La Forêt de Crouzilhac
- Anne

- 29 juil.
- 5 min de lecture
Etymologie :
Selon le site Geneanet :
Sens du toponyme Crouzilhac :
peut-être le domaine de *Crucilius (nom d'homme latin),
ou tout simplement un dérivé de Crousille, Croisille (= carrefour).
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Histoire :
Sur le site myhauteloire, on apprend qu'il reste des traces du passé gaulois de la région de Tence dans la forêt de Crouzilhac, un hameau de Tence :
"Dans la forêt de Crouzilhac, au nord de Tence, souffle encore un vent celtique. En bordure du bois, une importante roche assoit cette présence ancienne. A son sommet, elle est marquée de cupules. Des entailles circulaires qui auraient servi à des sacrifices pratiqués par les druides. Ils étaient dépositaires de la tradition et du savoir des Gaulois, à la fois éducateurs, juges et prêtres. Ce rocher n’est pas seul. Tout autour, la disposition de certaines roches semble avoir été arrangée, d’autres sont creusées de bassins…"
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Contes et légendes :
Sur le site du Musée des Croyances populaires du Monastier sur Gazeille on peut lire une version de la légende suivante :
"Le Petit Homme blanc de Crouzilhac
Au Moyen Age, parmi les grandes forêts autour de Tence, croissait celle de Crouzilhac. Elle était hantée par un gnome vêtu de blanc. A sa vue, la population était terrorisée. Vœux, exorcismes et prières étaient impuissants pour s'en débarrasser. Même les seigneurs restaient enfermés dans leurs châteaux. Un jeune chevalier errant, de passage dans la contrée, s'avança face au redoutable pygmée. Ce dernier lui avoua n'avoir aucun pouvoir, ni sur les corps, ni sur les âmes. Il avait eu la faiblesse de déplacer une grosse pierre faisant limite, pour voler du terrain, et qu'il était condamné à errer sans mémoire jusqu'à ce qu'il retrouve l'emplacement originel de cette borne. Le chevalier lui suggéra : "Pose-là ici !" Le petit homme s'exécuta et disparut... C'est ainsi que la paix revint dans le pays."
On trouve une version plus étoffée de cette légende sur le site eprimaire :
Un petit homme dans la nuit.
Ce conte mystérieux a pour cadre la forêt de Crouzilhac, dans la Haute-Loire, près de Tence et d'Yssingeaux.
Le soir tombe sur le château, les ombres s'allongent. C'est l'heure où le trouble envahit les esprits, l'émotion serre les coeurs, la peur gagne.
Comme chaque soir, le châtelain tente de réagir :
- Qu'on lève le pont-levis ! ordonne-t-il.
- C'est fait, seigneur.
- Qu'on mette en place les hommes de garde !
Bardés de fer, armés de puissantes arbalètes, les soldats s'installent aux mâchicoulis... Qu'ordonner encore ? Le seigneur réfléchit. Portes et fenêtres sont barricadées, les fermetures renforcées par de solides madriers. Chaque serviteur, chaque garde est à sa place, prêt à réagir... « Mais, peut-on réagir ? » songe le châtelain avec angoisse.
Et voici la comtesse, et sa fille. Les deux femmes sont pâles, leurs lèvres tremblent ; pourtant, elles tentent de faire bonne figure.
- Allons-nous sur le balcon, mon ami ? demande la comtesse.
La fenêtre, la seule ouverte de tout le château, donne sur le parc et la forêt. Tout semble paisible, rien ne bouge.
- Peut-être ne viendra-t-il pas ce soir ? murmure la comtesse.
Son époux soupire ; il n'ose y croire, ce serait trop beau, le calme retrouvé, la malédiction éteinte. Non, elle dure depuis des siècles, cette malédiction, il n'y a aucune raison pour qu'elle s'achève...
Le soleil disparaît à l'horizon, maintenant chacun retient son souffle. Et soudain, la comtesse étouffe un gémissement.
- Le voilà...
À l'orée du bois, vient de paraître un petit homme vêtu de blanc, un esprit, un fantôme, le petit homme de Crouzilhac. On distingue mal son visage, il marche à pas pressés, tenant dans ses bras, sans effort apparent, une énorme pierre, blanche, elle aussi.
Les gens du château regardent, fascinés, cette ombre familière. Un tressaillement de rage agite le seigneur. Il hurle :
- Tirez ! Mais tirez donc !
Les lourdes arbalètes lancent leurs flèches aiguisées, qui sifflent dans les airs.
Le petit homme de Crouzilhac continue imperturbablement sa marche, sans même tourner la tête. Pourtant deux ou trois traits semblent l'avoir traversé, les soldats sont des tireurs habiles...
- Vous savez bien, mon ami, qu'on ne peut rien contre lui, dit la comtesse d'une voix faible.
Sa fille approuve, l'émotion lui tire des larmes des yeux. À nouveau, le seigneur soupire, sans répondre.
Le petit homme s'enfonce dans la forêt, on ne voit plus parmi les arbres que sa pierre blanche haut levée, qui paraît par moments avant de disparaître.
- On dirait qu'il se rapproche du château chaque jour davantage, reprend la comtesse.
Le lendemain de ce jour, semblable à tous les autres, un cavalier arrive au château. C'est un voyageur, qui réclame l’hospitalité. On la lui accorde d'autant plus volontiers que le voyageur est un homme jeune, beau garçon, qui semble ne manquer ni de cœur ni d'esprit.
Il ne faut pas longtemps pour que naisse un sentiment d'amitié entre le nouveau venu et les châtelains. Et la jeune fille, elle, s'étonne, en écoutant son coeur battre plus fort que d'habitude. Tout naturellement, le soir venu, le seigneur parle à son hôte du petit homme de Crouzilhac. D'ailleurs, c'est l'heure de son passage quotidien.
- Venez le voir avec nous, chevalier.
Le petit homme, ce soir-là, quitte l'orée du bois, et pénètre quelque peu dans le parc. Ainsi, on peut mieux distinguer sa silhouette, son visage aux traits figés, ses yeux fixes qui semblent regarder sans voir... Le petit homme ne s'arrête pas et finit par s'évanouir dans l'ombre.
- Mais enfin, c'est insensé ! s'exclame le visiteur. Et on ne peut vraiment rien contre lui ?
Le seigneur raconte : les flèches sans effet, comme les pièges, les expéditions lancées et se terminant chaque fois par la fuite des poursuivants apeurés, la malédiction qui dure depuis des siècles... Le visiteur regarde la jeune fille du château, la tristesse inscrite dans ses yeux. Il lève les bras et déclare :
- Moi, je vous débarrasserai du petit homme !
Dès la pointe du jour, il se met en chasse, battant la forêt à cheval, effrayant les sangliers, faisant fuir les oiseaux. Et soudain, par hasard, ou grâce à une chance merveilleuse, dans l'après-midi, au sortir d'un sentier, il tombe nez à nez avec le petit homme. Tous deux s'arrêtent, aussi surpris l'un que l'autre. Le cavalier tire son épée du fourreau. Un pâle sourire passe dans le regard du fantôme :
- Tu ne peux pas me tuer, chevalier, puisque je suis déjà mort, dit-il.
- Si tu es mort, pourquoi ne pas reposer dans la paix d'un cimetière, au lieu de troubler les vivants ?
Le petit homme explique tristement : il ne veut de mal à personne, trois cents années auparavant il était un riche paysan ; un jour il avait déplacé une borne marquant les limites de ses terres, pour en gagner quelque peu au détriment de son voisin. Alors, à sa mort, la justice divine l'avait condamné à remettre la borne en place avant de trouver le repos éternel.
- Voilà pourquoi je marche depuis, portant la pierre dans mes bras... Seulement, je ne retrouve plus sa place exacte. J'ai beau chercher, j'ai perdu la mémoire...
- Ça tombe bien, dit le chevalier, la place de la borne est ici.
Il montre le pied d'un arbre.
- Tu es sûr ? demande le petit homme, étonné.
Le chevalier n'est sûr de rien, mais il pense qu'après trois cents années, la punition est suffisante. Il confirme donc. Le petit homme dépose sa pierre ; un immense soulagement est inscrit sur son visage.
- Merci, dit-il seulement.
Et il s'en va... Jamais plus on ne le reverra.
Quant au chevalier, il retourne au château, fort satisfait, annoncer la fin de la malédiction. Bien entendu, le seigneur lui offre sa fille en mariage.
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