La Forêt du Lizieux

Dernière mise à jour : 12 août
Toponymie :
Selon Dominique Roucoule, ancien président du syndicat du Lizieux, interviewé pour le programme court "Oronyme" de Samuel Maïon-Fontana (France 3 TV, 2 décembre 2021) :
"Il faut voir dans cet oronyme une racine pré-indo-européenne liz, comme dans Lozère, qui désigne une montagne. Cette racine signifie "escarpement rocheux, abîme", largement antérieure à la période gauloise."
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Description :
Sur le site Sucs et Loire Tourisme, on peut lire la description suivante :
"Situé au cœur de l'Auvergne, le massif du Meygal - Lizieux est un lieu prisé des amateurs de nature et de randonnée, en été comme en hiver. Entre le mont Mézenc et le pic du Lizieux, ce massif offre des magnifiques panoramas. Que vous soyez randonneur ou simple curieux, on vous promet une évasion inoubliable.
Dans ce massif aux étranges accents volcaniques, les vastes espaces boisés sont parsemés de Sucs, nos volcans de type péléen. De formes et de tailles variées, certains d'entre eux sont des points culminants. Au Meygal, le Mont Testavoyere atteint 1436 m tandis que le Pic du Lizieux culmine à 1388 m. [...]
L'Office National des Forêts (ONF) est garant d'une gestion durable de ce massif. Il a un rôle de préservation et d’entretien du milieu toute en favorisant l'accueil du public. Ici, le Meygal est une forêt domaniale, le Lizieux une forêt intercommunale.
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Un peu d'histoire : Le Lizieux (1388 m) vieux de 12,7 millions d’années est formé par un dôme coulé de phonolitique, lave qui s’est étendue de part et d’autre du sommet, visible aujourd’hui par les nombreux pierriers et éboulis formant à sa base un vaste plateau. Les pâturages non entretenus suite à l’exode des campagnes ont laissé place à une foret de résineux plantée dans les années 60. Illustre lieu de caches pour les maquisards, c'est aujourd’hui un site naturel préservé.
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Sur 300 ha, la forêt offre un riche panel d’essences très apprécié des naturalistes et botanistes. Les différentes campagnes de reboisement ont permis d’ajouter aux pins sylvestres d’autres essences tels que l’épicéa, le pin noir d’Autriche, le mélèze d’Europe… Dans ce pays de myrtilles et de cèpes, odeurs, couleurs, symphonie d’oiseaux, diversité des plantes interdisent la solitude."
Sur le site du Progrès, on peut lire un article daté du 25 mai 2025 intitulé "Une découverte de la forêt du Lizieux avec l’ONF", rubrique Saint-Jeures qui donne quelques précisions sur la forêt :
"Pour la Fête de la nature, Élodie Prat, technicienne forestière, a accompagné ce samedi de petits groupes de curieux désireux de mieux connaître la forêt du Lizieux. Ils ont appris qu’il s’agit d’un boisement très jeune (planté en 1968 puis en 1988) car, autrefois, le massif n’était que très peu boisé de quelques pins sylvestres, l’espèce autochtone. Aujourd’hui, il a 50 % de sapins, 30 % d’épicéas."
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Histoire de la forêt :
François Boulet, auteur d'un article intitulé ""L’état d’esprit en Haute-Loire 1940-1944 : des refuges aux maquis, Le Puy-en-Velay", (In : Les Cahiers de la Haute-Loire, Société d’Histoire de la Montagne, 2003) propose un extrait sur le site ajpn :
"Résistances spirituelle et armée dans le pays du Mont Lizieux 1940-1944
L’histoire de la Montagne a une montagne toute particulière : le mont Lizieux (1388 mètres). Ce mont symbolise le pays. Il est au centre de la résistance spirituelle, notamment protestante, d’abord avec les Juifs puis avec les réfractaires du Service au Travail obligatoire qui font naître les maquis. Nous voudrions en quelque sorte réaliser une histoire de la Montagne, non à partir d’un bourg donné, mais de la montagne-refuge elle-même, qui se partage entre les communes d’Araules, Champclause, Saint-Jeures et Le Mazet-Saint-Voy et ses 6000 habitants d’alors.
I. Le pays du Lizieux : d’un pays traditionnel à un pays-refuge judéo-protestant
Si nous lisons les archives du registre du conseil municipal du Mazet ou d’Araules, le mont Lizieux est d’abord une réserve de bois et de genêt dans une période de restrictions. Le premier refuge est donc matériel. Face au maréchal Pétain, le cultivateur de la Montagne n’est pas plus iconoclaste qu’un autre. Il n’est pas hostile à la personnalité patriotique du maréchal Pétain, qui est attentif de surcroît au sort matériel et moral des paysans. En revanche, il se méfie rapidement du gouvernement du Vichy, du cléricalisme ambiant. Les premiers suspects de la Montagne fin 1941 ne se trouvent pas cependant autour du mont Lizieux, mais au Chambon-sur-Lignon, avec l’élite protestante.
Plusieurs centaines de Juifs résident sur la Montagne par différents moyens : hôtels, pensions de famille, homes d’enfants, pièces d’accueil chez le paysan. Est-ce que les communes d’Araules, Champclause, Saint-Jeures, Le Mazet-Saint-Voy sont à l’écart ou au cœur de ce refuge ?
Premier élément : l’organisation du refuge, matériel, intellectuel et moral, passe par Le Chambon. Mais la diffusion du refuge, dans l’urgence de contrer les rafles dans un deuxième temps, passe par le monde paysan de toutes les communes environnantes, surtout à travers l’organisation d’une fuite vers la Suisse. Le témoignage du passeur Pierre Piton montre toute l’importance de cet arrière-pays afin de "passer au vert".
Deuxième élément : l’hostilité du monde réformé sur la Montagne aux rafles trouve le témoignage de l’élite, comme l’accueil pour le moins difficile du secrétaire général de la jeunesse Georges Lamirand au Chambon. Sa visite à Tence est parfaite ; quant au Mazet, il ne s’y déplace pas. Mais le monde populaire et paysan, surtout réformé, de la Montagne, désapprouve tout autant les rafles de l’été 1942. Les aspects spirituels de rapprochement judéo-protestant, à travers la lecture de la Bible et les souvenirs des persécutions, sont clairement perceptibles, chez les réformés comme chez les darbystes ou l’Eglise du Riou.
Troisième élément : La cinquantaine de Juifs qui arrivent au pays du Lizieux semblent venir plutôt en 1943-1944. Ce ne sont pas les premiers arrivés, mais plutôt ceux qui se cachent dans l’incognito. Ils font peut-être moins partie de l’élite juive comme au Chambon. Ils sont placés dans des familles et apportent un coup de main supplémentaire, nécessaire, dans le travail de la terre, comme le jeune François Stupp à Araules.
II. Contre le STO et avec le maquis
Le refus en bloc de la loi du 16 février 1943 sur le Service du Travail Obligatoire trouve son illustration avec l’arrivée des nombreux réfractaires dans le pays du mont Lizieux : réfractaires autochtones, souvent protestants, jeunes gens de la Loire ou du Puy-de-Dôme. Le refuge des Juifs peut être utilisé pour les jeunes réfractaires du STO. Les familles cachent des leurs.
Les opérations de gendarmerie se concentrent autour du Lizieux à l’été 1943 sans obtenir beaucoup d’arrestations. En août 1943, le service des renseignements de la France Libre à Londres le Bureau Central de Renseignements et d’Actions (BCRA) signale : "la région du Chambon-Mazet abrite actuellement plusieurs milliers de jeunes". Au cours de l’année 1943, le particularisme protestant joue de nouveau à plein pour le refuge des jeunes réfractaires qui trouvent dans le pays du Lizieux, un refuge exemplaire, peut-être un des plus importants dans les deux départements de la Haute-Loire et de l’Ardèche.
Fin 1943 et début 1944, la présence des maquis de plus en plus active et opérationnelle devient une menace. Le sous-préfet d'Yssingeaux en février 1944, après une visite dans le pays, ne distingue plus les réactions des deux populations religieuses face au maquis. Son jugement sur l'état d’esprit est alors plus global : la crainte domine.
Au cours de la journée du samedi 22 avril 1944, l’horreur est atteinte pour la première fois en Haute-Loire. Des Allemands, accompagnés de quelques civils parlant le français, non-miliciens, semble-t-il, "littéralement terrifient" le pays du mont Lizieux. Ils assassinent sauvagement cinq résistants FTP et quatre cultivateurs sur les communes d’Araules (Arnissac, Montbuzat, "Chièze" et "Majal") et d’Yssingeaux ("La Champ des Cayres"), entre les massifs du Lizieux et du Meygal. Trois fermes sont brûlées et cinq personnes prisonnières. C’est l’événement le plus sauvage de l’histoire de la Montagne pendant ces années dramatiques. Début juin 1944, contre ces "hordes', un tract demande "vengeance".
Avec l’annonce du Débarquement, la Montagne se libère une première fois en juin 1944 avec les FFI, mais commence alors une période trouble, incertaine, sans gendarmerie, où l’Allemand et le milicien peuvent toujours revenir. Les maquis tiennent la Montagne, avec les places fortes des monts Lizieux, Meygal et Mézenc. Les parachutages de juillet-août peuvent rassurer. La Libération se manifeste surtout par l’arrivée, début septembre, de l’armée française d’Afrique.
L’épuration sauvage, puis judiciaire, est modeste. En revanche, comme ailleurs, les haines de village redoublent. Au Mazet, le maire sous l’Occupation, Pierre Salque, conseiller départemental en 1942, est réélu. A l’élection du maire le 12 mai 1945, sur 14 bulletins, treize se prononcent pour Pierre Salque, un vote pour Lucie Ruel* ; les nouveaux conseillers sont sept hommes et une femme sur quatorze.
Le "génie du lieu" dans ce pays du Lizieux est donc réel entre 1940 et 1944 avec les différents combats de la Résistance française : du type-même du refuge juif en pays huguenot à la photographie la plus célèbre d’un maquis de France, prise à Boussoulet à la fin du printemps 1944."
François Boulet, présente un article de Christian Maillebouis et Didier Perre intitulé "Complaintes des huguenots en Velay. Mazet-Saint-Voy, 1776-1838." (Revue d'histoire du protestantisme, Vol. 5, No. 1 (Janvier - Février - Mars 2020), pp. 139-142) qui évoque les déserts de la forêt de Lizieux :
"Sur la terre chrétienne catholique du Velay, le point de vue de l'autre religion chrétienne « hérétique » à l'Est est bien présent, enraciné depuis l'édit d'Amboise du 19 mars 1563. Plus d'un siècle plus tard, au cours des années 1683-1685, le Roi « très chrétien » croit éradiquer une religion moribonde, un îlot de la périphérie géographique ou le consistoire de la Montagne. Mais les 10 000 âmes de la Montagne huguenote de « Saint-Voy » durent et perdurent dans les veillées, lors des quatre mois d'hiver, ou à travers les cultes au « Désert », autour du mont Lizieux et au nord du mont Mézenc. Ils sont trop humbles pour s'exiler ou trop fiers, religieux surtout pour céder. Une humble grandeur de « ceux des montagnes » s'y déploie. Même les catholiques leur offrent la tolérance ou une étonnante bienveillance au cours du XVIIIe siècle, une « tendresse » et non l'épouvante et la terreur. Ainsi l'évêque au Puy-en-Velay de 1742 à 1774, Jean-George Lefranc de Pompignan, supporte davantage ces protestants « hérétiques » que les « incrédules » voltairiens et libres penseurs (p. 20-22). On rêve alors de mieux connaître, par la suite, les liens clandestins, un peu circonstanciels, « contre-nature » et méconnus, entre les catholiques « réfractaires » et les huguenots de la Montagne au cours du basculement de la Grande Révolution (1789-1799), contre la Terreur notamment."
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Proverbes et dictons :
Sur le site de Haut-Lignon tourisme, on découvre le dicton suivant concernant le pic du Lizieux, indissociable de sa forêt :
"Dicton météorologique : Quand Lhiziou prein soun tsapé, bèrdzeïre prein toun manté !
(Quand Lizieux prend son chapeau, bergère, prends ton manteau !)"
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