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  • Anne

Le Ganoderme luisant



Étymologie :

De Gano qui veut dire brillant, Derma - peau, et lucidum - luisant.


Autres noms : Ganoderma lucidum ; Lingzhi ("champignon d'immortalité") ; Mannentaké ("champignon de 10 000 ans") ; Plante magique ; Plante des chamanes ; Polypore luisant ; Polypore laqué ; Reishi ("champignon des dieux").

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Mycologie :


D'après Jean-Baptiste de Panafieu, auteur de Champignons (collection Terra curiosa, Éditions Plume de carottes, 2013), "Le ganoderme est indissociable de la médecine chinoise, pour laquelle il est l'incarnation de la panacée.


La panacée : Une fois qu'on l'a rencontré, on ne l'oublie pas. A première vue, le ganoderme ressemble à un champignon "normal", avec pied et chapeau, mais sa cuticule dure et bosselée est luisante, comme s'il était laqué de brun-rouge et de jaune. Il est immangeable et fait pourtant l'objet d'une culture industrielle en Asie, pour ses propriétés médicinales. Comme il conserve très longtemps sa forme et son brillant, on l'utilise das les bouquets de fleurs séchées. Il vieillit tout en gardant sa belle apparence juvénile : comment ne pas être tenté de s'approprier un tel pouvoir ?

En Europe, on l'ignore, mais en Asie on le cueille avec vénération depuis 2 000 ans. Ce champignon est un ingrédient important de la médecine traditionnelle chinoise, réputé restaurer la vitalité et augmenter la longévité. On s'en sert toujours contre de nombreuses maladies : allergies, arthrite, bronchite, ulcère, hypertension, insomnie, neurasthénie, cancer... bref contre à peu près tout ! On sait aujourd'hui qu'il contient plus de 130 composés actifs. Il a fait l'objet de centaines d'études qui ont montré que ses principaux effets sont anti-inflammatoires et anti-allergiques.

In vitro, il s'est montré capable de stimuler les défenses immunitaires spécialisées contre les cellules cancéreuses, et d'agir contre les migrations de cellules invasives, dans le cas des cancers du sein ou de la prostate. Il est vendu sous de multiples formes : poudre, extraits à injecter, pilules, boissons, sirops, lotions pour la peau et même bonbons !


Un succès planétaire : Il est également très utilisé en Corée et au Japon. Aux États-Unis, friands de médications orientales, on vante la "ganothérapie", destinée à soigner toute la population, puisque chacun est malade sans le savoir ! Du fait de sa rareté, il était autrefois réservé aux riches, mais il est aujourd'hui cultivé en Asie et en Amérique du Nord. Les chercheurs ont mis au point des techniques de culture industrielle, sur différents substrats à base de céréales, de fruits ou de débris végétaux. On le cultive également en milieu liquide, dans lequel on ne récupère que son mycélium qui possède lui aussi des propriétés médicinales. Les amateurs peuvent même acheter des sacs de bois déchiqueté ensemencé avec du mycélium de ganoderme, afin de produire leurs propres champignons. La production annuelle atteint plusieurs milliers de tonnes, pour un chiffre d'affaires de plus de deux milliards de dollars, ce qui situe le ganoderme bien au-delà des girolles et des truffes !

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Bienfaits thérapeutiques :


Selon Christelle Francia, Françoise Fons, Patrick Poucheret et Sylvie Rapior, auteurs de l'article intitulé "Activités biologiques des champignons : Utilisations en médecine traditionnelle." (Annales de la Société d’Horticulture et d’Histoire Naturelle de l’Hérault, Société d’Horticulture et d’Histoire Naturelle de l’Hérault, 2007, 147 (4), pp. 77-88.), les qualités thérapeutiques du ganoderme luisant sont les suivantes :


antiasthmatique : En Chine, le mélange des spores des deux champignons [association Ganoderma lucidum

et Ganoderma japonicum] constitue un remède appelé Ling Zhi Cao administré soit en

décoction (1,5 à 3 g deux fois par jour) soit sous forme de poudre en suspension dans

l'eau (0,9 à 1,5 g deux fois par jour). Utilisé contre l'asthme. Référence : Batut (1995).


antitussif : Préparation en Chine : voir propriétés anti-asthmatiques. Sensé traiter la toux (en

particulier dans les bronchites asthmatiformes). Référence : Batut (1995)


aphrodisiaque : En Chine, entrerait dans la composition de philtres d'amour ! Référence : Thoen (1982).


hépato-protecteur : En Chine, indiqué dans le traitement de l'hépatite chronique. Référence : Batut (1995).


tonique : En Chine, mélange des spores séchées avec le Ganoderma japonicum. Remède appelé Ling Zhi Cao et indiqué dans l'inappétence, l'asthénie, l'insomnie et les vertiges. Seul, il

est utilisé contre la neurasthénie, les vertiges et l'insomnie. Se trouve à la Pharmacopée

officielle chinoise. Références : Batut (1995).

toxicologie : Utilisé comme antidote dans les intoxications par les champignons !.

Référence : Batut (1995).

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D'après Stephane Welti, auteur de Recherches de substances antitumorales à partir de ganodermes et autres polypores récoltés dans les îles françaises des petites Antilles et contribution à l'inventaire des Ganodermataceae de Martinique, Guadeloupe et dépendances. (Thèse de doctorat, 2009) :


Chez les polypores, le Ganoderma lucidum (Gano qui veut dire brillant, Derma - peau, et lucidum - luisant) mieux connu sous le nom Lingzhi en Chine, est certainement le champignon le plus populaire et le plus utilisé en Orient. Il est intégré dans les médecines traditionnelles asiatiques, sous forme de tisanes, de macérât alcoolique, en décoction ou sous forme de gélules, pour stimuler l’appétit, combattre l’insomnie, traiter les bronchites, l’hypertension, l’arthrite et calmer les nerfs. (Wasser, 2005). Il est également utilisé dans le traitement de l’asthme, les hépatites et certains cancers (Zjawiony, 2004).

[...]

Le premier manuscrit de matière médicale chinoise, appelé ‘Bencaojing’, traditionnellement attribué à l’empereur Shennong et composé sous la dynastie des Han au premier siècle de notre ère, distinguait six espèces de Lingzhi de couleur différente (le Lingzhi jaune, le Lingzhi noir, le Lingzhi bleu, le Lingzhi pourpre, le Lingzhi blanc et le Lingzhi rouge).

Cette classification est également retrouvée dans ‘Le Bencaogangmu’ appelé également ‘Compendium of Materia Medica’ écrit au XVIème siècle par le médecin Li Shi-zhen. Ce deuxième traité est intéressant puisqu’il compile la majeure partie des connaissances médicales accumulées à cette époque. Certaines sources provenaient soit de textes mythologiques ou de poèmes anciens soit de la littérature médicale de l’époque (Lapassat, 2000).

Dans ces deux traités, les différents lingzhi, excepté le lingzhi pourpre, étaient apparentés aux 5 saveurs, aux 5 éléments (terre, eau, feu, bois, métal), aux 5 vertus (bienséance, bienveillance, droiture, sagesse et fidélité), aux 5 organes (cœur, foie, rein, poumons et rate) et aux 5 montagnes sacrés. Chacun d’entre eux possédait une activité thérapeutique différente et se consommait sous forme de décocté ou de macérât alcoolique (Lapassat, 2000 ; Wasser, 2005).

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Minh Tam HUYNH rapporte les bienfaits thérapeutiques de ce champignon dans la médecine chinoise traditionnelle dans sa thèse intitulée Les secrets du ganoderme luisant : morphologie, constituants chimiques et activités thérapeutiques (soutenue en 2016) :


Depuis qu’il est utilisé, divers produits ont été préparés à partir du Ling Zhi, tels que des sirops, des injections, des comprimés, des teintures, des bols contenant de la poudre de Ganoderma lucidum et du miel, des solutions, des mélanges, etc. Mais, le plus souvent, c’est la tisane qui a été consommée. Il s’agit d’une décoction du carpophore après un trempage préalable de plusieurs heures dans l’eau chaude.

Il semble que le Ling Zhi soit un véritable remède « miracle », car il a été ou est utilisé avec plus ou moins de succès pour traiter des troubles ou des maladies aussi divers que : la neurasthénie, les étourdissements, l’insomnie, les rhinites, la bronchite chronique, l’asthme bronchique, l’hépatite chronique, la pyélonéphrite, l’hypercholestérolémie, la maladie coronarienne, l’hypertension, les leucopénies, les troubles intestinaux, les ulcères gastriques ou duodénaux.

Dans un supplément du livre « Classic of Materia Medica » publié en 502-536 après J.C. et le livre « Ben Cao Gang Mu » de Li Shin-Zhen, qui est considéré comme la première pharmacopée en Chine (1590 après JC, dynastie des Ming), on attribue à ce champignon différentes propriétés comme l’effet tonifiant, l'amélioration de l'énergie vitale, le renforcement de la fonction cardiaque, l’augmentation de la mémoire et des effets antivieillissement.

Selon la Pharmacopée de la Chine (version 2000), G. lucidum est un puissant revitalisant du Qi (Chi) qui est l’énergie vitale présente en nous et qui disparait à la mort. Il soulage également l'esprit, la toux et l'asthme, et il est recommandé pour des étourdissements, l'insomnie, des palpitations et l’essoufflement.

Selon la médecine chinoise traditionnelle, il y a six types de Lingzhi classés en fonction de leur couleur, leur goût et leurs intérêts thérapeutiques :


Couleur Goût Nom japonais Intérêts thérapeutiques

Bleu Acide Aoshiba - Améliorer l’acuité oculaire ;

- Hépatotonique ;

- Sédatif nerveux.


Rouge Amer Akashiba - Améliorer le fonctionnement

des organes internes ;

- Améliorer la mémoire ;

- Augmenter la vitalité.


Jaune Sucré Kishiba - Splénotonique ;

- Calmer « l’esprit ».


Blanc Piquant Shiroshiba - Favoriser la respiration ;

- Donner du courage et de la

forte volonté.


Noir Salé Kuroshiba - Néphroprotecteur.


Violet Sucré Murasakishiba - Améliorer l’acuité auditive ;

- Améliorer le fonctionnement

des muscles et des articulations

- Sublimer le teint de la peau.

[...]

Plusieurs équipes scientifiques ont fait des recherches sur les principes actifs qu’il contient et, également, sur ses propriétés pharmacologiques. On a identifié environ quatre cents composés bioactifs qui sont essentiellement des triterpènes, des polysaccharides, des protéines, des composés azotés, ... Cette composition permet au champignon de présenter de multiples propriétés bénéfiques comme : immunomodulateur, antiathéroslérotique, anti-inflammatoire, analgésique, chimioprotecteur, antitumoral, radioprotecteur, sédatif, antibactérien, antiviral, hypolipidémiant, antifibrotique, hépatoprotecteur, antidiabétique, antioxydant, hypoglycémique, antiulcéreux etc.

A l’heure actuelle, l’effet antitumoral du Reishi suscite de nombreuses recherches scientifiques. Deux mécanismes antitumoraux importants ont été révélés : une action immunostimulante induite par certains polysaccharides et une action cytotoxique induite par certains triterpènes. Cependant, il manque des études de grande envergure ont été mises en place pour déterminer le vrai rôle du champignon dans la prévention et le traitement de fond ou adjuvant du cancer, même si celles-ci semblent très prometteuses. En revanche, ce qui peut être affirmé, c’est que le polypore luisant favorise le bon fonctionnement de l’organisme, et renforce efficacement le système immunitaire, ce qui apporte une grande aide pour soutenir l’organisme lors de toute maladie, affaiblissement et autre manque de vitalité dans les périodes difficiles. C’est pour cette raison qu’il est souvent conseillé aux patients sous chimiothérapie pour les encourager à suivre leur traitement jusqu’au bout.

Les preuves scientifiques disponibles à ce jour suggèrent que le Ganoderma lucidum peut devenir un bon complément alimentaire, notamment pour les patients atteints de cancer. Il peut être utilisé seul ou en association avec d’autres champignons ou plantes médicinales pour combattre la fatigue, le manque de vitalité, favoriser le sevrage de drogues et pour soutenir les convalescents. Néanmoins, des études approfondies sont nécessaires pour déterminer le potentiel du ce champignon utilisé seul ou en combinaison.

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Symbolisme :


Selon Wu Zhiliang et Raphaël Jacquet auteurs d'un article intitulé "Le rôle de l'ambre gris et de l'opium dans l'histoire de Macao." (paru In : Perspectives chinoises, n°73, 2002. pp. 4-19)


Dans l'empire chinois, sous le règne de l'empereur Jiajing, l'ambre gris était la substance parfumée la plus recherchée. Cela s'explique par la personnalité originale de Jiajing. Fervent taoïste, il était très soucieux de sa descendance et poursuivait une quête impossible vers l'immortalité. En 1531, bien que marié depuis dix ans et malgré ses nombreuses épouses et concubines, il n'avait toujours pas d'enfant, et sa santé fragile inquiétait le pays. En réalité, depuis l'apparition de l'art « de nourrir la vie » à l'époque de la dynastie des Qin (221-206 avant notre ère), « l'art du sexe » mettait l'accent sur l'entretien d'une bonne santé physique et sur la prolongation de la vie, notamment par le contrôle des flux d'énergie et par le jeûne. Toutefois, à partir de la dynastie des Han (206 av. JC -220 après JC), la pratique de cet « art » commença à inclure la nécessité d'avoir des rapports sexuels avec le plus de jeunes filles vierges possible. En raison de son obsession pour sa descendance dans ses jeunes années puis plus tard de sa quête de longévité, Jiajing vint à souffrir d'un excès de sexe. Il avait souvent des rapports sexuels dans la journée et couchait avec plus d'une douzaine de femmes chaque nuit. Afin d'assouvir son appétit sexuel inhabituel ou, en d'autres termes, afin « d'enrichir le yang (masculin) grâce au yin (féminin) », il était toujours à la recherche de produits aphrodisiaques.

Lors de la huitième lune de 1556, Sa Majesté demanda aux employés du ministère des Rites : « L'on utilisait jadis des potions à base de polypore luisant (ganoderma lucidum). Où peut-on en trouver ? Est-il encore possible de s'en procurer de nos jours ? ». Le ministre Wu Shuan répondit : « Le Traité de pharmacopée (Bencao) dit qu'il existe différentes variétés de ce champignon : noir, rouge, bleu, blanc, jaune et violet. Son goût diffère selon la couleur, mais tous ceux qui en ont consommé ont décrit un sentiment d'extase ». Par un décret impérial, Sa Majesté ordonna aux autorités compétentes de chercher du polypore luisant dans différents lieux tels que Yuanyue, Longhu, Heming, Shanmao, Qiyun et dans les Cinq montagnes. Une récompense fut promise à quiconque en trouverait. Un habitant du district, du nom de Zhang Juyou, fut le premier à remettre à Sa Majesté cinq pieds de polypore luisant. Ce geste fit extrêmement plaisir à Sa Majesté qui le récompensa en lui donnant de l'or et des soies. Peu après, des fonctionnaires et d'autres sujets en rapportèrent eux aussi. On dépêcha également des commissaires impériaux à la recherche du polypore luisant. Lors de la neuvième lune de l'année suivante, le ministère des Rites présenta à Sa Majesté plus de mille pieds de polypore luisant provenant des Cinq montagnes et d'autres régions montagneuses. Jusqu'aux dernières années du règne de Jiajing, les nombreux polypores luisants offerts par Wang Jin lui valurent de rester un favori de l'empereur et de se faire nommer « médecin impérial » pour concocter des potions médicinales à partir de ce champignon. La santé de l'empereur se détériora rapidement après qu'il eut pris ces concoctions. Après la mort de l'empereur, le médecin impérial fut accusé d'avoir « assassiné le père au profit du fils » et fut condamné à être écorché jusqu'aux os. Il put toutefois échapper à cette sentence en payant des pots-de-vin. La préparation des potions se faisait en tenant compte des recommandations de Gu Kexue, Tao Zhongwen et d'autres qui affirmaient que l'ajout d'ambre gris était essentiel à la préparation du polypore luisant. Une fois cette préparation artisanale achevée, elle devait être servie dans des bols avec des lingots d'argent [...] afin d'obtenir l'effet de longévité. C'est ainsi que le secrétaire de deuxième classe Wang Jian se vit nommer « Commissaire impérial responsable de la recherche d'ambre gris ». Le directeur des transmissions du Pavillon de l'ouest, Wang Huai, et d'autres furent nommés commissaires impériaux responsables de la recherche de mines d'argent. Wu Yue, le Grand coordinateur de Baoding, et d'autres offrirent à Sa Majesté de l'or et des pépites d'argent. Tout le territoire chinois fut passé au crible.

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D'après Stephane Welti, auteur de Recherches de substances antitumorales à partir de ganodermes et autres polypores récoltés dans les îles françaises des petites Antilles et contribution à l'inventaire des Ganodermataceae de Martinique, Guadeloupe et dépendances. (Thèse de doctorat, 2009) :


Les textes, chants, récits mythiques et poèmes recueillis et compilés par Lapassat (2000), mettent en évidence une utilisation plusieurs fois millénaire. Selon les anciens textes Taoïstes, le Lingzhi qui signifie en chinois ‘Plante magique’ ou ‘Plante des chamanes’, était associé aux divinités et utilisés par les alchimistes pour la fabrication de l’élixir de longue vie. Les spécimens étaient recherchés en zone montagneuse, dans les forêts, parfois au bord des précipices. Sa récolte, proche du rite initiatique, était rare et les jours de cueillette étaient alors 16 fêtés. Il était considéré comme un ‘porte-bonheur’, et sa présence dans les foyers était très prisée. Il symbolisait, en effet, la longévité et sa consommation, qui selon la mythologie conférait l’immortalité, était presque exclusivement réservée aux empereurs et aux courtisanes.

Vin d'immortalité :


Jean-Baptiste de Panafieu, auteur de Champignons (collection Terra curiosa, Éditions Plume de carottes, 2013), nous rapporte que :


Une "déesse de la mythologie chinoise Xi Wang Mu, est souvent représentée avec l'un de ses attributs, le fameux lingzhi, champignon d'immortalité. L'une des pièces de l'opéra de Pékin, Ma Gu xian shou, met en scène Ma Gu, la déesse de longue vie, offrant à Xi Wang Mu un flacon contenant du vin de lingzhi.

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Dans sa thèse présentée à la Faculté de Pharmacie de Montpellier en vue d'obtenir le Diplôme d'Etat de Docteur en Pharmacie et intitulée Les secrets du ganoderme luisant : morphologie, constituants chimiques et activités thérapeutiques (soutenue en 2016), Minh Tam HUYNH consacre une courte section au symbolisme de ce polypore :


[...] Dans la sphère culturelle de l’Extrême-Orient, le ganoderme luisant ou Ganoderma lucidum, est depuis 2000 ans, considéré comme un symbole de bon augure. Son nom vernaculaire qui est Ling Zhi en Chine, Reishi au Japon, signifie « champignon de l’immortalité » ou « champignon magique ». Un nom japonais plus récent « Mannetake » se traduit par « champignon de 10 000 ans ».

Au 1er siècle de notre ère, Lun-Heng parle de ce polypore comme « symbole de pérennité et gage d’immortalité ». Le sceptre d’honneur offert au visiteur de marque portait une tête en forme de ganoderme luisant. On disait en Chine, le « Ling Zhi fleurit trois fois par an, c’est une plante qui porte bonheur, procurant aux hommes l’immortalité ». Il n’en fallut pas plus pour que ce champignon très répandu soit vivement recherché. L’apparition du ganoderme luisant était également le signe d’un bon usage du mandat céleste de l’empereur chinois. En effet, le Polypore laqué était censé ne prospérer que dans la paix et le bon ordre de l’empire.

L’utilisation des images du Ganoderme luisant dans l’art a commencé en 1400. Ce sont souvent les œuvres du Taoïsme. En plus des peintures, le Ling Zhi a été représenté sur pierre, sculpté dans le jade ou l’ivoire, figuré sur des bouteilles à parfum, des tapisseries, des bijoux, des peignes de femmes, des balustrades. La production d’une estampe chinoise, malheureusement non datée a été publiée dans la revue Ceska Mykologie (1956). On y voit un philosophe chinois méditant devant nombreuses sporophores de Ganoderma lucidum disposés dans un panier et un vase. Le même thème a été peint par Chên Hung Shan (1556-1652) et reproduit dans le remarquable ouvrage de R. G. Wasson, « Soma : divine mushroom of immortality ». Récemment D. Thoen a découvert à Bruxelles, une assiette chinoise en porcelaine du 18ème siècle décorée par les images du ganoderme luisant (57). La plus ancienne représentation connue actuellement semble être celle d’une tapisserie « Noin Ula » provenant d’une tombe mongole du 1er siècle après J. C.

Il est clair que depuis des temps très reculés, Ganoderma lucidum a marqué l’esprit des hommes tant par sa beauté mystérieuse, son étonnante résistance à toute détérioration lorsqu’on le fait sécher, que par sa venue assez capricieuse. Un journaliste, emporté par le découverte d’un spécimen de ce polypore, assurait qu’une telle merveille ne se récolte qu’une fois par siècle. Heureusement, nous savons qu’il n’en est rien.

Il faut noter un fait intéressant à propos de Ganoderma lucidum. Il est avec quelqu’autres polypores, un des rares champignons qui ait été retrouvé à l’état fossile, conservé dans la tourbe des plaines marécageuses de l’Est de l’Angleterre ainsi que dans les villages palafittes de Suisse et d’Italie en compagnie de Fomes ignarius et Fomes fomentarius. Ces deux espèces de polypores étaient utilisées depuis des temps très anciens (néolithique) par les hommes pour la maîtrise du feu. Alors Thoen évoque alors la possibilité, que Ganoderma lucidum ait pu participer à la technologie préhistorique, en plus de son aspect ornemental.

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Selon Joaquim Poirier Antunes, auteur d'une thèse intitulée Mycothérapie : de son usage traditionnel à ses perspectives d’utilisation en pharmacie. (Sciences pharmaceutiques. 2019) :


C'est l'un des représentants de la pharmacopée asiatique les plus utilisés depuis 2 000 ans. Retrouvé dès le "Shen Nong Ben Cao Jing" attribué à Shen Nong, il est considéré comme un remède universel contre la fatigue, la douleur, la fièvre et el cancer.

Autrefois il était uniquement réservé aux empereurs car la tradition affirmait qu'il permettait de prolonger la vie de son consommateur. L'empereur Qui de la dynastie Quin, était fasciné par la recherche de l'immortalité. C'est pour cette raison qu'il ingurgitait quotidiennement un élixir à base de Reishi.

Il était utilisé de façon traditionnelle comme antitussif et antiasthmatique, aphrodisiaque, hépato-protecteur, ou comme antidote contre l'intoxication aux champignons. S'il était rare et onéreux dans le passé, le développement de sa culture a permis une expansion de sa commercialisation à travers le monde.

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Ganoderma lucidum semble posséder une activité anticancéreuse grâce à l'action de ses polysaccharides et de ses terpènes (acides ganodériques). Son efficacité, sa tolérance et son utilité ont été démontrées grâce à des études précliniques. Mais à l'heure actuelle, les preuves scientifiques sont insuffisantes pour promouvoir son intérêt thérapeutique.

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