant dans des gouffres et après un parcours souterrain reviennent à l'air libre aux sources du Ladon. Avant les travaux modernes de drainage, chaque fois que les émissaires s'engorgeaient ou s'obstruaient, la plaine devenait marécage insalubre ou lac limpide. Hormis le passage qui nous occupe, toutes les mentions de Phénéos dans les traités botaniques de Théophraste sont en rapport avec ce phénomène et ses conséquences pour la végétation locale. Du reste, même là où les eaux s'écoulaient normalement, la région de Phénéos avait la riche végétation des sols bien arrosés : plusieurs voyageurs l'ont noté, l'un d'eux précisant même que l'herbe y croît avec une exubérance exceptionnelle en Grèce. De telles remarques ont été faites aussi dans d'autres vallées du voisinage ; c'est à ces dernières que s'applique l'expression « dans le massif du Cyllène », et non « sur le Cyllène », qui ne peut évidemment pas porter à son sommet (2 376 m) ni sur ses pentes dénudées en été, enneigées le reste de l'année, la végétation des zones humides, plus ou moins marécageuses, à laquelle appartient probablement le moly.

Du point de vue morphologique, la notice de Théophraste est moins incomplète qu'elle ne paraît de prime abord. Si la couleur de la racine et de la fleur n'est pas indiquée, c'est que l'auteur admet à cet égard l'assimilation du moly arcadien au moly homérique, puisqu'il marque plus loin le désaccord des Phénéates sur la difficulté de l'arracher. Notre plante a donc une fleur blanc de lait (Horn. ~ Thphr. ; Dsc.), assez voisine du perce-neige mais plus petite (Dsc), d'où le nom de « perce-neige sauvage » (Ps.-Dsc.) ; une racine bulbeuse (Thphr. ; Dsc.) ; petite (Dsc), noire ou du moins foncée (Horn. ~ Thphr.) comme un bulbe de narcisse (Carm.) ; en outre, des feuilles semblables à celles de la scille (Thphr.) ou du chiendent (Dsc), c'est-à-dire des feuilles de Monocotylédone, à nervures parallèles, charnues et luisantes comme celles de la scille, mais allongées comme celles du chiendent, quoique « plus larges et retombantes » (Dsc.) ; une tige assez haute et grêle (Dsc), portant à son sommet « comme qui dirait quelque chose qui rappelle l'ail » (Dsc) — expression aussi juste qu'embarrassée pour désigner la spathe membraneuse d'où se dégage l'inflorescence de l'ail, cultivé ou sauvage, de même que la fleur de certains iris et des Amaryllidacées.

Nos sources donnent au bulbe du moly un seul usage médical : broyé et mis en pessaire, c'est un remède efficace au relâchement de l'utérus (Dsc ; repris dans Galien, XII, 80 Kûhn et Ps. -Apulée, 48). Mais avant tout le moly arcadien est, comme la plante d'Homère, une herbe magique, un antidote aux sortilèges, probablement aussi aux poisons (Carm.) [...]


Une seule plante, à notre connaissance, possède la totalité des caractères définis plus haut : c'est la nivéole d'été, Leucojum aestivum L., une en Eubée septentrionale et à Scopélos dans les Sporades, elle croît aujourd'hui encore à l'état spontané dans la région de l'Arcadie où Théophraste localisait le moly. La photographie qui la représente dans H. Baumann, Le bouquet d'Athéna, Paris, 1984, p. 78, n° 140, a été prise « dans un petit marais près de Kalavryta au Péloponnèse ». Kalavryta, l'antique Kynaitha, se trouve au Nord-Ouest de Phénéos dont elle est distante d'une vingtaine de kilomètres à vol d'oiseau et séparée par le mont Chelmos. La vallée de Kalavryta s'ouvre à une altitude de 700-800 m, qui est aussi celle du bassin de Phénéos, et jouit pareillement d'un climat frais et d'une grande abondance en eau. La proximité des lieux et la similitude des biotopes nous donnent la quasi certitude que Leucojum aestivum poussait sur les bords marécageux du lac de Phénéos, à supposer que l'assèchement de celui-ci l'en ait totalement chassé.

Les caractères morphologiques de la nivéole à comparer avec ceux du moly sont les suivants : bulbe d'environ 3 cm de diamètre, formé, comme celui de l'oignon, de tuniques très distinctes, blanches, dont la plus superficielle est membraneuse, brune ou d'un roux foncé (mais non presque noire comme dans certaines espèces de narcisse) ; feuilles atteignant 40 x 12 cm, linéaires (ce qui peut rappeler le chiendent), assez charnues, dressées ou retombantes ; forte tige de 50 (- 60) cm de hauteur, terminée par une ombelle de 5-6 fleurs en moyenne, dont chacune est portée par un long pédoncule grêle ; à la base de l'inflorescence, spathe longue de 4-5 cm ; fleurs campanulées, d'un blanc pur à l'exception d'une tache verte à l'extrémité de chaque segment du périanthe, donnant la même impression d'opacité et d'épaisseur que la « fleur de lait », Galanthus (nom scientifique des perce-neige) ; segments égaux, ne dépassant guère 2 cm de longueur (la fleur est donc à cet égard plus petite que celle des perce-neige, formée de segments inégaux dont les plus longs mesurent jusqu'à 3,5 cm). La plante est fixée dans le sol détrempé par de nombreuses et fortes racines, ce qui la rend difficile à arracher sans l'aide d'un outil, sauf dans les mottes détachées de la rive, où le bulbe se trouve à nu. C'est le seul point sur lequel les Phénéates étaient en désaccord avec Homère ; nous aurons à y revenir.

La composition chimique de Leucojum aestivum n'est pas exactement connue. On sait seulement que son bulbe contient des alcaloïdes dont l'un, la galanthamine (ainsi nommée d'après le genre Galanthus, mais non spécifique des perce-neige), a une action myotonique reconnue et parfois utilisée dans la médecine moderne. Le bulbe de la nivéole se prêterait donc à l'usage que Dioscoride attribue à celui du moly en gynécologie : en accroissant la tonicité musculaire, la galanthamine pourrait aider à corriger un prolapsus utérin. Mais cette fonction thérapeutique n'exclut pas pour la nivéole, entre autres Amaryllidacées, une assez forte toxicité susceptible de provoquer des troubles nerveux. Le Guide des plantes dangereuses d'A.-M. Debelmas et P. Delaveau nous livre (p. 62) cette mise en garde : « On se méfiera des bulbes des plantes méditerranéennes telles que Leucoium aestivum (...) ; leur consommation entraîne mydriase [dilatation de la pupille consécutive au blocage du nerf moteur], maux de tête et somnolence ». Nous retrouvons ainsi l'action narcotique et paralysante qui nous est apparue comme le point commun entre le moly homérique et les plantes homonymes qui sont l'harmale et la morelle somnifère. Sous un très vieux nom entendu comme « ce qui émousse », les Anciens ont donc réuni des plantes, dont trois au moins sont réelles, capables de causer un engourdissement pathologique, facilement transformé par la magie prophylactique en neutralisation de sortilèges et d'esprits malins.

Les Phénéates faisaient observer que leur moly était semblable à celui d'Homère, sans prétendre ouvertement que le poète avait créé son herbe magique à racine noire et fleur blanc de lait en ayant présente à l'esprit une image assez précise de la plante arcadienne. Un ensemble d'indices, à défaut de preuve, suggère cependant avec insistance que le moly odysséen est moins « fabuleux » qu'on ne croit.

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