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  • Anne

La Pastèque



Étymologie :

  • PASTÈQUE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1619 fruit (Fr. Pyrard, Voyage, t. 1, p. 447 ds Arv., p. 398 : il [...] mange [...] plusieurs sortes de potage de légumes, herbes, melons, concombres et autres fruicts, comme Pasteques et autres) ; 2. 1762 plante (Ac.). Altér. (d'abord graph. puis phonét.) de pateque ([1530?], J. Thenaud, Voyage et Itinaire de oultre mer, Paris, Saint-Nicolas, [s.d.], f°B 2 ro : plusieurs jardins plains de fructiers dherbes, poupons, Pateques, cassiers, palmes, et autres choses singulieres ; aussi f°D 4 ro), empr. à l'ar. biṭṭîḫa ou baṭṭīhP̆a «melon d'eau», lui-même déjà empr., par les botanistes, en lat. médiév. : batheca arabica (xve s.) et batheca inda (1562), v. FEW t. 19, p. 32a.

Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Citrullus lanatus ; Melon d'eau ;

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Botanique :


Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), brosse le portrait de la Pastèque :


La pastèque est une herbe rampante originaire de la haute vallée du Nil. Le fruit est une grande péponide pouvant atteindre jusqu'à quarante centimètres de longueur. La chair, d'abord blanche, devient rouge ou rose à maturité ; elle est extrêmement juteuse, puisque les pastèques contiennent 93% d'eau, le reste étant constitué d'hydrates de carbone et d'une teneur importante en vitamine C.

La pastèque est le fruit rafraîchissant et désaltérant par excellence des régions chaudes. Elle croît sans qu'il soit nécessaire d'y apporter aucun soin, de sorte que ce fruit est un véritable don des dieux, exceptionnellement doué pour aspirer l'eau u sol et la transformer en chair succulente.

Les anciens Égyptiens en faisaient une ample consommation.

On choisira toujours de fruits bien mûrs qui, lorsqu'on les frappe du doigt, sonnent creux.

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Dans l'émission de France Inter, "La Cerise sur le gâteau" du E 27/09/2020 on apprend grâce à Estérelle Payany que :


La pastèque est elle aussi originaire d’Afrique. Longtemps, on a d’ailleurs cru que son berceau était le désert du Kalahari, au Sud du continent, entre Botswana et Namibie. Un séquençage ADN réalisé en 2015 a pourtant montré qu’elle était plutôt la descendante de plantes d’Afrique de l’Ouest. Les pastèques se divisent en plusieurs groupes : celles à la chair amère mais riches en graines, et celles qui sont de véritables réservoirs d’eau. Les graines de pastèque sont en effet riches en protéines et lipides, et on cultive d’ailleurs toujours en Afrique des pastèques spécifiquement pour ces graines, nommées EGOUSI. On les surnomme aussi les « pistaches africaines ».

Mais il y a 5000 ans, lorsque les Égyptiens ont domestiqué la pastèque, ils ont privilégié les variétés aqueuses et sucrées, qui font de la pastèque un aliment et une boisson tout à la fois. On la retrouve dessinée dans des tombeaux égyptiens, facilement reconnaissable à sa taille généreuse, ses rayures vertes et sa forme plus ovale que nos spécimens actuels. On en a même retrouvé des graines dans la tombe de Toutenkhamon, assuré de la sorte d’avoir de quoi se désaltérer dans l’autre monde. Prospérant au bord du Nil, la pastèque a ensuite conquis le bassin méditerranéen au doux climat. Puis elle a rejoint l’Asie via la route de la Soie durant les Xe et XIe siècle. Avec un succès indéniable puisqu’aujourd’hui, la Chine est le premier producteur mondial de pastèque.

Mais retracer plus précisément l’histoire de la consommation du Citrullus lanatus n’est pas chose aisée, car son destin botanique est entremêlé avec celui de deux autres cucurbitacées, à savoir le melon et le concombre. Watermelon en anglais, Wassermelone en allemand : son surnom de « melon d’eau » coule de source, avec ses 90% minimum d’eau garantie. Pourtant, melon et pastèque ont des imaginaires bien différents.

Au melon est échue la noblesse et l’élégance, la couleur pastel de son orange délicat, les palais royaux d’Henri IV et de Louis XIV qui l’appréciaient, tant et les vers de Saint Amant qui lui consacra tout un poème.

À la pastèque le rouge vif, la rusticité populaire et le parfum de la liberté. Une bouchée de ce fruit fort efficace permet de « boire, manger et de se laver les mains » (mangia, bevi e ti lavi le mani) comme le dit un proverbe italien.

Aux États-Unis, c’est en cultivant des pastèques que nombre d’anciens esclaves ont gagné leur vie après la guerre de Sécession, faisant de ce fruit un symbole de liberté afro-américain. Mais il est aussi en parallèle devenu un stéréotype raciste, un peu comme la banane en France. Si la banane est farouchement individuelle, la pastèque est festive et partageuse, y compris en camping, puisque pas besoin d’assiette ni de couteau pour la manger à même la tranche. Ainsi, quand l’héroïne du film Dirty Dancing s’exclame que « ce n’est pas un crime de porter une pastèque », sa réplique a bien plus de portée politique qu’on n’y pense.

Et quitte à être encore au camping, autant passer la pastèque au gril. Car pastèque rime avec steak. Mais peut-être pas celui que vous croyez… Passer ses tranches quelques instants au barbecue exacerbe leur goût et leur apporte un petit goût de fumée bien agréable. Ce qui a donné des idées aux cuisiniers adeptes du végétal. Pelée, marinée dans le sel, les herbes et la cendre, et longuement grillée, la pastèque prend des allures étonnante de noix de jambon. Ce qui donne encore plus envie de s’en payer une tranche !

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Symbolisme :


Dans le calendrier républicain, la pastèque est le nom donné au 11e jour du mois de fructidor.

Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant on peut lire que :


"La pastèque, ou melon d'eau, est un symbole de fécondité, en raison des nombreux pépins qu'elle contient. C'est pourquoi, au Viet-nam, on offrait autrefois des graines de pastèque aux jeunes mariés, jointes à des oranges qui ont la même signification. Dans le monde hellénique, c'est le grain de grenade qui joue ce rôle de symbole de fécondité."

Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Symbole de fécondité en raison de l'abondance de ses pépins - c'est pourquoi au Viêt-Nam, on offrait autrefois des graines de melon d'eau aux jeunes mariés -, la pastèque fut, selon la légende persane, le premier fruit créé par Dieu : "Un des grains de la pastèque, dit-on, tient du Paradis". c'est pourquoi il faut tous les manger, sinon le diable s'emparerait du bon et le souillerait".

En Ouzbékistan, une pastèque qui tombe et se fend en touchant le sol annonce un prochain tremblement de terre.

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Symbolisme alimentaire :

Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


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