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  • Anne

Le Yéti




Étymologie :

  • YÉTI, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1956 (Lar. mens., mars : En 1951 [...] le grand alpiniste anglais Eric Shipton photographia les empreintes du yeti, l'« abominable homme des neiges »). Mot tibétain de même sens (v. Gautrat 1970) déjà en angl. en 1937: ,,a snowman or « yeti »`` (v. OED).


Lire également la défintion du nom yéti afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Symbolisme :


Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France et auteur de Premiers Hommes (Éditions de Noyelles, 2016), assimile le yéti au giganthopithèque, un singe géant qui aurait disparu :


"Sur les traces du yéti

A la fin du XIXe siècle, des paléontologues ont découvert des grands singes fossiles dans une vaste région d'Asie, les Siwaliks, qui s'étend sur les contreforts de l'Himalaya au Nord-Ouest de l'Inde, une partie du Pakistan et du Népal. Le paléontologue Guy Pilgrim décrit le Sivapithecus, le singe de Siva, en 1910. Deux guerres mondiales passent et les recherches reprennent avec succès à partir des années 1960. On trouve d'autres types de Sivapithecus, comme le Ramapithecus considéré un temps proche des origines de la lignée humaine. Mais, entre le premier Sivapithecus découvert et la moisson des années 1960, a eu lieu la découverte du Gigantopithecus, le singe géant qui n'est autre que le Yéti de nos légendes qui courent sur la région de l'Himalaya.

Les premières dents de giganthopithèque ont été découvertes dans une échoppe de pharmacopée chinoise par le paléontologue hollandais Ralph Von Koenigswald, en 1935. C'est ainsi que procédaient les paléontologues lorsqu'ils recherchaient des fossiles en Chine. Alors qu'il écumait lui aussi ces échoppes, Koenigswald reconnaît parmi les "dents de dragons" une énorme dent d'hominoïde, deux fois plus grosse que celle d'un gorille. L'espèce est décrite en 1935 sous le nom de Giganthopithecus blacki en l'honneur de Davidson Black, le paléoanthropologue canadien qui, dix ans auparavant et dans des circonstances analogues, avait découvert l'un des lus grands sites préhistoriques du monde : celui des célèbres Sinanthropes à Zhoukoudien sur la colline des dragons. D'autres fossiles de gigantopithèques seront encore découverts dans les années 1950, des centaines de dents et plusieurs mandibules. Aujourd'hui, on recense plusieurs espèces de giganthopithèques qui représentent une lignée descendant des sivapithèques, alors qu'une autre aboutit aux orangs-outans actuels de Sumatra et de Bornéo.

[...]

Ceux-ci [les Giganthopéthicus] sont devenus célèbres grâce à Hergé... Pour écrire Tintin au Tibet, le dessinateur s'était assuré des conseils de Bernard Heuvelmans, l'un des meilleurs spécialistes de cryptozoologie. Cette discipline méconnue travaille à la recherche des animaux décrits dans les traditions orales, les contes et les légendes, mais considérés comme disparus voire simplement imaginaires. Ainsi quelques espèces emblématiques ont-elles été découvertes ou redécouvertes, à l'instar du calamar géant de 20 000 lieues sous les mers, que l'on croyait tout droit sorti des légendes du Kraken ou encore quelques mammifères comme le tapir d'Amérique du Sud ou la panthère des neiges du Tibet. Plus proches de nous autres humains, les bonobos, ces chimpanzés graciles vivants au cœur des forêts humides du Congo furent observés pour la première fois dans leur contexte naturel en 1974. Alors, pourquoi pas le yéti, qui inspirait lui aussi les légendes les plus échevelées ? Plusieurs expéditions scientifiques se lancèrent sur les traces de ce très grand singe. Les récits l'évoquaient toujours dans les régions forestières qui s'étendent sur les contreforts de l'Himalaya, formant un grand arc du Caucase à la Chine du Sud. Or, c'est précisément dans ces régions que furent découverts des fossiles de giganthopithèques : les singes géants dont les fossiles les plus récents datent d'à peine 200 000 ans. Les populations d'hommes de Néandertal, de Denisova et de notre espèce Homo sapiens les connaissaient bien ...

Cette découverte frappa les chercheurs : ainsi donc des traditions orales pourraient avoir été transmises durant des centaines de milliers d'années... Une telle idée semble inconcevable pour des cultures comme les nôtres basées sur l'écriture et le livre. Pourtant, l’anthropologie culturelle ne cesse de démontrer combien les éléments de structure et de contenu de nos grands récits s’enracinent loin, très loin dans la préhistoire, y compris pour nos civilisations. Qu'il nous faut accepter de remonter très haut pour comprendre parfois seulement notre époque...

George Schaller, l'un des derniers grands naturalistes de notre temps, se lança à son tour sur la piste du yéti. L'homme est un explorateur très expérimenté puisqu'on lui doit auparavant d'avoir retrouvé les traces de la très discrète panthère des neiges mais aussi celles des chèvres bleues de l'Himalaya considérées comme disparues. [...]

Mais hélas, point de yéti - ou quel que soit son nom comme l'almasti au Caucase ou encore le migou au Tibet ! Son énigme persistera, résistant à toutes les missions d'exploration.

Tintin au Tibet paraît finalement en 1960. est-ce un hasard si le yéti sous le crayon d'Hergé ressemble à un grand gorille solitaire en mal de relations affectives ? Il reste qu'Hergé a eu le génie de transposer cette histoire et les connaissances à peine acquises sur le plus grand des grands singes actuels au pays des gigantopithèques, dont les fossiles étaient identifiés depuis 1935. Cependant, aussi sympathique que puisse être le yéti dans les aventures de Tintin, il ne ressemble pas à un grand gorille, au mieux à un immense orang-outan mangeur de bambous.

On connait aujourd'hui deux espèces de Gigantopithecus. La plus ancienne apparaît vers 6 millions d'années et possède une taille comparable à celle des gorilles actuels ; entre 150 et 200 kilos. La plus récente, encore plus massive, est contemporaine des hommes et s'étaient il y a seulement deux cent mille ans. On ne les connaît que par quelques mâchoires et des centaines de dents. Tous les autres os ont terminé broyés par les paysans pour servir d'engrais ou par les pharmaciens pour composer des "poudres de dragons". On ne sait rien de la morphologie et du mode de déplacement de ces gigantopithèques, sinon qu'ils devaient ressembler à d'énormes orangs-outans.

Étaient-ils placides comme les orangs-outans ou terrifiants comme les montrent certaines légendes ? Le caractère plutôt aimable des orangs-outans et des gorilles des montagnes actuels plaide pour des mœurs paisibles ; ce qui ne veut pas dire qu'on pouvait les importuner sans risque Les circonstances de leur disparition restent non élucidées. L'accentuation du rythme des glaciations, l'expansion des singes cercopithécoïdes comme celle, plus redoutable, des populations humaines y ont certainement contribué, sans oublier les pandas géants dont le régime alimentaire s'apparente à celui de gigantopithèques."

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