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  • Anne

La Daurade




Étymologie :

  • DAURADE, DORADE, subst. fém.

Étymol. et Hist. I. Ca 1525 dorade (A. Fabre, Le Voyage et navigation fait par les Espaignolz és Isles de Mollucques de A. Pigafetta [trad. de l'ital.], ff. 12 vo-13 rods Arv., p. 101, s.v. bonite). II. 1550 daurade (A. Pierre, L'Agriculture de Constantin, 236 vo d'apr. A. Delboulle ds Romania, t. 31, p. 352). I empr., par l'intermédiaire d'un texte ital., à l'esp. dorada, attesté dep. 1490 (Palencia d'apr. Cor., s.v. oro), lui-même issu, avec infl. de dorar « dorer », du lat. impérial aurata « dorade » (v. Arv., p. 214 ; REW3, no789). II empr. à l'a. prov. daurada (1397 ds Pansier).


Lire également la définition du nom daurade afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Usages traditionnels :


Jean-Pierre Destand, dans un article intitulé « La fièvre de la daurade. Images et ethnologies. Variation autour du documentaire de création à vocation ethnologique. », (in : Études rurales [En ligne], 153-154 | 2000) évoque une pêche traditionnelle à Sète :


[...] En privilégiant surtout des séquences prises en extérieur, le documentaire fut tourné en octobre 1997, à Sète, dans les quartiers de La Plagette (quai de la daurade)et de La Pointe-Courte (quai du mistral). En termes de diffusion, la première eut lieu courant 1998, sur Canal Marseille. Puis, tout récemment, La fièvre de la daurade fut programmé sur Season. Nous évoquions plus haut l'inscription territoriale de cette pêche. Néanmoins, nous tenons à préciser qu'à l'inverse de certains animaux emblématiques qui entrent dans le registre festif languedocien3, à Sète, sur les berges de l'étang de Thau, lorsqu'il est question de la daurade, c'est uniquement de l'activité halieutique qu'il s'agit. En effet, la position qu'elle occupe, la passion qu'elle produit tout comme l'énergie qu'elle libère en font -- avec toutes les nuances qui s'imposent --, à l'égal des joutes nautiques, une pratique fortement ritualisée et emblématique d'une ville côtière. En résumé, pour les pêcheurs à la ligne, comme pour les professionnels du filet, la sortie de la daurade crée un temps fort, une rencontre épisodique, faisant toujours écho aux lieux où on la pêche. En d'autres termes, à la croisée du maritime, du lagunaire et de l'urbain, Sète et les canaux de la ville nous apparaissent, au gré de l'analyse, comme des « hauts lieux » de la pêche à la daurade.

[...]

De même, ce documentaire fut présenté en mai 2000 dans le cycle de conférences organisé par la Société des Amis du Muséum d'histoire naturelle et du Jardin des Plantes sur le thème des pêches saisonnières exercées dans les canaux de la ville de Sète. Comme passent les daurades au rythme des coups de mer et des coups de mistral qui marquent la fin de l'été, ce documentaire renoue avec une écriture cinématographique liée à des impressions et des ambiances saisonnières bien précises : celle de l'automne, du temps des vendanges, de la rentrée scolaire et, avec elle, la réitération d'un moment précis, chargé de sens pour les populations locales : « le temps de la daurade ». Dans sa globalité, le documentaire nous invite donc à une description ethnographique de cette pêche triviale.

D'abord, un plan d'ensemble présente le site (à l'embouchure de l'étang de Thau, au lieu de partage des eaux de la mer et de l'étang) ; il s'accompagne d'un commentaire succinct évoquant les mœurs migratoires du poisson. Puis, des documents d'archives (quelques images prises en super 8, au cours des années soixante-dix) connotent la profondeur historique de cette prédation cyclique. Ensuite, loin de tomber dans le piège de la caricature outrancière, des personnages forts -- Édouard (un retraité de chez Mobil), Canard (un instituteur), Fasso (un plâtrier), les frères Cornacchia (deux pêcheurs de métier) -- parlent de leur passion. Il y est aussi question de météo, de la force du courant, de la collecte et de la qualité des appâts, des techniques de prédation (cannes et filets de fond)... En livrant des indications sur les mœurs spécifiques de ce poisson (habitudes nutritionnelles, migration génésique, etc.), en interrogeant son statut symbolique de « poisson noble » ou en parcourant les circuits de distribution (don, vente, échange) dont il est l'objet, c'est aussi le thème de l'attente (et, avec lui, de la patience) qui affleure. Enfin, confrontée à la question du sens que les passions collectives libèrent sur ces zones interstitielles (à l'interface de la mer et de l'étang : sur les canaux ; autour d'une espèce-cible), la mise en images offre à elle seule de nombreux axes problématiques.

Avec l'apparition des listes « Chasse Pêche Nature et Tradition(s) » aux élections européennes de 1989 (4,1 % des suffrages), les activités halieutiques et cynégétiques sont à la fois devenues un nouvel enjeu pour les politiques publiques locales et un slogan rassembleur pour certains membres de la classe politique française soucieux de séduire ou de conquérir un électorat porteur de particularismes locaux, de thèmes et de revendications identitaires. [...]

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Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Selon une légende picarde, saint Pierre prit, jadis, dans ses filets une petite daurade « qui le supplia de la laisser rejoindre au fond des eaux sa nombreuse famille ; il y consentit, et en souvenir elle garde la marque de ses doigts ». D'après un récit du Finistère, le saint, qui n'avait fait aucune prise, embarqua un jour le bon Dieu sur son bateau : ce dernier lui dit de jeter ses filets : « L'apôtre obéit, sans grande conviction, mais, quand il les retira il y avait à chaque maille une poule de mer ; saint Pierre les empoignait pas le dos pour les jeter à fond de cale, mais chacun de celles qu'il touchait gardait la marque de ses doigts. C'est pour cela qu'elles ont une tache sur le corps et qu'on les appelle : poissons Saint-Pierre ».

Dans les traditions du nord de la Bretagne, la daurade porte cinq empreintes qui lui ont été faites par Dieu lui-même, dans ces circonstances : « Un jour qu'il avait envie de manger du poisson, il appela la poule de mer, qui accourut aussitôt : mais quand il l'eut dans sa main, elle lui sembla si belle qu'il ne voulut pas la tuer. Il lui marqua ses cinq doigts sur le dos et la remit à l'eau en lui disant : "Va, tu es trop belle pour être mangée, croîs et multiplie ; mes cinq doigts sur le dos serviront à le reconnaître" ».

Sur le littoral de la Manche, on prétend que la daurade change sept fois de couleur avant de mourir.

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Sur le blog de Carmen Montet, intitulé Lithistart on peut lire :


La dorade : poisson de mer, symbolise la convivialité, l' abondance, le plaisir, la frugalité, la bonne chair.

 

La rédactrice du site Polina couture explique le symbolisme de la Daurade au Japon :


La Dorade : Taï = La dorade est en fait un genre qui comprend de nombreuses espèces. Parmi celles-ci, la dorade rouge, qui est considérée comme de bon augure au Japon. Pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’elle est rouge et blanche, 2 couleurs très positives au Japon, qu’on retrouve sur leur drapeau. Parce que le son taï (dorade) se retrouve dans une formule de gratitude: ariga-taï, et une autre pour célébrer un heureux évènement (omede-taï). Parce que l’arête de la nageoire pectorale a une forme porte-bonheur. Enfin, Ebisu, une des 7 divinités du bonheur, et en outre celle des pêcheurs, tient traditionnellement une dorade dans sa main.

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André Leroi-Gourhan, dans un article intitulé « Ema », (In : Techniques & Culture, 57 | 2011, pp. 16-41) donne plus de précisions sur le symbolisme de la Daurade au Japon :


Le mot « e-ma » signifie « cheval peint ». D’une manière très générale ce sont des peintures sur bois, offertes aux temples pour obtenir l’accomplissement d’un vœu ou à la suite d’une promesse faite dans des circonstances difficiles ou dangereuses. Ce sont donc de véritables ex-voto, parfois exactement assimilables à ceux de l’occident, en particulier pour les bateaux que les marins offrent au temple après avoir couru de grands dangers sur mer. Leur nom de « chevaux peints » vient de ce qu’à l’origine on semble avoir offert des peintures de chevaux. À l’heure actuelle les chevaux sont encore le thème le plus courant.

[...]

Alors que les représentations de divinités se réduisent en fait à Jizô etTenjin (les Tengu sont des masques, les Nio et les hommes de pierre des statues), d’assez nombreux ema figurent l’animal ou l’objet qu’on associe au dieu, comme chez nous l’aigle de Jupiter ou le trident de Neptune. [...]


Daurade d’Ebisu (tai) : La daurade est liée à Ebisu, dieu de la longévité parmi les 7 dieux du Bonheur. La popularité de la daurade tient en partie à un jeu de mots : « O medetai » signifie à la fois « heureux, de bon augure » et « la daurade aux grands yeux ». Sans doute y a-t-il là une influence chinoise, car on retrouve, dans les omocha, l’image d’un enfant tenant une daurade, transposition du thème chinois de l’enfant qui tient un poisson pour justifier le jeu de mots « Fou-kouei yeou yu » (« il est riche à avoir un poisson (yu) », ou « il est riche à avoir du superflu (yu) ». En japonais on a forgé sur la daurade (tai) un jeu de mots à peu près équivalent.

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Contes et légendes :


La daurade et les époux


Il était une fois, un homme et sa femme qui avaient une daurade pour leur repas. Cette histoire est appelé la daurade et les époux.

Dans l’après-midi, profitant de l’absence de son mari qui travaillait dans la montagne, la femme fit griller le poisson et le dévora. Vers le soir, l’homme redescendit et arriva chez lui où sa gloutonne compagne lui dit :

- Mon pauvre Pierre, Dieu sait ce qui nous arrivera encore ! Tandis que je décrochais la daurade du clou, cette effrontée m’a glissé des mains et s’est échappée vers le ruisseau.

À ces mots, l’homme se saisit d’un bâton et se mit à fouiller dans tous les coins de la maison. Ses efforts furent inutiles.

Le lendemain, en rentrant chez lui, il passa devant l’étal d’une marchande de poissons qui présentait une daurade tout à fait semblable à son prétendu repas. Il murmura « je te tiens, friponne », il s’en saisit et l’emporta chez lui. La marchande se mit à poursuivre Pierre, lui criant après et l’insultant. Tous les habitants de la rue se tordaient de rire… Pour calmer les esprits, un gentilhomme paya le poisson à la marchande.

Une fois chez lui, Pierre se mit à préparer le repas avec beaucoup de soin. Il plaça le poisson dans une grande marmite pleine d’eau, la posa sur le feu et s’assit en face du foyer, le bâton à la main pour s’assurer que le poisson ne s’échapperait pas une nouvelle fois.

Bientôt l’eau se mit à bouillir. Pierre, croyant que le poisson cherchait à nouveau à s’enfuir, donna de furieux coups de bâton sur la marmite qui se brisa en mille morceaux.

La vilaine épouse était encore la cause de ce nouveau malheur.


Wikisource français sur les mythologies, mythes, légendes et religions

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