La Linnée boréale
- Anne

- 8 juin
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Dernière mise à jour : 10 juin
Dénomination :
Christian Bange, dans un article intitulé "Linné : son œuvre, son legs scientifique." (In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, hors série numéro 1, 2009. Linné et le mouvement linnéen à Lyon. pp. 4-25) explique comment cette plante a obtenu son nom :
"Linné ramena de ce voyage [en Laponie] de nombreuses observations, non seulement sur l'histoire naturelle, mais également sur les habitants du pays. On conserve à Upsal le tambour divinatoire lapon qu'il rapporta, avec bien d'autres objets, de son voyage. A son retour, Linné se plut à se faire représenter vêtu d'un costume lapon, et tenant à la main droite la Linnaea borealis ; cette plante, décrite pour la première fois par G. Bauhin (1560-1624) sous le nom de Campanula Serpyllifolia, fut dédiée à Linné par Gronovius (1690-1760). Voici ce qu'en dit Linné dans sa Critica botanica : « Linnaea a été appelée ainsi par le célèbre Gronovius : c'est une plante de Laponie basse, insignifiante, négligée, ne fleurissant que pendant une période très courte ; la plante est ainsi baptisée d'après Linnaeus, qui lui ressemble. » C'est peut-être la seule fois où Linné fait preuve de modestie ! Linné adopta souvent cette plante comme emblème ; lorsqu'il fut fait chevalier de l'Ordre de l'Etoile polaire en 1753, par le roi de Suède, puis anobli en 1762, il se vit attribuer des armes où tous les meubles, qu'il s'agisse des couronnes et de l'œuf en abîme du blason ou de la linnée boréale qui orne le cimier, rappellent, sur la demande qu'il en fit à la Diète, son œuvre de naturaliste. (1)
Note : 1) « Tiercé de sable, de gueules et de sinople, orlé d'or, à la pairie du même, au tourteau d'azur en abyme, chargé d'un oeuf d'argent, accompagné de trois couronnes tournées vers le centre, l'une en chef de perles, l'autre à dextre de cristaux, la troisième à senestre de feuillages au naturel. » L'écu, timbré d'un casque taré de face, a pour cimier une linnée boréale ( Linnaea borealis) avec deux larges feuilles. Le manteau est de pourpre, rebrossé d'hermine ; sur ces armoiries, le choix et la disposition des meubles et leur signification, voir Casse (2008)."
Autres noms : Buis nordique - Clochette des bois - Fleurs jumelles - Herbe de Sainte-Thérèse -
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Botanique :
Serge Muller, Thierry Delahaye, Myriam P. Gaudeul et Yves Pauthier, auteurs de "La Linnée boréale (Linnaea borealis L.) dans le Parc national de la Vanoise : distribution, variabilité génétique, biologie de la reproduction, écologie et état de conservation." (In : Naturae, 2019, 3, pp. 81–105) présentent la Linnée comme emblématique de la flore savoyarde :
"La Linnée boréale (Linnaea borealis L.) est une espèce emblématique du Parc national de la Vanoise, qui abrite les seules populations françaises actuellement connues. Cette espèce, typique des régions boréales, est considérée comme une relicte des périodes glaciaires dans la chaîne alpine. Elle a été classée dans la catégorie EN (= en danger d’extinction) lors de la dernière évaluation des espèces menacées de France en 2012 et elle bénéficie d’une protection réglementaire en France métropolitaine depuis 1982 (Danton & Baffray 1995).
La Linnée a d’abord été découverte en Haute-Savoie au XVIIIe siècle, mais les trois ou quatre stations historiques de ce département n’ont jamais été retrouvées (Jordan 2015). Ce sont ensuite cinq stations qui ont été découvertes entre 1904 et 1976 dans l’aire optimale d’adhésion du Parc national de la Vanoise, sur les territoires des communes de Tignes, Champagny-en-Vanoise, Pralognan-la-Vanoise (deux stations) et Les Allues. Cette dernière station a été classée en Réserve naturelle nationale (RNN du plan de Tuéda) en 1990. Les recherches détaillées et des cartographies réalisées par le personnel du Parc national de la Vanoise ont permis de préciser la distribution de l’espèce et de découvrir des «stations satellites», en particulier pour les localités de Champagny-en-Vanoise et des Allues.
Toutefois, mis à part quelques rapports peu informatifs d’étudiants et de stagiaires, cette espèce n’avait encore fait l’objet d’aucune étude relative à sa biologie et son écologie en Vanoise.
Du fait de sa large distribution circumboréale (Scandinavie, Sibérie, Canada, etc.) et de sa présence en stations disjointes dans des montagnes à des latitudes plus basses (Alpes, Caucase, Carpates, Écosse, etc.), l’espèce a par contre fait l’objet de nombreuses études dans ces territoires. Une première étude génétique récente (Wroblewska 2013) a attesté d’une diversité génétique relativement importante dans les stations euro-sibériennes de l’espèce. Concernant les populations disjointes de l’aire boréale continue, ce sont en particulier les travaux menés en Écosse (Lusby 1994 ; Wilcock & Jennings 1999 ; Wilcock 2002 ; Welch 2003 ; Scobie & Wilcock 2009) qui ont été les plus poussés et ont mis en évidence et analysé les causes de la raréfaction de l’espèce sur ce territoire.
Cette raréfaction de l’espèce en Écosse a été mise en relation avec la fragmentation des populations de Linnée et son caractère auto-incompatible, nécessitant une fécondation croisée pour produire des graines fertiles. La faible variabilité génétique et la fragmentation des populations dans ce territoire ne permettent souvent pas cette nécessaire fécondation croisée entre génotypes différents. Le Parc national des Cairngorms, qui abrite les populations les plus importantes d’Écosse (et donc des îles Britanniques), a alors entrepris de mener des actions de suivis de populations et de restaurations d’habitats, parmi lesquelles des tests de transferts d’individus (s’apparentant à des renforcements de populations), afin d’obtenir une reproduction sexuée. Les premiers résultats obtenus en 2013 apparaissent très prometteurs.
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Distribution mondiale de l’espèce : Linnaea borealis est un chaméphyte ligneux à tige rampante qui présente une large distribution circumboréale dans l’hémisphère nord (Weberling 1966). Pampanini (1903) la classe parmi les «espèces alpines-circumboréales répandues d’une manière plus ou moins continue dans les régions plus septentrionales des trois continents et qui se retrouvent dans les systèmes montagneux de l’Europe centrale et aussi dans ceux de l’Asie». Une station surprenante a toutefois été découverte sur une montagne d’Afrique tropicale, en Ouganda, à 6000 pieds (environ 1800 m) d’altitude (Good et al. 1924). Cette station résulte vraisemblablement d’une dissémination fortuite à longue distance de l’espèce par ornithochorie.
L’espèce comporte deux sous-espèces, L. borealis subsp. longiflora (Torr.) Hulten en Asie et en Amérique du Nord et L. borealis subsp. borealis L. en Europe (Zika & Tucker 2017).
La sous-espèce L. borealis subsp. longiflora est abondante dans les forêts boréales de la collectivité française de Saint-Pierre-et-Miquelon, où elle est une composante régulière de la sapinière oligotrophe à Abies balsamea (L.) Mill. en compagnie de Cornus canadensis L., Gaultheria hispidula (L.) Muhl. ex Bigelow, Trientalis borealis Raf., Platanthera obtusata (Banks ex Pursh) Lindl., Coptis groenlandica (Oeder) Fernald, etc. (Le Gallo 1949, 1954).
Distribution de la Linnée boréale en Europe : La sous-espèce L. borealis subsp. borealis (Fig. 2) présente en Europe une distribution boréale et montagnarde (Tutin et al. 1964-1980). Elle est abondante en Scandinavie et dans les républiques baltes (Hultén & Fries 1986), et elle reste encore bien présente en Pologne (Nowinski 1930 ; Hryniewiecki 1932; Blaszczyk 1965; Szwed 1993), mais y apparaît en forte régression récente (Ciosek et al. 2015). Elle se raréfie dans le nord de l’Allemagne (Haeupler & Schönfelder 1988), mais y apparaît encore dans le Brandebourg, la Poméranie, le Mecklembourg (Müller-Stoll et al. 1962).
La Linnée boréale présente également une aire d’occurrence naturelle en Écosse, où elle est une espèce typique des vieilles pineraies naturelles à Pinus sylvestris L. ; elle apparaît aussi dans les habitats d’altitude asylvatiques de ce territoire, à l’ombre de rochers (Lusby 1994). Elle a fait l’objet de nombreuses études sur la biologie de sa reproduction et de sa conservation dans les îles Britanniques, dans le cadre d’un plan d’action de recherche (Kohn & Ennos 2000 ; Kohn & Lusby 2004 ; Brooker et al. 2011). La Linnée boréale présente ensuite une importante disjonction d’aire pour se retrouver dans l’arc alpin (Aeschimann et al. 2004), en particulier en Suisse (Hess et al. 1972 ; Welten & Sutter 1982), où elle est mentionnée dans le Valais à la «Tête noire» dès le début du XIXe siècle (Lamark & De Candolle 1805: 269), en Italie (Pedrotti 1963 ; Fornaciari 1965 ; Pignatti 1982), en Autriche, en Slovénie et en France. L’espèce apparaît également dans les Carpathes en Ukraine (Tsaryk & Malynovs’kyi 1995).
La Linnée boréale a également été découverte aux Pays-Bas en plusieurs localités à partir des années 1920 (Beijerinck 1929, 1930; Weberling 1981). Weevers (1929) a toutefois estimé qu’il ne s’agissait pas de stations relictuelles des périodes postglaciaires, mais de populations apparues récemment à la suite de plantations résineuses.
Distribution de la Linnée boréale en France : La Linnée boréale est mentionnée pour la première fois en France par Lamarck & De Candolle (1805) dans leur Flore de France « dans les Alpes du Valais, à la montagne des Voirons près de Genève (Sauss.) ?, au Saint-Gothard (Hall.), au bord du torrent qui coule sous la Tête Noire, en Alsace, aux environs de Montpellier à l’Espinouse et entre l’Eserou et Meyrveis (Gou.) ». Le Synopsis plantarum in flora gallica descriptarum des mêmes auteurs (Lamarck & De Candolle 1806) confirme sa présence dans les Alpes du Valais (Alpibus Vallesiacis), en Savoie (Sabaudis), en Alsace (Alsatia) et près de Montpellier (circa Monspelium). Les mentions en Alsace et dans les Cévennes, correspondant manifestement à des erreurs, ont été corrigées par de Candolle dès 1815 pour l’indication dans les Cévennes, et ces corrections confirmées pour les deux régions par Grenier & Godron (1848-1856) qui écrivent : « cette plante n’existe ni en Alsace ni dans les Cévennes, où elle a été indiquée ». Coste (1901/06) ne mentionne l’espèce qu’en « Haute-Savoie, près de la frontière franco-helvétique ». Curieusement, l’abbé Fournier (1940), dans Les Quatre Flores de France, la mentionne également dans le Briançonnais. Mais l’erreur a été rapidement corrigée par Offner (1944).
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La Linnée boréale n’a donc plus été revue dans aucune de ses stations de Haute-Savoie depuis plus d’un demi-siècle, voire un siècle, et elle est présumée disparue de ce département (Charpin & Jordan 1989, 1990/92 ; Trotereau 1995a, b ; Danton & Baffray 1995). Dans sa récente synthèse sur la flore rare ou menacée de Haute-Savoie, Jordan (2015) estime toutefois « qu’elle n’est pas pour autant considérée comme disparue du département, elle est à rechercher ».
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En conclusion, les prospections faites en 2015 dans le cadre de cette étude ont permis de retrouver la Linnée boréale dans ses différentes stations. Elle y est abondamment présente dans la station historique (n° 1) de Tignes, où elle s’étend sur une amplitude altitudinale allant de 1950 (au niveau de la source) jusqu’à 2050 m (au-dessus du sentier de Grande Randonnée). De même, dans la station n° 2, elle a été observée dans les quatre sous-stations ou populations du bois des Caves, du barrage hydroélectrique (station historique), du bois de la Taillette et du plan de Leschaux. Dans la troisième station, à Pralognan-la-Vanoise, l’espèce n’a pu être observée que sur deux petites zones de quelques m² situées à proximité du sentier. Dans la quatrième station, l’espèce était au contraire très abondante et avait abondamment fleuri. Dans la cinquième station (RNN du plan de Tuéda) l’espèce était également largement présente dans les différentes sous-populations prospectées. Sa distribution jusqu’à une altitude de 2150 m dans des landes du versant nord-est du vallon du Fruit, où la présence de la Linnée boréale avait pu être attestée depuis quelques années par les agents du Parc, a été précisée lors de notre visite du 20 août 2015.
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Biologie de la reproduction de l'espèce : [...] D’après les comptages réalisés, Linnaea borealis est une espèce tétraploïde, avec 2n = 4x = 32 (Hagerup 1944). C’est une espèce pérenne, formant par reproduction végétative (stolons) des clones qui peuvent conduire à des tapis étendus de l’espèce, jusqu’à 10 mètres de long (Eriksson 1988; Niva 2003). La fragmentation de ces individus permet une reproduction végétative très active de l’espèce.
La floraison de l’espèce est assez abondante, comme en attestent de remarquables photographies présentant parfois des centaines d’individus en fleurs. D’après la bibliographie, elle a lieu en général au cours des mois de juillet et août. En Vanoise, d’après Labroche & Schermesser (2006), la floraison démarre dès la fin juin dans la station la plus basse en altitude (Bois des Caves) et se poursuit jusqu’à la mi-août pour les stations des plus hautes altitudes. La durée de la floraison au sein d’une population semble s’étaler sur plusieurs semaines (4 ou 5 ?), puisque nous avons observé à la mi-août 2013 en Vanoise des individus en fleurs et d’autres en phase de fructification au sein d’une même population. La bibliographie fait également état dans certains territoires d’une deuxième floraison pouvant se produire à la fin de l’été (Wittrock 1883 ; Sernander 1895), mais celle-ci n’a pas été mentionnée en Vanoise.
La fécondation est réalisée par des insectes, principalement des diptères et des hyménoptères (Scobie & Wilcock 2009). La reproduction sexuée conduit à la production d’un fruit sec présentant trois loges, avec un ovule dans chaque loge, mais une seule graine est produite par fruit suite à l’avortement des autres ovules (Ridley 1930). Giger (1912) signale que la fructification de l’espèce est abondante dans certaines régions comme la Scandinavie, la Russie ou l’Engadine, alors que des fruits mûrs ne sont que rarement produits dans d’autres territoires, comme le Valais ou le nord de l’Allemagne.
Le fruit est entouré par deux bractées ovales couvertes de poils glanduleux. L’abscission du fruit a lieu sous les bractées et celles-ci donnent alors aux fruits la possibilité, grâce à ces poils glanduleux, de se « coller» sur la fourrure de mammifères ou le plumage d’oiseaux, permettant une dissémination zoochore à longue distance (Zabel 1876 ; Giger 1912 ; Ridley 1930; Lusby 1994). En Scandinavie, selon Ridley (1930) et Ericson (1977), des fruits ont été observés sur des Lièvres variables (Lepus timidus Linnaeus, 1758) et des Lagopèdes des saules (Lagopus lagopus (Linnaeus, 1758). Giger (1912) estime, sur la base de ses observations, que les graines conservent leur capacité de germination pendant une longue durée, au moins trois années, alors que Grandström (1982) considère que la Linnée ne forme pas de banque de graines persistante. La germination des graines dans la nature semble être plutôt rare. Giger (1912) écrit qu’il ne l’a jamais observée. Ericson (1977) précise que cette germination n’a été observée en quantité que sur des sols perturbés. [...)
Lusby (1994) mentionne que l’espèce est auto-fertile. Toutefois les travaux menés par Wilcock & Jennings (1999) et Wilcock (2002) ont montré que l’espèce est en fait principalement auto-incompatible, nécessitant une pollinisation croisée entre génotypes différents pour produire des graines viables. Ainsi l’absence ou la rareté de production de graines fertiles dans certaines régions pourrait s’expliquer par la faible variabilité génétique des populations concernées. L’extension de l’espèce dans ces régions résulterait alors d’une production active de stolons, conduisant à des clones du même génotype qui peuvent persister longtemps, même si des graines ne sont pas produites ou ne conduisent pas à la germination de nouveaux individus.
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Écologie de l'espèce : Sur le plan écologique, l’espèce est considérée comme typique des substrats acides et oligotrophes (Rameau et al. 1993). [...]
En Savoie, l’espèce est considérée par les forestiers comme « liée aux peuplements fermés ou clairiérés » (ONF 2006). Le guide des sylvicultures de montagne (CEMAGREF et al. 2006) préconise de ce fait, pour les stations de Linnée boréale, de « maintenir le couvert du peuplement supérieur à 60 % ». [...]
L’espèce semble donc présenter une relative souplesse par rapport à ce facteur lumière.
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La Linnée boréale est habituellement considérée dans la chaîne alpine comme une espèce relictuelle des périodes glaciaires. Ainsi Pampanini (1903) considère que «sa distribution dans les Alpes est bien celle d’une plante arrivée durant une, peutêtre la dernière, période interglaciaire». Offner (1944) écrit de même que «il est vraisemblable que la présence de la Linnée dans l’Europe centrale remonte à l’ancienne extension glaciaire». Deux hypothèses sont généralement envisagées, soit la persistance de l’espèce pendant les périodes glaciaires sur des «nunataks» (Jerosch 1903), soit sa migration postglaciaire à partir de zones refuges plus éloignées (Noack 1922). Tribsch & Schönswetter (2003) considèrent que des études complémentaires sontencore nécessaires pour trancher entre ces deux hypothèses."
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Isabelle Dupras, de Aiglon Indigo propose un article intitulé "Les plantes indigènes parfumées, tant de parfums à ressentir" (In : Horti-Plus n°28, 2019) mentionne le délicat parfum de la Linnée boréale :
"Le jardin est affaire de sens. Le plaisir des couleurs, la fraîcheur du printemps, sentir la terre entre ses doigts, autant de sensations qui nous ravissent. Mais rien ne surpasse l’expérience enivrante des odeurs. Les parfums au jardin sont nombreux et variés et contribuent à rendre le jardin magique et exaltant. Plusieurs espèces indigènes se distinguent par leur parfum distinctif. Ces espèces conviennent particulièrement bien à l’aménagement de jardins qui seront fréquentés en fin de journée, au moment où les parfums se diffusent le mieux dans l’air. On peut également les intégrer dans des aménagements destinés à des clientèles spéciales chez qui les sens jouent un rôle de premier plan, par exemple des jardins pour nonvoyants, des jardins thérapeutiques pour personnes convalescentes ou des jardins d’enfants. Dans ce dernier cas bien entendu, il importe aussi de prendre en considération la toxicité de certaines espèces."
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La linnée boréale. Linnaea borealis : Merveille du printemps, cette vivace d’apparence fragile, mais pourtant robuste, procure un tapis parfumé à l’ombre des conifères. Son odeur pénétrante fait nettement penser au chèvrefeuille."
Usages traditionnels :
Annabelle Moisan-De Serres, dans un mémoire de maîtrise intitulé "Mise en valeur des produits forestiers non ligneux dans une optique de développement socio-économique: le cas de la Première Nation des Innus Essipit." (Université Laval, Québec, 2015) donne la Linnée boréale comme comestible et médicinale pour la Première Nation des Innus Essipit (cf. "Tableau 3 : Description des PFNL identifiés sur les terrains privés d’Essipit" p. 37) malheureusement sans plus de précision.
Luc Menapac, auteur d'un article sur la Linnée boréale paru sur le site {BnF Gallica en date du 23 Juin 2025, précise les vertus médicinales de la Linnée boréale selon Linné lui-même :
D’après Linné, les habitants du Nord de l'Europe la prenaient infusée dans du lait pour calmer les douleurs rhumatismales. En Norvège, elle servait à des fumigations pour lutter contre les fièvres scarlatines. Elle a également été utilisée contre la goutte et les maladies de peau, et en cataplasmes contre la sciatique.
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Symbolisme :
Sabina Pettitt, autrice de Médecine vibratoire - La Guérison par les essences de la nature (Édition originale, 1999 - Traduction française Ariane Éditions Inc., 2007) propose des remèdes censés transmettre les Esprits de la Nature :
"L’essence est la manifestation de Esprit dans chaque forme physique. Elle se révèle comme une vibration ou fréquence unique dans chaque être vivant. C’est le schéma énergétique distinguant la rose de Nootka de la grande marguerite, ou l’escargot lunaire de l'étoile de mer. C’est l’infini prenant corps dans le fini. Une essence c’est, par définition et par sa nature même, la valeur intrinsèque d’un être, son état inhérent.
Entre le « sans-forme » et la forme, il existe un écart où le spectre entier de la différentiation s’exprime en nuances subtiles. C’est dans cet espace que repose le schème qui sous-tend la manifestation physique. ‘Tel le plan d'ADN qui détermine la réalité physique, il contient le code qui différencie tous les êtres vivants. C’est là où réside l'interface entre le monde tridimensionnel et l'Esprit.
[...]
Linnée boréale - Linnaæa borealis
Compassion.
Permettez-moi de vous révéler les deux faces de la pièce.
Laissez-moi vous dévoiler le paradoxe.
Donnez-moi l’occasion de vous faire voir la tension
entre le yin et le yang, par laquelle la forme se manifeste.
Permettez-moi de vous faire voir la vie dans ses infinies polarités.
Et lorsque vous souhaiterez vous défaire du jugement et de votre adhérence
au bien et au mal, au bon et au mauvais, songez à mes cloches roses
et ressentez votre cœur.
Aide à ne pas juger.
Signature : Plante grimpante formant une couverture végétale, dotée de feuilles luisantes et elliptiques ; une seule tige porte deux fleurs roses identiques en forme de cloche. La signature de la plante réside dans ces deux fleurs jumelles évoquant le symbole éternel des deux plateaux de la balance. Sa délicate teinte rose représente la compassion qui ne porte aucun jugement.
Porter des jugements conduit à l’inflexibilité et à la résistance. Ce n’est que lorsque nous sommes en paix avec nous-mêmes que nous pouvons nous défaire de cette habitude critique ; ainsi, nous devenons capables d’accueillir n’importe quelle situation librement, sachant intimement que chacun de nos actes nous revient. C’est avec cette attitude qu’il est possible de s’adapter au flot de la destinée sans se coincer dans des positions rigides.
Remède surtout mental, il favorise une lucidité qui dépasse de loin ce que nous sommes en mesure de percevoir ou de comprendre. La linnée boréale éveille l'optimisme et l'humilité. À un autre niveau, elle est destinée à ceux qui critiquent tout et tout le monde, y compris eux-mêmes. La linnée boréale accorde le discernement et la
capacité d’effectuer des choix en accord avec notre voyage intérieur, choix exempts de critiques de soi ou d’autrui.
Chakras : Racine - Cœur.
Méridiens : Foie - Vésicule biliaire.
Mots clefs : Quiétude mentale - Acceptation - Compassion.
Défis : Jugement - Critique.
Affirmation : Je ne comprends pas la raison d’être des choses : j’accepte donc ce qui est, sans critiquer."
Dans un article intitulé "Compte rendu des manifestations organisées par la Société Linnéenne de Bordeaux dans le cadre du tricentenaire de la naissance de Linné (né en 1707)." (In : Bulletin de la Société Linnéenne de Bordeaux, Tome 142, (N.S.) n° 35 (4) 2007 : pp. 473-507) on apprend que :
"[...] la Linnée boréale [est la] - plante "fétiche" du grand savant suédois -"
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Littérature :
Henry Correvon, auteur d'une Flore coloriée de poche, à l’usage du touriste dans les montagnes de la Suisse, de la Savoie, du Dauphiné, des Pyrénées, du Jura, des Vosges (Éditions P. Klincksieck, 1894) propose un poème en hommage à la petite fleur des montagnes :
Linnaea boralis L.
Sur les flancs de nos monts, il est une fleurette
Au suave parfum
Qui fuit l’éclat du jour, dérobant sa clochette
Aux yeux de l’importun ;
Sa patrie est au loin, sous un ciel plus sévère,
Près des glaces du Nord,
Et nos torrents ont vu la charmante étrangère
Croître aussi sur leur bord.
Ses jolis rameaux verts s’étalent sur la mousse
De nos vallons alpins,
Formant, près des vieux troncs sous lesquels elle pousse
Le plus beau des jardins
Il semble qu’un reflet d’aurore boréale.
A survivre obstiné,
S’attarde et se mélange à la teinte d’opale
De la fleur de Linné.
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