Blog

  • Anne

Le Cornouiller


Étymologie :

  • CORNOUILLER, subst. masc.

Étymol. et Hist. Entre 1300 et 1320 corgnollier (Rentes de la prév. de Clerm., B.N. 4663, f°37 vods Gdf. Compl.) ; 1680 cornouiller (Rich.). Dér. de cornolle, v. cornouille ; suff. -ier*.

  • CORNOUILLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. [1229-52 cornolles (J. de Garlande, ds Scheler, Lex., p. 77 ds DG)] ; 1re moitié xive s. cornoylle (Abavus, Vat. lat. 2748, 1726, éd. M. Roques, I, 136) ; 1538 cornoille (Est., s.v. cornus) ; 1680 cornouille (Rich.). Cornolle, dér. en -ŭlla du lat. cornum, v. corne « cornouille » (dès 1160-85 cornelles, Guill. d'Angleterre, éd. H. Wilmotte, 434, dér. en ĭcula) ; l mouillé est issu par l'intermédiaire du dér. (v. cornouiller) du contact du ll avec -ier (FEW t. 2, p. 1206 b).


Lire aussi la définition des noms cornouille et cornouiller pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


« le rituel des Féciaux (Tite-Live, 1, 32) prévoit que le prêtre romain, chargé de la déclaration de guerre à l'ennemi, se rendait à la frontière, portant une javeline armée de fer ou en cornouiller à la pointe durcie pour interpeller l'adversaire. Ce rite répond à une ancienne prescription magique, antérieure à l'introduction du fer. Comme le jet d'une arme sur le territoire étranger, le choix du cornouiller sanguin symbolisait la mort sanglante qui allait fondre sur les ennemis. En Extrême-Orient, au contraire, il représente la force vivante du sang et des influences bénéfiques. »

Selon Annie Pazzogna, auteure de Totem, Animaux, arbres et pierres, mes frères, Enseignement des Indiens des Plaines, (Le Mercure Dauphinois, 2008, 2012, 2015), le cornouiller sanguin (Cornus sanguineum stolonifera) est appelé Cansasa par les Indiens Lakota.

"Cet arbuste à feuillage caduc que l'on rencontre dans les bois, les taillis ou au bord de l'eau peut atteindre trois à quatre mètres de hauteur. Il est appelé Dog Wood, "Bois de Chien" par les Lakota.

En hiver, dévêtu de sa parure, les rameaux rouge vif à plus foncés rappellent les artères, les veines. La ligne de vie ocre qui est tracée du museau à la pointe de la queue de Chien, avant qu'il ne soit sacrifié, évoque Cornouiller. Force vivante du sang et des influences bénéfiques, Cansasa est lié au Soleil, à la chaleur vitale, à la beauté et la générosité. Il est l'âme donc symbole de renaissance, de la vie / énergie qui ne peut disparaître.

En Europe, lorsqu'un placenta est enterré après une naissance, il est courant de planter Cornouiller sur ce double de l'enfant qui l'a alimenté pendant neuf mois.

Par sa couleur sang / feu, il porte le Souffle et figure au nombre des plantes qui font partie du mélange kinnikinnik fumé dans la Pipe Sacrée, dont le bol de catlinite incarne la force de vie. Objet de la cristallisation du Créateur, il représente le Divin et notre Mère la Terre. La Pipe accouplée contient l'Univers en son entièreté.

Appelé aussi Red Osier, Cornouiller Sanguin a été souvent confondu avec Saule Rouge dont l'âcreté a de quoi rendre le teint vert au plus intrépide des fumeurs.

Cansasa se mélange, toujours en parts égales aux feuilles pourpres de Sumac (rhus glabra) pour sa vigueur, de Buis (buxus sempervirens) à petites feuilles ovales pour son calme, de Busserole (arctostaphylos uva ursi) et bien d'autres plantes séchées et hachées, toujours multiples de deux.

A la froide saison, les branches sont dépouillées de leur écorce rouge. Le liber, lui, est gratté et séché afin d'être incorporé en parts égales au tabac. Cansasa neutraliserait sa nocivité.

Pale Dog Wood est une variété dont les rameaux sont verts aux proéminences rougeâtres. Cet arbuste posséderait l'odeur des excréments de Chien, lorsque gratté. Il est en principe utilisé lors des cérémonies de nuit : Yuwipi, Olowanpi, quand la présence de Chien est requise.

Les bouchers européens se servaient autrefois des rameaux droits et drus de Cornouiller pour faire des brochettes.

Les petites fleurs en bouquets blancs de Cornouiller au printemps, se transforment à l'automne, en grappes de baies bleu noir qui sont amères et purgatives. Elles sont prisées par les oiseaux."

*

*

Selon Pierre Leutaghi, auteur d'un article intitulé "Aux frontières (culturelles) du comestible" (Éditions Presses Universitaires de France | « Ethnologie française », 2004/3, Vol. 34 | pages 485 à 494) :

[...]

La situation des cornouilles du cornouiller mâle, drupes rouges en forme d’olive, est quelque peu analogue, mais la frontière des appréciations contradictoires semble traverser plus ou moins la France d’ouest en est. On mange ces excellents fruits à confiture en Bourgogne calcaire et dans l’Est, tandis que les régions méridionales les rejettent, en ignorent même souvent le nom. Présent dans une bonne partie du territoire du chêne pubescent, le cornouiller mâle n’est pas inconnu des sociétés paysannes ; son bois très dur et compact est mis à contribution partout pour les manches d’outils ; mais l’aire d’usage de ce matériau ne correspond nullement à celle de la consommation des fruits.

*




Mythes et légendes :


Dans Arbres filles et garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs (Éditions du Seuil, février 2017) de Françoise Frontisi-Ducroux, raconte qu'un


"autre prodige d'arbre et saignant et parlant [autre que l'histoire du micocoulier], est raconté par Virgile, Énéide, III, 30 s. : Énée essaie d'arracher des cornouillers et des myrtes. Ils proviennent des javelots qui avaient transpercé Polydore, le plus jeune fils de Priam, trahi par son hôte ; cf l'Hécube d'Euripide. Ces javelots redevenus les arbustes dont ils étaient faits versent un sang noir et donnent la parole au mort enterré par-dessous."

*

0 vue