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Le Maïs



Étymologie :


  • MAÏS, subst. masc.

Étymol. et Hist. [Ca 1525 maiz « sorte de plante céréale », cité comme mot indigène (A. Fabre, Le Voyage et navigation faict par les Espaignolz es Isles Mollucques [trad. de l'ouvrage ital. de Pigafetta] ds Arv., p. 309)] ; 1533 maizi (Martyr d'Anghiera, Extraict du recueil des Isles nouvellement trouvees en la grand mer Oceane Décade I, fol. 4b [trad. de l'ital.] ds König, p. 132) ; 1568 mais (Fumée, Hist. Gen. des Indes occ., fol. 223a [trad. de l'ouvrage esp. de F. Lopez de Gomara], ibid., p. 132). Empr., par l'intermédiaire de l'esp. maiz « id. », au taino [arawak d'Haïti] où le mot a dû avoir la forme mahiz (cf. 1555, Poleur, Histoire naturelle et généralle des Indes... fol. 102b [trad. de l'ouvrage castillan d 'Oviedo] ds König, pp. 132-133). Le mot est déjà att. en lat. en 1493 et en esp. en 1500 (cf. Fried., p. 368).


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :


Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt évoque les différents modes de communication chez les animaux et chez les plantes :


Ainsi, plus la recherche progresse, plus les astuces végétales ne cessent de nous surprendre : on sait aujourd'hui [J. Tumlinson et col., Pour la Science, 1993, 187, 84-90] que des plats de maïs attaqué par des chenilles émettent un cocktail qui attire puissamment les guêpes parasites et destructrices desdites chenilles, conformément au vieux principe des stratèges militaires ou politiques : « L'ennemi de mon ennemi est mon ami » ! L'agent de cette très performante communication entre la plante et l'insecte est toujours gazeux.

 

Stefano Mancuso et Alessandra Viola, auteurs de L'Intelligence des plantes (édition originale 2013 ; traduction française Albin Michel, 2018), après nous avoir montré "comment une plante se comporte lorsque ses feuilles subissent l'offensive d'un herbivore" (cf fiche sur le haricot) nous posent cette question :


"Mais que se passe-t-il quand l'attaque porte sur ses racines ? Un exemple emblématique nous est offert par le maïs. Aux États-Unis, il a été décimé pendant des années (avec pour conséquence des pertes s'élevant à des centaines de millions de dollars) par la Diabrotica virgifera, une chrysomèle qui dépose ses larves près des racines et tue les jeunes pousses, incapables de se défendre. On pourrait donc penser que le maïs n'est pas un champion en matière de défense végétale, mais il faut préciser aussitôt que ce n'est pas sa faute.

Très différentes de celles que nous cultivons aujourd'hui, fruit d'une longue sélection, les plus anciennes espèces de maïs européen et de maïs sauvage étaient tout à fait en mesure de se prémunir contre les attaques de la Diabrotica virgifera. Mais au terme d'un processus d'élaboration de nouvelles variétés visant à obtenir un rendement élevé et de gros épis, les hommes ont fini, sans s'en apercevoir, par privilégier des plantes qui ne pouvaient plus se défendre toutes seules. Lorsque la Diabrotica virgifera les agressait en déposant ses larves à proximité de leurs racines, les vieilles variétés de maïs sécrétaient une substance nommée "cariophylline", dont la seule fonction consistait à appeler à l'aide des nématodes, de petits vers très friands de ces mêmes larves qui, en les mangeant, libéraient du même coup la plante de son parasite.

Notre erreur involontaire, qui nous a conduits à sélectionner des maïs "désarmés", nous a coûté très cher : selon certaines estimations, les pertes causées par la Diabrotica virgifera auraient parfois atteint, à l'échelle mondiale, jusqu'à un milliard de dollars par an. Pendant des décennies, cet insecte a été l'un des adversaires les plus redoutables du maïs et l'on a dépensé, pour le combattre, des sommes gigantesques investie dans la production massive de pesticides nuisibles à l'environnement. Il a ensuite fallu l'intervention de l'ingénierie génétique pour rendre au maïs sa faculté originelle : on a ainsi réintroduit, dans ses variétés modernes, le gène responsable de la production de cariophylline, emprunté à l'origan. Au bout du compte, on a donc dû créer une plante transgénique pour restituer au maïs une de ses caractéristiques innées."

 

Serge Schall, auteur de Histoires extraordinaires de plantes et d'hommes (Éditions La Source Vive, 2016) consacre un article au maïs :


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Dans La Vie érotique de mon potager (Éditions Terre Vivante, 2019), Xavier Mathias ajoute quelques précisions sur la reproduction du maïs :


Le Maïs : un macho au potager ? Si nous n'avons guère l'habitude de repérer les fleurs des céréales, il en est bien deux que nous ne pouvons manquer, ce sont celles du maïs. Comment passer à côté, à partir de fin juin, de cette fleur mâle fièrement dressée vers le ciel, pointant ses panicules comme autant d'étendards, d'ode à sa virilité ? Non moins remarquables, les fleurs femelles vont bientôt apparaître, quand monsieur sera à point, réparties tout le long de la tige, leurs soies offertes, lingerie fine s'il en est, attendant que, grand seigneur, il daigne finir par se pencher sur elles pour disperser son pollen au vent, afin qu'elles puissent le collecter dans leurs longs filaments. Les hommes au-dessus, les femmes en dessous, et tout ira bien, semble nous rappeler le maïs de façon un peu péremptoire. Certaines jardinières jugent cette posture bien peu cavalière. Il est des jardiniers qui ne cultivent le maïs que pour cette raison de domination spatiale, allant même jusqu'à préférer la variété à pop-corn naine "Tom Pouce", prétendant alors je ne sais quel priapisme. Toujours est-il que, chez les agriculteurs producteurs de maïs semence, s'il est un fait établi au moment de recruter pour la castration - un petit boulot d'été idéal pour nombre d'étudiants -, c'est qu'il est préférable d'embaucher des saisonnières plutôt que des saisonniers. Plus rigoureuses que les garçons, rapidement expertes dans cet art, les jeunes filles seraient plus volontiers castratrices que les jeunes hommes...

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Didier Van Cauwelaert, dans un ouvrage intitulé Les Émotions cachées des plantes (Éditions Plon, 2018) évoque les modifications génétiques subies par le maïs :


L'homme s'est donc fait un devoir d'« aider » le végétal en le rendant transgénique. Ironie de la situation, les fabricants d'OGM qui, dans un but lucratif, avaient introduit génétiquement au sein des végétaux les protéines insecticides contre lesquelles se sont vite immunisées leurs attaquants, ont été contraints, pour les mêmes raisons financières, de rendre artificiellement aux plantes les défenses naturelles dont ils les avaient privées. C'est arrivé, là encore, au maïs. Son autre grand prédateur, Diabrotica virgifera, a pour habitude de pondre à proximité de ses racines, afin que ses larves puissent dévorer les jeunes plants. Le maïs sauvage et les plus vieilles espèces cultivées par l'homme avaient résolu le problème en sécrétant de la cariophylline, une substance ayant pour seule fonction d'attirer le ver nématode, grand amateur desdites larves. mais, à force de pratiquer une sélection impitoyable pour obtenir du maïs à gros épis et haut rendement, les ingénieurs agronomes ont éliminé la cariophylline, sans utilité pour eux dans le processus de croissance. Incapable désormais de se défendre tout seul, le maïs a été décimé par le Diabrotica. Face aux centaines de millions de dollars que ces pertes ont coûté aux États-Unis, il a fallu en dépenser presque autant dans la production et l'épandage de pesticides ravageant les populations d'abeilles et ruinant la santé des humains, tandis qu'ils renforçaient l'immunité des générations d'insectes ayant survécu au traitement.

Au bout du compte, on a demandé aux mêmes généticiens, involontairement responsables de cette catastrophe planétaire (plus d'un milliard de dollars perdu chaque année dans le monde), de ramener le maïs à son état initial. On l'a donc modifié dans l'autre sens en lui réintroduisant un gène producteur de cariophylline, emprunté à l'origan. Tout ça pour ça. « Au bout du compte, conclut le botaniste et neurobiologiste Stefano Mancuso, on a donc dû créer une plante transgénique pour restituer du maïs une de ses caractéristiques innées. »

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Dans La Vie sexuelle des Fleurs (Éditions E/P/A Hachette Livres, 2022), illustré par Loan Nguyen Thanh Lan, Simon Klein explicite les mécanismes de reproduction des fleurs :


Maïs : Cheveux d'ange


Le maïs, une fleur ? Un épi de maïs sur le barbecue, oui, de la farine de maïs dans une tortilla, oui ; du maïs concassé pour donner aux vaches, oui ! Mais des fleurs de maïs ? Un bouquet de fleurs de maïs ?

Et pourquoi pas ! Parce que si épi il y a, c'est qu'il y a graine, et fruit, et fleur ! Donc oui, avant l'épi, il y avait une fleur. Et même, vous allez el voir, plusieurs fleurs !

Si l'on se promène dans un champ de maïs au printemps, on peut apercevoir plusieurs éléments sur un même pied de maïs : celui-ci est constitué d'une unique tige rigide comportant des feuilles à chaque nœud. La tige peut aller jusqu'à deux mètres de haut : c'est pour cela que l'on se perd facilement dans un champ de maïs qui devient un véritable labyrinthe. Tout en haut du pied se trouvent des longues tiges fines qui s'écartent au sommet comme un plumeau : ces tiges portent toutes de petites fleurs qui sont uniquement mâles : matures en premier, elles produisent une grande quantité de pollen de petite taille.

En descendant le long du pied, on rencontre une étrange fleur, tout emmaillotée dans de longues feuilles serrées ; et, comme des cheveux d'ange, en sortent des soies, plus ou moins longues et s'allongeant avec l'âge. On reconnaît là le futur épi de maïs. Cet épi, c'est un ensemble de fleurs femelles, et les longues soies sont des pistils reliés à la grande quantité d'ovaires serrés les uns contre les autres dans l'épi. Ces ovaires, une fois fécondés, donneront les grains du maïs. Donc le maïs possède des fleurs exclusivement femelles et des fleurs exclusivement mâles sur un même pied. Ces fleurs sont, vous l'aurez compris, peu attractive et plutôt, disons-le, peu esthétiques. Elles ne semblent pas faire la joie des fleuristes ; et, comme souvent, c'est aussi le cas pour les pollinisateurs. Vous ne verrez que très rarement des abeilles ou des bourdons se promener autour d'un plant de maïs. En effet, aucune odeur ne s'en dégage pour capter l'attention des abeilles qui passeraient par là ; aucun pétale aux couleurs criardes pour les détourner de leur route. Car le maïs ne joue pas sur ce terrain-là ; les fleurs de maïs, comme moins de 10% des fleurs de la planète, utilisent le vent comme vecteur de pollinisation Et en ce sens, ces fleurs sont plutôt bien agencées !


Stratagème : Tout d'abord, afin d'éviter que les fleurs mâles, qui se trouvent au-dessus des fleurs femelles, ne viennent déposer du pollen sur les fleurs d'un même pied, il y a une asynchronie dans la maturation des deux fleurs : les fleurs mâles sont prêtes quelques jours avant les fleurs femelles. Tous les pieds d'un même champ ne commencent pas leur floraison en même temps, donc tout grain de pollen dispersé par le vent jusqu'à plus de 500 mètres alentour, trouvera bien des soies pour se déposer, pousser puis, traversant le style, arriver jusqu'à l'ovule au centre de l'ovaire et y déposer un spermatozoïde la fécondation croisée est donc la norme chez le maïs. L'architecture des fleurs de maïs est adaptée à l'action du vent : les grandes tiges des fleurs mâles, formant un bouquet appelé panicule, surplombent les plantes de maïs, et peuvent facilement danser dans le vent. Tels des grelots agités dans la brise, les fleurs aux étamines pendantes libèrent d'importantes quantités de pollen.

Plus bas, les fleurs femelles attendent. Elles sont parées de leur plus grand atout séduction : ces longues soies qui permettent d'augmenter la surface de contact avec les éléments qui sont transportés dans l'air. A la différence des fleurs pollinisées par les insectes, où le grain de pollen est directement livré à domicile, précisément sur le stigmate - qui peut alors se payer le luxe d'être relativement court et donc protégé dans la fleur -, chez les plantes pollinisées par le vent une difficulté se pose. Un coup de vent ne sera jamais aussi précis qu'un coup d'aile ; par conséquent le pollen peut tomber plus ou moins près de la fleur femelle. En augmentant la surface de réception dans un cercle autour des ovaires, la fleur femelle augmente ses chances de capter du pollen.

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :

En Chalosse, les jeunes gens, pour prouver leur affection à leurs amoureuses, leur introduisent brusquement dans le dos un épis de mais.

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Symbolisme :


Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article au Maïs :


Pour les anciens Mexicains, le maïs était un dieu. Centeotl chez les Aztèques personnifiait le jeune maïs, né de la mort du vieux maïs disparu dans le sein de la Terre-Mère et dont il était en conséquence le fils. Sa pousse, au début de la saison des pluies, représentait la joyeuse remontée de la vitalité terrienne que l'on célébrait par des jeux et des chants. Aussi le maïs était-il associé à l'aurore, au printemps et au magnifique oiseau quetzal, qui chante tôt le matin et se pare de magnifiques plumes d'un vert étincelant, semblable à la fraîche végétation printanière.

Le dieu qui donnait son corps à manger aux hommes exigeait en retour des sacrifices. La pluie fécondante, la résurrection des plantes étant des dons divins, devaient se mériter, se payer. Sous sa forme de Xipe Totec « notre seigneur l'écorché », on offrait au dieu des victimes humaines dans le sang desquelles il puiserait les forces nécessaires pour jouer son rôle bénéfique. Au sens propre, le dieu alors faisait « peau neuve », car il revêtait celle du sacrifié, comme la terre se couvre au printemps d'une nouvelle parure.

Les dieux du maïs, car ils étaient plusieurs représentant chacun de ses aspects changeants, apportaient aux hommes non seulement leur nourriture quotidienne, mais la civilisation elle-même, car seule la culture du maïs permettait, en un temps relativement très court - de trois à cinq mois -, de se procurer d'importantes réserves que l'on pouvait conserver d'une année sur l'autre. Comme le blé en Occident, ou le riz en Extrême-Orient, le maïs délivrait partiellement les hommes de la quête harcelante de la nourriture quotidienne ; seule sa culture leur procurait la surabondance et les loisirs dont peut naître la civilisation.

En pays maya, le maïs était l'objet d'une sorte d'amour mystique. Un moine espagnol du XVIIIe siècle rapporte avec étonnement des Mayas : « Leur ravissement en contemplant leurs milpas (champs de maïs) est tel qu'ils oublient enfants, femmes et tous les autres plaisirs, comme si les milpas étaient le but final de leur existence et la source de leur félicité. » Le maïs en effet n'était pas seulement la base même de leur vie matérielle, sa culture jouait un rôle cosmique. D'elle dépendait l'ordre universel dont, à sa mesure, l'homme était responsable. Avant de défricher la terre ou de semer le grain, le Maya jeûnait, observait la continence et présentait des offrandes aux dieux du sol et de la pluie. Chaque étape du développement de la plante, des semailles à la récolte, faisait l'objet d'une célébration solennelle.

Le maïs aux opulents épis dorés, tel qu'ile st cultivé aujourd'hui, n'a plus guère de rapport avec l'humble graminée sauvage des steppes, qui ne donne qu'une douzaine de grains très petits. Ce n'est que tout récemment que l'on a pu reconstituer les étapes de cette métamorphose, en retrouvant en 1960 à Tehuacan, au Mexique, les axes des épis conservés dans les couches archéologiques superposées. Grâce à une patiente sélection, puis à une hybridation qui amena une mutation décisive, puisque le sexe unique de la plante primitive se dédoubla, donnant des pieds mâles te des pieds femelles, les hommes purent produire d'innombrables variétés, profondément différences les unes des autres et capables de s'adapter aux climats les plus divers. En effet, le maïs originaire des hauts plateaux mexicains peut être cultivé à la fois dans les clairières des forêts tropicales de l'extrême sud du pays mais aussi jusqu'à une altitude très élevée dans les Andes du Pérou.

C'est donc l'ingéniosité et l'assiduité des jardiniers mexicains qui furent à l'origine de cet ample mouvement civilisateur, aussi brillant que profondément original, qui gagna peu à peu la plus grande partie du double continent américain - car le maïs d'origine mexicaine, introduit en Amérique du Sud, y engendra les grandes civilisations agricoles dont devait hériter l'empire inca.

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Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Dans les cultures mexicaines et apparentées, le maïs est l'expression, à la fois, du Soleil du Monde et de l'Homme. Dans le Popol-Vuh, la création de l'homme n'est achevée qu'après trois essais : le premier homme, détruit par une inondation, était fait d'argile ; le second est dispersé par une grande pluie, il était fait de bois ; seul le troisième est notre père, il est fait de maïs.

Il est le symbole de la prospérité, considérée dans son origine : la semence."

 

Kaiser, K. & Katz, S. H., auteurs de "Nourriture et symbole. Le maïs bleu chez les Hopi." (paru en 1992 dans la revue Anthropologie et Sociétés, vol. 16 n°2, pp. 25–65) décrivent les mythes et rituels associés au maïs chez les Indiens Hopi :


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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Le maïs, souvent associé à la prospérité, est très bénéfique et les Américains, comme les Européens de l'Est ont longtemps vénéré la « Déesse du Maïs », « symbole de plénitude et de fertilité ». Les Tziganes de Transylvanie se servent d'ailleurs de ses graines pour favoriser la fécondité d'une femme ou prédire si elle sera mère.

Un épi de maïs placé dans un berceau protège l'enfant ; suspendu au-dessus d'un miroir, il est bénéfique au couple. Ses graines séchées portées en collier empêchent les saignements de nez. Autrefois, dans les régions montagneuses des États-Unis, si la délivrance s'annonçait délicate, on brûlait des épis de maïs rouge près d'une femme en train d'accoucher. Au Portugal, le maïs qui refleurit à la rosée de Saint-Jean est un présage d'amour.

Dans la tradition mexicaine, « le maïs est l'expression à la fois du Soleil, du Monde et de l'Homme ». Dans les temps anciens, à la maturation de la céréale, on célébrait sa déesse, appelée « la mère aux longs cheveux » : « Les femmes dansaient alors, leurs longs cheveux flottant et ondulant, afin que le gland du maïs pût croître en abondance aussi grande aussi grande que leur chevelure était touffue, afin que les grains en fussent larges et plats et que le peuple pût avoir du grain à profusion. »

Chez les Zunis (Indiens du Nouveau-Mexique), la farine de maïs bleu, répandue en guise d'offrande, est censée attirer le bonheur tandis que chez les anciens peuples d'Amérique centrale, son pollen éparpillé dans les airs servait à faire pleuvoir.

Pour obtenir de bonnes récoltes de maïs, la plupart de ces peuples observaient la continence et ne mangeaient pas de viande pendant les semailles, et parfois même, comme au Nicaragua, jusqu'à la moisson.

Les Maltais ne le plantent que l'estomac plein tandis que seuls les Malgaches à la dentition parfaite et régulière peuvent le semer, « autrement, il y aurait dans l'épi de maïs des vides qui correspondraient à ceux de la dentition du planteur ».

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le Maïs (Zea mays) "Tout le monde connaît cette graminée à racines fibreuses, à tige droite et à larges feuilles lancéolées.


Propriétés médicinales : C'est dans les fibres soyeuses qui recouvrent l'épi de maïs que l'on retrouve les propriétés médicinales ; ces fibres constituent un traitement naturel pour tous les problèmes urinaires, incluant la cystite, les maladies de l'urètre ainsi que les problèmes de la prostate chez les hommes. Comme c'est également un excellent diurétique, on peut s'en servir pour réduire les cas d’œdème dans toutes les parties du corps.


Genre : Féminin.


Déités : Gaïa - Vénus - Déméter.


Propriétés magiques : Protection - Fertilité - Chance - Divination.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS :

  • amérindienne.

  • En Amérique du Nord, on vénère cette plante qui représente une source de nourriture très importante dans l'alimentation traditionnelle

  • Les Zunis et d'autres tribus du Mid-West américain se servent des grains de maïs pulvérisés dans leurs rituels sacrés.

  • Prenez un épi de maïs au hasard et comptez les grains, divisez ce nombre par douze et vous obtiendrez votre âge !

  • Pour arrêter les saignements de nez, portez un collier de grains de maïs rouge autour de votre cou.

  • Dans les temps reculés, on se servait du pollen du maïs dans les rituels pour demander de la pluie.


RITUEL POUR FACILITER UN ACCOUCHEMENT :

Vous pouvez faire ce rituel pour vous ou pour une femme qui accouchera bientôt ; il peut se réaliser à l'extérieur, mais aussi à l'intérieur si vous avez un foyer dans la maison.

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle rouge

  • de l'encens de sang de dragon

  • trois épis de maïs rouge

Rituel : Allumez votre chandelle et votre encens. Faites un feu de bois dans votre foyer ou à l'extérieur et attisez-le soigneusement. Prenez les épis dans vos mains et levez-les vers le ciel en disant :


J'invoque les déesses de la maternité

J'en appelle à toutes celles qui règnent sur la vie

Que les douleurs de l'enfantement me soient douces Baignez mon front de votre haleine parfumée

Afin que l'enfant glisse de mon corps

Sans douleur.


Jetez les épis dans le feu et restez jusqu'à ce qu'ils soient complètement consumés.

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Eliot Cowan, auteur de Soigner avec l'Esprit des Plantes, Une voie de guérison spirituelle (Édition originale ; traduction française Éditions Guy Trédaniel, 2019) raconte plusieurs histoires de guérison dont il a fait l'expérience et explicite les vertus des plantes en fonction de l'Esprit qui les habite. A la fin de son ouvrage, il présente divers guérisseurs avec l'esprit des plantes qu'il a eu la chance de rencontrer. Ainsi en est-il de Don Enrique Salmon dont il retranscrit les paroles :


Eliot : As-tu aussi déjà soigné à distance avec l'esprit des plantes ?

Enrique : Ça m'est arrivé de faire des oins à distance avec le maïs. J'avais un de mes amis - je ne me souviens plus de quelle tribu il était - qui devait un jour se rendre au tribunal, et il m'a demandé la veille si je pouvais faire quelque chose pour que tout se passe bien pour tout le monde. Il ma dit à quelle heure ils étaient convoqués au tribunal, et à l'heure dite je suis sorti et j'ai utilisé un plat de maïs et quelques chants. Le maïs est une plante très positive qui soigne de toutes sortes de façons différentes - c'est pourquoi j'ai utilisé le maïs pour faire en sorte que tout se passe bien. Et ça a marché. Tout le monde a été gagnant, et il m'a dit que, quand tout avait été réglé, ils sont devenus et restés bons amis jusqu'à aujourd'hui encore."

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Symbolisme alimentaire :

Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


Le Maïs représente la solidité, la fermeté et la robustesse, ainsi que l'image psychique qui y correspond : l'être humain qui se sent gaillard, fort, bien nourri et vigoureux ; celui qui ne perd pas son aplomb et qui sait se défendre. Il est fier de lui, de son contenu, de la solidité de sa structure physique et il ose le montrer franchement.

Cette céréale a un caractère large ; elle occupe toute sa place, l'espace dont elle a amplement besoin. Elle a un maintien fier, la tête bien droite, et elle a un Torse large et développé. Elle s'installe avec abondance dans la Chair, sans oublier la Graisse nécessaire : elle se sent très bien dans sa peau et elle terrasse sans pardon chaque "ennemi" qui se présente. Physiquement elle présente un peu l'image d'un lutteur. Et pourtant elle n'est pas du tout agressive , seulement elle n'admet pas le négatif à l'intérieur du cercle solaire de son être.

Le Maïs est très fidèle à sa propre nature ; cette céréale est prête à tout pour que sa nature soit respectée. Elle est fidèle en général. Elle est d'une haute moralité ; lorsqu'elle est sûre de quelque chose, elle est inébranlable sur sa base archisolide, stable et consistante. Elle est comme "Jérôme", le Gardien idéal qui se tient devant la porte de la Vérité et de la Bonté. On peut compter sur elle ; on peut faire appel à elle Elle vient en aide, sans tambour ni trompette ; elle parle peu, seuls les actes comptent pour elle.

Elle est déterminée et elle ressemble un peu au Soleil : elle diffuse avec force le rayonnement de sa richesse solaire et il est impossible de ne pas la remarquer. Elle est comme le Lion Solaire fier qui est Conscient de Lui. Elle retient les forces et les énergies dans son corps, ce qui fait qu'on ne la verra pas facilement en état de faiblesse ou d'épuisement ! Elle brille dans son enveloppe (sa peau) d'or. Il est impossible de pénétrer dans son champ : ses rayons solaires vous renvient aussitôt, et tout naturellement, dans votre propre champ. Personne ne pet s'introduire chez elle sana voir été invité. Ses limites sont tracées parce qu'elle respire l'Autonomie, l'indépendance et la Plénitude. elle se ressent comme une Plénitude et elle est manifestement au Centre de sa vie. Elle a un sentiment large, étendu et ouvert, puisqu'elle occupe toujours le maximum de son propre espace. Elle ne se laisse pas rogner les ailes et ne s'impose pas la moindre restriction.


Celui qui a envie de Maïs a besoin de reconnaissance, d'une purification. Il désire être vu et reconnu... et il fera bien de se reconnaître lui-même, de sorte qu'il ne doive plus se rendre malheureux en étant avide de l'attention des autres. Il aspire vivement à trouver le Soleil en lui-même et à croire qu'il possède vraiment un Noyau fort, comme le prétend le Maïs. Il ne soit pas s'exclure, se plaquer contre le mur : il devra se mettre en plein soleil, au Centre de sa vie ! Il ne devra pas attendre que les autres lui prêtent attention ; il ne devra pas adorer le "Soleil" hors de lui-même. Il ne doit pas se "perdre" dan l'admiration pour un autre. Il est nécessaire qu'il occupe très fermement sa place et qu'il prenne conscience de l'Or qu'il y a en lui ! Ce n'est que quand il a découvert en lui-même la valeur de ce trésor qu'il peut commencer à vivre dans la joie... Il est alors très heureux et fier de lui et il cesse de s'accrocher aux autres, d'aspirer à la chaleur et à la reconnaissance de la part des autres. Il cesse alors d'être triste parce que l'autre ne lui prête pas l'attention ou ne lui donne pas l'amour qu'il souhaite. IL s'aime, il est content de lui-même ; il s'offre ce dont il a besoin, sans plus dépendre d'autrui Autrement dit : il ne convoite plus, il n'attend plus rien de la part des autres. Ce lâcher-prise par rapport aux autres fait qu'il se rapproche de l'lui-même, qu'il peut donner à lui-même, ce qui crée un sentiment de Plénitude, d'Indépendance et d'Autonomie. Il se sent fort, chaleureux et autonome, tout comme le grain de Maïs. Il cesse de s'interroger : "Suis-je bien ? Est-ce que j'agis bien ?" A présent il connaît sa valeur, sa Source solaire extrêmement puissante.


Celui qui aime le Maïs ne connaît pas encore suffisamment sa propre valeur. Il fait bien d'apprendre à vraiment se connaître.

A suivre

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Mythologie :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


MAÏS. — On sait très bien que le blé turc a été introduit en Europe seulement depuis quelques siècles ; il n’y a donc pas lieu de chercher des mythes anciens qui se rapportent à ce végétal. Mais le maïs, de même que la pomme de terre, le tabac et autres produits dont la culture européenne est postérieure à la découverte de l’Amérique, a donné lieu à une nouvelle hypostase du mythe. C’est ainsi qu’on a pu, en Calabre, faire entrer le maïs dans le conte populaire inédit qui va suivre : « Une mère avait sept filles, six tissaient : la septième les regardait sans rien faire. Le dimanche arrive ; les six sœurs, avant de se rendre à l’église, lui donnent à garder jusqu’à leur retour sept pains qui sentent très bon. Elle les mange tous. Les sœurs se fâchent et font un grand tapage, qui attire dans la maison devenue, par ce bruit, une espèce de marché, un marchand. Celui-ci est mis au fait de ce qui se passe, mais on lui raconte toute chose à rebours ; on lui donne à croire qu’elle file à elle seule pour sept ; le marchand l’épouse de suite, et lui donne à filer tout le chanvre qui se trouve dans une chambre, puis s’absente de la maison. Un mois se passe, et la jeune femme n’a encore rien fait. Un jour, enfin, vers le lever du soleil, elle trempe son doigt dans le chaudron où cuit la fameuse polenta. (bouillie faite avec la farine de maïs), l’approche de ses lèvres et essaye de filer debout, près de la fenêtre. Les fées passent par là et s’amusent beaucoup de ce jeu ; satisfaites, elles lui accordent le pouvoir de filer réellement avec la polenta, de façon que tout ce qu’elle file devient de l’or. » Comment ne pas voir, sous cette forme pourtant si récente, un ancien conte mythologique ! une variante du mythe de Midas, qui changeait en or le blé, dès qu’il le touchait ? La couleur jaune de la farine de maïs a remplacé le safran, le crocus que les poètes classiques grecs et latins attribuaient à l’aurore. Dans la vallée de Soana, en Piémont, la veille du 6 janvier, les jeunes filles jettent des grains de blé turc sur la pelle embrasée ; et si elles en voient deux sauter ensemble hors de la pelle, elles sont persuadées qu’elles se marieront dans le courant de l’année. Pour le Niam-Niam, l’épi de maïs est le symbole de la propriété et de la richesse. « Je dirai, écrit le docteur Schweinfurth, comment cette guerre nous fut déclarée à notre retour du sud. Près du sentier, sur la frontière même, et placés de manière à être vus de tous les passants, trois objets étaient suspendus à la branche d’un arbre : un épi de maïs, une plume de coq et une flèche ; souvenir frappant du message hautain envoyé au roi de Perse, quand il voulut pénétrer au cœur de la Scythie. Nos guides comprirent, et nous expliquèrent aisément le sens de ces emblèmes. Cela signifie, nous diront-ils, que celui d’entre nous qui touchera à un épi de maïs, ou qui prendra une volaille, tombera frappé d’une flèche. »

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Selon Annie Boule, auteure d'un article intitulé "Notes sur la civilisation guaranie." (In : Mélanges de la Casa de Velázquez, tome 1, 1965. pp. 255-278) :


L'origine du maïs, dans ses diverses interprétations, est toujours humaine, et implique une sorte de pain vivant ou de «communion» qui n'est pas sans rapport avec la croyance aux qualités directement transmises par l'alimentation (on mangeait, par exemple, la chair des animaux rapides pour être rapide). Le maïs est vénéré par les guaranis car ils croient le devoir à l'un d'entre eux qui, sur le conseil du devin, se sacrifia pour apaiser la divinité durant une époque de famine. La victime volontaire agonisait attachée à un poteau lorsque se déchaîna une tempête... à la fin de laquelle les indiens trouvèrent à la place du martyr une plante aux larges feuilles avec un bel épi doré.

 

Nicolas Ellison dans un article intitulé "Symbolisme sylvestre et rapports d’altérité dans une danse rituelle totonaque" (Annales de la Fondation Fyssen, Fondation Fyssen, 2007) évoque le mythe de la découverte du maïs :


[...] Cette phase de la danse évoque clairement le mythe de la découverte du maïs lors duquel un chasseur à la poursuite d’un coati est amené au pied d’une montagne ou d’un arbre et voit comment un pivert chakan en extrait des grains de maïs, permettant ainsi aux humains d’en disposer pour pouvoir le cultiver. Dans la danse, le pivert redescend ensuite le long du mât en coupant les feuilles qui l’enveloppent, découvrant ainsi le bambou. On peut se demander, à l’instar de G. Stresser Péan (op. cit. : 256), dans quelle mesure ce retrait des feuilles couvrant le mât symbolise le retrait de la forêt ou plutôt le défrichement périodique effectué pour cultiver le maïs. Si cela n’est pas explicité par les informateurs, l’interprétation est plus que plausible, car dans certaines versions du mythe de la découverte du maïs, c’est le grand pivert chakan (ou plutôt un homme-pivert, dans cette âge d’indifférenciation physique entre les espèces animales) qui montre aux autres piverts comment cultiver le maïs qui vient d’être extrait de la montagne.

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Anne-Marie Vié-Wohrer, auteure de « Hypothèses sur l’origine et la diffusion du complexe rituel du tlacaxipehualiztli », (Journal de la société des américanistes [En ligne], 94-2 | 2008) : donne de nombreux détails sur les rituels en lien avec les divinités du maïs :


Parmi les divinités célébrées au cours de ces deux fêtes, il y en avait à caractère agraire proprement dit comme la déesse du maïs mûr Chicomecoatl. Lors de la fête d'ochpaniztli, une femme personnifiant cette déesse était immolée et écorchée, au Cinteopan (« Le temple de l'épi de maïs » ; Torquemada 1969, Il, pp. 8, 152, 155). Un prêtre du temple revêtait alors sa dépouille, arborant des épis de maïs dans les mains et dans la coiffure, et allait siéger en majesté, au milieu des différents représentants des dieux de la pluie et du maïs (Codex Borbonicus, 1991, pp. 29-30).

D'autres divinités investies de fonctions agraires (représentées dans des manuscrits ou dans des sculptures) revêtaient aussi en partie ou en totalité la peau d'une victime sacrificielle. Le visage de Cinteotl, dieu du maïs jeune, était en partie caché sous un demi masque découpé dans la peau de la cuisse d' un sacrifié ; le corps de Tlazolteotl, déesse de la terre, de la fécondité et du péché de la chair, était entièrement revêtu d'une dépouille humaine.

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Littérature :


Dans Les Raisins de la colère (Édition originale, 1939) John Steinbeck suit la croissance des champs de maïs :


Sur les terres rouges et sur une partie des terres grises de l'Oklahoma, les dernières pluies tombèrent doucement et n'entamèrent point la terre crevassée. Les charrues croisèrent et recroisèrent les empreintes des ruisselets. Les dernières pluies firent lever le maïs très vite et répandirent l'herbe et une variété de plantes folles le long des routes, si bien que les terres grises et les sombres terres rouges disparurent peu à peu sous un manteau vert. A la fin de mai, le ciel pâlit et les nuages dont les flocons avaient flotté très haut pendant si longtemps au printemps se dissipèrent. Jour après jour le soleil embrasa le maïs naissant jusqu'à ce qu'un liséré brun s'allongeât sur chaque baïonnette verte. Les nuages apparaissaient puis s'éloignaient. Bientôt ils n'essayèrent même plus. Les herbes, pour se protéger, s'habillèrent d'un vert plus foncé et cessèrent de se propager. La surface de la terre durcit, se recouvrit d'une croûte mince et dure, et de même que le ciel avait pâli, de même la terre prit une teinte rose dans la région rouge, et blanche dans la grise.

Dans les ornières creusées par l'eau, la terre s'éboulait en poussière et coulait en petits ruisseaux secs. Mulots et fourmis-lions déclenchaient de minuscules avalanches. Et comme le soleil ardent frappait sans relâche, les feuilles du jeune maïs perdirent de leur rigidité de flèches ; elles commencèrent par s'incurver puis, comme les nervures centrales fléchissaient, chaque feuille retomba toute flasque. Puis ce fut juin et le soleil brilla plus férocement; Sur les feuilles de maïs le liséré brun s'élargit et gagna les nervures centrales. Les herbes folles se déchiquetèrent et se recroquevillèrent vers leurs racines. L'air était léger et le ciel plus pâle ; et chaque jour, la terre pâlissait aussi.

[...] A la mi-juin les gros nuages montèrent du Texas et du Golfe, de gros nuages lourds, des pointes d'orage. Dans les champs, les hommes regardèrent les nuages, les reniflèrent, et mouillèrent leur doigt pour prendre la direction du vent. Et tant que les nuages furent dans le ciel, les chevaux se montrèrent nerveux. Les pointes d'orage laissèrent tomber quelques gouttelettes set se hâtèrent de fuir vers d'autres régions. Derrière elles, le ciel redevenait pâle et le soleil torride. Dans la poussière, les gouttes formèrent de petites cratères ; il resta des traces nettes de taches sur le maïs, et ce fut tout.

Une brise légère suivit les nuages d'orage, les poussant vers le nord, une brise qui fit doucement bruire le maïs en train de sécher. Un jour passa et le vent augmenta, continu, sans que nulle rafale vînt l'abattre. La poussière des routes s'éleva, s'étendit, retomba sur les herbes au bord des champs et un peu dans les champs. C'est alors que le vent se fit dur et violent et qu'il attaqua la croûte formée par la pluie dans les champs de maïs. Peu à peu le ciel s'assombrit derrière le mélange de poussières et le vent frôla la terre, fit lever la poussière et l'emporta. Le vent augmenta. la croûte se brisa et la poussière monta au-dessus des champs, traçant dans l'air des plumets gris semblables à des fumées paresseuses. Le maïs brassait le vent avec un froissement sec. maintenant, la poussière la plus fine ne se déposait plus sur la terre, mais disparaissait dans le ciel assombri.

Le vent augmenta, glissa sous les pierres, emporta des brins de paille et des feuilles mortes et même de petites mottes de terre, marquant son passage à travers les champs. A travers l'air et le ciel obscurcis le soleil apparaissait tout rouge et il avait dans l'air une mordante âcreté. Une nuit, le vent accéléra sa course à travers la campagne, creusa sournoisement autour des petites racines de maïs et le maïs résista au vent avec ses feuilles affaiblies jusqu'au moment où, libérées par le vent coulis les racines lâchèrent prise. Alors chaque pied s'affaissa de côté, épuisé, pointant dans la direction du vent.

L'aube se leva, mais non le jour. Dans le ciel gris, un soleil rouge apparut, un disque rouge et flou qui donnait une lueur faible de crépuscule ; et à mesure que le jour avançait, le crépuscule redevenait ténèbres et le vent hurlait et gémissait sur le maïs couché.

[...] Toute la journée la poussière descendit du ciel comme au travers d'un tamis et le jour suivant elle continua de descendre, recouvrant la terre d'un manteau uniforme. elle se déposait sur le maïs, s'amoncelait au sommet des pieux de clôtures, s'amoncelait sur les fils de fer ; elle s'étendait sur les toits, ensevelissait les herbes et les arbres.

Les gens sortirent des maisons humèrent l'air chaud et corrosif et se protégèrent le nez. les enfants sortirent eux aussi des maisons, mais ils ne criaient pas, ils ne couraient pas comme ils l'eussent fait après la pluie. Les hommes se tenaient près de leurs clôtures et regardaient leur maïs dévasté qui se desséchait vite maintenant, ne montrant plus qu'un tout petit peu de vert sous la mince couche de poussière. Les hommes se taisaient et ne bougeaient guère. Et les femmes sortirent des maisons pour venir se placer près de leurs hommes - pour voir si cette fois les hommes allaient flancher.

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Régine Detambel consacre un ouvrage à Colette. Comme une flore, comme un zoo (Éditions Stock, 1997) dans lequel elle s'intéresse aux métaphores botaniques et zoologiques :


Maïs « Le champ de maïs secoue au vent mille chevelures d'or verdissant... » Claudine en ménage


Les belles chevelures blondes ont reçu en partage toutes les céréales et toutes les graminées. Ainsi de Rézi dont les cheveux sont indifféremment de blé, de seigle ou d'orge. Ainsi de Jane, La Seconde : « Le même soleil blondit, jusqu'au vert tendre des chevelures du jeune maïs, la tête de Jane qui, d'un mouvement rapide, se glissa hors du rayon. » Rompant définitivement avec la monochromie, Colette nie les cheveux d'or des vaines princesses et leur octroie, au mieux, une blondeur verte de céréale jeune.

Parmi les portraits de Bel-Gazou rayonne celui que Colette inséra dans Les Heures longues et qui fait de l'enfant une petite Cérès pétillante : « Bel-Gazou, fruit de la terre limousine ! Quatre étés, trois hivers l'ont peinte aux couleurs de ce pays. Elle est sombre et vernissée comme une pomme d'octobre, comme une jarre de terre cuite, coiffée d'une courte et raide chevelure en soie de maïs, et dans ses yeux, ni verts ni gris, ni marron joue, marron, vert, gris, le reflet de la châtaigne, du tronc argenté, de la source ombragée... »

De la correspondance de Colette, lieu de toutes les libertés et gauloiseries privilégiées, j'ai tiré d’autres portraits de Bel-Gazou. Spontanés, grassement heureux, adressés à des amis chers, ils bouleversent la phrase habituelle. Les comparaisons changent, il n'y a pas une seule fleur, la « jarre de terre cuite » devient pâté en croûte et l'enfant-déesse s’est métamorphosée en diablotine : « J'ai gardé ma fille pour la bonne bouche, naturellement. Elle vous intéressera, j'en suis sûre. Moi elle m'émerveille. D'abord parce qu'elle est superbe, dorée comme un pâté en croûte, musclée comme sa mère elle-même, gaie... » Et cette photographie callipyge : « Ma fille est insupportable d'indépendance. Elle court les routes toute seule, ornée d'une paire de joues auxquelles seules on peut comparer la paire de fesses qui la suit, – qui la suit de près. » Et celle-ci, satanique : « Colette part demain, noire comme le derrière du diable, et superbe jusqu'au scandale. »

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Dans le roman policier intitulé La Nuit de Géronimo (Éditions Viviane Hamy, 2009), Dominique Sylvain propose une réflexion sur l'agriculture moderne intensive et les modifications génétiques proposées pour améliorer les rendements :


- [...] Votre intuition ne vous a pas trompée : il était convaincu que la stratégie des multinationales de la biotechnologie était, à terme, de faire main basse sur les ressources alimentaires de la planète pour gagner une guerre économique, qui, incontestablement, passe par les OGM.

Louise sourit à son hôte et but une gorgée de résiné. Ce sexagénaire à la bedaine sympathique, au crâne dégarni et au regard bleu de myope, possédait une énergie juvénile communicative.

- La guerre a déjà commencé ?

- Les vendeurs de semences et fabricants d'OGM ont déjà gagné plusieurs batailles. En Argentine notamment, plus de la moitié des terres cultivées est désormais consacrée au soja transgénique, au détriment de la biodiversité. Au Mexique, le maïs traditionnel qui poussait en abondance sans l'apport de manipulations génétiques, herbicides ou engrais, est en passe d'être éradiqué par sa version OGM. C'est un crève-cœur, car c'était le berceau d'une biodiversité du maïs extraordinaire. Sa culture remonte à cinq mille ans, et elle était sacrée pour les Mayas et les Aztèques. En quelques années, on risque de massacrer et héritage ancestral.

- Les deux cultures ne peuvent pas cohabiter ?

- Les experts se battent à coups d'études contradictoires, mais j'attends qu'on me démontre deux faits essentiels : la stabilité du procédé, et son innocuité sur le plan de la biodiversité. Au Mexique, on a trouvé des plants de maïs monstrueux, preuve que la contamination accidentelle du maïs naturel par des plants OGM produit des résultats imprévus. Rien ne prouve que sa contamination soit contrôlable. Par ailleurs, les OGM produisent inconnues. Sont-elles ou non inoffensives ? Nul ne le sait.

Pour le journaliste, la guerre pour la domination du soja, du maïs et du coton était bien entamée. Heureusement, pour le moment, celle du blé était perdue pour les OGM, les grands minotiers européens et japonais les ayant bannis de crainte qu'ils soient refusés par les consommateurs.

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