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  • Anne

La Bécasse



Malheureusement, impossible de trouver une vidéo sur les bécasses qui ne soit pas faites par un chasseur...




Étymologie :


ÉTYMOL. ET HIST. − 1. a) Fin xiie-début xiiie s. ornith. « oiseau migrateur » (Lambert Le Tort, A. de Bernay, Alexandre, éd. H. Michelant, p. 293, 5, Stuttgart, 1846 : Bleu sont et piés ont vert et bies comme bécasse, Et creste comme cols) ; 1575 la bécasse est bridée « le tour est joué » (Brantôme, Couronnels françois − V, 348 − dans Hug.) ; av. 1510 beccasse terme d'injure de femme (Coquillart, Enqueste d'entre la Simple et la Rusée, éd. Ch. d'Héricault, Paris, 1857, t. 2, p. 117 : Guillemette Porte cuirache, Ragonde Michelon beccasse, Regnauldine la Rondelette) ; av. 1696 fam. « personne crédule, peu intelligente » (Mme de Sévigné dans Lar. 19e: Madame de Nesle est accouchée d'un fils ; je ne sais si cette bécasse en est bien aise) ; b) 1606 p. ext. Becasse de mer « pie de mer » (Nicot) ; c) 1611 p. anal. ichtyol. beccasse de mer (Cotgr.) ; 1752 conchyologie (Trév.) ; 2. 1680 technol. (vannerie) (Rich.) ; 1806 métall. (Lelivec, Statistique ... du dépt de Mont-Blanc in J. des mines, n°120, p. 441 dans Quem.). Dér. de bec* (la bécasse ayant un long bec) ; suff. -asse*.


Lire également la définition du nom bécasse afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autre nom : la Dame au long bec.



Croyances populaires :


Dicton : A la Saint-François, la bécasse est au bois,

A la Saint-Denis, les bécasses sont au pays.




Symbolisme :


Selon le document : https://www.becassiersdefrance.com/doc%20FDCI.pdf :


A l'époque gallo-romaine, on la trouve gravée sur certaines monnaies ; les druides s'intéressent déjà à sa migration. Au Moyen-Âge, elle est l'emblème du solitaire, pieux et méditatif. Dans le folklore traditionnel de l'Albret, en Gascogne, la légende dit même qu'elle a effacé les traces de la Sainte Famille lors de sa fuite en Égypte et que la Vierge, en récompense, en aurait fait "un oiseau distingué dont on ne pourrait jamais découvrir le nid." (La Bécasse des bois, Hatier, 1995).

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Littérature :

La bécasse

I

Il ne restait, d’un soleil d’avril, que des lueurs roses aux nuages qui ne bougeaient plus, comme arrivés.

La nuit montait du sol et nous vêtait peu à peu, dans la clairière étroite où mon père attendait les bécasses. Debout près de lui, je ne distinguais nettement que sa figure. Plus grand que moi, il me voyait à peine, et le chien soufflait, invisible à nos pieds.

Les grives se dépêchaient de rentrer au bois où le merle jetait son cri guttural, cette espèce de hennissement qui est un ordre à tous les oiseaux de se taire et de dormir.

La bécasse allait bientôt quitter ses retraites de feuilles mortes et s’élever. Quand il fait doux, comme ce soir-là, elle s’attarde, avant de gagner la plaine. Elle tourne sur le bois et se cherche une compagne. On devine, à son appel léger, qu’elle s’approche ou s’éloigne. Elle passe d’un vol lourd entre les gros chênes et son long bec pend si bas qu’elle semble se promener en l’air avec une petite canne.

Comme j’écoutais et regardais en tous sens, mon père brusquement fit feu, mais il ne suivit pas le chien qui s’élançait.

« Tu l’as manquée ? lui dis-je.

– Je n’ai pas tiré, dit-il. Mon fusil vient de partir dans mes mains.

– Tout seul ?

– Oui.

– Ah !... une branche peut-être ?

– Je ne sais pas. »

Je l’entendais ôter sa cartouche vide.

« Comment le tenais-tu ? »

N’avait-il pas compris ?

« Je te demande de quel côté était le canon ? »

Comme il ne répondait plus, je n’osais plus parler. Enfin je lui dis :

« Tu aurais pu tuer... le chien.

– Allons-nous-en », dit mon père.


II

Ce soir, il fait un temps doux après une pluie fine. On part vers cinq heures, on gagne le bois et on marche sur les feuilles jusqu’au coucher du soleil.

Le chien multiplie dans le taillis ses lieues de chien. Sentira-t-il des bécasses ?

Peu importe au chasseur, s’il est poète.

Le quart d’heure de la croule venu, on se place toujours trop tôt, au pied d’un arbre, au bord d’une clairière. Les vols rapides des grives et des merles frôlent le cœur. Le canon du fusil bouge d’impatience. À chaque bruit, une émotion ! L’oreille tinte et l’œil se voile, et le moment passe si vite... que c’est déjà trop tard.

Les bécasses ne se lèveront plus ce soir.

Tu ne peux pas coucher là, poète !

Reviens ; prends la traverse, à cause de la nuit, par les prés humides, où tes souliers écrasent les petites huttes molles des taupes ; rentre chez toi, au chaud, à la lumière, sans remords, puisque tu es sans bécasse, – à moins que tu n’en aies laissé une à la maison !

Jules Renard, Histoires naturelles, 1874.

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