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  • Anne

Le Trèfle à 4 feuilles





Étymologie :

D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) :

Exceptions à la règle : Comme l'indique son nom latin Trifolium, le trèfle est généralement pourvu de trois feuilles. Les spécimens présentant plus de folioles sont donc des exceptions parmi lesquelles le trèfle à quatre feuille a fait figure de "petite monstruosité botanique". Désigner cette charmante erreur de la nature par son nom habituel revient à effectuer une erreur de langage systématique. en décomposant la dénomination latine, nous obtenons en effet : "trois feuilles ayant quatre feuilles..." Les amoureux de la langue française pourront parler de "trèfle quadrifolié" ou de "trèfle quadrilobé", seuls termes appropriés.

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Mythes et légendes :

Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), le trèfle à quatre feuilles permet de "voir l'invisible".


Ingrédient magique : N'avez-vous jamais rêvé de voir le joli minois d'une fée ? Eh bien, sachez que vous n'avez besoin d'aucune baguette magique pour exaucer votre vœu, un trèfle à quatre feuilles fera amplement l'affaire ! Certes, dénicher cette plante rare demande patience et obstination mais la tâche en vaut la peine. car le trèfle à quatre feuilles est un fréquent ingrédient de la "pommade de fée". Celle-ci, appliquée sur les paupières, permet de percevoir les êtres féeriques habituellement invisibles à nos yeux.

Plusieurs récits de sages-femmes ayant été appelées au chevet du Petit Peuple témoignent de cela. Fées et autres esprits féminins demandaient aux accoucheuses d'enduire les paupières du nouveau-né avec un onguent magique. curieuses d'en découvrir le secret, les humaines appliquaient discrètement cette pommade sur l"un de leurs propres yeux. A leur grande surprise, elles découvraient alors la véritable apparence des êtres leur faisant face. Les enchantements d'illusions et autres sorts de dissimulation n'agissaient plus sur elles.

Aucun grimoire ne mentionne la recette de cette "pommade de fée". Mais à en croire les anciens, un simple contact avec un trèfle à quatre feuilles permettrait de voir le Petit Peuple.

Une jeune Anglaise du Northumberland a ainsi surpris des fées dans leur danse après avoir foulé la plante rare en chemin. Placer un trèfle à quatre feuilles dans sa chaussure gauche et une couronne de trèfles et de myrte sur sa tête offrirait le même résultat.


Motus et bouche cousue ! Si, par un hasard extraordinaire, vous appliquez un jour de la "pommade de fée" sur l'une de vos paupières, prenez garde à ce qu'aucun être féerique ne découvre votre secret. dans le meilleur des cas, il se contentera de souffler sur vos yeux pour annihiler votre pouvoir. Dans l'autre, il crèvera l’œil incriminé...


Se défendre a parfois un prix : Par sa forme évoquant une croix, le trèfle à quatre feuilles passait pour démasquer les illusions et préserver de tous les enchantements. Il aurait permis également de déjouer les tours et autres taquineries auxquels le peuple de féerie s'adonne parfois.

Il y a de cela bien longtemps, un fermier des Cornouailles avait dans son cheptel une vache qui stoppait net de donner son lait durant la traite. Un soir, alors que la servante s'apprêtait à quitter le pré où paissaient les bêtes, elle confectionna une couronne d'herbes, de foin et de trèfle mêlés. Puis la posa sur sa tête afin de stabiliser le seau de lait qu'elle venait de tirer. C'est alors qu'elle aperçut des milliers de petites gens sortir des corolles de fleurs pour agripper le pis de la vache et en boire le lait. Comme vous vous en doutez, un trèfle à quatre feuilles était présent dans la couronne. On pensa protéger la bête en enduisant ses pis avec de la saumure de poisson dont l'odeur est insupportable au Petit Peuple. Mais à partir de ce jour, la vache s'amaigrit et elle fut vendue pour une bouchée de pain à la foire suivante. comme quoi, il n'est pas toujours bon de contrarier les êtres de féerie...

Bien que le Leprechaun soit parfois représenté avec un trèfle à quatre feuilles il arbore le plus souvent un trèfle normal, emblème de l'Irlande.

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Croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012),


"Les sentiments non partagés sont la source de nombreux tourments. Pour favoriser leur sort, les demoiselles du Cher baignaient un trèfle à quatre feuilles dans de l'eau bénite avant de conserver la plante sur elles. [...] Les Albanais souffrant d'un amour non réciproque confiaient un trèfle à quatre feuilles au prêtre de leur paroisse. Si ce dernier faisait preuve de compassion, il acceptait de placer la plante dans le ciboire contenant les hosties durant trente-neuf jours. Au quarantième jour, le religieux bénissait les épris désormais remplis d'espoir, avant de leur remettre le trèfle magique. Un seul toucher du végétal sur l'être aimé suffisait paraît-il, à déclencher une attirance irrésistible !

[...] Les malchanceux aigris diront que les bonnes donnes sont affaires de tricherie. Les tricheurs parleront d'un heureux hasard. Les joueurs honnêtes et remplis d'espoir préfèrent quant à eux s'en remettre aux porte-bonheur parmi les quels le trèfle à quatre feuilles figurait déjà en bonne place au XVIIe siècle."

[...] Comme l'indique son nom latin Trifolium, le trèfle est généralement pourvu de trois feuilles. [...] Mais qu'en est-il des trèfles encore plus rares [que le trèfle quadrilobé] tels les trèfles munis de cinq, six ou sept feuilles, mentionnés dans les superstitions de nos ancêtres ? Il est fort probable que vous n'ayez pas entendu parler de ces œuvres fantaisistes de la nature mais vous allez voir qu'un homme a largement surpassé cette créativité effrénée.


Record du monde : Le nom de Shigeo Obara, fermier japonais, figure par deux fois dans le livre des records Guiness world record. Et pour cause ! Durant 50 ans, ce passionné a effectué des croisements naturels pour augmenter le nombre de feuilles de trèfles appartenant à l'espèce Trifolium repens. Il présenta le 25 mai 2002, un trèfle à 158 feuilles et battit largement son record le 10 mai 2009 grâce à n trèfle de 56 folioles !

Usurpateurs végétaux : Depuis quelques années, une colonie de plantes vendues comme des trèfles à quatre feuilles envahit le marché et dupe allègrement la plupart des acheteurs. La ressemblance est certes troublante puisque chaque brin se termine par quatre folioles. Or ces Oxalis deppei, véritable nom de ces faussaires, n'appartiennent absolument pas à la famille des trèfles ! Contrairement à ces derniers qui sont issus de graines, les Oxalis deppei proviennent de gros bulbes et toutes leurs feuilles ont quadrilobées alors que le trèfle dispose rarement de quatre folioles.

La fougère Marsilea quadrifolia ressemble également au trèfle à quatre feuilles, soyez vigilants.


Authenticité garantie : En 1998, un entrepreneur français a acheté sous licence exclusive 450 pots de trèfles à quatre feuilles patiemment obtenus par l'INRA. Quinze années de sélection et des croisements furent nécessaire à une agronome pour reproduire un plant de trèfle à quatre feuilles trouvé au hasard de ses recherches sur l'amélioration des variétés agricoles du trèfle. L'idée n'est pas nouvelle puisqu'une revue de 1898 relate comment un habitant de Chambéry parvint à récupérer les graines d'un trèfle à quatre feuilles pour dupliquer la plante rare. Plusieurs horticulteurs du début du XXe siècle réitérèrent l'expérience tandis que des enfants vendaient au coin des rues de grandes villes quelques brins porte-bonheur. Le tout est de savoir s'ils 'agissait de vrais trèfles...


Une star discrète : Le trèfle à quatre feuilles est le plus célèbre des porte-bonheur végétaux occidentaux, probablement du fait de sa grande rareté. cette particularité est l'une des trois raisons qui a poussé la croyance populaire à élever la plante au rang de "porte-veine". Les probabilités de dénicher un exemplaire de ce végétal sont si faibles qu'une telle trouvaille peut être considérée comme un signe de chance. Bien que plus méconnus, les deux autres éléments relevés par les folkloristes ont tout autant influé sur la symbolique rattachée au trèfle. Évoquons tout d'abord les quatre folioles de la plante qui, par leur nombre et par leur disposition, rappelaient aux Français du XVIIe siècle la forme d'une croix. Tout comme cet objet chrétien, le trèfle à quatre feuilles était réputé pour repousser les maléfices, les revenants et le diable. Ajoutez à cela l'origine paradisiaque attribuée à la plante par nos voisins d'Outre-manche et vous comprendrez pourquoi le trèfle à quatre feuilles, doté de tels attributs, diffuse la chance. Ses surnoms d'antan, "feuilles de bonheur" et "feuilles de bonne encontre", témoignent de cette croyance.


Pour une efficacité garantie : Un heureux hasard a conduit vos pas vers un trèfle à quatre feuilles et vous voilà innocemment ravi de votre aubaine. C'est sans compter sur les exceptions à la règle qui, bien malheureusement, s'appliquent aussi chez les porte-bonheur... Un trèfle ramassé avec la main gauche par un droitier n'aurait ainsi pas plus de vertus qu'un trèfle cueilli en dehors de la première nuit de la nouvelle lune ou du matin de la Saint-Jean (encore faut-il être à jeun dans ce dernier cas). N'envisagez même pas de planter un drapeau près du précieux porte-bonheur pour revenir vous en emparer au moment approprié, car seule la plante décelée par hasard dispenserait ses bienfaits. Tous les espoirs portés sur un trèfle offert ou acheté seraient en conséquence aussi vains. Comme le stipulait en 1913 l'auteur ésotérique La Deguésah, le "trèfle à quatre feuilles n'apporte la joie qu'à celui qui, par sa patience et sa perspicacité, a mérité de le posséder." N'en déplaise à ce véritable rabat-joie, d'autres assurent que le don du spécimen végétal décuple la chance que l'on aurait eu en gardant la tige pour soi.


A mettre dans toutes les poches ! "La petite Malakoff a encore trouvé un trèfle à quatre feuilles. Je te l'enverrai." Cet extrait du télégramme envoyé par l'impératrice Eugénie à son fils Napoléon III a commencement de la guerre de 1870 nous montre que les strates les plus hautes de la société croyaient tout autant que les paysans aux vertus chanceuses du trèfle à quatre feuilles.


Modes de conservation appropriés : Cellui ou celle qui treuve le treffle à quatre fueilles, s'il le garde en reverence, sachiez, pour aussi vray que Euvangile, qu'il sera eureux et riche toute sa vie". Partie à la fin du XVe siècle dans les Évangiles des quenouilles, cette maxime met l'accent sur la nécessité à entourer le trèfle de respect en le faisant sécher, par exemple, entre les pages d'un missel ou d'une Bible.


Une passion débordante ! Edward Marin, un américain vivant en Alaska, détient le record de la plus grande collection de trèfles à quatre feuilles. Le 8 mai 2007, il possédait 111 060 spécimens recueillis depuis 1999 !


Multiples vertus :

"Une feuille pour la renommée,

Une pour la richesse

Une pour l'amour sincère,

Et une pour sa santé :

Elles sont toutes dans le trèfle à quatre feuilles."


La liste des bienfaits prêtés au trèfle à quatre feuilles semble ne pas avoir de limites, mais les nombreuses superstitions rattachées à l'amour, l'argent et le jeu laissent entrevoir les capacités exceptionnelles de la plante à exceller dans ces trois domaines.


Amour : Une vie solitaire, à laquelle s'ajoutent les regards de commisération de son entourage, peut être source de chagrin. En 1898, les Savoyardes craignant de coiffer sainte Catherine, allaient dans les prés à la recherche d'un trèfle à quatre feuilles qui leur assurerait un mariage dans l'année. Tel Cupidon, la plante est également capable de semer des sentiments aimants dans des cœurs jusqu'alors indifférents. Les Vosgiens désespérés inséraient jadis un trèfle à quatre feuilles entre l'autel de église et sa nappe. Une fois la messe dite, les amoureux transis glissaient ce trèfle dans un bouquet avant d'offrir le tout à l'être convoité.


Argent : "Avoir du trèfle" , "baigner dans le trèfle". Ces expressions nous rappellent combien la culture du trèfle fut autrefois synonyme de prospérité matérielle. Cette symbolique rattachée à la plante est également présente dans les jeu de cartes divinatoires où le trèfle annonce ne rentrée d'argent. Si vous faites preuve de scepticisme face à la cartomancie et si vous préférez opérer par vos propres moyens, insérez un trèfle à quatre feuilles dans votre porte-feuille. Si la croyance dit vrai, vous serez bientôt riche à souhait !


Jeu : A l'exception des Vosgiens pour qui le gain aux jeux était conditionné par la possession insoupçonnée du trèfle à quatre feuilles, les joueurs des autres régions de France plaçaient intentionnellement le gri-gri végétal dans leurs habits. Cette pratique courante et connue de tous agaçait les partisans de la rationalité. Citons pour mémoire les auteurs du Dictionnaire universel, historique et critique des mœurs, lois, usages et coutumes civiles, militaires et politiques [...] qui, en 1772, s'insurgeaient contre cette croyance : "Il y a des gens qui sont assez fous pour s'imaginer su('il seront heureux au jeu et qu'il gagneront toujours, pourvu qu'ils ayent sur eux du Trèfle à quatre feuilles."

Il est heureux que ces hommes n'aient pas connu les habitudes suivies par les joueurs des siècles suivants, car nul doute que leur verve aurait été plus virulente. De Plancy affirmait en effet qu'être muni d'un trèfle cueilli sous un gibet "après minuit, le premier jour de la lune" assurait une victoire permanente à toute sorte de jeux. Emportés par un appât du gain frénétique, les joueurs de Saintonges ne se sont pas contentés d'aller quérir des trèfles à quatre feuilles sous les potences. Ils prélevaient également quelques goutte de sang ou d'urine des suppliciés pour "arroser" leur talisman végétal, rendu par ce geste infaillible à leurs yeux...


Piétinement malencontreux : Si l'on se réfère aux croyances du XVe siècle, il faudrait se garder de marcher sur un trèfle à quatre feuilles car ces messieurs seraient gagnés par une fièvre tandis que ces dames seraient trompées !"

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