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La Chouette chevĂȘche

  • Photo du rĂ©dacteur: Anne
    Anne
  • 17 mai 2017
  • 9 min de lecture

DerniĂšre mise Ă  jour : 21 nov. 2025


Étymologie :


  • CHEVÊCHE, subst. fĂ©m.

Étymol. et Hist. Fin xiiie s. ou dĂ©but xive s. chevoiche (Bible Maz. 311, fol. 160 bds Gdf. Compl.), attest. isolĂ©e ; 1530 chevesse (Seyssel, trad. de Diodore, III, 3 ds Hug.) ; 1556 cheveche (Marot, liv. II de La Metamorphose, ibid.). Semble Ă  rattacher au rad. de cavannus (chat-huant*) avec peut-ĂȘtre suff. -ecca (v. A. Horning ds Z. rom. Philol., t. 19, 1895, p. 183).


Lire aussi la dĂ©finition du nom chevĂȘche pour amorcer la rĂ©flexion symbolique.

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Éthologie :


Pour dĂ©couvrir la chevĂȘche, lire le dĂ©pliant proposĂ© par la LPO mission rapaces.

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Symbolisme :


Georges-Louis Leclerc, Comte de Buffon, dans son Histoire naturelle, gĂ©nĂ©rale et particuliĂšre, avec la description du cabinet du roi, Tome SeiziĂšme (1770-1783) nous relate une anecdote concernant la chevĂȘche :


"Étant couchĂ© dans une des vieilles tours du chĂąteau de Montbard, une chevĂȘche vint se poser un peu avant le jour, Ă  trois heures du matin, sur la tablette de la fenĂȘtre de ma chambre, et m’éveilla par son cri hēmĕ, ēdmĕ ; comme je prĂȘtois l’oreille Ă  cette voix, qui me parut d’abord d’autant plus singuliĂšre qu’elle Ă©toit tout prĂšs de moi, j’entendis un de mes gens, qui Ă©toit couchĂ© dans la chambre au-dessus de la mienne, ouvrir sa fenĂȘtre, et trompĂ© par la ressemblance du son bien articulĂ© ēdmĕ, rĂ©pondre Ă  l’oiseau ; qui es-tu lĂ -bas, je ne m’appelle pas Edme, je m’appelle Pierre. Ce domestique croyoit, en effet, que c’étoit un homme qui en appeloit un autre, tant la voix de la chevĂȘche ressemble Ă  la voix humaine et articule distinctement ce mot.


[...]

M. Frisch dit que comme cette petite chouette cherche la solitude, qu’elle habite communĂ©ment les Ă©glises, les voĂ»tes, les cimetiĂšres oĂč l’on construit des tombeaux, quelques-uns l’ont nommĂ©e oiseau d’église ou de cadavre, kircken-oder, leich en-huhu, et que comme on a remarquĂ© aussi qu’elle voltigeoit quelquefois autour des maisons oĂč il y avoit des mourants
 Le peuple superstitieux l’a appelĂ©e oiseau de mort ou de cadavre, s’imaginant qu’elle prĂ©sageoit la mort des malades. M. Frisch n’a pas fait attention que c’est Ă  l’effraie, et non pas Ă  la chevĂȘche qu’appartiennent toutes ces imputations, car cette petite chouette est trĂšs-rare en comparaison de l’effraie ; elle ne se tient pas comme celle-ci dans les clochers, dans les toits des Ă©glises ; elle n’a pas le soufflement lugubre, ni le cri Ăącre et effrayant de l’autre, et ce qu’il y a de certain, c’est que si cette petite chouette ou chevĂȘche est regardĂ©e en Allemagne comme l’oiseau de la mort, en France c’est Ă  l’effraie qu’on donne ce nom sinistre. Au reste, la chevĂȘche ou petite chouette dont M. Frisch a donnĂ© la figure, et qui se trouve en Allemagne, paroĂźt ĂȘtre une variĂ©tĂ© dans l’espĂšce de notre chevĂȘche ; elle est beaucoup plus noire par le plumage, et a aussi l’iris des yeux noir, au lieu que notre chevĂȘche est beaucoup moins brune, et a l’iris des yeux jaune."

Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, prĂ©jugĂ©s, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


CHEVESCHE. EspÚce de chouette que quelques démonographes ont donnée aux sorciÚres, parce que :

  1. comme les chouettes, elles sortent principalement la nuit ;

  2. parce qu'elles aiment Ă  sucer le sang , surtout celui des petits enfants. Voy. LAMIES.

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Jean-Claude GĂ©not, auteur de "L’interdisciplinaritĂ© Ă  l’épreuve de la pratique: l’exemple d’un espace protĂ©gĂ© comme une rĂ©serve naturelle ou un parc national". (Natures Sciences SociĂ©tĂ©s, 2003, vol. 11, no 4, pp. 413-418) Ă©tablit un lien entre la chevĂȘche et le verger :


 Le lien entre la qualitĂ© d’un produit alimentaire, celle du paysage et la sauvegarde d’un oiseau symbole du verger, la chouette chevĂȘche, peut ĂȘtre fait au travers d’une Ă©tiquette spĂ©ciale « un chouette jus de pomme ».

Selon le site http://www.noctua.org/contes.html :


"La chouette chevĂȘche Ă©tait tenue en haute estime dans l’antique AthĂšnes car elle Ă©tait la messagĂšre d’AthĂ©na, dĂ©esse de la sagesse aussi appelĂ©e Pallas (Minerve chez les Romains). Une colonie de chouettes chevĂȘches vivait sur l’Acropole, elles Ă©taient les gardiennes du temple.

En 490 av. J-C., les Grecs aperçurent la silhouette d’une petite chouette se dĂ©coupant sur la lune et y virent le prĂ©sage de leur victoire sur les Perses Ă  la bataille de Marathon. Plus tard, en 301, le gĂ©nĂ©ral AgathoclĂšs de Syracuse libĂ©ra un grand nombre de chouettes chevĂȘches pour galvaniser ses troupes avant de battre les D’aprĂšs Plutarque, les AthĂ©niens Ă©taient tellement associĂ©s Ă  la chouette chevĂȘche que lorsque des guerriers grecs Ă©taient capturĂ©s, leurs ennemis les marquaient au front d’une chouette.

Avec ses mimiques expressives, ses yeux dorĂ©s d’étrange « alien » Ă©garĂ© Ă  la campagne et son vol silencieux, la chouette chevĂȘche a inspirĂ© nombre de contes et lĂ©gendes au cours des Ăąges.


Dans la Bible (LĂ©vitique 11, 13-17, la chouette chevĂȘche figure sur la liste des oiseaux impurs, parce qu’elle Ă©tait rĂ©putĂ©e manger des cadavres ce qu’elle ne fait d’ailleurs absolument jamais : Voici, parmi les oiseaux, ceux que vous aurez en abomination, et dont on ne mangera pas l' aigle,(...) le chat-huant, le plongeon et la chouette.

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Pierre Sauzeau, dans un article intitulĂ© "Les guerriers hiboux dans l’imaginaire grec archaĂŻque." (MOM Éditions, 2006, vol. 35, no 1, pp. 77-87) rapproche la chevĂȘche d'AthĂ©na :


L’étude de la fonction de quelques-uns de ces rapaces dans l’imaginaire grec va nous permettre d’y retrouver la structure thĂ©ologique de la fonction guerriĂšre, dominĂ©e par l’opposition entre AthĂ©na et ArĂšs.

— La chevĂȘche glaux « se distingue aisĂ©ment des autres types de rapaces nocturnes ». « Sa tĂȘte plate et son front bas, dont les sourcils se froncent sur les yeux jaune pĂąle, contribuent Ă  lui donner une expression sĂ©vĂšre ». En raison de sa taille modeste, elle s’attaque Ă  des proies menues, et ne se signale guĂšre par sa puissance. Pensive en apparence, avec un air grave et rĂ©flĂ©chi, elle fut pour les Grecs le symbole d’AthĂšnes, peut-ĂȘtre parce que ces oiseaux nichaient dans les falaises de l’Acropole, ou en raison de son lien avec la dĂ©esse poliade (les deux raisons n’étant pas exclusives). La glaux est l’attribut d’AthĂ©na, elle-mĂȘme, selon l’épithĂšte homĂ©rique, « aux yeux de chouette » – c’est ainsi qu’il faut interprĂ©ter le composĂ©, sur le modĂšle de [mot grec]. À Argos, AthĂ©na est ... « aux regards perçants ». Si l’apparition ou le cri de la glaux peuvent ĂȘtre de mauvais augure, ils peuvent aussi annoncer le retour du beau temps : une fonction positive bien attestĂ©e. En tant qu’attribut d’AthĂ©na NikĂš, elle peut aussi annoncer la victoire militaire, comme Ă  ThĂ©mistocle, voire la victoire sur la mort 28. La chouette d’AthĂ©na est parfois reprĂ©sentĂ©e en armes ; mais, au-delĂ  de la symbolique guerriĂšre et civique (elle figure sur les monnaies d’AthĂšnes, dites « chouettes »), elle est erganĂš, dans la mesure oĂč elle fait sa « pelote », enrobant de poils ou de laine ses trouvailles.

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Symbolisme astrologique :


Gabriel, le créateur du Site Zooastro.com propose de trouver son animal astral en fonction de la position du Soleil et de la Lune dans notre thÚme :


Les Oiseaux correspondent au signe de la Balance. La Balance est le signe d’Air cardinal marquant le dĂ©but de l’automne. Le natif de la Balance recherche classiquement la paix, la tranquillitĂ©. Influençable, il peut passer pour incertain parce qu’il ne veut dĂ©cevoir personne, et est enclin Ă  l’hĂ©sitation.

AprĂšs le signe de la Vierge, qui a engrangĂ© des rĂ©sultats matĂ©riels, la Balance sent la nĂ©cessitĂ© de mesurer et de rĂ©partir Ă©quitablement les productions. Elle agit comme un facteur d’équilibre et de justice.

Dans le monde animal, les Oiseaux sont les meilleurs candidats pour transcrire fidĂšlement le symbolisme du signe de la Balance :


Les Oiseaux, des Ăąmes sƓurs / Les Oiseaux sont les seuls Dinosaures survivants. Mais quelle Ă©volution depuis les montres prĂ©historiques! Comme s’ils semblaient renier la brutalitĂ© de leurs ancĂȘtres, les Oiseaux ont progressivement abandonnĂ© les dents. Et pour gagner de la hauteur, ils ont fait de la plume l’instrument du vol. La maitrise des Airs leur a permis de conquĂ©rir le monde, et de survivre aux catastrophes. Autre fait notable, les Oiseaux sont majoritairement fidĂšles en amour, avec un taux de monogamie de 90%, rare dans la nature.


La ChevĂȘche ou l’Harmonie musclĂ©e : La ChevĂȘche est un Animal Astral Oiseau. Il y a chez la ChevĂȘche la volontĂ© de s’affirmer par des actes empreints tout Ă  la fois de rigueur et d’harmonie. Cherchant son point d’équilibre, elle balance successivement entre la spontanĂ©itĂ© et la mĂ©ditation, l’élan et le retrait, mettant ainsi en place une vĂ©ritable « mĂ©canique du Juste Milieu ». PortĂ©e aux compromis, concessions, et nĂ©gociations, elle fait en sorte d’abandonner ses positions les plus conflictuelles afin de pouvoir s’élever, s’épanouir dans une vie paisible, lĂ©gĂšre et policĂ©e. Comment faire durer ce plaisir fragile? VoilĂ  une question qui occupe beaucoup son esprit, et qui peut la faire paraĂźtre hĂ©sitante et faible, prĂ©fĂ©rant agir comme facteur d’entente, de dialogue, d’équitĂ©, au dĂ©triment de sa propre affirmation individuelle.

Mais paradoxalement la ChevĂȘche a aussi un besoin vital de dire: « Je suis ». Sa soif d’individualisme et d’hĂ©roĂŻsme personnel la porte naturellement vers des conquĂȘtes musclĂ©es, et des positions d’avant-garde. Sa sensibilitĂ© impulsive et entiĂšre rencontre souvent l’hostilitĂ© de son environnement, et provoque des rĂ©actions Ă©pidermiques. Dans ces instants-lĂ , elle est sujette Ă  des angoisses secrĂštes et Ă  une vulnĂ©rabilitĂ© insoupçonnable. Mais n’écoutant que son instinct, elle ne se laisse pas dĂ©sarçonner longtemps, et il se peut mĂȘme qu’elle prenne plaisir dans une certaine forme de souffrance. Quoi qu’il en soit, le goĂ»t du risque est certainement le point sensible de sa personnalitĂ©.


Les particularitĂ©s de la ChevĂȘche : La ChevĂȘche puise dans sa soif d’action l’énergie d’obtenir l’équilibre relationnel. Elle utilise le combat pour s’assurer une Ă©galitĂ© vis Ă  vis l’autre. Il ne s’agit pas forcĂ©ment de combat rĂ©el, mais peut ĂȘtre symbolique, sur un terrain de compĂ©tition professionnel, artistique ou amoureux. Ainsi une volontĂ© de paix et d’amour Ă©mane d’un besoin de conquĂȘte et de lutte. C’est tout le paradoxe de cette personnalitĂ© qui glorifie la violence, comme garante de la paix et de la justice. Comme AthĂ©na, dont la ChevĂȘche est l’animal emblĂ©matique, le natif de ce signe n’hĂ©site pas Ă  combattre toute personne qui reprĂ©senterait une menace pour les ĂȘtres qui lui sont chers.

Cet ange Ă©pris de conquĂȘte parvient Ă  glorifier la violence en la rendant belle, juste, pacificatrice ! Il n’a pas son pareil pour justifier son action prĂ©datrice, tout en l’accompagnant d’un sourire, d’une Ă©lĂ©gance, voir mĂȘme d’une politesse qui forcent le respect de la victime elle-mĂȘme. L’approbation de la personne Ă  laquelle la ChevĂȘche va « s’en prendre » est importante Ă  ses yeux, et d’une certaine maniĂšre, elle n’excelle que dans une forme de violence consentie, ou du moins, identifiĂ©e et comprise par la partie adverse. L’ultimatum est l’un des moyens privilĂ©giĂ© de la ChevĂȘche pour parvenir Ă  ses fins. Le son de sa voix remplace donc l’action vĂ©ritable, et une parole suffit Ă  dissuader tout acte rĂ©prĂ©hensible. Elle use ainsi de ses capacitĂ©s diplomatiques pour attirer le respect, et acquĂ©rir le droit de s’exprimer avec une franchise totale et sans concession.


Les pouvoirs de la ChevĂȘche : La ChevĂȘche a un sens trĂšs dĂ©veloppĂ© de la Justice : impartiale et respectueuse d’un cĂŽtĂ©, vindicative et sĂ©vĂšre de l’autre, elle dĂ©veloppe une attention implacable, lucide et ardente, qui ne rate pas sa cible.

Le natif de la ChevĂȘche aura tout intĂ©rĂȘt Ă  choisir une activitĂ© qui exalte son dĂ©sir d’équilibre et son sens de la rĂ©ciprocitĂ©, oĂč il pourra assouvir cette soif de conquĂȘte personnelle par la nĂ©gociation ou l’harmonie. RepĂ©rĂ© par la sociĂ©tĂ© pour ses solides qualitĂ©s et son sens de la Justice, il pourra devenir huissier, juge de commerce, policier, acheteur, ou toute activitĂ© oĂč il s’agit de nĂ©gocier, mesurer, rĂ©partir l’acquisition (ou la rĂ©quisition) de valeurs. Quel que soit le domaine qu’il choisira, il y recherchera la dĂ©fense de valeurs humaines Ă©quitables.


Ex : CervantÚs, Lamartine, Verdi, Pavarotti. [Soleil Balance / Lune Bélier]

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Contes et légendes :


Pierre Dubois et RenĂ© Hausman, auteurs de L'ElfĂ©mĂ©ride - Le grand lĂ©gendaire des saisons - Automne-Hiver (Éditions HoĂ«beke, 2013) mettent Ă  l'honneur la chevĂȘche dans le chapitre consacrĂ© au mois d'octobre :


La mĂšre ChevĂȘche


C'Ă©tait une cruelle sorciĂšre d'autant plus cruelle qu'elle ne s'attaquait qu'aux enfants. Elle en voulait Ă  leur sang. VĂȘtue de robes et chĂąles couleur muraille pour passer inaperçue, dĂšs que tombait le soir, la vampire sortait de son repaire et, grĂące Ă  ses serres de rapace s'accrochant aux murs, entrait sans bruit dans les chambrettes. GuidĂ©e dans le noir par ses prunelles qui voyaient comme en plein jour, elle s'approchait du berceau et, Ă  l'aide de son bec tranchant en guise de bouche, vidait l'innocent de son sang.

Un jour pourtant, la harpie se fit prendre : un pĂšre soucieux pour la vie de son nouveau-nĂ© ayant versĂ© tout autour de la chambre un cercle de glu, elle y resta collĂ©e, incapable de s'enfuir. Le voisinage alertĂ©, on la saisit et, entravĂ©e, elle fut portĂ©e toutes griffes dehors sur un bĂ»cher. mais au moment oĂč les flammes l'embrassaient, le diable, reconnaissant en elle une de ces favorites, l'emporta in extremis hors du brasier pour lui offrir l'aspect qui est encore le sien de nos jours.

C'est maintenant sous la forme d'une chouette chevĂȘche que dĂ©sormais elle continue sa chasse. Avec patience, elle attend qu'Octobre raccourcisse les jours. Le soir Ă  peine tombĂ©, elle s'envole silencieusement de son nid perchĂ© dans une grande et s'Ă©lance en quĂȘte d'une fenĂȘtre ouverte.

Heureusement, on peut la différencier de notre inoffensive chouette aux yeux d'or, car ses prunelles brillent pareilles aux flammes qui ont failli la brûler.

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