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  • Anne

L'Aloès



Étymologie :

  • ALOÈS, subst. masc.

Étymol. ET HIST. − 1. 1160 bot. « plante grasse, dont les feuilles contiennent un suc amer » (Roman de Troie, éd. L. Constans, 16771 ds T.-L. : Dous vaisseaus ... Toz pleins de basme e d'aloès) ; la forme aloé est attestée du xiiie au xviiie s. ; 2. xvie s bot. « bois odoriférant provenant d'un arbre d'Asie » (O. de Serres, 903 ds Littré : Mascher noix muscate, du bois d'aloës, d'iris de Florence), souvent confondu avec 1. Empr. au gr. α ̓ λ ο ́ η, -ηs, au sens 1 (Dioscoride, 3, 25 ds Bailly), passé en lat. sous la forme aloe, es (Celse, 1, 3, p. 20 ds TLL s.v., 1713, 70 : aloen sumat), puis, à partir du vie s., aloes, -is (Oribase, Syn., 1, 17, ibid., 1714, 5 : aloes acutus) prob. sous l'influence de l'expr. lignum aloes ; voir André Bot. 1956, p. 24 ; sert à désigner l'arbre Aquilaria L., sens 2, déjà au vies. (Grégoire Le Grand, Epist., 8, 33, p. 36, 6 ds TLL s.v. aloe, 1714, 7 : alois lignum ... quod per incensum bene redoleat), fréquemment en lat. médiév. (Mittellat. W. s.v., 498, 25-37).

  • CHICOTIN, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1359 alloeu cycoterne « variété d'aloès qu'on récolte à Socotra » (Compt. de l'argent., p. 212 ds Gdf. Compl., s.v. aloes) ; 1478 aloeu cicotrin (Le guidon en françois, 141 ds Sigurs, p. 458) ; xve s. Aloès cicotin (G. Tardif ds Delb. Rec. ds DG) ; 1564 chicotin (Thierry) ; 1690 « chair de la coloquinte » (Fur.); 1694 « suc d'aloès » (Ac.) ; 1732 amer comme du Chicotin (Trév.) ; 1834 amer comme chicotin (Land.). Adaptation à l'aide du suff. -in* de l'ar. suqutrī, nom de cette plante proprement « qui concerne l'île de Socotra (au large du cap Guardafui dans l'océan Indien) » d'où est originaire cette sorte d'aloès ; il est possible que l'ital. aloe socoltrino ait servi d'intermédiaire (1re moitié xive s., Fr. Balducci Pegolotti d'apr. A. Steiger ds R. Filol. esp., t. 36, p. 24).


Lire aussi la définition des noms aloès et chicotin pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Aloe ;

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Botanique :


Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat décrit une espèce particulière d'aloès :


DE L'ALOES SOCCOTRIN.

L'aloës soccotrin est une plante grasse et vivace, ainsi appelée de l'ile de Soccotra dont elle est originaire. Comme toutes les plantes de ce genre, cet aloës se multiplie de rejetons que l'on sépare du pied de la mère et dont on laisse sécher la plaie pendant deux ou trois jours avant de les replanter en pot dans une terre légère ou même un peu sablonneuse.

Pris intérieurement, l'aloës soccotrin, qu'il ne faut pas confondre avec l'aloës hépatique, ni avec l'aloës caballin, qui n'est employé que par les vétérinaires, agit avec promptitude et avec beaucoup d'énergie à cause de sa grande amertume et de sa violente âcreté. Il exige beaucoup de prudence dans le médecin qui l'administre, aussi le fait on presque toujours dissoudre dans un jaune d'œuf pour modérer son action. Il entre dans une foule de préparations pharmaceutiques, telles que le baume vert de Metz et celui du commandeur, etc. C'est un des ingrédients les plus utiles à l'embaumement des cadavres. Paracelse, vers la fin du quinzième siècle, prétendait qu'avec son élixir, dont l'aloës faisait la base, on pouvait parvenir à un âge fort avancé, ce qui n'empêcha pas ce médecin de mourir dans la misère à quarante huit ans.

L'aloës est encore employé avec assez de succès dans les arts et dans l'économie domestique. Avec le suc qu'on retire de ses feuilles, on prépare un vernis qui, dit-on, met à l'abri des insectes : les meubles, les lits, les collections d'histoire naturelle et préserve lez vaisseaux et les digues du redoutable taret naval. Le docteur Pærner a obtenu une belle couleur brune par la simple immersion d'une étoffe de laine dans une décoction d'aloës, et J. Fabroni, savant distingué de Florence, fait, avec l'aloës soccotrin, une teinture qui communique à la soie, sans le secours des mordants, une couleur violette très solide. Le même suc, épaissi convenablement, offre au peintre en miniature une belle couleur transparente. Les habitants de la Cochinchine re tirent de l'aloës perfolié, en faisant macérer ses feuilles d'abord dans une eau alumineuse, ensuite dans l'eau froide, une fécule agréable au goût et sans aucune des qualités médicinales de la plante. On mange cette fécule, préparée avec du sucre ou avec des viandes. Les Hottentots font leurs carquois avec les tiges de l'espèce d'aloës que Linné indique sous le nom d'aloës dichotoma Plusieurs espèces fournissent aussi un fil très fort ; les Indiens de la Guiane en fabriquent des hamacs et des voiles, et les Portugais des bas, des gants. Ces plantes doivent être distinguées de l'agavé d'Amérique dont nous avons parlé plus haut.

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Aloès
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Monographies proposées par Meryem El Fennouni dans sa thèse intitulée Les plantes réputées abortives dans les pratiques traditionnelles d’avortement au Maroc. (Université Mohammed V, faculté de médecine et de pharmacie - Rabat, 2012) :

 

Natacha Michayewicz, auteure d'une thèse intitulée L’Aloe vera, plante médicinale traditionnellement et largement utilisée depuis des millénaires, aux nombreuses propriétés thérapeutiques. Plante miracle ?. (Sciences pharmaceutiques, 2013) présente les différentes sortes d'aloès :


Il existe près de 420 espèces d'Aloès présentes dans le monde entier (Dagne et al. 2000), mais seules quelques-unes sont utilisées dans la médecine traditionnelle car reconnues pour leurs vertus médicinales. Anciennement, 3 espèces étaient reconnues et utilisées (selon le « Nouveau dictionnaire des drogues, 1807 », p. 43) : l'Aloe succotrina ou soccotrin car on la préparait dans l'île de Socotora, l'Aloe hépatique, nommé ainsi car la couleur rappelait celle du foie, et l'Aloe caballin, car il était recommandé pour la purge des chevaux en médecine vétérinaire.

Citons les espèces actuellement utilisées :

  • l'Aloe ferrox Miller, communément appelé l'Aloe du Cap, Aloe rouge ou Aloe amer qui se rencontre à l'état sauvage dans les régions chaudes et désertiques du sud-africain, en particulier dans la province du Cap (région de Mossel-bay et de Fort Elisabeth). Il est avec l'Aloe vera et l'Aloe saponaria l'aloès le plus récolté en Extrême-Orient mais également en Afrique du Sud. Ces pays l'utilisent en médecine, en cosmétique et en cuisine.

  • l'Aloe arborescens Miller ou Aloe candélabre, originaire de l'Afrique Australe, qui pousse au Malawi, au Botswana, au Zimbabwe, au Mozambique, ainsi qu'en Afrique du Sud. C'est cette espèce que les scientifiques soviétiques ont le plus étudié et son usage est reconnu officiellement en Russie.

  • l'Aloe saponaria qui pousse principalement en Afrique du Sud, au Botswana et au Zimbabwe.

  • l'Aloe succotrina, Aloe soccotrin, ou Aloe de Zanzibar qui provient de Socotra, une ile de l'Océan Indien, située près de la Somalie et du Yémen. Il se développe préférentiellement dans des zones présentant des affleurements rocheux.

  • et bien sur l'Aloe vera, qui est l'espèce que l'on retrouve dans la quasi-totalité des spécialités commercialisées. Il s'agit également de l'espèce la plus étudiée. Elle est originaire de l'Afrique du Sud et de l'Est, et a été introduite par la suite au nord de l'Afrique, dans la péninsule arabique, la Chine, les pays méditerranéens et les Antilles.

Ces espèces ont toutes leurs propres propriétés thérapeutiques et, bien que très voisines, il est nécessaire de ne pas les confondre.

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Usages traditionnels :


Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle (tome second, Livre XXVII ; traduction française : Émile LITTRÉ, disponible sur le site de Philippe Remacle) consacre un article à l'Aloès :


V. [1] L'aloès a de la ressemblance avec la scille, si ce n'est qu'il est plus grand, et qu'il a les feuilles plus grasses et à dentelures obliques. La tige est délicate, rouge au milieu, assez semblable à l'anthericum (XXIII, 68, 2). Il n'a qu'une racine, enfoncée en terre comme un pieu. L'odeur en est forte, la saveur amère. L'aloès le plus estimé vient de l'Inde, mais l'Asie en produit aussi ; toutefois on n'emploie pas ce dernier, si ce n'est les feuilles fraîches, pour les plaies ; en effet, ces feuilles, ainsi que le suc, sont merveilleusement agglutinatives. C'est en vue de cette propriété qu'on le cultive ; et on le sème, comme le grand aizoon, dans des vases qui se terminent en cône. Quelques-uns incisent la tige avant la maturité de la graine, pour obtenir le suc ; d'autres incisent les feuilles mêmes.

[2] On trouve aussi des larmes qui s'échappent d'elles-mêmes et se collent ; aussi recommande-t-on de battre l'endroit où l'aloès est planté, afin que ces larmes ne soient pas absorbées par le sol. Des auteurs out écrit qu'on trouvait en Judée, au-dessus de Jérusalem, un aloès minéral (espèce de bitume) ; mais c'est l'espèce la plus mauvaise, la plus noire et la plus humide. Le meilleur aloès est gras, luisant, roux, friable, compact comme la substance du foie, et se liquéfiant aisément. Il faut rejeter celui qui est noir, dur, mêlé de sable, et dont le goût d'ailleurs fait connaître la mauvaise qualité. On le falsifie avec la gomme et le suc d'acacia.

[3] Il est astringent, il resserre et échauffe doucement. On l'emploie à beaucoup d'usages, mais principalement à relâcher le ventre ; car, de tous les médicaments qui produisent cet effet, il est presque le seul qui soit en même temps stomachique, tant il est loin d'avoir aucune qualité nuisible à l'estomac. On le prend à la dose d'une drachme. Quand l'estomac ne garde pas les aliments, ou le donne dans deux cyathes d'eau tiède ou froide, à la dose d'une cuillerée, à prendre deux ou trois fois par jour, à des intervalles réglés d'après les circonstances. On l'administre fréquemment aussi comme purgatif, à la dose de trois drachmes. Il agit davantage si on mange après l'avoir pris. Avec du vin astringent, il empêche les cheveux de tomber : il faut à cet effet s'en frotter la tête au soleil, à rebrousse-poil.

[4] Appliqué sur les tempes et le front, dans du vinaigre ou de l'huile rosat, ou employé, mais plus délayé, en affusion sur la tête, il calme la céphalalgie. On reconnaît généralement qu'il guérit toutes les affections des yeux, mais particulièrement les démangeaisons et les granulations des paupières, ainsi que les taches et les sugillations, en topique avec du miel, surtout le miel du Pont. On l'emploie pour les amygdales, les gencives et toutes les ulcérations de la bouche. Les crachements de sang, s'ils sont peu considérables, se guérissent avec une drachme d'aloès bue dans de l'eau ou bien dans du vinaigre. Seul ou dans du vinaigre, il arrête les hémorragies qui viennent des plaies ou de tout autre endroit. C'est d'ailleurs un très bon médicament pour les plaies, qu'il amène à cicatrisation.

[5] On l'emploie pour les ulcérations du membre viril, pour les condylomes, pour les rhagades du siège, tantôt dans du vin, tantôt dans du vin cuit, tantôt sec et seul , suivant que le traitement exige qu'on adoucisse ou réprime le mal. Il arrête doucement l'excès du flux hémorroïdal. On le donne en lavement dans la dysenterie. Si les digestions sont pénibles, on en prend peu de temps après le repas. On le donne dans la jaunisse, trois oboles dans de l'eau. Pour nettoyer l'intérieur, on en administre des pilules composées de miel cuit ou de térébenthine. Il enlève les excroissances membraneuses des doigts. Pour les compositions ophtalmiques on le lave, afin de faire tomber au fond la partie terreuse, ou bien on le grille sur un tesson en le remuant de temps en temps avec une plume, pour qu'il soit grillé également partout.

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) nous livrent leur vision de ce bel arbuste :


Hiver - Janvier.

ALOÈS - DOULEUR, AMERTUME.

L'aloès ne tient au sol que par de faibles racines ; il aime à croître dans le désert ; sa saveur est très acerbe. Ainsi, la douleur nous éloigne du monde, nous détache de la terre, et remplit nos cours d'amertume. Ces plantes vivent presque entièrement d'air ; elles affectent des formes singulières et bizarres. Le Vaillant en a trouvé plusieurs espèces très multipliées dans les déserts des Namaquois ; les unes ont des feuilles de six pieds de longueur ; elles sont épaisses et armées d'un long dard ; du centre de ces feuilles s'élance une tige légère de la hauteur d'un arbre, toute garnie de fleurs ; d'autres s'élèvent comme des cactus hérissés d'épines ; d'autres, encore, sont marbrés, et semblables à des serpents qui rampent sur la terre. Brydone a vu l'ancienne ville de Syracuse toute couverte de grands aloès en fleurs ; ces tiges élégantes donnaient au promontoire qui borde la côte, l'aspect d'une forêt en chantée. Ces plantes réussissent très bien dans nos jardins : la collection du muséum de Paris est la plus complète du monde. Ces végétaux, magnifiques et monstrueux, ont été donnés à l’Afrique barbare ; ils croissent dans les rochers, sur un sable aride, au milieu de cette atmosphère embrasée que respirent les tigres et les lions. Bénissons la nature amie, qui, dans nos doux climats, élève de tous côtés, sur nos têtes, des berceaux de verdure, et qui étend sous nos pieds des tapis de safrans, de violettes et de marguerites.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Aloès (bec de perroquet) - Caquet.

Parce que sa feuille imite un bec de perroquet.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


ALOES ; BEC DE PERROQUET - CAQUET.

Celui qui garde sa bouche garde son âme ; mais celui qui agite ses lèvres sans cesse connaîtra le mal.

(Proverbes XIII , 3.) -


L'aloës bec de perroquet est une jolie petite plante originaire du Cap de Bonnes-Espérance , sa tige est très basse et possède des feuilles raides, très charnues, se recouvrant les unes les autres et formant par leur réunion des rosettes, des pyramides, des colonnes ; elles sont très lisses, tantôt couvertes de verrues blanchâtres, tantôt parsemées de taches jaunes livides ou traversées de bandes jaunes d'un effet très agréable. La plupart de ces feuilles sont épaisses ou garnies à leurs bords de dents fortes et piquantes, ressemblant un peu à un bec de Perroquet. On le multiplie d'œilletons et on le conserve en hiver en orangerie.


MAXIMES.

Avant de parler prenez garde à ce que vous allez dire ; qu'il ne sorte de votre bouche aucune parole dont vous ayez sujet de vous repentir après l'avoir dite. (SAINT PAULIN, Lettres.)

Notre langue n'est pas toujours d'accord avec notre cœur et elle va quelquefois plus vite que notre pensée ; c'est ce qui est cause que la malice a souvent moins de part à ce que nous disons que la légèreté et l'imprudence. (FLÉCHIER, Réflexions sur le caractère des hommes.)


ALOES SOCCOTRIN - AMERTUME ET DOULEUR.

Heureux celui qui souffre patiemment les afflictions, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. (Jacques 1, 12.)


Parmi les nombreuses variétés de l'aloës perfolié de Linné, il en est une que l'on cultive beaucoup au Cap de Bonne-Espérance et dans l'Amérique, pour en extraire un jus connu dans le commerce sous le nom d'aloës soccotrin. Ce suc qui est d’un jaune verdâtre, coule abondamment des incisions faites à la base des feuilles. On le soumet à la dessication par la simple exposition au soleil ou à l'aide du feu et il forme alors des masses brillantes comme vitreuses et demi transparentes. Réduit en poudre, il est d'une couleur jaune safran, d'une odeur forte et pénétrante et d'une saveur aromatique, mais très amère. C'est à cause de cette dernière qualité qu'on a fait de l'arbre qui le produit le symbole de l'amertume.


RÉFLEXIONS.

Les afflictions nous détachent de l'amour du monde el nous guérissent de l'excessive affection que nous avons pour notre corps. Elles nous forment à la patience, elles nous font connaitre admirablement le néant des choses humaines.

(S. CHRYSOSTONE, Homélies.)

Il nous est avantageux d'avoir quelquefois des peines et des traverses, parce que souvent elles rappellent l'homme à son cœur, pour lui faire connaitre qu'il est dans un lieu d'exil et qu'il ne doit mettre son espérance en aucune chose du monde.

(L'IMITATION DE J.-C. 1 , 12.)

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Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :

Aloès - Douleur, Chagrin.

Les aloès se plaisent dans les sables brûlants des déserts et prospèrent dans les terrains secs et pierreux . On re cueille de cet arbre un suc qui est très estimé en médecine ; pour obtenir un bon résultat, il faut couper les feuilles, les mettre dans des paniers que l'on plonge à plusieurs reprises dans de l'eau bouillant . Celle-ci alors se sature de la matière que l'on veut extraire, et on la vend dans le commerce sous le nom d'aloès succotrin. La saveur de cette substance est très amère.


Aloès bec de perroquet - Caquet.

Cette variété d'aloès est ainsi nommée parce que sa feuille imite un bec de perroquet.

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Dans Histoire et légendes des plantes utiles et curieuses (Librairie de Firmin Didot, Frères, Fils et Cie, 1871), J. Rambosson poursuit la tradition du sélam à la mode au XIXe siècle :


L'ALOÈS. Ses diverses espèces ; son emploi dans la médecine et dans l'économie domestique ; l'aloès dans les contrées lointaines ; charmante allégorie.

L'aloès, autrefois rare dans nos contrées, est maintenant connu de tout le monde; c'est une plante d'ornement très belle, aux feuilles épineuses, charnues, longues, armées sur leurs bords de petites pointes très-piquantes ; elles sont disposées en rond et réunies à la base de la hampe, qui a un mètre à deux mètres de hauteur, quelquefois plus, et se termine par un épi de fleurs. Les fruits de l'aloès sont oblongs ou cylindriques, triangulaires, divisés dans toute leur longueur en trois capsules remplies de semences plates.

Cette plante se plaît dans les lieux chauds, secs et sur les roches ; elle appartient particulièrement à l'Afrique ; cependant on la trouve dans un grand nombre de régions, entre autres dans le midi de l'Europe, et on la cultive dans nos jardins. Elle possède de nombreuses variétés. Son suc fournit des matières colorantes et une gomme résineuse amère, odorante, d'un grand usage en médecine.

Dans le commerce on distingue trois principales espèces de sucs d'aloès :

  1. l'aloès socotrin, tiré primitivement de l'île Socotora : c'est l'espèce la plus pure ; il a une odeur aromatique particulière ; sa saveur est d'une amertume intense et durable ; il est en morceaux d'un brun foncé luisant ; il s'amollit entre les doigts, et devient collant ; sa poudre est d'un jaune d'or ;

  2. Valois hépatique, plus grossier, d'un rouge brun comme le foie (du grec hépar) ;

  3. l'aloès caballin, moins estimé, d'un brun sale, et usité seulement comme médicament pour les chevaux.

L'aloès pris à petite dose est tonique, à plus haute dose c'est un purgatif puissant ; on l'emploie spécialement contre la jaunisse et la constipation; son effet est lent, mais sûr: on le défend aux personnes affectées d'hémorroïdes. La pulpe de ses feuilles neutralise les brûlures.

L'aloès fait la base de la préparation nommée élixir de longue vie. Les habitants de la Cochinchine font avec cette plante une préparation agréable au goût, qu'ils mangent avec du sucre ou avec de la viande. Pour l'obtenir, on fait macérer les feuilles d'abord dans une eau alumineuse et ensuite dans de l'eau froide.

On tire des feuilles de l'aloès un fil très fort et très blanc,. dont on fabrique des cordes, les meilleures qui existent, des filets et des tissus.

Cette plante a un rare mérite, c'est de croître dans les lieux les plus stériles ; la beauté de ses formes et la suprême élégance des belles espèces en font un des ornements les plus pittoresques et les plus gracieux des pays où elle vient en abondance, tels que l'ile de La Réunion, par exemple.

Lorsque l'on voit l'aloès étendre ses faisceaux divergents de larges feuilles, balancer sa tige couronnée d'un long épi de fleurs dans les endroits les plus déserts, au bord de la mer agitée, sur la pente des rochers les plus arides, il semble qu'il est le compagnon de l'exilé ; on le contemple en ayant l'air de lui conter bien des choses ! Son aspect fait alors éprouver un sentiment de douce et profonde mélancolie, qui inspire le poëte ; aussi a-t-il été chanté d'une manière que je trouve ravissante par un de nos compatriotes et un de mes amis, M. de Montforand, que j'ai connu dans ces contrées lointaines.

Le lecteur me saura gré de donner ici ces stances, qui expriment avec une grâce parfaite une délicieuse allégorie.

La vie est un combat dont la palme est aux cieux.

Sur nos monts décharnés, dans un sol tout de pierre,

Incessamment brûlé par les flots de lumière

Que lui verse un soleil de feu,

Vous avez vu souvent une robuste plante

Dardant de tous côtés la pointe menaçante

De ses grandes feuilles vert-bleu.


Regardez alentour. Pas un brin de verdure

N'ombrage du rocher la face sombre et dure,

Pas un murmure de ruisseau :

Dans ce coin désolé l'aloès solitaire

Pousse loin des regards, et son aspect austère

Écarte le vol de l'oiseau.


Et pendant bien des mois il semble vivre à peine ;

Mais pourtant sans relàche il grandit, il enchaîne

Le rocher dans ses bras noueux.

Il arrête en passant les arômes de terre

Que transporte la brise, et boit l'eau salutaire

Qui tombe du ciel orageux.


Mais un jour il s'éveille à la vie, il découvre

Le mystère enfermé dans son sein, qui s'entr'ouvre.

Il se dresse en fût élégant ;

Puis en rameaux légers il étage sa tige,

Et se couvre de fleurs où l'essaim qui voltige

Vient puiser un suc odorant.


Et quand il a jeté ses parfums à la brise,

L'aloès se flétrit fleur à fleur, il se brise,

Et meurt sur le roc étendu.

Trop heureux si, perçant le dur linceul de pierre,

Un rejeton chétif renait de sa poussière

Pour vivre et tomber inconnu.


Tel est aussi ton sort, ô sublime génie !

Tu n'es pas, toi non plus, des élus de la vie :

Marchant loin des sentiers frayés,

Tu te nourris longtemps du pain de la misère,

Et les plaisirs du monde à ton regard sévère

Se détournent tout effrayés.


Puis à l'heure où le temps a mûri ta pensée

Tu laisses s'épancher ta force réservée ;

Tu lèves ton front radieux,

Et ton âme, cherchant une sphère plus grande,

Monte vers le Seigneur et lui porte l'offrande

De ses travaux mystérieux.


Mais bientôt, épuisé de cet effort immense,

Tu sens flétrir en toi la fleur de l'existence ;

Ton beau jour est sans lendemain.

Quand pour prix du combat tu crois à la victoire,

Quand déjà triomphant tu vas saisir la gloire,

La mort vient arrêter ta main.


Et pourtant, tous les deux, grand homme et pauvre arbuste,

Vous avez votre part ; et pour se montrer juste

Dieu vous fait un destin commun :

Vous survivez encore longtemps à cette vie,

Et laissez après vous à la terre ravie,

Toi, ton œuvre, et toi, ton parfum!

 

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, légendes et croyances (Éditions Robert Laffont, 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on distingue l'aloès de l'agave :


Aloès : Cette plante, qu'on trouve aussi bien sur les côtes méditerranéennes que dans les appartements des régions au climat plus froid, facilite la grossesse et atténue les douleurs d'un accouchement si la parturiente en tient dans la main. Suspendue aux portes, elle a de plus le pouvoir d'éloigner les mauvais esprits.

En Afrique, d'où il est originaire, l'aloès protège des morts qui voudraient importuner les vivants. Suspendu aux toits des cases, il chasse les esprits, porte chance au village (Mali) et met à l'abri les femmes des accidents qui pourraient survenir pendant les tâches ménagères ou le jardinage (Cameroun).

Dans certaines parties du Mexique, "on purge au suc d'aloès les femmes soupçonnées d'adultère. L'examen des selles par une devineresse révèle si oui ou non elle a trompé son mari".

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Voir aussi : Agave ; Aloe vera :

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