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Le Pommier



Étymologie :


  • POMMIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1100 désigne le bois de pommier, puis plus rien. hanstes de fraisne e de pumer (Roland, éd. J. Bédier, 2537) ; 2. 1121-34 désigne le fruit (Philippe de Thaon, Bestiaire, 1355 ds T.-L.) ; fin xiie s. pomier sauvage (Lai de Guingamor, 638, ibid.) ; ca 1256 fleurs de pumiers (Régime du corps de Aldebrandin de Sienne, 160, 5, ibid.). B. 1680 « ustensile de métal où l'on met les pommes à cuire devant le feu » (Rich.). Dér. de pomme* ; suff. -ier* ; cf. le lat. médiév. pomarius, subst. masc. « pommier » (ca 795 Capit. de villis ds Nierm.). Le lat. class. pomarium signifie « verger » ; il est prob. à l'orig. des topon. du type Pommier : xiie s. Pomers, Isère (Dauzat-Rost. Lieux, 1978, p. 539b), v. FEW t. 9, p. 159b.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Malus -

Malus sylvestris - Boquettier - Pommier des bois - Pommier sauvage -

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Expressions populaires :


Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expression populaires bien connues :


Tomber dans les pommes : Voilà une expression imagée dont l'image est loin d'être évidente. Tomber dans les pommes, manière très usuelle de dire « s'évanouir, perdre connaissance », doit assurément son succès à l'absurdité de la proposition ; de quelles pommes s'agit-il ?.... Aucun des sens non-conventionnel du mot n'a un rapport même lointain avec cet affaissement passager ; la pomme fut surtout « la tête » en argot du XIXe siècle, d'où « ma pomme », moi, « c'est bien fait pour sa pomme », bien fait pour lui, « se sucer la pomme », s'embrasser, se donner des bécots. L'ancienne langue familière connaissait « aux pommes ! » pour très joli, parfait - rien de tout cela ne fournit la moindre indication sur la raison pour laquelle on dit si couramment tomber dans les pommes pour « tourner de l'œil ».

De plus, comme pour se dérober davantage à l'investigation, la locution est diaboliquement mal attestée par des textes. On possède par Chautard (La Vie étrange de l'argot) une date d'apparition : 1889, puis plus rien. Aucun des lexicographes des marges, ni Virmaître, ni Bruant, ni Hector France, pourtant très éclectique, ne la relèvent, et les écrivains de langue populaire ne l'emploient pas non plus. On peut tirer une première conclusion de cette absence ; ce n'est pas une locution argotique, le langage de la pègre a été trop bien passé au peigne fin. Comme ce n'est pas non plus une expression mondaine, il s'agit d'une zone interlope de la langue familière qui attire peu l'attention, la plus difficile à cerner, car elle n'apparaît ni dans les dictionnaires officiels - le Larousse de 1922 l'ignore encore - ni dans ceux de langue verte.

Encore si c'était une expression de Normandie, où toutes les pommes de la création se sont donné rendez-vous depuis le jardin d'Eden ! Mais pas du tout…. A un certain moment, ayant constaté que, dans la campagne normande, les gens parlant le dialecte disaient toujours paumé pour « pâmé », par un très ancien archaïsme, j'ai été séduit par l'interprétation de Dauzat, reprise par Maurice Rat, selon laquelle « le mot pâmes ayant vieilli, a été absurdement changé en pommes » - mais, à la réflexion, c'est là une hypothèse que rien n'appuie, et qui me paraît trop tirée par les cheveux. Il y a un monde entre les sons pôme (paume) et pomme - en outre, personne n'a entendu parler de « tomber dans les pômes », ni dans le bocage, ni ailleurs !

Mieux vaut, je crois, se tourner vers une façon de parler contenue dans une lettre de George Sand à Mme Dupin, être dans les pommes cuites (cité par Rey-Chantreau), « être dans un état de fatigue, d'usure ». Une abréviation de pommes cuites à pommes, ajoutant de l'absurde et du mystère, est entièrement vraisemblable, et dans l'ordre ordinaire de la formation des locutions Dans ce cas tomber va de soi, à la fois par le verbe de passage d'un état à un autre, « tomber malade », et par l 'image concrète de la personne qui s'écroule réellement en perdant connaissance ; elle « tombe en faiblesse ».

Or les pommes cuites ont une histoire : on les jetait autrefois sur les gens pour les conspuer. Philibert le Roux cite cette hyperbole : « On dit pour exagérer la faiblesse d'une place, qu'on l'abattrait à coups de pommes cuites. » Il existait un domaine privilégié pour le jet de pommes cuites, c'était le théâtre. Le public du XIXe siècle ne ressemblait absolument pas au public passif et muet du XXe siècle qui prenait son mal en patience en ingurgitant dans un ennui de qualité des choses lourdes qu'il regardait comme des purges culturelles. Quand il n'était pas content, le public populaire d'autrefois ripostait par des quolibets, des apostrophes grinçantes, puis il sifflait, hurlait, passait enfin aux actes en jetant aux comédiens atterrés des œufs pourris - les tomates furent longtemps un légume trop luxueux pour aller au théâtre - et le projectile idéal, vulgaire et abondant, les pommes cuites, ou pas cuites.

Dans un texte de 1880, Alphonse Karr évoque un événement théâtral survenu « dans une ville de province » (peut-être Étretat), vraisemblablement durant les années 1840 : « Il vint d Paris de nouveaux acteurs qui n'avaient pu, ce qui était mauvais, signer, prendre d'engagement ailleurs. Ils étaient détestables, on leur jeta des pommes dont quelques-unes seulement étaient cuites. » (Pendant la pluie, 1880).

Il y a là, en tout cas, en plus d'une concordance de dates, une grande logique.

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Botanique :

Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), brosse le portrait de la Pomme :


Au début de l'ère tertiaire, il y a soixante millions d'années, un climat tempéré chaud régnait sur l'Eurasie, tandis que l'Amérique s'éloignait et que l'Atlantique s'élargissait. Les premiers pommiers sauvages apparurent alors, dotés de fleurs sans doute semblables à celles de nos églantiers actuels, quoique plus petites. Seuls des restes fossiles permettraient de le confirmer ; malheureusement, on ne dispose pratiquement d'aucun fossile de fleur : la fleur étant fragile, ses restes ne se conservent pas. Seules subsistent les graines de pollen dont les épaisses parois, souvent rugueuses, permettent le vol ou le transport à longue distance.

Ce jeune pommier, nouveau venu dans la déjà vaste communauté des espèces végétales est, pense-t-on, un bâtard né de relations extra-conjugales entre le prunier et la reine-des-prés. En effet, le patrimoine génétique de la pomme possède dix-sept paires de chromosomes, dont neuf semblent provenir de la reine-des-prés et huit du prunier. Le prunier aurait apporté son réceptacle floral en coupe profonde, et la reine-des-prés ses cinq ovaires.


A l'époque, les pommes étaient toutes petites, bien plus minuscules encore que celles de nos actuels pommiers sauvages. L'architecture des fleurs de pommier évoque aussi celle des églantiers sauvages, ce qui vaut au pommier d'être classé, comme les pruniers et la reine-des-prés, dans la famille de la rose : celle des rosacées. la photographie au microscope électronique des pollens de rose et de pomme confirme cette étroite parenté ; en revanche, le fruit du pommier diffère sensiblement de celui du rosier. Chez ce dernier, le réceptacle en urne profonde, au sommet duquel sont fixés les sépales, les pétales et les étamines, gonfle à la fructification et se colore souvent en rouge ; à l'intérieur, chaque ovaire donne un petit fruit sec et piquant surmonté d'un style allongé, l'ensemble formant le cynorhodon ou « gratte-cul ». Chez le pommier, au contraire, le réceptacle de la fleur, également en urne profonde, noie dans ses tissus gonflés les cinq ovaires ; pendant la fructification, il se transforme et devient la chair du fruit, cependant que les parois des ovaires subissent la même évolution, sauf sur la paroi interne qui durcit et devient scarieuse (en botanique, on entend par ce mot un tissu lisse, luisant, cartilagineux et parcheminé ; on reconnaît là aisément les petites pièces raides et dures du trognon qui se prennent dans les dents). Une coupe transversale perpendiculaire au pédoncule montre bien deux zones séparées par un fin liseré qui parcourt la coupe et permet de distinguer, à l'extérieur, la chair qui provient du réceptacle de la fleur et, à l'intérieur, celle qui provient des ovaires noyés dans son ventre ; tout au centre se découpe nettement une étoile à cinq branches formée par les pièces scarieuses enfermant chacune de un à deux pépins. On dit d'un tel fruit qu'il est une drupe mixte, indiquant par là qu'il ne provient pas seulement de la maturation après pollinisation des ovaires - comme c'est le cas pour l'immense majorité des fruits -, mais aussi de la maturation des parois du réceptacle floral lui-même.

Les premières pommes comestibles seraient apparues au sud du Caucase, dans la région de Trébizonde, en Turquie ; puis elles nous seraient parvenues avec les migrations successives des peuples d'Asie centrale faisant mouvement vers l'ouest. Sans doute faut-il imaginer deux axes de pénétration : l'un, terrestre, par la longue vallée du Danube ; l'autre, maritime, par la Méditerranée. Chaque voie a été jalonnée de « trognons » dont les pépins ont germé pour donner des pommiers. Joli travail de pépiniéristes dont le rôle, come son nom l'indique, consiste à semer des pépins !

Aussi trouve-ton déjà des vestiges de pommes dans les cités lacustres de Suisse et d'Italie du Nord, tout comme en Égypte où Ramsès II fit planter des pommiers au bord du Nil. Le Hébreux fuyant l'Égypte emportèrent sans doute quelques plants de cet arbre et l'acclimatèrent en Palestine. Les Romains importèrent du Péloponnèse les pommiers ducius, pommiers cultivés à petits fruits rouges qui, d'amélioration en amélioration, donnèrent la pomme d'api que Claudius rapporta à Rome au IIIe siècle avant Jésus-Christ. Lorsque les Romains arrivèrent en Gaule, ils y trouvèrent déjà le pommier sont les Gaulois tiraient du cidre. Celui-ci n'tait certes point d'excellente qualité ; il avait un goût acre, car préparé avec des pommes sauvages faiblement sucrées et fortement acides.

Durant le Moyen Âge, les monastères développèrent l'importation et le greffage, de sorte que la pomme sauvage se raréfia au fur et à mesure que se poursuivirent le défrichage et l'arrachage des forêts. Au XVIe siècle, les pommiers affirmèrent leur prééminence sur tous les autres arbres fruitiers : en Normandie, les vignobles disparurent à leur profit. En 1588, le bien nommé Julien Le Paulmier, médecin normand de Charles IX, publia un traité dont l'objet était de populariser le cidre en tant que boisson hygiénique. Jean de La Quintinie, horticulteur et directeur des jardins du roi, favorisa les essais de greffe pour obtenir des pommiers en espaliers et en cordons à Versailles. Il en cultiva sept variétés, dont la reinette grise.

Les pommiers existaient aussi à l'état sauvage sur le continent nord-américain. C'est Peter Stuyvesant, gouverneur hollandais de La Nouvelle-Amsterdam, l'actuelle New York, qui déclara avoir été le premier à greffer un pommier américain. Les pommes européennes avaient traversé l'Atlantique sur le Mayflower, ce vaisseau qui transporta les émigrants qui fondèrent Plymouth en 1620.

On compte aujourd'hui pas moins de sept mille variétés de pommes, peut-être même davantage, répandues dans le monde entier. Par les tonnages produits, c'est le premier de tous les fruits.

[voir symbolisme]

Mais il est temps de croquer la pomme ! C'est d'abord un aliment parfaitement digestible. La compote de pommes représente pour les estomacs les plus paresseux, es plus indolents et les moins tolérants, un dessert aussi sain qu'agréable, et cela à toutes les époques de l'année, puisqu'on peut la préparer soit avec le fruit frais, soit avec la pomme conservée.

Il est conseillé de manger les pommes avec leur pelure, celle-ci contenant une part importante des vitamines. Quant à cette pelure elle-même, elle peut être prescrite en infusion, fournissant alors un breuvage diurétique et anti-acide urique. Comme beaucoup de malades verraient dans une telle prescription une thérapeutique par trop triviale, on aura soin de s'abriter derrière le vocabulaire idoine en prescrivant des « infusions d'épicarpes » ou des « apozèmes de Malus communis ».

Une pomme de 150g apporte 18g de sucre, soit 75 calories, l'équivalent de trois morceaux de sucre. La pectine contenue dans la pomme serait un excellent médicament anticholestérol, qui fait surtout baisser le taux en « mauvais cholestérol » (LDL). Cette pectine était aussi à l'origine des premières « pommades », médicament à base de pomme devenu par la suite une forme pharmaceutique très utilisée. La pomme contient également des fibres dont on connaît l'utilité pour l'équilibre du côlon.

On conseillera de consommer les pommes crues soigneusement lavées et non pelées. Fruit d'automne et fruit d'hiver, le pomme est longtemps disponible sur les tables, vérifiant le célèbre adage anglais « Apple a day, doctor away » - « une pomme par jour, plus de médecin ». On conçoit que, avec une telle réputation, la pomme soit le fruit le plus consommé en Europe.

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Utilisations et bienfaits :


Dans L'Effet guérisseur de l'arbre, les bénéfices émotionnel, cognitif et physique de la biophilie (2016), Clemens G. Arvay précise que :


"Pour Ruediger Dahlke, le tout est plus que la somme de ses parties. On le voit très bien dans l'alimentation. Si vous mangez une pomme, vous ingérez 10 milligrammes de vitamine C. Mais l'action anti-oxydante de la pomme correspond à 2300 milligrammes de vitamine C pure. C'est le "tout" de la pomme qui en fait sa valeur, et non la vitamine C isolée.

"Anti-oxydante" veut dire que la substance saine capte les radicaux libres qui se trouvent dans le corps. Les radicaux libres sont néfastes pour notre corps, car ils nuisent à l"ADN et sont cancérigènes. C'est en mangeant des anti-oxydants que nous les attrapons. Ce ne sont pas les quelques 2000 milligrammes de vitamine C de l'industrie pharmaceutique qui nous protègent du cancer, mais la pomme du jardin anti-cancérigène et se nombreuses substances, alors que le pomme en elle-même ne contient qu'un peu de vitamine C."

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Croyances populaires :


Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


POMME. Comme les pommes sont rares dans les îles de l'Archipel, les jeunes filles grecques s'en forment une ceinture le jour de la Saint-Jean, puis elles gravent leur nom sur ces pommes et les ornent de fleurs et de rubans. Cette ceinture est appelée kladonie, et c'est une sorte d'oracle : si les pommes se flétrissent, le présage est malheureux ; si, au contraire, elles se conservent longtemps, la jeune fille qui les possède peut compter sur une destinée prospère.

Une Ecossaise qui n'a pas encore de prétendu, s'approche d'un miroir et ferme les yeux en mangeant une pomme ; puis, quand elle les rouvre, elle doit voir dans la glace et au-dessus de son épaule, la tête de celui qu'elle doit épouser.

Certains amateurs du merveilleux pèlent une pomme en ruban et jettent celui-ci par-dessus l'épaule. Ils prétendent qu'en tombant à terre, ce ruban forme toujours une lettre, et que cette lettre découvre invariablement l'initiale du nom, soit de la personne que l'on doit épouser, soit de l'auteur caché d'un acte qui nous intéresse, soit d'un ennemi, etc.

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Historique des empoisonnements relatifs à l'acide cyabhydrique :


Nicolas Simon, dans une thèse intitulée Le poison dans l’histoire : crimes et empoisonnements par les végétaux et soutenue à la faculté de pharmacie de Nancy, (Sciences pharmaceutiques. 2003. ffhal-01732872f) nous rappelle la dangerosité de plantes que l'on juge souvent inoffensives :


Les plantes contenant le plus d'acide cyanhydrique appartiennent à la famille des Rosaceae qui regroupe des plantes plus que familières telles que le pêcher, le cerisier, le pommier, l'abricotier, le prunier ou l'amandier. Ces plantes, nous les connaissons bien et nous croyons tous qu'elles ne peuvent pas nous faire de mal. Et pourtant les noyaux de leurs fruits contiennent en quantité non négligeable un des poisons les plus toxiques et les plus foudroyants que l'Homme ait jamais découvert: le cyanure.

Les funestes effets de l'acide cyanhydrique étaient connus depuis l'Antiquité: ce sont eux que les prêtres égyptiens utilisaient, après avoir extrait l'acide de la pêche, pour punir les initiés qui avaient trahi les secrets de l'art sacré, et selon la coutume juive et égyptienne, les « eaux amères », prédécesseurs de l'eau de laurier-cerise, de l'essence d'amandes amères et même du kirsch, servaient au châtiment des femmes adultères sans laisser la moindre trace dans son cadavre. Nous avons vu précédemment que Britannicus aurait visiblement succombé sous l'effet du cyanure.

C'est en 1709 que le philosophe allemand Conrad Dissel, se piquant d'alchimie, prépara le bleu de Prusse. Puis, en 1782, partant de ce produit, le suédois Charles Guillaume Scheele, l'un des fondateurs de la chimie organique, en isola un acide qui reçut le nom d'acide prussique. Il garda ce nom jusqu'en 1814 après que Louis Gay-Lussac ait obtenu la molécule d'acide cyanhydrique à l'état pur et son précurseur, le cyanogène.

On dit que le scientifique suédois fut la première victime de sa trouvaille puisqu'il mourut subitement dans son laboratoire en 1786. Un chimiste autrichien, Schlaringen, serait mort d'avoir laissé trop longtemps de l'acide prussique au contact de son bras nu.

Ce poison si toxique, nous pouvons le trouver tous les jours à portée de main: écrasez un noyau de cerise ou un pépin de pomme et vous sentirez une odeur d'essence d'amande amère caractéristique de l'acide cyanhydrique que vous venez de produire par hydrolyse. Mais pour ressentir le moindre début d'intoxication, il faudrait ingurgiter une quantité considérable de noyaux. En revanche, le danger peut rapidement venir de l'amande ; il existe deux types d'amandier, l'un produisant les amandes douces (Prunus amygdalus var. dulcis) et l'autre, les amandes amères (Prunus amygdalus var. amara). L'amertume des amandes de cette deuxième variété est due à la présence d'un hétéroside cyanogénétique (c'est-à-dire qui produit du cyanure) : l'amygdaloside. Une centaine de grammes d'amandes amères constituerait une dose létale pour l'homme et cinq à six amandes suffiraient à provoquer la mort d'un enfant. Et il faut savoir qu'il n'est pas rare de trouver quelques amandes amères dans un lot d'amandes douces, d'où un nombre important d'intoxications parfois fatales.

[...] De par sa rapidité d'action, c'était autrefois le moyen favori de suicide des photographes, chimistes, médecins (qui en disposaient toujours dans leurs laboratoires), mais aussi des espions, tombés aux mains de l'ennemi, qui se supprimaient grâce à une capsule de cyanure cachée dans une dent creuse.

Citons l'histoire d'Alan M. Turing (1912-1954), qui fut l'un des plus grands génies du 20ème siècle. Premier théoricien de l'informatique, il formalise les notions qui vont permettre à celle-ci et à J'intelligence artificielle de se développer (machine de Turing, test de Turing ... ). Au service de l'armée britannique pendant la seconde guerre mondiale, il vient à bout du cryptage des messages nazis en perçant les secrets de la machine Enigma, procurant un avantage stratégique inestimable aux Alliés. Mais pendant la guerre froide, il fut persécuté par l' administration britannique pour son homosexualité et il fut condamné à la castration chimique. Il mit fin à ses jours le 7 juin 1954, en croquant dans une pomme qu'il avait imprégnée de cyanure. Plusieurs années plus tard, trois jeunes américains fondent une société d'informatique promise à un grand avenir, qu'ils baptisent Apple et prennent pour logo une petite pomme entamée, aux couleurs de l'arc-en-ciel. Beaucoup, dans le milieu étroit de l'informatique naissante des années 70, y reconnaîtront un hommage au destin tragique du père fondateur de l'informatique.


Des années sombres : L'acide cyanhydrique connut une de ses heures de gloire lors de la première guerre mondiale, en effet, l'acide prussique fut l'un des nombreux gaz de combat utilisés sur les champs de bataille pendant cette guerre, souvent associé au phosgène. Les spécialistes français, qui croyaient beaucoup aux vertus militaires de l'acide cyanhydrique, l'utilisèrent de façon massive dans des projectiles d'artillerie à partir de 1917. Mais cet acide a aussi connu une période plus trouble, plus dévastatrice et surtout plus honteuse dans l'Histoire : c'est lui qui était le composant principal du Zyklon B. Les nazis s' aperçurent que ce gaz, initialement utilisé comme insecticide, était d'une toxicité sans égale et pouvait se révéler l'outil idéal dans leur immense projet de purification ethnique. Les premières chambres à gaz à Zyklon B furent installées en 1941 à Auschwitz. Au début, elles pouvaient permettre de gazer près de neuf cent personnes entassées à plus de dix par mètres carrés en une seule opération.

Le témoignage suivant nous est rapporté par R. Vrba et F. Wetzler, rescapés d'Auschwitz :


« Pour persuader les malheureux qu'on les conduit vraiment au bain, deux hommes vêtus de blanc leur remettent à chacun un linge de toilette et un morceau de savon. Puis on les pousse dans la chambre des gaz C. Deux mille personnes peuvent y rentrer, mais chacun ne dispose strictement que de la place pour tenir debout. Pour parvenir à parquer cette masse dans la salle, on tire des coups de feu répétés afin d'obliger les gens qui y ont déjà pénétré à se serrer. Quand tout le monde est à l'intérieur, on verrouille la lourde porte. On attend quelques minutes, probablement pour que la température dans la chambre puisse atteindre un certain degré, puis des SS revêtus de masques à gaz montent sur le toit, ouvrent les fenêtres et lancent à l'intérieur le contenu de quelques boîtes de fer blanc : une préparation en forme de poudre. Les boîtes portent l'inscription "Cyklon" (insecticide), elles sont fabriquées à Hambourg. Il s'agit probablement d'un composé de cyanure, qui devient gazeux à une certaine température. En trois minutes, tous les occupants de la salle sont tués. »

Le poison fut responsable, dans les camps de la mort, d'un nombre incalculable mais sûrement gigantesque de victimes innocentes. La «solution finale» des nazis a permis au poison de prendre subitement une autre dimension: il était auparavant l'outil d'un homme qui voulait supprimer un autre homme; avec les camps de la honte il devient un outil de mort industriel, un outil d'extermination de masse. C'est cette facette du poison qui perdurera jusqu'à nos jours et qui continuera encore longtemps après nous. Et ne l'oublions pas, ce sont d'innocentes plantes qui ont servi de base à cette industrie de mort.

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Croyances populaires :


Paul Sébillot, auteur de Additions aux Coutumes, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (Éditeur Lafolye, janv. 1892) relève des croyances liées aux cycles de la vie et de la nature :


141. - A la Harmoye, on fait une quête pour les mais, vers huit heures du soir ; on met des branches de pommiers aux portes de ceux qui donnent, des branches de houx à celles des personnes chiches.


256. - Quand on écrase les pommes pour faire du cidre, on ne boit pas avant d'avoir mis sur le pressoir la troisième couche de pommade. Lorsqu'elle est déposée, chacun boit une bouteille de cidre, et l'on en fait autant à chacune des couches. On prend pour cela le meilleur cidre du cellier, et l'on en verse aussi une bouteille dans le fût où l'on foit mettre celui qui est dans le pressoir. On assure qu'en agissant ainsi, le cidre que l'on mettra dans le tonneau sera d'aussi bonne qualité que celui qui y a été versé, et qu'il se conservera bien.(S.C.)

 

Selon Micheline Lebarbier, auteure d'un article intitulé "Des plantes adjuvants du Destin, entre amour et rivalité, dans deux villages du Nord de la Roumanie" (Huitième séminaire annuel d'ethnobotanique du domaine européen du Musée départemental ethnologique de Haute-Provence, Jeudi 22 et vendredi 23 octobre 2009) :


Les arbres fruitiers médiateurs : En dehors des veillées, les jeunes filles pouvaient aussi, pour amener à elles les garçons, secouer un arbuste ou un arbre comme elles souhaitaient secouer le garçon désiré en lui intimant l’ordre de venir. Elles lui adressaient le même type de menaces que ci-dessus. [voir l'article sur le chanvre]


Le rêve et les pépins de pomme : Les arbres fruitiers mais aussi leurs fruits pouvaient devenir des annonciateurs de mariages. Á Hoteni, les jeunes filles comptaient les pépins de la pomme qu’elles venaient de manger. Si leur nombre était pair, elles les mettaient sous l’oreiller afin, là encore, de rêver du futur mari ou d’un signe qui le désignerait. Comme, me dit-on en riant, il est rare de trouver une pomme avec un nombre pair de pépins, elles mangeaient des pommes à en être écœurées.

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme de la fleur de pommier


FLEUR DE POMMIER - PRÉFÉRENCE.

Une fleur charmante, qui promet un beau et bon fruit, peut être préférée même à la rose.

 

Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Pommier - Préférence - Discorde.

La fleur de cet arbre est charmante et promet une excellente boisson aux Normands, car c'est avec la pomme que l'on fait le cidre.

C'est toi, fils de pomme, étincelant breuvage,

C'est toi qui sus jadis enflammer le courage

De ces fiers Neustriens, dont le bras indompté

Fit ployer Albion sous le joug redouté .....

Tu sais, en pétillant sur la table enchantée,

Joindre à l'éclat de l'or une mousse argentée ;

La fièvre aux yeux ardents, que rallume le vin,

Abandonne sa proie à ton aspect divin.

L'arbre qui le produit n'occupe pas sans cesse

Les mains du laboureur autour de sa faiblesse :

Il se suflft lui-même, et ses bras vigoureux

Savent bien sans nos soins porter leurs fruits nombreux.

Salut, pommiers touffus qui couvrez la Neustrie ! ... CASTEL.


Le pommier a, de tout temps, joué un grand rôle dans l'histoire. La mythologie nous dit qu'aux noces de Thétis, la Discorde n'ayant pas été invitée au festin, jeta sur la table une pomme avec cette inscription : A la plus belle ; aussitôt Junon, Minerve et Vénus désirèrent l'avoir. Le maître des dieux ne voulant pas donner son avis dans une circonstance aussi embarrassante, renvoya les déesses devant Páris, prince troyen, qui adjugea le prix à Vénus. Les deux autres déesses jurèrent de se venger, et elles suscitèrent aux Grecs l'idée de déclarer la guerre aux Troyens ; après dix ans de combats, Troie tomba au pouvoir de ses ennemis, et le nom des Troyens fut effacé du livre des nations. Dans l'histoire sainte, ce fut, dit-on, avec une pomme qu'Ève tenta Adam. Les sciences doivent au pommier une précieuse découverle. Le célèbre Newton s'étant un jour assis sous un pommier, un fruit de cet arbre tomba devant lui ; il réfléchit au singulier pouvoir qui sollicite les corps vers le centre de la terre, et, après de nombreuses études, il révéla au monde savant les lois de la gravitation universelle et du système planétaire .

— La Chine possède une espèce de pommier qui est superbe pour l'ornement des jardins ; au mois d'avril, il se couvre de fleurs d'un rose vif, légèrement odorantes.

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Dans le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on découvre que :


"La pomme est symboliquement utilisée en plusieurs sens apparemment distincts, mais qui, plus ou moins, se rejoignent : ce sont la pomme de Discorde attribuée par Pâris ; les pommes d'or du Jardin des Hespérides, qui sont des fruits d'immortalité ; la pomme consommée par Adam et Ève ; la pomme du Cantique des Cantiques qui, figure, enseigne Origène, la fécondité du Verbe divin, sa saveur et son odeur. Il s'agit donc, en toutes circonstances, d'un moyen de connaissance, mais qui est tantôt le fruit de l'Arbre de Vie, tantôt celui de l'Arbre de la Science du Bien et du Mal : connaissance unitive conférant l'immortalité, ou connaissance distinctive provoquant la chute. Alchimiquement la pomme d'or est un symbole du soufre.

Le symbolisme de la pomme lui vient, affirme l'abbé E. Bertrand, de ce qu'elle contient en son milieu, formée par les alvéoles qui renferment les pépins, une étoile à cinq branches... C'est pour cela que les initiés en ont fait le fruit de la connaissance et de la liberté. Et donc, manger la pomme cela signifiait pour eux abuser de son intelligence pour connaître le mal, de sa sensibilité pour le désirer, de sa liberté pour le faire. Mais comme il est toujours arrivé, la foule du vulgaire a pris le symbole pour la réalité. L'enclosement du pentagramme, symbole de l'homme-esprit, à l'intérieur de la chair de la pomme symbolise, en outre, l'involution de l'esprit dans la matière charnelle. Cette observation est déjà mentionnée dans l'Ombre des Cathédrales, de Robert Ambelain : La pomme, même de nos jours, dans les écoles initiatiques, est le symbole imagé de la connaissance, car, coupée en deux (dans le sens perpendiculaire à l'axe du pédoncule), nous y trouvons un pentagramme, traditionnel symbole du savoir, dessiné par la disposition même des pépins....

[...]

Fruit qui entretient la jeunesse, symbole de renouvellement et de perpétuelle fraîcheur, Gervasius raconte comment Alexandre le Grand, en cherchant l'Eau de vie dans l'Inde, a trouvé des pommes qui prolongeaient jusqu'à 400 ans la vie des prêtres. Dans la mythologie scandinave, la pomme joue le rôle de fruit régénérateur et rajeunissant. Les dieux mangent des pommes et restent jeunes jusqu'au ragna rök, c'est-à-dire jusqu'à la fin du cycle cosmique actuel.

Suivant l'analyse de Paul Diel, la pomme, par sa forme sphérique, signifierait globalement les désirs terrestres ou la complaisance en ces désirs. L'interdit prononcé par Yahvé mettrait l'homme en garde contre la prédominance de ces désirs, qui l'entraînent vers une vie matérialiste par une sorte de régression, à l'opposé de la vie spiritualisée, qui est le sens de l'évolution progressive. Cet avertissement divin donne à connaître à l'homme ces deux directions et à choisir entre la voie des désirs terrestres et celle de la spiritualité. La pomme serait le symbole de cette connaissance et de la mise en présence d'une nécessité, celle de choisir."

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Pommier (Malus communis) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Divinités : Artémis-Diane ; Héra-Junon ; Aphrodite-Vénus ; Zeus-Jupiter ; Apollon ; Dionysos-Bacchus.

Pouvoirs : Guérison ; Divination ; Charmes d'amour ; Sagesse ; Immortalité.


Eh non ! Pomone n'est pas la déesse des pommes et des Pommiers ; c'est la divinité de tous les fruits en général. Elle préside sur les jardins, et ses représentations la montrent ramenant dans un pan relevé de sa robe une abondante récolte de fruits variés, mêlés à des légumes et à des fleurs printanières.

Cette apparente anomalie n'en est pas une. En voici l'explication : la pomme, ayant été longtemps considérée comme le fruit des dieux par excellence, s'est approprié le nom de pomum, en latin, qui est le nom générique du fruit (Plus particulièrement des fruits à graines : pommes, poires, coings, grenades, figues, groseilles, etc.). Si bien qu'avec ce nom passe-partout de pomum la pomme a hérité de tous les mythes où les poma quelconques jouent un rôle. De là bien des confusions. Pomme d'Adam, entre autres, signifie simplement le fruit d'Adam, et on discute encore très oisivement pour savoir si ce fruit phallique (fécondateur) était la pomme de notre Pommier, ou une grenade, ou une orange, ou une figue, ou tout autre fruit riche en semences. Servius, dans son commentaire de Virgile, nous explique qu'on appelait mala (pommes) les deux testicules de l'homme. La Vénus libentina et la Vénus de Milo sont représentées avec une pomme dans la main.


Utilisation rituelle : En Grande-Grèce, durant toute l'Antiquité, le 13 août était la fête d'Artémis (Diane à Rome). Artémis-Diane était, par excellence, la déesse des femmes et surtout des vierges. Lors du festin rituel servi ce jour-là, des jeunes filles en blanc présentaient aux convives des pommes encore suspendues à leurs branches. Le haut lieu du culte de la déesse fut Éphèse, ville de l'Ionie proche de Smyrne. C'est là que les Artemisies connurent leur apogée. On y venait en pèlerinage de tous les points de la Grande-Grèce. Des prêtres castrés (mégabyses) distribuaient des pommes aux pèlerins, et les prêtresses, seules à pénétrer dans le temple, déposaient des corbeilles de pommes en offrande devant la statue en or massif d'Artémis.

Dans la très ancienne fête païenne que l'Église romaine reprit à son compte - comme beaucoup d’autres rites magiques animistes - sous le nom de fête de la Toussaint, les autels dressés en plein air où officiaient les druides étaient recouverts de pommes, ce fruit étant tenu pour l'un des mets préférés de la mort. Si, dans certaines régions, la Toussaint est la fête des pommes, il faut en chercher la raison dans ce vieux culte oublié.

La pomme est un symbole d'immortalité. Nous retrouvons une fois de plus cette ambivalence avec laquelle nos lecteurs sont maintenant familiers, ambivalence qui s'explique par la conception qu'avaient les Anciens de la vie humaine : simple voyage à travers l'éternité. Il y a donc très peu de différence entre la fécondité (cycles de renaissance à la vie terrestre) et la stérilité (cycles où l'âme voyage dans l'Au-delà en attendant son nouveau printemps). C'est pourquoi la plupart des mythes érotiques véhiculent ce double symbole de génération périssable, et à la fois d'immortalité.

Au paradis des Anciens, dans le jardin des Hespérides, on mangeait des pommes d'or. On en mangeait aussi au paradis des enfants chrétiens : dans le Pseudogildas, il est question d'une île mystérieuse où il n'y a ni voleurs, ni ennemis, ni violence, ni brouillard, ni chaud, ni froid, où règne la paix, où il y a une floraison perpétuelle :

« ... poma sub una

Fronde gerit pomus, habitant sine labe cruoris

Semper ibi juvenes cum virginie, nulla senectus,

Nullaque vis morbi, nullus dolor, omnia plena Laetitiae. »

D'après les croyances des descendants des Normands établis en Grande-Bretagne, les âmes des élus s'abreuvent à des sources enchanteresses qui jaillissent au milieu d'une pommeraie dans cette île féerique d’Avalon, l'île des pommes, où la tradition anglaise fait dormir le roi Arthur...

Dans un mystère ésotérique persan, Mahomet rend son âme au Grand Tout au moment précis où il sent l'odeur de la pomme qu'un ange vient lui présenter.

La déesse scandinave Idhuna s'identifie avec l'arbre de l'Immortalité, qui est bien un Pommier ; c'est dans le jus de ses fruits, dans cette espèce d'ambroisie tirée de la pomme, que les héros nordiques retrempaient leur immortalité. Cet arbre, comme tous les arbres miraculeux des mythes, des légendes et des contes populaires, était gardé par un serpent, ou un dragon, ou un gros ver, ou un chien colossal, ou autre animal fabuleux. L'accord des traditions sémitiques et indo-européennes, sous ce rapport, est complet. Dans une légende polonaise, variante évidente de l'ancien mythe des Hespérides, le faucon prend la place du serpent-cerbère : une jeune princesse, par une malédiction magique, est enfermée dans un château de cristal placé au sommet d'une immense montagne de glace ; devant le château, se trouve un Pommier aux pommes d'or. Personne n'a pu parvenir à ce château. À mi-chemin, un faucon aveugle le cheval, et le chevalier qui vient délivrer la belle princesse est précipité dans l'abîme. Un héros prédestiné parvient enfin à tuer le faucon et à cueillir les pommes d'or. Il en donne au dragon qui veille à la porte, pénètre ainsi dans le château enchanté et délivre la princesse.

Dans un chant populaire que chantaient les enfants allemands au début du siècle, on demande à la cigogne d'où elle vient ; elle répond : I min faders affilgärd = de la pommeraie de mon père. La cigogne, d'après les anciennes croyances germaniques, est censée amener dans cette vie et emporter dans l'autre les petits enfants.

D'après une légende du Hanovre, qui fait partie des Nordische Sagen, une jeune fille descend aux enfers par un escalier qui se présente tout à coup à ses yeux, sous le Pommier de la basse-cour devant sa maison. Elle voit un jardin où le soleil semble encore plus beau que sur la terre ; les arbres y sont à la fois en fleurs et chargés de fruits. La jeune fille remplit son tablier de pommes qui deviennent d'or dès qu'elle revient sur la terre. Nous avons ici, comme dans tous les contes analogues, une représentation du voyage caché du soleil à travers la nuit.

Chez les Esclavons de la steppe hongroise, le fiancé, après avoir échangé l'anneau avec la fiancée, lui donnait une pomme qui résumait symboliquement à elle seule l'ensemble des dons nuptiaux. Dans un conte serbe, un serpent et un faucon habitent un Pommier ; le serpent veut faire tomber, avec le feu de la vie, les petits faucons.

À Monte San Giuliano, en Sicile, le jour de la Saint-Jean chaque jeune fille jetait, de la fenêtre de sa chambre, une pomme dans la rue, et restait à guetter pour voir qui la ramasserait ; si c'était un homme = mariage dans l'année ; une femme = pas de mariage pendant toute une année. Si on regardait la pomme sans y toucher, cela signifiait que la jeune fille se marierait, mais deviendrait très vite veuve. Si le premier passant était un prêtre, elle entrerait au couvent.

Près de Tarente, dans l'Italie méridionale, au dîner de noces chaque convive prend une pomme, l'incise avec son couteau et place dans l'incision une monnaie d'argent; on offre ce « fruit truffé » à la mariée qui mord dans la pomme et retire la pièce avec ses dents.


Utilisation magique : Les fleurs, si fraiches et délicates, du Pommier entrent dans les charmes d'amour depuis les temps les plus reculés ; on les met en sachets, souvent mêlées à une sommité fleurie d'aunée ou de valériane. Séchées, on peut les brûler sur des réchauds de terre. Une autre technique consiste à les faire cuire dans la cire fondue ; au bout d'un moment, cette cire devient légèrement rosée. On arrête alors l'ébullition, on retire les fleurs cuites qui ont été vidées de leurs principes, et on coule la cire rosâtre et parfumée pour fabriquer des chandelles dont la flamme est, dit-on, souveraine pour attirer la personne aimée.

Le plus simple de tous les charmes amoureux consiste à chauffer une pomme rouge en la frottant dans ses mains ; on la coupe alors en deux moitiés égales et on la partage avec celle ou celui dont on désire être aimé.

Pour guérir, il faut couper le fruit en trois et frotter doucement les parties malades avec les morceaux, commençant par celui où le plus de semences sont visibles ; il est recommandé d'accomplir ce rituel à la lune descendante. Si les parties atteintes réagissent de façon spectaculaire à ce traitement (rougeurs, éruptions, douleurs), c'est signe que le mal a été très bien « pompé » par les quartiers de pomme.

Celui qui mange beaucoup de petites pommes reinettes n'attrapera jamais les « fièvres malignes ».

Si vous habitez une région où l'on fait du cidre à l'automne, procurez-vous quelques sacs de marc de pommes et répandez-le dans votre jardin avant les froids ; bêchez pour bien incorporer l'odorante mixture à la terre. Non seulement vous fabriquez-là un humus de premier choix, mais les principes contenus dans ces pulpes rendent le sol particulièrement fécond lors de l'ensemencement de printemps.

Dans la région d'Yvetot, juste après la récolte, on enterrait treize feuilles de chaque arbre autour de son pied, et on les arrosait avec un peu de cidre de l'année précédente ; cette cérémonie avait pour but de préparer une abondante récolte l'année suivante.

Méprisé des ébénistes, le bois de Pommier fait tout à fait l'affaire des magiciens : il fournit d'excellentes baguettes, plus particulièrement destinées aux rituels de magie émotionnelle et affective (attachement, passion, retour d'affection, etc.) ; par ailleurs, c'est l'un des meilleurs bois que l'on puisse trouver pour sculpter des figurines symboliques ou les visages des poupées magiques. Enfin, les licornes fréquentent de préférence les prairies humides plantées de Pommiers. Dans l'Angleterre du XVIII e siècle, celle de Tom Jones et des personnages picaresques de Hogarth, le soir dans les relais de poste, à l'heure où l'ale forte et le rum toddy coulaient à flots dans les pots d'étain, il se trouvait toujours quelque paysan du cru pour ébahir les voyageurs de la diligence en leur racontant qu'à deux lieues d'ici se trouve un verger, où celui qui se lève tôt, juste avant l'aube, est sûr de voir, dans les herbages noyés sous les écharpes de brouillard, quatre ou cinq licornes ruminant paisiblement sous les Pommiers magiques.

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Selon Ted Andrews dans Le Monde enchanteur des Fées (1993, 2006, traduction française Janine Renaud 2012),


"Le pommier est doté de plusieurs attributs féeriques. C'est le foyer de l'une des grandes créatures fantastiques du monde féerique - la licorne. D'ordinaire, la licorne vit sous le pommier. Au printemps, les fleurs de pommier attirent une multitude de fées des fleurs qui procurent un vif sentiment de bonheur aux personnes qui se trouvent autour. L'esprit de cet arbre connaît les secrets de la jeunesse et de la beauté éternelles. Il prend souvent l'aspect d'une séduisante jeune femme capable d'ouvrir le cœur à un nouvel amour.".

 

Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), brosse également le portrait symbolique de la pomme :


La pomme et le pommier sont d'une richesse symbolique extraordinaire. On impute à ce fruit le très fameux désastre qu'appela la gourmandise d'Adam et d'Eve, réputés impénitents croqueurs de pommes. En fait règne ici une ambiguïté fondamentale : jamais la Bible n'a parlé de pomme en ce qui concerne le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal ; simplement, dans sa traduction latine, fruit se traduit par pomum, ce qui , par glissement sémantique est devenu « pomme » ; car, en latin, pomme se dit malum, d'où, par un autre glissement sémantique, l'idée que cet arbre portait le mal ! Il y avait en fait au jardin d'Eden, deux arbres nommément désignés par Dieu : l'arbre de vie, dont le fruit conférait l'immortalité, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal, dont le fruit induisait la peine, la souffrance et la mort.

[Remarque personnelle : le pommier étant un arbre particulièrement sacré dans le druidisme, on peut aussi considérer que dans un vaste mouvement de diabolisation orchestré par la religion catholique, il ait été considéré comme l'arbre du mal car vénéré par les païens].

L'arbre de vie symbolise la connaissance intuitive, celle de l'enfant et du poète. celui de la science d bien et du mal représente la connaissance déductive, celle du savant prométhéen, qui provoque la chute. Selon l'abbé Bertrand, le symbolisme de la pomme lui viendrait de ce qu'elle contient en son milieu, formé par les alvéoles qui renferment les pépins, une étoile à cinq branches : le « pentagramme » (ou pentacle); symbole favori des pythagoriciens. Le pentagramme exprime une puissance faite de la synthèse de forces complémentaires. C'est pour cette raison que les initiés auraient fait de la pomme le fruit de la connaissance et de la liberté ; manger la pomme signifierait donc pour eux « abuser de son intelligence pour connaître le mal, de sa sensibilité pour le désirer, de sa liberté pour le faire... ». Mais, comme toujours, les symboles sont réversibles. Le fait que le pentagramme, symbole de l'homme esprit, soit niché à l'intérieur de la chair de la pomme, symbolise aussi l'évolution de l'esprit dans la matière charnelle. Bref, la pomme donne à connaître à l'homme deux directions : l'une entraîne vers une voie purement matérielle par une sorte de régression (c'est « croquer la pomme », ou encore l'emblème ambigu de New York, The Big Apple) ; l'autre, vers une voie spirituelle qui va dans le sens de l'évolution progressive. A chacun de choisir : soit la voie des plaisirs terrestres, soit celle de la spiritualité. La pomme serait le symbole de cette connaissance de l'alternative et de la nécessité de choisir.

Si les traditions populaires du haut Moyen Âge ont jeté leur dévolu sur la pomme pour en faire le fruit d'Eve et d'Adam, elles en donnent pour témoignage la saillie que fait chez l'homme le premier cartilage du larynx. Séduite par l'aspect engageant de la pomme, Eve la mangea, ne laissant à Adam que le trognon ; c'est ce trognon qui lui resta en travers de la gorge, formant ce qu'on appelle la pomme d'Adam.

[...]

On lit dans le Cantique des cantiques (2, 3-5) cet hymne de la bien-aimée à son amant : « Une pomme entre les baies des arbres de la forêt, tel est mon bien-aimé parmi les jeunes gens. En mon désir, je m'étends à son ombre. Son fruit est suave à mon palais. Il m'a menée à son festin et couverte de son amour comme d'un étendard. Restaurez-moi de gâteaux et de raisins, ranimez-moi avec des pommes, je suis malade et c'est d'amour... ». Toujours dans la Bible, le Livre de Joël (1 -12) s'ouvre sur les méfaits d'une nuée de sauterelles : « C'en est fait de la vigne et du figuier, du grenadier et du palmier, du pommier et des autres arbres dans les champs desséchés. La gaieté s'est retirée de chez les humains. »

On notera que la pomme - et la poire encore davantage - évoque vaguement un cœur. Qu'Eros y décoche une flèche et voici qu'apparaît le traditionnel symbole de l'amour sculpté dans l'écorce des arbres par les amoureux transis. Amour sempiternel quand ce doux graffiti s'accompagne de formules richement inspirées comme le très prosaïque « A Lili pour la vie ».

Mais regagnons vite les sommets. Là, la pomme ronde symbolise par sa forme la terre ; la détenir, c'est posséder le pouvoir. Aussi vit-on les empereurs chrétiens d'Orient, puis Charlemagne, la tenir en main, surmontée d'une croix, jusqu'à ce que les Turcs emportent et l'empereur et la pomme et la croix... Dieu merci, Napoléon vint et la restaura, le temps de l'immortaliser par quelques peintures célèbres, le globe sacré, symbole de l'Empire - avant que celui-ci ne finisse en poire blette !

Reste la mythologie grecque qui, concernant le symbolisme de la pomme, est littéralement intarissable. A commencer par les fameuses pommes d'or du Jardin des Hespérides. Les Hespérides sont les nymphes qui peuplent un verger que la tradition situe à l'Extrême-Occident : Maroc, Mauritanie, Canaries, Portugal ? En tous cas, au-delà des portes d'Hercule (Gibraltar). Elles ont pour mission de veiller, avec l'aide d'un dragon aux cent têtes, sur le verger des dieux où pousse l'arbre aux pommes d'or. Celles-ci appartiennent à la déesse Héra et passent pour procurer l'immortalité à ceux qui les détiennent. Pour l'accomplissement de son onzième travail, Hercule dut aller quérir ces pommes réputées. Après un voyage mouvementé vers le jardin des Hespérides, les traditions divergent. Selon les unes, Hercule amena par la ruse le géant Atlas, qui soutenait les colonnes du ciel à l'Extrême-Occident, à les voler à sa place ; Hercule lui aurait proposé de porter lui-même le ciel cependant qu'Atlas se rendrait jusqu'au verger. heureux de se reposer quelques instants, le géant accepta et parti à la recherche de ces fameuses pommes, que les Hespérides lui confièrent sans difficulté. Mais, à son retour, il refusa de reprendre son fardeau ; Hercule fit mine d'accepter, mais demanda à Atlas de tenir le ciel simplement un instant, le temps pour lui de prendre un coussin et de le poser sous sa nuque. Tandis que le géant s'exécutait, Hercule prit les pommes et s'enfuit. Grâce à ces fruits d'immortalité, il réussit avec succès sa douzième et dernière épreuve : descendre aux Enfers et en remonter vivant. Pour d'autres traditions plus récentes, Hercule se serait lui-même emparé des pommes après avoir tué le dragon Ladon ; il les offrit ensuite à la déesse Athéna qui l'avait protégé à plusieurs reprises au cours de sa route. Mais, prudente, celle-ci les fit rapporter au jardin des Hespérides.

On a pu voir dans ce symbole d'immortalité des oranges ; mais il s'agit là d'une grossière erreur chronologique, les agrumes n'ayant atteint le Bassin méditerranéen qu'à l'ère chrétienne. On penche aujourd'hui, nous l'avons dit, pour des coings.

En fait de pommes d'or, la mythologie grecque est loin d'en rester là. Pâris, fils de Prima, roi de Troie, était un jeune homme d'une grande beauté qui vivait sur le mont Ida où il gardait les troupeaux. Il rencontra un jour trois déesses, Héra, Athéna et Aphrodite, lesquelles se disputaient une pomme d'or qu'une autre déesse, Eris, la Discorde, avait jetée parmi la foule des dieux lors des noces de Téthys et Pelée. Cette pomme d'or portait l'inscription « à la plus belle ». Or chacune des trois déesses prétendait la mériter. Sur le conseil de Zeus, elles se rendirent sur le mont Ida pour s'en remettre au jugement de Pâris. chaque déesse lui fit des promesses mirifiques : Héra lui offrit l'empire de la Terre entière, Athéna la sagesse et la victoire dans tous les combats qu'il livrait, Aphrodite l'amour de la plus belle femme du monde. Pâris accorda la pomme à Aphrodite, s'attirant du même coup le courroux des deux autres. Mais Aphrodite tint sa promesse et précipita le jeune homme dans les bras d'Hélène, épouse du roi de Sparte, Ménélas ; et les jeunes gens connurent un amour éperdu. Les frères et sœurs de Pâris exigèrent qu'il rendît Hélène à Ménélas, mais il n'en voulut rien savoir. Finalement les Grecs, commandés par Agamemnon, frère de Ménélas, réunirent une immense armée et vinrent mettre le siège devant Troie ; celui-ci se termina par la ruine de la ville et de la lignée de Priam. Le récit d'Homère, L'Illiade, commence au début de la dixième et dernière année du siège de Troie.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


La pomme, qui jouait un grand rôle dans le culte de la vierge et chaste Artémis (Diane), était bénie des dieux dont elle symbolisait l'immortalité. Des pommes d'or poussaient dans le jardin des Hespérides ; grâce à ces fruits divins dont il s'empara au cours des douze travaux qui lui furent imposés, Héraclès put parvenir à la dernière des épreuves (revenir des Enfers). Les dieux de la mythologie nordique entretenaient également jeunesse et vitalité grâce aux pommes des jardins d'Asgard.

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Éditions Larousse Livre, 2000) :


Il est clair que les Chrétiens ont fait un amalgame entre la figue, le véritable fruit du jardin d'Eden, et la pomme. Ainsi, si l'on se réfère aux texte biblique de la Genèse, c'est la figue qui est le fruit défendu, et non la pomme. Et ce n'est pas non plus d'une feuille de vigne dont se sont ceints Adam et Ève après avoir goûté de ce fruit, mais d'une feuille de figuier (Genèse, 3, 7). Toutefois, les Chrétiens d'Europe ne furent pas les seuls à remplacer la pomme par la figue, et le pommier par le figuier. En Inde, certains auteurs transformèrent en pommier l'Arbre de Vie, le figuier reliant la terre au ciel, auquel font allusion les Upanishad, surnommé "l'Arbre des béatitudes" qui s'avère donc l'équivalent de l'arbre d'Eden.

Toutefois, en Inde comme en Europe, cette transposition symbolique ne résultait pas d'une confusion ou d'une ignorance des textes originels. Elle fut réalisée intentionnellement par ds auteurs qui virent dans la pomme un fruit plus universel que la figue. Il est vrai que nos lointains ancêtres, les cueilleurs du néolithique, qui se nourrissaient beaucoup de fruits, étaient déjà friands des pommes sauvages. Par ailleurs, il faut bien voir aussi dans cette interprétation du fruit originel l'empreinte de la culture grecque.

En effet, la pomme joue un rôle important dans de nombreuses légendes mythiques grecques. Elle est associée aux aventures, mésaventures te exploits de certains dieux et demi-dieux de la mythologie, et pas des moindres. L'une de ces légendes, qui illustre parfaitement l'amalgame ou l'analogie que l'on put faire entre la vigne et le pommier, concerne Dionysos : le récit et les croyances qui s'y rattachèrent durant les trois siècles qui précédèrent notre ère eurent une très grande influence sur le christianisme primitif, tout comme celles qui furent attribuées au mythe d'Orphée. Selon cette légende, donc, c'est Dionysos, le dieu grec de la vigne, du vin et de l'extase, qui a créé la pomme pour l'offrir à Aphrodite. A ce geste symbolique - qui renverse toutefois les rôles établis dans a légende mythique d'Adam et Ève, puisque c''st Dionysos qui offre la pomme à Aphrodite, et non l'inverse - fut accordée ensuite une connotation érotique. Mais la pomme n'est pas seulement le fruit de l'amour, selon les Grecs. En effet, selon une autre légende mythique Éris ou la Discorde, la sœur et la compagne d'Arès, jeta une pomme d'or, surnommée la pomme de la discorde, à Pâris, devant l'assemblée des dieux, qu'il dut alors remettre aussi à Aphrodite. Enfin, lors des noces de Zeus te d'Héra, Gaïa, la Terre, offrit des pommes à la mariée, symboles de la fécondité, qui furent plus trad gardées, puis dérobées par les Hespérides, les déesses de la Nuit, et se révélèrent à l'origine du Onzième Travail d'Héraklès.

Dès lors, si l'on s'inspire de toutes ces légendes au centre desquelles se trouve la pomme, on comprend comment ce fruit devint le symbole de l'amour charnel, de la discorde, de la fécondité, et comment elle fut aussi à l'origine de nombreuses convoitises. Ce sont donc tous ces sentiments contradictoires qui se rattachent à la pomme, et qu'elle évoque lorsqu'elle apparaît dans un rêve. N'oublions pas non plus que dans le conte de Blanche-Neige, dont l'origine remonte à la nuit des temps, c'est après avoir mordu dans une pomme empoisonnée que la jeune fille s'endort dans un sommeil semblable à la mort. Les vertus de la pomme, symboliques bien sûr, sont donc très ambiguës...


Il était une fois un arbre dont le fruit sensuel et généreux devint, pour les peuples d'Europe, puis dans l'esprit des Chrétiens et des Catholiques, celui du péché, remplaçant en cela le fruit originel qui, si l'on en croit le récit de la Genèse, était une figue, bien sûr. C'est ainsi que le fruit de la sagesse et de la révélation devint celui du péché et de la faute originelle et prit l'aspect d'une pomme, et que le figuier du Jardin d'Eden, situé plus sûrement dans la région du Tigre et de l'Euphrate qu'au cœur de l'Europe, se transforma en pommier fleuri, le serpent tentateur enroulé autour de son tronc. Et comme les idées reçues ont la vie dure, et qu'elles deviennent ainsi plus vraies que la vérité historique, le pommier règne au paradis depuis des siècles, et Ève fait toujours croquer la même pomme à Adam. Mais il est vrai qu'en d'autres temps, ce fut une pomme que la déesse Éris, dont le nom signifie "discorde", avait lancée à Aphrodite, Athéna et Héra, et que c'est à la première, la plu sensuelle de toutes, que Pâris la donna. Il est vrai aussi qu'aux Jardins des Hespérides, les pommes d'or offraient l'immortalité à qui pouvait en goûter la chair. Alors, après tout, il n'est pas très étonnant que la pomme ait été assimilée au fruit du bien et du mal, et que le pommier ait été considéré comme l'Arbre de Vie."

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Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal (édition originale 2007 ; traduction française : Éditions Contre-dires, 2018) nous délivre un :


Message des arbres :

Nous venons du cœur de Dieu. Nous n'avons rien

à apprendre et beaucoup à offrir. Nous avons été ensemencés

sur la Terre pour le bien du règne humain et animal, incluant

les oiseaux et les insectes, et pour nourrir la planète elle-même,

physiquement, émotionnellement et spirituellement. Nous

diffusons l'amour et la guérison pour vous.


Les arbres fruitiers : Cerisiers, pommiers, poiriers, pruniers et autres

Ces jolis arbres qui fleurissent apportent amour joie et pureté. Qui n'est pas tombé en admiration devant une allée bordée de cerisiers à fleurs roses ou un verger de pommiers en fleur ? Notre cœur en est exalté. Ils apportent aussi l'abondance et déclenchent la gratitude en nous. Et, à notre tour, notre gratitude attire plus d'abondance de l'univers.


VISUALISATION POUR AIDER LES ARBRES

  1. Aménagez un espace où vous pourrez vous détendre sans être dérangé.

  2. Faites appel à l'archange Purlimiek, l'ange de la nature, et sentez sa belle énergie vert-bleu.

  3. Permettez à n'importe quel arbre d'apparaître dans votre esprit.

  4. Bénissez-le et remerciez-le d'être venu vers vous.

  5. Demandez au rayon doré du Christ de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  6. Demandez au feu lilas de la Source de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  7. Demandez à l'énergie protectrice bleu foncé de l'archange Michaël de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  8. Demandez à la lumière aigue-marine de la sagesse féminine divine de l'ange Marie de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  9. Demandez à la lumière argentée de l'archange Sandalphon de l'équilibre et de l'harmonie de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  10. Prenez un moment pour invoquer toutes les énergies qui vous attirent et voyez-les se déverser dans l'arbre.

  11. Imaginez les couleurs qui s'écoulent d'une racine à l'autre en connectant le réseau d'arbres et en dynamisant les lignes ley.

  12. Ouvrez les yeux ensachant que vous avez aidé les arbres.

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi la Pomme (Pyrus) :


"Que dire de ce fruit dont tout le monde reconnaît aisément l'arbre de taille moyenne ?


Propriétés médicinales : Manger une pomme pelée et râpée est un excellent remède pour soulager la diarrhée. Un jeûne, pendant lequel on consomme deux pommes râpées par jour, est excellent pour désintoxiquer l'organisme à la condition toutefois de ne pas dépasser trois jours. Pour soulager les douleurs dues aux rhumatismes, une infusion de pelures de pomme séchées s'avère excellente. Galien, un médecin de l'Antiquité, suggérait le cidre comme tonique.


Genre : Féminin.


Déités : Vénus - Apollon - Athéna - Aphrodite - Diane - Zeus.


Propriétés magiques : Amour - Guérison - Longévité.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • Il est dit que quiconque brûle quotidiennement une petite quantité s'assure une vie longue et heureuse.

  • La pomme est utilisée pour attirer l'amour ou pour assurer une réconciliation entre les couples.

POMME DE LA RÉCONCILIATION


Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle rouge

  • de l'encens de pomme

  • une grosse pomme rouge

  • du miel

  • un petit morceau de papier blanc

  • du ruban rouge, assez long pour entourer trois fois la pomme

Rituel : Allumez votre chandelle et l'encens, puis inscrivez votre nom et le nom de la personne avec laquelle vous désirez vous réconcilier. Évidez soigneusement la pomme tout en faisant bien attention de ne ps percer le fond et conservez-en le dessus pour la refermer. Placez votre morceau de papier dans le fond et remplissez la cavité avec du miel. refermez la pomme et entourez-la trois fois de votre ruban en disant :


J'ai inscrit nos noms sur le papier Ton cœur et le mien sont maintenant alliés.


Enterrez la pomme dans le jardin."

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Dans Vert, Histoire d'une couleur (Éditions du Seuil, 2013) Michel Pastoureau s'attache à retracer l'histoire de la perception visuelle, sociale, culturelle de cette couleur en Occident, de l'Antiquité au XIXe siècle. C'est aussi l'occasion d'évoquer d'autres éléments de la symbolique liées à la couleur verte ou à son antonyme médiéval, la couleur rouge. Ainsi :


"La couleur verte des poisons est relativement rare avant la fin du Moyen Âge. A l'époque féodale, les boissons et aliments empoisonnés sont plutôt rouges ou noirs. Ainsi la pomme porteuse de venin, qui se rencontre dans plusieurs romans de chevalerie (Gauvain, neveu et héritier du roi Arthur, faillit à deux reprises en être victime) et que l'on retrouve à l'époque moderne dans différents contes de fées (Blanche-Neige par exemple) : elle est immuablement rouge. Une pomme verte n'est pas une pomme empoisonnée, c'est simplement une pomme acide."

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Doreen Virtue et Robert Reeves proposent dans leur ouvrage intitulé Thérapie par les fleurs (Hay / House / Inc., 2013 ; Éditions Exergue, 2014) une approche résolument spirituelle de la fleur de Pommier :

Nom botanique : Malus spp.


Propriétés énergétiques : Confiance, poursuite des projets, respect des recommandations, recherche de nouveaux concepts et partage de vos idées avec le monde.


Archanges correspondants : Gabriel.


Chakras correspondants : chakra racine ; chakra sacré.


Propriétés curatives : Cette fleur vous confirme, le cas échéant, que vous êtes sur le bon chemin et vous encourage à aller de l'avant. Si vous avez une nouvelle idée ou envisagez de prendre une nouvelle direction, la fleur de pommier vous donne le feu vert pour vous lancer. Elle vous aidera à réunir tous les éléments essentiels à la matérialisation de votre concept. La fleur de pommier porte en elle l'idée de confiance : elle vous demande de vous fier aux recommandations qui vous sont données. Votre idée pourra bientôt être partagée avec le monde Félicitations !


Message de la fleur de Pommier : « Ayez foi en votre nouvelle idée, car elle n'est pas ordinaire. C'est une inspiration divine envoyée par Dieu et les anges. Je suis là pour vous le confirmer et pour vous assurer que vous prenez la bonne direction. Je vous guiderai à mesure que vous faites avancer votre idée. Parce qu'elle pourrait ne pas porter ses fruits immédiatement, il vous faudra être patient. Je mettrai sur votre chemin les outils, les personnes et l'argent dont vosu avez besoin. A l'image de l'oisillon prêt à sortir de sa coquille, vous êtes à l'aube de briser vos propres barrières. Montrez au monde la merveilleuse idée que vous lui offrez. »

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Maïa Toll, auteure de L'Herbier du chaman, 36 cartes divinatoires, A la rencontre de la magie des plantes (Édition originale 2020 ; Édition française : Larousse, 2021) nous révèle les pouvoirs de la Pomme (Malus pumila) :


Mot-clef : Fruit interdit


La pomme a mauvaise réputation depuis la Genèse. Nourrir les humains et leur apprendre à se connaître eux-mêmes pouvait être effectivement dangereux. On l'a donc associée aux serpents, à la honte et aux feuilles de vigne, et on n 'a eu de cesse de lui faire prendre des leçons de danse, de lui enseigner la révérence, bref de tenter de la domestiquer. La pomme est la sorcière de la forêt sauvage qu'on oblige à se faire propre sur elle et à venir prendre le thé. mais une jupe et des talons hauts ne peuvent masquer sa connaissance de la ronde des étoiles et du cycle des saisons, de la terre grasse et de la caresse chaude d'une pluie d'été. On pense avoir dompté la pomme sauvage, l'avoir mise au pas, mais même quasi domestiquée, elle continue de nous offrir la douceur de la compréhension de nous-mêmes.

La pomme vous demande : "Que vous êtes-vous interdit ?"


Rituel : Entrez dans la sensation

Qu'est-ce que le moi ? On a tendance à répondre que ce sont nos pensées, nos relations ou notre profession, et à en donner une définition trop étroite. Mais la pomme sait que le processus de connaissance de soi est multidimensionnel. Le moi commence dans notre corps physique, dans tout ce que nous pouvons toucher, goûter, voir, entendre et sentir. Pour ce rituel, la pomme nous demande de nous concentrer sur la sensation.

Prenez une pomme (ou n'importe quel autre fruit ou légume que vous pouvez manger cru). Avec vos cinq sens, explorez son goût, son odeur, sa texture, et le son qu'elle produit quand sa peau se déchire... Mais voici l'astuce : au lieu de focaliser votre attention sur la pomme elle-même, concentrez-vous sur vous-même et sur e qui se passe entre elle et vous; Lorsque vous la tenez, comment et où la sentez-vous ? Votre corps se focalise-t-il sur la sensation de sa peau au contact de vos doigts ou sur son poids dans votre main ? Quand vous mordez dans le fruit, à quels endroits précis de votre langue avez-vous le goût de sa chair ? Ce goût disparaît-il quand vous déglutissez ? Votre corps sent-il la pomme descendre dans votre œsophage jusqu'à votre estomac ?

Lorsque vous prêtez attention à la manière dont votre être physique interagit avec le monde, vosu avez l'occasion de mieux comprendre et accepter votre moi dans toutes ses dimensions.


Réflexion : Désirs cachés

On essaie d'apprivoiser les choses qui nous effraient. Cela vaut aussi pour la connaissance de soi. On cache notre sagesse profonde, notre intuition, nos besoins et nos désirs sous un vernis de culture en refusant de reconnaître ce qu'on juge inapproprié ou excessif. Ces savoirs et ces désirs cachés sont des serpents dans le jardin, le chuchotement de la connaissance s'efforçant de nous réveiller.

Réprimez-vous votre corps quand il veut se mouvoir de telle ou telle façon ? Retenez-vous votre voix lorsqu'elle veut chanter ? Mangez-vous ce qu'il faut plutôt que ce dont votre corps a envie ? Ecoutez-vous la petite voix de votre intuition ?

Avez-vous des pensées semblables des serpents dans le jardin, qui attirent votre attention sur des vérités obscures ou embarrassantes ?

(Si vous avez du mal à trouver ce qui est caché, commencez par essayer de vous rappeler la dernière fois que vous avez eu mauvaise conscience, que vous avez éprouvé de la honte ou un certain malaise.)

La connaissance de soi est un couteau à double tranchant. Si elle est autocritique, elle peut être l'outil de votre soumission. Si elle est conscience de soi, elle peut vous permettre de vous réjouir de la création magnifique que vous êtes.

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Symbolisme celte :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1969, édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Dans les traditions celtiques, la pomme est un fruit de science, de magie et de révélation. Elle sert aussi de nourriture merveilleuse. La femme de l'Autre Monde qui vient chercher Condle, le fils du roi Conn aux cent batailles, lui remet une pomme qui suffit à sa nourriture pendant un mois et ne diminue jamais. Parmi les objets merveilleux, dont la quête est imposée par le dieu Lug aux trois fils de Tuireann, en compensation du meurtre de son père Cian, figurent les trois pommes du Jardin des Hespérides : quiconque en consomme n'a plus ni faim ni soif, ni douleur, ni maladie et elles ne diminuent jamais. Dans quelques contes bretons, la consommation d'une pomme sert de prologue à une prophétie.

Si la pomme est un fruit merveilleux, le pommier (Abellio, en Celte) est lui aussi un arbre de l'Autre-Monde. C'est une branche de pommier que la femme de l'Autre-Monde, qui vient chercher Bran, lui remet avant de l'entraîner par-delà la mer. Emain Ablach en irlandais, Ynys Afallach en gallois (l'île d'Avallon), autrement dit la pommeraie est le nom de ce séjour mythique, où reposent les rois et les héros défunts. Dans la tradition brittonique, c'est là que le roi Arthur s'est réfugié en attendant de revenir délivrer ses compatriotes gallois et bretons du joug étranger. Merlin, d'après les textes, enseigne sous un pommier. C'était chez les Gaulois un arbre sacré comme le chêne."

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Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), évoque les croyances celtes attachées à la pomme :


Avant l'invasion romaine, les Gaulois avaient baptisé la pomme aval : Avallon est donc la ville des pommes. Mais les Anciens situaient la ville des pommes non pas dans le Morvan, mais sur une île de la Baltique d'où Apollon, dieu grec importé du Nord, était aussi originaire. C'est là que vivaient les fameux hyperboréens, ces mystérieux peuples septentrionaux qui intriguaient tant la Grèce antique. La fameuse ville d'Avallon, chère à la mythologie celtique, n'est autre, en fait, que le royaume des morts peuplé de pommiers celtes, là où vivent toujours l'Enchanteur Merlin et le roi Arthur, qui viendra un jour délivrer les Bretons... Ainsi le veulent les antiques traditions celtiques : la pomme semble avoir été considérée ici comme un élixir de jeunesse, sinon d'éternité.

 

Selon Sabine Heinz, auteur des Symboles des Celtes (1997 ; traduction française Guy Trédaniel Éditeur : 1998),


"Le pommier est l'arbre le plus fréquemment mis en rapport avec l'Autre Monde. Il est signe de vie / d'immortalité et en tant que tel, ses fruits sont souvent la seule nourriture des héros, tout comme le saumon. Mais il est aussi le symbole de l'amour : Connola ne vécut pendant un mois que de la pomme de son amant qui ne diminua jamais de volume.


La pomme est une partie du dédommagement que les fils de Turenn durent offrir à Lug après avoir tué son père Cian :


Les fils de Turenn devaient aller chercher pour Lug les pommes du jardin d'Hisberna. Ces pommes n'étaient pas seulement d'une merveilleuse beauté, elles possédaient aussi des propriétés mystérieuses : elles avaient la couleur de l'or pur et le goût du miel. Quand un guerrier blessé ou un homme malade à mourir en mangeait, il retrouvait immédiatement la santé. En outre, elle ne diminuait jamais de volume quand on en mangeait ; elle restait grosse et parfaite. Ces pommes aidaient aussi chaque héros à accomplir les exploits qu'il souhaitait ; il jetait une pomme devant lui et la pomme revenait. L'un des trois frères de Turenn, Brian, se servit d'une pomme pour conquérir une célèbre lance : il la lança au front du roi de Pezar, de sorte que la pomme transperça le cerveau du roi et le tua.


Lorsque Maildun, au cours de son voyage, dut surmonter de dangereuses aventures, ce furent, outre les saumons, les pommes qui lui sauvèrent la vie plus d'une fois :


Il passa avec ses compagnons devant une île au milieu de laquelle poussait un merveilleux pommier. Ses branches étaient si longues qu'elles passaient au-dessus de la colline et descendaient jusqu'au lac. Maildun s'empara d'une des branches lorsqu'ils s'approchèrent de l'île. il caressa cette branche tout le temps qu'il fit le tour de l'île, ce qui lui prit trois jours et trois nuits. Il trouva finalement sept pommes. Les voyageur les emportèrent ; chaque pomme suffit à leur donner à manger et à boire pendant quarante jours et quarante nuits. Ils continuèrent leur voyage et arrivèrent un jour près d'une île où des animaux rouges, qui ressemblaient à des porcs, et des oiseaux mangeaient des pommes. Maildun accosta après que tous les animaux furent partis dormir et, avec l'aide de ses hommes, il chargea son bateau d'autant de pommes qu'il pouvait contenir.


Les pommes d'or, les arbres d'argent ou de cristal et ceux remplis d'oiseaux chanteurs ont des parallèles dans la Bible et dépassent probablement la tradition originelle, tout comme les arbres qui brûlent en partie ou totalement, mais qui ne se consomment cependant pas. L’île aux pommes, en gallois Ynis Avallach, est Avallon où Artus trouve son dernier repos."

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Selon Thierry Jolif auteur de B. A.- BA Mythologie celtique, (Éditions Pardès, 2000),


"La pomme est par excellence le fruit d'immortalité, de science et de sagesse. Elle symbolise l'Autre Monde ; pour s'en convaincre, il n'est que de lire Les Aventures de Cormac dans la Terre de Promesse. En effet, dans ce récit, le roi Cormac rencontre un étranger, un grand guerrier qui "avait à l'épaule une branche d'argent avec trois pommes d'or" et qui lui dit qu'il venait "d'un pays où il n'y a que la vérité et où il n'y a ni âge, ni déclin, ni obscurité, ni mal, ni envie, ni jalousie, ni haine, ni méchanceté". Le guerrier était Lug et le pays, l'Autre Monde, le sid. Lug offrira, au terme d'une alliance, la branche au roi Cormac qui, en l'agitant devant ses gens, les endormit.

 

D'après Le Monde extraordinaire des Druides, écrit par Run Futthark (nouvelle édition 2017),


"Avallon, l'île aux pommiers, est vraiment un lieu étrange, un autre univers. C'est ici que l roi Arthur vient soigner ses blessures, alors même qu'il est mortellement blessé (ce qui ne manque pas de poser problème, car comment soigner un homme mort ?). L'allégorie démontre la réalité de la vie après la mort, postulat inébranlable chez les Celtes.

Cela confirme en tout cas à quel point notre logique n'est plus adaptée à ces régions invisibles.

Avallon est bien proche du jardin des Hespérides, où l'on cueille les pommes d'or. Ce fruit symbolise la connaissance druidique, et c'est sous un pommier que Merlin prodigue son enseignement. Le pommier est l'un des arbres sacrés des druides - celui de la sagesse - , qui sont au nombre de sept, chiffre dont le symbole n'échappera à personne. Une pomme cueillie en Avallon permet d'attirer les mortels vers l'île, ce qui arrive à Conle Caem, fils du roi de Tara, auquel une femme donne une pomme pour l'entraîner dans le monde invisible, où il s'en nourrit pendant un mois (ce qui, même pour un mois lunaire, fait beaucoup pour un fruit)."

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Arnaud Riou dans L’Oracle du peuple végétal (Guy Trédaniel Éditeur, 2020) classe les végétaux en huit familles : les Maîtres, les Guérisseurs, les Révélateurs, les Enseignants, les Nourricières, les Artistes, les Bâtisseurs et les Chamans.


La famille des Maîtres comprend le Chêne, le Bouleau, le Houx, le Noisetier, le Pommier, le Saule et l’Aulne. Ils ont une fonction régulatrice et inspirante auprès du peuple végétal, du peuple animal et des humains. Ces arbres étaient déjà reconnus par les druides et regroupés dans le Bosquet des Druides.

Lorsque le disciple est prêt,

Le maître apparaît.


Dans la nature, les arbres aiment se rejoindre, se compléter, s'inspirer, se protéger. Leur place, qui peut sembler aléatoire, est en fait très cohérente sur un plan invisible. Dans la tradition celtique, sept arbres sacrés se retrouvent pour former ensemble le Bosquet des Druides Ils se réunissent et forment un cathédrale végétale à travers laquelle chacun peut exprimer au mieux son énergie. Ces arbres au nombre de sept sont le Bouleau, l'Aulne, le Saule, le Chêne, le Houx, le Noisetier et le Pommier. Lorsque dans la forêt, ils sont réunis en cercle, ils tiennent conseil et constituent le « bosquet druidique », lieu sacré, magique. Ce cercle végétal devient alors place d'initiation puissante, où les druides apprennent puis enseignent les secrets du monde de l'invisible. Le Bosquet des druides se positionne souvent près d'une source, d'une rivière ou d'une zone tellurique importante où toutes les connaissances cachées des arbres deviennent claires et accessibles aux initiés qui savent où se placer.


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Chaque pomme

est une fleur

Qui a connu l’amour Félix Leclerc

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Un simple pépin de Pomme de moins d’un gramme, planté dans une terre féconde, donne naissance à un Pommier. Un seul Pommier peut vivre jusqu'à cent ans et offrir jusqu’à mille fruits par saison. Ainsi, un seul pépin planté au bon endroit donnera plusieurs tonnes de fruits dans son existence Le Pommier est le fruit de l’abondance, de la fertilité et de la Terre-Mère de la nature qui offre généreusement et sans effort l’abondance et la richesse. Par la forme et la couleur de son fruit, la Pomme rappelle le Soleil, la chaleur, le réconfort et la douceur. Depuis la nuit des temps, la Pomme est le fruit de la connaissance. Il est aussi celui qui désaltère, nourrit, apaise et réconforte. Il est le fruit de la récolte de la récompense. Il incarne la richesse de la terre généreusement offerte à chacun. On dit que les licornes aiment se reposer sous ses branches. Les druides en ont fait l’un des sept arbres sacrés du jardin enchanté. Merlin et Mélusine sont enterrés au Jardin des Pommiers. Newton découvrit la loi de la gravitation en dormant sous son ombre. Quant à Guillaume Tell, il s’est illustré en fendant une Pomme posée sur la tête de son fils d’un carreau d’arbalète. Le Pommier est le symbole de la fertilité et porte chance aux amoureux. Il est heureux d’offrir un Pommier aux jeunes mariés. La Pomme jouit d’une réputation riche. Elle est associé à la paix, à la longévité. Elle détient le secret de la santé tout en restant le fruit défendu du Jardin d’Eden. Deux noms latins entretiennent la confusion : malum (la Pomme) et malus (le mal). Ainsi, croquer la Pomme, c’est se désaltérer, recevoir le sucre de la vie, se nourrir facilement tant les Pommes s’offrent en abondance. Mais, croquer la Pomme à pleines dents, c’est également encourager le péché, la luxure. C’est vivre dans l’insouciance et la jouissance. Le Pommier est alors lié à la culpabilité. La Pomme se coince dans la gorge telle la Pomme d’Adam. La Pomme est associée à la femme, à Eve, à Vénus, à Pomone, la Déesse de l’agriculture, ou à Marie, dont l’Enfant Jésus tient le fruit rond dans ses petites mains. Dès le Ve siècle, les Evangiles donnent à Eve la responsabilité du péché originel. C’est elle qui a tenté Adam en lui faisant croquer la Pomme. Suite à ce geste, Adam et Eve seront expulsés du jardin d’Eden. Pour autant, la Pomme renferme déjà le secret de son ambivalence, puisque c’est de Lilith et non d’Eve, que vient le secret du fruit défendu, qui, du reste, semblait être une Figue et non une Pomme. Lilith, la première femme d’Adam, née elle aussi de la glaise, refuse sa domination masculine et quitte Adam. Elle revient dans l’énergie du serpent – symbole de la Kundalini et de l’énergie sexuelle -, pour inviter le premier homme à croquer le fruit et ainsi à assumer pleinement son autonomie spirituelle. Elle équilibre ses énergies telluriques et cosmiques pour trouver en lui l’équilibre parfait du masculin et du féminin, de l’énergie vitale et sexuelle accomplie et incarner la connaissance. Ambivalence du plaisir et de la culpabilité, du péché et de la connaissance, le Pommier conserve ainsi le pouvoir de nous nourrir, de nous soigner, de nous apprendre.


Mots-clés : La générosité – la spontanéité – le lâcher-prise – la richesse – le soutien – l’inspiration – l’amour – la protection – la culpabilité – la dualité – les choix difficiles – le libre arbitre – la connaissance – la santé – le plaisir.


Lorsque le Pommier vous apparaît dans le tirage : C’est pour vous inviter à recevoir la douceur, l’abondance, l’extase, la jouissance, le plaisir. Le pommier vous aide à prendre soin de vous, à vous choisir. N’avez-vous pas tendance à donner, à prendre soin de l’autre, à vous oublier vous-même ? Avez-vous ce réflexe de choisir la plus petite part, à passer en dernier en vous répétant inconsciemment que vous ne méritez pas l’abondance ? Seriez-vous prêt à vous sacrifier en vous imaginant indigne de recevoir ? Recevoir, c’est devenir un être meilleur, plus doux et ainsi plus inspirant. Le Pommier vient vous interroger alors sur votre valeur, celle que vous vous donnez. Par ailleurs, lorsque le Pommier apparaît dans le tirage, c’est pour vous interroger. Êtes-vous prêts à croquer la Pomme à pleines dents, à mordre dans ce qui vous fait du bien, à jouir de l’existence ? Il ne s’agit pas du fruit défendu dans sa représentation culpabilisante et souvent infantilisante, mais de la Pomme de la connaissance qui est goûteuse quand elle arrive à maturité. Êtes-vous prêt à assumer votre talent, votre capacité à vous transformer, à plonger dans vos racines, à incarner votre essence humaine et divine sur la Terre dans sa complexité, sa beauté ? Vous êtes beau, et la nature attend que vous vous autorisiez à offrir au monde votre beauté et votre générosité.


Signification renversée : Lorsque le Pommier vous apparaît dans sa position renversée, ça peut être pour vous interroger sur votre propension à vouloir trop contrôler votre environnement et ainsi à freiner l’aide naturelle qui pourrait vous être offerte. Le Pommier renversé peut aussi vous indiquer que vous n’assumez pas vos responsabilités. Peut-être opposez-vous encore le bien et le mal. Freinez-vous votre élan de vie Laissez votre instinct vous inspirer vos actes. N’ayez pas peur de vous tromper ! Assumez vos choix. Acceptez l’union de votre dimension céleste et terrestre. Faites l’expérience de la beauté, osez faire l’expérience de la totalité. Acceptez de faire des erreurs, de vous tromper. Agissez en partant de votre élan vital. Libérez-vous de l’objectif, jouissez du chein. Ce n’est pas la Pomme qu’il faut chercher, mais la soif. Le Pommier renversé vous encourage à plonger dans l’expérience intégrale qui ouvre la porte à vos plans divins.


Le Message du Pommier : Je suis le Pommier, Maître de richesse et d’abondance. Te souviens-tu que tu es un enfant chéri de la création ? Que tu es parfait et d’essence divine ? Comme un pépin planté dans la terre, tu as toi aussi été une graine minuscule. Par la magie de la vie, tu es aujourd’hui le fruit de ta propre transformation. Ton existence est un cadeau pour nous tous. Célèbre la vie et honore-toi chaque seconde. Honore la bonté et la beauté de ton être. Tu disposes en toi du potentiel pour partager la lumière, la connaissance et l’amour. Ne cherche plus la divinité à l’extérieur de toi. Ne te sacrifie pas aux idoles. Tu es d’essence divine. Tu n’as pas d’effort à faire pour être accueilli par Gaïa. Ta simple présence est une bénédiction dès lors que tu te laisses traverser par la lumière. Tu es Un et tu es Tout. Nous sommes indivisibles. Toi et moi reposons sur la même terre, nous réchauffons au même Soleil et nous abreuvons à la même eau. Seul ton mental sépare, compartimente, juge et cloisonne ce qui est toi, ce qui est l’autre, ce qui est bien et ce qui est mal. Eradique la peur de te tromper, d’échouer, de faire mal ou d’être répudié comme Adam la été du Jardin d’Eden. Le premier homme n’a été chassé du Paradis que pour pouvoir aller partout dans le monde et devenir lui-même son propre Dieu et son propre créateur. Tu es la glaise, le créateur et la création. Rien ne t’est interdit que ce que tu t’interdis toi-même. Tu es ton plein potentiel et tes propres livres. Libère-toi du bien et du mal, de la culpabilité, de la peur d’entreprendre. On ne gagne rien à vouloir se maintenir dans un état d’immobilité ou de prétendue perfection. En t’approchant de moi et en croquant la Pomme, tu apprendras de tes erreurs et toucheras ainsi la connaissance.


Le Rituel du Pommier : Je me relie à la tendresse du Pommier. Si j’ai une Pomme avec moi, je l’utilise pour ce rituel. Sinon, je l’imagine. Je me visualise assis au pied de l’arbre du jardin d’Eden. Des fruits mûrs et sucrés s’offrent en abondance. Je repense à toutes mes expériences passées. Toute expérience m’a permis d’être celle, celui que je suis. Je laisse fondre regrets et remords. A chaque situation que je regrette, je m’imagine croquer dans la Pomme et recevoir le sucre de la compréhension ultime. Le jus sucré de la Pomme qui coule dans ma bouche m’aide à accepter l’expérience passée. J’ai appris de mes erreurs, rien n’est faux, tout est juste. Tout est parfait, tout est un, tout est réussi.

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Les arbres qui s'imposent par une fréquence d'apparition élevée dans le rêve éveillé sont peu nombreux. Cinq d'entre eux seulement atteignent le seuil à partir duquel les informations recueillies sont suffisantes pour justifier une analyse et la rédaction d'un article particulier. Le pommier se situe en dernière position dans ce petit groupe, derrière le palmier, le sapin, le peuplier et le chêne. Les ouvrages traitant du symbolisme accordent peu d'attention au pommier. Faudrait-il en déduire que l'arbre auquel fut confiée la charge de porter le fruit du Bien et du Mal est devenu, dans l'imaginaire contemporain, une image négligeable ? Les résultats de l'exploitation des rêves s'opposent à cette conclusion. S'il n'apparaît qu'en cinquième position parmi les arbres qui constituent la base du vocabulaire d'images, dans la classe des grands végétaux, il est, de très loin, le premier des arbres fruitiers. On peut même affirmer qu'il est l'image onirique de l'arbre porteur de fruits. De fruits et de fleurs. Une observation s'impose au fil de la recherche : la rêveuse ou le rêveur, emportés dans la dynamique de l'imaginaire, affichent souvent leur désir de voir un pommier couvert – en même temps - de fleurs et de fruits. Le symbole paraît répondre au besoin de réunir, en une vision instantanée, le printemps et l'été, la promesse et la réalisation, la jeunesse et la maturité, l'espérance et la paix. Cela sous le signe de la profusion. Dans le vocabulaire d'images, peu de mots expriment avec une telle force l'abondance, les potentialités, la plénitude des capacités créatrices. Peut-être aussi le danger de dispersion dans la recherche de réalisation des désirs multiples, l'appétit sans limite devant les fruits de la vie.

Le pommier n'est donc pas une image secondaire. Il est le seul arbre auquel l'imaginaire confie la mission de rassembler les valeurs oniriques de l'arbre, des fleurs et des fruits ! L'analyse statistique montre que les images qui sont en corrélation forte avec le pommier sont réparties sur de nombreuses familles de symboles. Toutes ont une forme en rapport avec le déploiement circulaire. Le paon, la sphère, la lyre, la marguerite, le hublot, la bicyclette, composent un ensemble de figures hétérogènes dont le seul point commun est de rappeler le cercle. Dans les articles consacrés à la marguerite, au cercle, aux cercles concentriques et à la spirale, nous exposons le refus de l'imaginaire de se laisser emprisonner dans la vision d'un cercle arrêté ! L'onirisme veut une circonférence en devenir. Sitôt imaginé, un cercle accomplit son destin de mouvement circulaire expansif et s'épanouit dans la dynamique spiralique. Celle-là représente le principe organisateur qui inscrit les impulsions de l'invisible dans les formes du monde sensible et restituent ces dernières au Rien de l'apparence. Le pommier offrant ses fleurs et ses fruits dans toutes les directions de l'espace apparaît comme un centre de diffusion. Il se prête à plusieurs niveaux de lecture. Au premier degré, il est image d'expansion, de propagation continue de la vie par les scissions successives de l'unique dans la dualité. Au second degré, il suggère le risque de dispersion, voire d'égarement dans es contradictions. Au troisième, il peut être vu comme un agent de la tentation. L'arbre de la connaissance du bien et du mal est à l'origine du développement de la conscience mentale. Celle-là s'épanouira dans la simplicité qui mène à la sagesse ou se perdra dans le labyrinthe inépuisable des fausses justifications intellectuelles. Le pommier du rêve assume les connotations généalogique et maternelle de l'arbre, le sens de l'inexorable fanaison de la fleur, la représentation de la fonction nourricière du fruit. En charge de tant de valeurs, le pommier servira de multiples besoins de la dynamique onirique. Il s'offrira comme guide à la psychologie réfugiée dans les hauteurs de la sublimation et qui doit se rapprocher de la terre. Il se manifestera souvent dans un rôle d'antidote de la peur. Il sera le témoin agissant de la réhabilitation de pulsions refoulées. Il participera à ces résurrections printanières de l'âme que sont certaines scènes de renaissance symbolique.

Le jardin du Paradis, lieu d'innocence originelle, était nécessairement planté dans une terre immatérielle ! Un arbre qui se développe sur une abstraction ne saurait que faire de racines. Le pommier est le seul arbre onirique qui n'est jamais explicitement enraciné ! Et si le serpent de la Genèse, enroulé autour du tronc était une représentation compensatoire des racines absentes ? Le serpent s'identifie à la racine comme à la terre dont celle-là tire sa substance. Gaston Bachelard résume ses recherches sur l'image reptilienne en une phrase décisive : "Le serpent est la racine animalisée."

Quelle étrange vision que celle d'un arbre portant ses racines enroulées autour du tronc ! L'arbre appelant une inévitable projection anthropomorphique, voilà suggérée l'image d'une personne dont les jambes seraient nouées autour du tronc... comment mieux dire la volonté de nier le besoin de « conserver les pieds sur terre » ? Un court extrait du neuvième rêve de Dominique montrera que la métaphore d'un pommier figurant une distanciation excessive des impératifs terrestres n'est pas le produit d'une spéculation mentale quelque peu fragile : « … Le train s'est arrêté dans la campagne... je descends... j'arrive près d'un arbre... c'est un pommier... je cueille une pomme et je la mange... aussitôt, je vois des bergers montés sur des échasses... ils ont les pieds au sec. Je fais comme eux... là, je vois une fleur : une grande marguerite... elle s'envole... elle est partie dans l'espace... » Dans l'article consacré à la marguerite, nous montrons que ce symbole manifeste une tendance exagérée à l'abandon dans la dynamique centrifuge, expression de l'entropie. Quelle meilleure façon de s'isoler de l'eau et de la terre que de monter sur des échasses ? A la lumière de ce qui précède, les images proposées par le trente et unième rêve de Cédric prendront sens. Le rêveur éprouve la nécessité de distinguer le pommier des autres arbres fruitiers dont il ne précisera même pas les espèces. Deux actes révèlent le désir de rétablir une relation plus objective au monde, à la terre : nourrir les serpents et labourer la prairie pour y semer le blé : « … C'est dans une île... déserte... il y a une grande prairie... avec des arbres fruitiers... il y a un pommier au milieu... plusieurs gros serpents arrivent dans cette prairie... ils dévorent tous les fruits qui sont sur les arbres, mais ils ne touchent pas au pommier... ou, plutôt ils aimeraient toucher au pommier mais l'arbre est trop haut pour qu'ils puissent atteindre les feuilles. J'arrive dans la prairie, je monte dans le pommier... je coupe quelques branches... pas le tronc mais quelques branches pour que les serpents puissent se nourrir... je redescends de l'arbre t je me mets à labourer la prairie... j'y plante différentes graines... ce qui donne assez rapidement du blé... j'arrose le pommier... » Dans la suite du scénario, Cédric s'aperçoit qu'il n'était pas sur l'île qu'il avait imaginée mais sur un corps immense, à hauteur du nombril. Il évoque le lien ombilical, ce qui renvoie aux connotations maternelle et originelle du pommier.

La sève du pommier onirique est un lait maternel que l'arbre offre par son fruit. Il n'est pas de peur qui puisse résister à la puissance de cet antidote naturel. Peut-être fallait-il qu'Adam croquât la pomme pour se prémunir contre l'angoisse engendrée par son exil dans le monde ? Cette approche inattendue de la symbolique du pommier surprendra. Nous venions de rédiger les trois dernières phrase et nous nous apprêtions à les illustrer par une séquence du huitième rêve de Delphine, lorsque nous fûmes interrompus par l'arrivée d'un jeune homme, Gwenaël, qui allait apporter la plus stupéfiante des confirmations de la pertinence de notre proposition. Nous plaçons ce témoignage involontaire dans sa réalité temporelle précise parce que celle-là en accentue le caractère probant. Qu'on accepte cependant de lire au préalable les mots de Delphine. Un personnage indéfini se substitue à la rêveuse qui se sert de ce stratagème pour extérioriser son angoisse. Les pommiers de Delphine sont au cœur d'un rapport ambivalent à la mère, lié à la peur et au désir de vivre :

« … Maintenant, tout est dévasté... une reine du ciel propose de l'aider... il a accepté... il est habité par la peur... il en a marre de cette peur !... Il écrase le mot peur de son talon... on lui donne à boire. Il n'a pas faim, mais il boit, il boit ! Comme s'il avait une soif !... quand il a bu, il se sent mieux... il se lève et s'en va... il n'a plus de peur... c'est comme après une réconciliation... il se sent mieux à l'intérieur de lui... il voudrait s'asseoir dans un champ avec des pommiers en fleur... il voudrait attendre que les pommiers donnent des fleurs, des fruits, pour croquer les fruits... il voudrait dormir sous les pommiers... oh, là, là ! Ce serait formidable ! Mais il ira dans un lit... la chaleur du lit et la chaleur du nid, c'est pareil !... » A travers de telles images, il était possible de sentir que le jus de la pomme se confond, dans l'imaginaire, avec un lait maternel capable d'étancher une soif inextinguible, une soif originelle. « La sève du pommier est un lait maternel que l'arbre offre par son fruit. » En écrivant cette phrase nous craignions de céder à quelque inspiration dépassant les fondements objectifs que constitue l'analyse des rêves dont nous disposions C'est à ce moment précis que nous reçûmes Gwenaël. Après une nuit d'insomnie, sous l'influence de médicaments, le jeune homme était dans un état alarmant de nervosité anxieuse. Au cours du dialogue d'accueil, Gwenaël butait sur les mots, entremêlant les idées et ses mains étaient affectées d'un tremblement permanent. Avant de commencer le rêve, il exprima sa crainte de ne pas voir d'images. Le scénario rejoint pourtant ceux qu'il serait souhaitable de rapporter dans leur totalité. En voilà quelques extraits, dont les premiers mots :

« … je vois une gargouille... une gar... mais pas... elle est en forme de tête de lion... je vois le porche d'une cathédrale ou d'une église, avec... de chaque côté de l'entrée, un énorme biberon rempli de lait... on voit très bien les tétines... donc, ils sont de chaque côté de ce porche... là... […] Là, je me vois, tout petit, j'étais très très blond … » Le scénario se déroule pendant près de vingt-cinq minutes. Gwenaël rencontre un vieil homme, un sage très âgé, assis dans un fauteuil, avec, à côté de lui, sur un guéridon, un cobra vivant. Une éclipse de lune, décrite avec beaucoup de détails, attire l'attention sur la confusion des projections concernant le couple parental : « C'est un croissant de lune, qui pleure parce que le soleil l'écrase... et puis, l'éclipse se passe, la lune brille à nouveau... là, je vois un cercueil encore ! Un très beau cercueil, avec un crucifix dessus... le cercueil est dans un trou et c'est dans un pré... un pré boueux, très très boueux... y a rien autour ! Rien, rien, rien ! Que ce cercueil ! Ah, si ! Il y a maintenant quelques pommiers qui apparaissent ! Ah ! Ce paysage ! C'est très joli même ! Si, si ! Je vois tous les prés, le paysage est devenu magnifique... ce qui gâche tout, c'est un squelette... il a une fourche à deux dents dans la main, pas un trident... le paysage ! … Je suis toujours dedans... mais il y a un tremblement de terre là... mais pas effrayant hein ! Tout tremble, tout tremble... et c'est alors que s'élèvent... il y a deux seins... deux seins de femme, roses, d'un rose bébé, je dirais !... Qui s'élèvent comme des montagnes et c'est ça qui fait trembler la terre... et c'est ça... c'est monstrueux quoi, comme des montagnes quoi... »

Plus de trente minutes séparent l'apparition des deux seins sortis de la terre de celle des deux biberons placés de chaque côté du porche de la cathédrale, sur les socles qui soutiennent habituellement d'autres saints ! Il est permis de douter de l'intentionnalité de certains jeux de mots de l'inconscient, il n'est pas acceptable d'imputer à une coïncidence pure la production dans un même rêve, de ces biberons et de ces seins géants nés sous le signe du pommier ! Gwenaël apportait à notre audace intuitive une validation décisive. Interrogé sur ce qu'il ressentait à l'issue de son rêve, le jeune homme répondit : « Fatigué, mais soulagé ! Détendu... voyez : mes mains ne tremblent plus du tout ! » Au fil du scénario, on relève dix fois le chiffre 2. La langue bifide du serpent, les fruits de la connaissance du bien et du mal : le pommier est un lieu de rencontre de la dualité principe créateur et e la dualité chemin d'égarement.

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Le praticien à l'écoute du rêve accordera au pommier l'attention requise par les grands serviteurs de la dynamique d'évolution. Arbre, le symbole renvoie aux sources généalogiques et appelle l'analyse de la vision que le rêveur ou la rêveuse portent sur leur ascendance, au-delà du couple parental. Dans cette direction, on rencontrera, par exemple, la crainte nourrie par le patient d'une transmission héréditaire de tel ou tel handicap psychique. Porteur de fruits, le pommier, plus que n'importe quel arbre, peut exprimer un puissant besoin de réconciliation avec la mère. Les fleurs dont il se couvre au printemps sont à la fois promesse de vie, agent de renaissance et rappel du caractère inexorable d'un destin en accomplissement. L'image du pommier peut exprimer la nécessité de rompre avec une propension excessive à la sublimation. Elle rouvre alors les chemins de la terre. Enfin, le symbole est un antidote à la peur. Il délivre des angoisses existentielles. Il aide l'âme qui le rencontre à se dégager des critères réducteurs de la conscience. Sous le regard du vieux sage ou du serpent – les deux archétypes sont de même nature -, elle atteindra l'univers où le bien et le mal se rejoignent dans l'absolu d'une Connaissance qui n'est pas du monde sensible.

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Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


POMMIER. — La pomme, ayant été considérée comme le fruit par excellence, s’est approprié le mot pomum en latin, qui est le nom générique du fruit (spécialement du fruit à pépins ou à graines, pomme, poire, coing, grenade, figue ; le raisin faisait exception), comme Pomona est la déesse de tous les arbres fruitiers. Si bien que, avec le nom de pomum, la pomme a hérité de tous les mythes où les poma quelconques jouent un rôle. De là bien des confusions. Pomme d’Adam est l’équivalent de fruit d’Adam, et on discute encore très oisivement si ce fruit, purement phallique, était une véritable pomme, ou une grenade, ou une orange, ou une figue, ou autre fruit pareil, riche en semences. Servius, dans son commentaire sur Virgile, nous explique qu’on appelait mala (pommes) les deux testicules de l’homme. La Vénus Uranie et la Vénus de Milo sont représentées avec une pomme dans la main (cf. Bernoulli, Aphrodite, Leipzig, 1874). En Serbie, lorsque la jeune fille reçoit la pomme de son amoureux, elle est engagée. Chez les Esclavons de la Hongrie, le fiancé, après avoir échangé l’anneau avec la fiancée, lui donne une pomme, symbole essentiel de tous les dons nuptiaux. Dans un chant populaire sicilien, un amoureux trompé par sa belle lui rappelle le temps où elle lui donnait la pomme d’amour :


Tu non ci pensi, leta maritata,

Quannu mi dasti lu pumu d’amuri.


Dans un fragment de Sappho, la vierge est comparée à une pomme qui est sur l’arbre ; tant qu’elle reste sur l’arbre, tout le monde la désire ; dès qu’elle en tombe, elle commence à pourrir et personne n’en veut plus. Les jeunes filles grecques invoquent sans cesse, avant le mariage, la pomme d’or (cf. Zecchini, Quadridella Grecia Moderna, Florence, 1876, toute la page 328). Dans un chant serbe, rapporté par Afanassieff, un serpent et un faucon habitent un pommier ; le serpent veut faire tomber, avec le feu de la vie, les petits faucons. A Monte San Giuliano, en Sicile, d’après ce que m’écrit M. Pitré, le jour de Saint-Jean, chaque jeune fille jette, de la fenêtre de sa chambre, une pomme dans la rue, et reste à guetter pour voir qui la ramassera. Si c’est un homme, elle se mariera dans l’année ; si c’est une femme, point de mariage pour toute une année ; si on regarde la pomme sans y toucher, cela signifie que la jeune fille, en se mariant, deviendra bientôt veuve ; si le premier passant est un prêtre, la jeune fille devra mourir vierge. Dans le Monténégro, la belle-mère offre une pomme à la jeune mariée, qui doit la jeter sur le toit de la maison de l’époux ; si la pomme tombe bien sur le toit, le mariage sera béni, c’est-à-dire, il y aura des enfants. Près de Tarente, dans l’Italie méridionale, écrit M. de Simone, au dîner de noce, lorsqu’on arrive aux pommes, « ad mala », chaque convive en prend une et, l’ayant entamée avec le couteau, place dans l’incision une monnaie d’argent ; on offre le tout à la jeune mariée : celle-ci mord dans la pomme et retire la monnaie. Sur d’anciens tombeaux helléniques, on voit Éros représenté avec un panier, duquel tombent des pommes. La pomme est un évident symbole érotique, symbole de génération et à la fois d’immortalité. Dans le paradis des anciens, dans le jardin des Hespérides, on mangeait des pommes d’or ; on mange des pommes d’or dans le paradis des enfants chrétiens : dans le Pseudo-Gildas, il est question d’une île mystérieuse où il n’y a ni voleur, ni ennemi, ni violence, ni brouillard, ni chaud, ni froid, où la paix règne, où il y a une floraison perpétuelle,


poma sub una

Fronde gerit pomus, habitant sine labe cruoris

Semper ibi juvenes cum virgine, nulla senectus,

Nullaque vis morbi, nullus dolor, omnia plena

Laetitiae.


D’après les croyances du peuple normand, les âmes des bienheureux s’abreuvent à des sources qui jaillissent au milieu d’une pommeraie dans cette île féerique d’Avalon, l’île des pommes, où la tradition anglaise fait dormir le roi Arthur. L’auteur de la Vie de Merlin décrit ainsi l’île d’Avalon :


Insula pomorum, quae Fortunata vocalur,

Ex re nomen habet, quia per se singula profert ;

Non opus est illi sulcantibus arva colonis ;

Omnis abest cultus, nisi quem natura ministrat.

Ultro foecundas segetes producit et uvas,

Nataque poma suis, praetonso germine, silvis ;

Omnia gignit humus vice graminis ultro redundans ;

Annis centenis aut ultra vivitur illic.


Dans un mystère dramatique persan, Mahomet rend son âme au moment même où il sent l’odeur de la pomme que l’ange lui a passée.

La déesse scandinave Idhuna s’identifie avec l’arbre de l’immortalité, qui est un pommier ; c’est dans le jus de ces fruits, dans cette espèce d’ambroisie tirée de la pomme, que les dieux nordiques retrempent leur immortalité. Cet arbre, comme tous les pommiers miraculeux du mythe, de la légende, du conte populaire, était gardé par un serpent, ou un dragon, ou un gros ver, ou un chien, ou autre animal fabuleux. L’accord des traditions sémitiques et indo-européennes, sous ce rapport, est complet. Dans une légende polonaise, variante évidente de l’ancien mythe des Hespérides, le faucon prend la place du serpent ; une jeune princesse, par une malédiction magique, est enfermée dans un château d’or placé sur une grande montagne de glace ; devant le château, se trouve un pommier aux pommes d’or. Personne n’a pu parvenir à ce château. A moitié chemin, un faucon aveugle le cheval, de manière que le chevalier qui va pour délivrer la jeune princesse est renversé dans l’abîme. Un jeune héros prédestiné parvient enfin à tuer le faucon, et à cueillir les pommes d’or ; il en donne au dragon qui veille à la porte, pénètre ainsi dans le château et délivre la jeune princesse.

Dans un chant populaire des enfants de l’Allemagne, on demande à la cigogne d’où elle vient ; elle répond : 1 min faders affilgärd (de la pommeraie de mon père) ; la cigogne, d’après les croyances germaniques, est censée amener dans cette vie et emporter dans l’autre les petits enfants. En Souabe, les enfants demandent au scarabée, appelé « oiseau du soleil », de leur apporter des pommes de la maison de leur père : « Sonnevögele, flieg aus, flieg in meines Vaters Haus, komm bald wieder, bring mir Aepfel und Bire. » D’après une légende populaire du Hanovre, qui fait partie des Nordische Sagen de Kuhn, une jeune fille descend à l’enfer par un escalier qui se présente à ses yeux sous le pommier de la basse-cour de sa maison. Elle voit un jardin, où le soleil semble encore plus beau que sur la terre ; les arbres sont en fleurs et chargés de fruits. La jeune fille remplit son tablier de pommes, qui deviennent d’or dès qu’elle revient sur la terre. Nous avons ici, comme dans tous les contes analogues, une représentation évidente du voyage du soleil dans la nuit. Dans un chant populaire des Lettes (cf. Mannhardt, Die lettischen Sonnenmythen), le pommier représente évidemment un arbre solaire, une personnification du soleil. Le soleil perd d’abord sa pomme d’or et pleure ; on l’engage à s’endormir dans la pommeraie, et on lui fait espérer que, le lendemain, il retrouvera sa pomme d’or ; le soleil pleure ensuite, parce qu’il a perdu sa nacelle d’or : on le console en lui disant qu’il en aura une autre, moitié d’or, moitié d’argent. Quel commentaire plus éloquent du voyage d’Héraclès aux Hespérides ?


Bitterlich weint das Sonnchen

Im Apfelgarten.

Vom Apfelbaum ist gefallen

Der goldene Apfel.

Weine nicht, Sonnchen,

Gott macht einen andern,

Von Gold, von Erz,

Von Silberchen (1).

Stehe früh auf Sonnentochter,

Wasche weiss den Lindentisch,

Morgen früh kommen Gottes Söhne

Den goldenem Apfel zu wirbeln.

Schlafe, schlafe, Sonnchen,

Im Apfelgarten.

Voll sind deine Aeugiein

Mit Apfelbaumblüthen.

Einfuhr die Sonne

Zum Apfelgarten,

Neun Wagon zogen

Wohl hundert Rosse.

Schlummre, o Sonne,

Im Apfelgarten,

Die Augenlider

Voll Apfelblüthen.

Was weint die Sonne

So bitter traurig ?

Ins Meer versunken

Ein golden Boot ist!

Wein’ nicht, o Sonne,

Gott baut ein neues,

Halb baut er’s golden,

Und halb von Silber.


Ce chant mythologique ne nous laisse aucun doute sur l’identité du pommier avec le soleil ; cette identité est encore confirmée par une énigme mythologique suédoise : « Notre mère a une couverture que personne ne peut plier ; notre père a plus d’or qu’on n’en peut compter ; notre frère a une pomme que personne ne peut mordre. » Et on explique : « Notre mère, c’est la terre ; la couverture de la terre est le ciel ; notre père, c’est Dieu le père céleste ; les étoiles d’or sont innombrables ; notre frère, c’est le sauveur céleste, dont la pomme est le soleil. »

Plusieurs chants populaires demandent à différents oiseaux des ailes pour voler jusqu’au pays où un jeune enfant joue avec des pommes d’or. Dans un chant populaire du Monténégro, le pacha épouse, sans doute par force, la petite sœur du soleil ; la jeune fille s’élève de terre, jette au ciel trois pommes d’or ; de ces trois pommes, comme si elles étaient des foudres, l’une retombe et frappe celui qui conduit la noce, l’autre, le cheval du pacha, la troisième, les six cents convives. Dans un chant roumain, publié par Marianescu, l’enfant Jésus, sur le sein de la sainte Vierge, s’agite, ne veut pas s’endormir et pleure ; pour le calmer, la vierge lui donne deux pommes ; l’enfant en jette une en haut, qui devient la lune ; il jette l’autre, qui devient le soleil. Après cet exploit, la vierge Marie lui annonce et promet qu’il deviendra le Seigneur du Ciel. Dans le conte populaire anglais : « La bataille des oiseaux » (variante de la légende d’Héraclès qui, de retour des Hespérides, nettoie les étables d’Augias), le géant ordonne à son jeune disciple de nettoyer, en une seule nuit, son immense étable, « à ce point, qu’une pomme d’or puisse y rouler d’un bout à l’autre. » Il est clair que l’étable immense comme la nourriture par excellence et apportée sur des plats en or. Dans une énigme populaire de Ferrare, on compare la raiponce à un compère qui est enseveli sous la terre :


Vagh int l’ort,

Trov me compar mort,

A ciap un cortell,

Agh taj al più bel.

(Je vais dans le potager ; je trouve mon compère mort ; je saisis un couteau ; je coupe le plus beau.)


Voici un conte mythologique inédit de la Calabre, que je tiens de M. Saverio Maria Greco : « Une pauvre fille qui errait toute seule dans les champs, ayant déraciné une raiponce, voit un escalier, par lequel elle descend au palais des fées qui s’intéressent à elle. Elle demande à retourner chez sa mère. Elle l’obtient et raconte à sa mère que tous les soirs elle entend un bruit, sans voir personne. La mère l’engage à allumer une bougie et à regarder dans le miroir. Le second soir, la jeune fille ayant obéi, voit un jeune homme d’une superbe beauté, tenant un miroir sur sa poitrine. Le troisième soir, elle veut regarder de plus près ; une goutte de cire tombant sur le miroir l’obscurcit ; le jeune homme se réveille (comme dans la fable d’Amour et Psyché), et crie : pars. La jeune fille s’en va ; les fées lui donnent un peloton de fil, lui disant de monter sur la plus haute montagne, puis d’abandonner à lui-même le peloton, et de le suivre jusqu’à ce qu’il s’arrête. La jeune fille obéit. Elle arrive ainsi dans une ville toute triste et en deuil, à cause de l’absence de son prince. La reine, qui était à la fenêtre, voit passer la jeune fille et la fait monter ; la jeune fille accouche d’un bel enfant, et un bottier, qui travaille pendant la nuit, se met à chanter :

Dormi, dormi, figlio mio,

Se la mamma un dì sapesse

Che tu sei figlio mio,

In una culla d’oro ti addormirebbe

E dentro fasce d’or ;

Dormi, dormi, Ciglio mio.


La reine demande à la jeune fille ce que cela peut signifier. La jeune fille lui apprend que le prétendu bottier est le prince lui-même, qui doit, par la volonté du destin, demeurer loin de son palais royal, jusqu’au jour où le soleil se lèvera sans que le prince s’en aperçoive. La reine ordonne alors de tuer tous les coqs, et de couvrir toutes les fenêtres avec un drap noir piqué de diamants, pour que le prince s’imagine qu’il fait nuit, même après le lever du soleil. Le prince, ainsi trompé, revint dans son pays, et épousa la jeune fille chère aux fées. »

D’après le livre De mirabilibus mundi, attribué à Albert le Grand, le jus de raiponce, mêlé avec d’autres substances, rend insensible au feu : « Experimentum mirabile quod facit homines ire in ignem sine laesione, vel portare ignem vel ferrum ignitum sine laesione in manu : Recipe foecem bismalvae, et albumen ovi, et semen psilli, et calcem et pulveriza, et confice cum illo albumine succum raphani ; commisce ; ex hac confectione illinias corpus tuum vel manum et dimitte siccari, et postea iteram illinias et post hoc poteris audacter sustinere ignem sine nocumento. »

Dans certains contes, la possession de la raiponce, comme celle des cerises, des fraises, des bottines rouges, suscite entre enfants des querelles qui vont parfois jusqu’au meurtre. C’est pourquoi, dans les anciens livres des songes, la raiponce, vue en rêve, est signe de querelle. (Cf. Rave.)


Note : 1) Dans ces trois pommes de fer, d’argent, d’or, on peut reconnaître la nuit grise, l’aube, l’aurore.

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Selon Aurore Petrilli auteur d'un article intitulé "Le trésor du dragon : pomme ou mouton ?" (paru In : Gaia : revue interdisciplinaire sur la Grèce Archaïque, numéro 16, 2013. pp. 133-154) :


[...] Le pommier, quant à lui, est un arbre d’allure plus modeste. Cependant, il est lié à la fois à la sagesse et à l’immortalité. Manger ses fruits apporte, selon les croyances, des connaissances considérées comme défendues ou même l’immortalité, comme il semble que ce soit le cas pour les pommes d’or des Hespérides. Toujours à double tranchant, ce don est parfois susceptible de devenir un piège. En effet, les mêmes pommes, vecteur d’immortalité pour Héraklès, deviennent un poison mortel pour Typhon alors que celui-ci s’attendait à recevoir d’elles une guérison totale (Graves, 1964, p. 114). Contrairement au chêne, le pommier n’est pas l’arbre totem d’une divinité particulière. Ici, il fait simplement partie des cadeaux de mariage d’une divinité féminine à une autre.

[...]

De nombreux éléments font qu’on associe facilement les deux mythes, mais rien ne fait plus sens que la mise en rapport des objets qui en sont les principaux ingrédients : les pommes et la peau de mouton. Les objets comme les hommes sont investis de pouvoirs particuliers. On leur prête des vertus thérapeutiques, comme pour les pharmaka et autres produits actifs, ou bien des effets plus discrets ou spirituels mais tout aussi importants. C’est le propre de l’objet magique. Les pommes d’or des Hespérides et la Toison d’or peuvent être considérées comme telles car si elles n’ont pas d’effets physiques visibles sur qui les portent, elles n’en sont pas moins chargées d’un fort potentiel énergétique et symbolique. Finalement, l’objet en question n’est pas le but de la quête mais il est définitivement un moyen, une clef pour ouvrir une porte vers un autre état. Revenons en arrière, à l’origine de ces deux éléments, avant qu’ils ne deviennent des agents indispensables, afin de comprendre les causes de cette transformation. Celle-ci ne se limite pas à la sphère du visible, à la matière dont ils sont faits.

[...]

Une pomme ou un mouton : l’ambiguïté du grec

Le grec, très étrangement, emploie le même mot pour désigner deux concepts différents : les pommes et les troupeaux de brebis. Le terme τὸ μῆλον (τὰ μῆλα), sert donc deux réalités d’où une ambiguïté qui date d’ailleurs de l’Antiquité et ne découle pas seulement d’un problème de traduction contemporaine. Chantraine sépare les deux acceptions du mot (Chantraine, 1977, p. 694-695). Celui qui désigne le fruit, sert à nommer non seulement la pomme, mais également très souvent le coing ou encore tout fruit d’un arbre qui ressemble à une pomme. La distinction entre pommes, coings, oranges, abricots se fait grâce à un adjectif suivant le mot pomme (1). Ce terme aurait ensuite été emprunté par le latin sous la forme mālum, mēlum. L’autre acception du terme est plus courante au pluriel et signifie « petit bétail », moutons et chèvres. Il est utilisé à plusieurs reprises dans l’Odyssée ( XII, 301 ; XIV, 105). Étymologiquement parlant, il est à rattacher à l’irlandais et au gallois mil qui désigne également un petit animal. Cette racine se retrouve aussi dans le germanique māla (vache) et le néerlandais maal (jeune vache). L’arménien, quant à lui, adopte la forme mal (mouton). La confusion entre ces μῆλα de types variés est sensible chez plusieurs auteurs qui parlent, à la fois de pommes et de troupeaux de brebis, dans l’épisode qui mène Héraklès jusque chez les Hespérides. C’est Diodore qui s’embrouille le plus dans ses explications en abordant le sujet deux fois de suite. Premièrement, il propose les deux versions : soit il s’agit de pommes, soit de moutons ; deuxièmement, il ne parle plus que de moutons en expliquant que les poètes surnommaient les moutons du nom de pomme parce que ceux-ci avaient une couleur dorée. Par conséquent, ils les auraient appelés pommes d’or. L’histoire rapportée par Diodore était déjà connue par Palaiphatos (Histoires incroyables, XVIII ), au IVe ou au IIIe siècle av. J.-C, et elle est notamment répertoriée par Belfiore ( Belfiore, 2010, p. 192). Bien plus tard, aux alentours du IXe siècle apr. J.-C., le Premier Mythographe du Vatican, dans sa tentative de compilation des mythes grecs, a lui aussi repris cette explication avec autant de maladresse. Même si l’on sent comme un flottement dans ce que semblent penser certains auteurs antiques, cela renforce l’impression que l’on a de similitude des mythes et d’assimilation : même situation, même gardien, même trésor.


L’objet en lui-même est-il bien ce que l’on croit ?

Les assertions de Diodore et de Palaiphatos sur les moutons à la robe dorée comme les pommes ne suffisent pas à nous convaincre de la validité de la théorie. Il réside dans ce rapprochement une ambiguïté qui dépasse la seule association des deux objets par l’entremise de la couleur qui semblait pourtant suffire dans l’Antiquité comme raison valable. Même Diodore ne semble, en définitive, pas plus convaincu que cela. D’autres raisons plus profondes sont à l’œuvre qui ont sans doute contribué à la confusion entre des pommes et des moutons dans l’esprit de Diodore, comme chez d’autres auteurs de l’Antiquité.

[...]

Qu’est-ce qu’une pomme ? C’est là toute la question ! Contrairement à ce que nous avons pu dire concernant le mouton qui finalement ne pose pas de gros problème de compréhension, le débat semble lancé sur cette question de la pomme qui paraîtrait pourtant aller de soi. Ce fruit intervient plus d’une fois dans la mythologie grecque. Outre les fameuses pommes d’or du jardin des Hespérides, il y a aussi la non moins célèbre pomme de discorde jetée, lors des noces de Thétis et de Pélée, au milieu des déesses et portant l’inscription « à la plus belle », qui fut à l’origine de la querelle que Pâris fut chargé d’arbitrer pour le plus grand malheur de Troie. Ce fruit était également d’or. Autre légende très célèbre, celle d’Atalante. Cette impétueuse jeune femme refusant le mariage avait décrété qu’elle ne se marierait qu’avec l’homme qui parviendrait à la battre à la course, qui était sa spécialité. De nombreux prétendants échouèrent lamentablement, mais Milanion – ou Hippomène – usa d’un stratagème imparable. Muni de trois pommes d’or au départ de la course, il les laissa tomber derrière lui sur le stade une à une. Au bout de son premier tour, Atalante eu le regard attiré par une première pomme, puis une seconde, puis une troisième. Elle s’arrêta à chaque fois pour les ramasser, fascinée, et ainsi perdit la course.

Même si ces fruits interviennent relativement souvent dans les mythes, il subsiste une ambiguïté fondamentale concernant l’objet « pomme » tout autant que le mot « pomme ». La pommité de la pomme ne va pas de soi. En effet, dans l’Antiquité et comme nous avons pu le constater dans la définition du mot, tout fruit plutôt rond, dont la chair renferme un noyau dur et provenant d’un arbre est appelé pomme. Et Macrobe de préciser : « Ils appellent noix tout fruit qui, étant dur à l’extérieur, renferme intérieurement un corps bon à manger ; et ils appellent pomme tout fruit qui, étant extérieurement bon à manger, renferme dans l’intérieur un corps dur » (Saturnales, II, 15). Dans ce cas, il est bien difficile de dire à quel fruit on a vraiment affaire. La notion philosophique d’objectivité fait irruption dans le débat. Les chercheurs remettent en question ce que l’on appelle généralement une « pomme » dans les mythes, qu’ils soient grecs ou non. La confusion, en l’occurrence, est tout à fait possible avec trois autres fruits que l’on trouve en Méditerranée : l’orange, le coing et la grenade. Il existe plusieurs raisons à cela : la provenance géographique, l’étymologie, la couleur, la forme, ce sur quoi ils poussent…

Pour les Grecs, la pomme est le fruit de l’amour et d’Aphrodite. On l’offre traditionnellement à son amoureux(se), ou à des futurs époux. L’exemple le plus évident est justement le cadeau offert à Héra pour ses noces avec Zeus : le fameux arbre aux pommes d’or, dont les fruits seront bientôt dérobés par Héraklès. Et n’oublions pas celles qu’Atalante ramassa et qui la condamnèrent au mariage (Belfiore, 2010, p. 820-823). D’une couleur allant du jaune au rouge, la pomme est le fruit par excellence. Bonne pour la santé, elle dispense aussi sagesse et connaissance.

Les agrumes comme l’orange, et peut-être aussi dans une moindre mesure le citron (Belfiore, 2010, p. 298-299), sont susceptibles d’être confondus avec les pommes. Bien qu’originaire de Chine, l’orange s’est facilement implantée dans le bassin méditerranéen grâce à son climat favorable. Son nom est équivoque puisque le grec l’appelle littéralement « pomme d’or » : χρυσοῦν μῆλον (Alexandre, 1935, p. 676). Même si, visuellement, il est difficile de confondre une pomme et une orange, il est aisé de se fourvoyer à la lecture d’un texte évoquant des « pommes d’or ».[...]

Le vol des pommes/grenades serait peut-être à rattacher à cette perte symbolique de sa vie d’homme qui se concrétisera plus tard sur le bûcher de l’Œta. C’est, en somme, un pas de plus vers sa renaissance en tant qu’immortel. En définitive, si les grenades, les coings et les oranges peuvent physiquement être confondus avec des pommes, il est impossible que les auteurs aient pu prendre ces fruits pour des moutons. La confusion est donc bien verbale et les artistes ne s’y sont, eux, pas trompés.

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), le pommier est également "l'arbre de l'immortalité".


Sus aux chapardeurs : Dans les vergers de Grande-Bretagne, le plus vieux pommier a droit aux honneurs du propriétaire des lieux. C'est en effet dans cet arbre que résiderait l'Apple tree man, le gardien qui veille sur la fertilité de tous les fruitiers présents autour de lui.

Pour bénéficier chaque année d'une excellente récolte, il est d'usage de se rendre au pied de l'arbre vénérable avec du cidre et des pommes grillées le jour de l’Épiphanie. Il faut manger et boire à la santé de l'esprit bienfaiteur puis arroser les racines du pommier avec la boisson restante. Ce rituel se termine parfois par des coups de feu tirés en l'air afin de faire peur à d'éventuelles sorcières qui pourraient avoir trouvé refuge sur les branches. Notez que tout cela ne servirait à rien si lors de la récolte suivante, on ne laissait pas la dernière pomme sur l'arbre pour l'Apple tree man ...

Encore faut-il pour cela refréner sa gourmandise, chose que les enfants ont bien du mal à faire ! Pour cette raison, peut-être le folklore britannique compte deux gardiens de pommier veillant spécifiquement sur cette tranche d'âge. Citons ainsi le Colt-pixie, un lutin prenant l'apparence d'un cheval et qui s'en prend violemment aux chenapans volant des pommes dans les vergers du Somerset. Plus large d'esprit, l'Awd goggie du Yorshire protège uniquement les fruits verts des pommiers.


Jeu macabre : Dans certain endroits d'Angleterre, le Old Roger est le gardien des pommiers, reconnaissable à ses joues bien rouges. Un jeu enfantin mêle à cette croyance à la coutume celte qui préconisait de planter un tel fruitier sur les tombes afin de conduire les âmes au paradis. Tous les participants, à l'exception de deux joueurs restant debout, s'assoient en rond autour d'un enfant jouant le rôle d'un mort dénommé Old Roger. Quant aux deux premiers, ils symbolisent un pommier et une vieille dame ramassant les fruits. Comme le Old Roger veille sur ses biens, il court après la voleuse pour l'assommer. Si elle est attrapée, elle tombe à terre et prend la place du mort.


Le bonhomme de Fatouville : Près du Havre, sur la côte de Fatouville, se dressait jadis un gros pommier dont toutes les branches étaient recourbées vers le tronc à l'exception d'une seule qui s'étendait tel un bras pour désigner un point vers l'horizon. cette forme étrange est à l'origine de la légende que voici. AU XVIIIe siècle, la Seine changea soudainement de lit, obligeant les navigateurs à redoubler de prudence pour ne pas s'échouer sur les bancs de sable. Un vieux matelot à la retraite, connaissant parfaitement le secteur, montait chaque jour sur la côte afin de guider les bateaux. Mais l'homme âgé, sentant un jour la mort venir, supplia le Seigneur de lui trouver un successeur. C'est alors que le bâton qui l'aidait à marcher prit racine et grandit jusqu'à former un superbe pommier dont la silhouette rappelait un marin. Tel un phare, l'arbre servit longtemps de point de repère aux matelots et les habitants des environs venaient en prendre soin.


La dame du Balandrau (Dauna du Balandraou), fée pyrénéenne vivant près d'Argelès-Gazost, offrait des pommes d'or et un rameau de son arbre aux jeunes hommes qu'elle souhaitait préserver de la mort."

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Littérature :


LA POMME ET L ‘ESCARGOT


Il y avait une pomme

À la cime d ‘un pommier ;

Un grand coup de vent d ‘automne

La fit tomber sur le pré !

Pomme, pomme,

T ‘es-tu fait mal ?

J ‘ai le menton en marmelade

Le nez fendu

Et l ‘œil poché !

Elle tomba, quel dommage,

Sur un petit escargot

Qui s ‘en allait au village

Sa demeure sur le dos

Ah ! Stupide créature

Gémit l ‘animal cornu

T ‘as défoncé ma toiture

Et me voici faible et nu.

Dans la pomme à demi blette

L ‘escargot, comme un gros ver

Rongea, creusa sa chambrette

Afin d ‘y passer l ‘hiver.

Ah ! Mange-moi, dit la pomme,

Puisque c ‘est là mon destin ;

Par testament je te nomme

Héritier de mes pépins.

Tu les mettras dans la terre

Vers le mois de février,

Il en sortira, j ‘espère,

De jolis petits pommiers.


Charles VILDRAC, "La Pomme et l'Escargot" in Livre d ‘amour, Eugène Figuière, 1910,

rééditions Nrf, 1914, Seghers, 1959 et Le Temps des cerises, 2005

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La Fleur de Pommier


Joli rossignol et fleur de pommier,

Si la neige tombe au mois de Juillet,

Joli rossignol et fleur de pommier,

C’est que le soleil en Janvier brillait,

Joli rossignol et fleur de pommier.


Robert Desnos, "La Fleur de Pommier" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Dans l'arbre privé de fruits et de feuilles Qui déjà se lasse

Des rameaux jouant pour ne pas trop voir Le soleil couchant

Une pomme est restée Au milieu des branches.

Et rouge à crier Crie au bord du temps.

Eugène Guillevic in Carnac - éditions Gallimard, 1961.

 

Qu’est-ce qu’il y a donc de plus rond que la pomme ?

- Si lorsque tu dis : rond, Vraiment c’est rond que tu veux dire, mais la boule à jouer Est plus ronde que la pomme ;

mais si, quand tu dis : rond, C’est plein que tu veux dire, plein de rondeur Et rond de plénitude,

Alors il n’y a rien de plus rond que la pomme.

Eugène Guillevic in Sphère - éditions Gallimard, 1963.

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Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque lui aussi la Pomme :

2 août

(Fontaine-la-Verte)


Il existe une écologie des souvenirs. Chaque image s'intègre à un biotope de la mémoire hors duquel elle périt. Nous cueillons les pommes du mois d'août. Je reconnais l'odeur des fruits. Je revis le velours de leur peau sur mes lèvres. Leur pulpe blanche croque sous ma dent, et exhale une subtile vapeur d'acétone et de sucre.

Certains courts-circuits de nos synapses produisent de délicieuses remembrances. Ils ont la fantaisie des lutins. ce qui m'émeut le plus, en cet instant, c'est le bruit des pommes qui tombent dans l'herbe. J'ai huit ou neuf ans ; je maraude dans un verger ; je me couche en travers du talus, tandis qu'un complice grimpé dans l'arbre secoue les branches. Le barrage de mon corps arrête en riant les fruits qui roulent sur la pente.

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L'Odeur des pommes


« On entre dans la cave. Tout de suite, c'est ça qui vous prend. Les pommes sont là, disposées sur des claies – des cageots renversés. On n'y pensait pas. On n'avait aucune envie de se laisser submerger par un tel vague à l'âme. Mais rien à faire. L'odeur des pommes est une déferlante . Comment avait-on pu se passer si longtemps de cette enfance âcre et sucrée ?

Les fruits ratatinés doivent être délicieux, de cette fausse sécheresse où la saveur confite semble s'être insinuée dans chaque ride. Mais on n'a pas envie de les manger. Surtout ne pas transformer en goût identifiable ce pouvoir flottant de l'odeur. Dire que ça sent bon, que ça sent fort ? Mais non. C'est au-delà… Une odeur intérieure, l'odeur d'un meilleur soi. Il y a l'automne de l'école enfermé là. À l'encre violette on griffe le papier de pleins, de déliés. La pluie bat les carreaux, la soirée sera longue…

Mais le parfum des pommes est plus que du passé. On pense à autrefois à cause de l'ampleur et de l'intensité, d'un souvenir de cave salpêtrée , de grenier sombre. Mais c'est à vivre là, à tenir là, debout. On a derrière soi les herbes hautes et la mouillure du verger. Devant, c'est comme un souffle chaud qui se donne dans l'ombre. L'odeur a pris tous les bruns, tous les rouges, avec un peu d'acide vert. L'odeur a distillé la douceur de la peau, son infime rugosité. Les lèvres sèches, on sait déjà que cette soif n'est pas à étancher. Rien ne se passerait à mordre une chair blanche. Il faudrait devenir octobre, terre battue, voussure de la cave, pluie, attente. L'odeur des pommes est douloureuse. C'est celle d'une vie plus forte, d'une lenteur qu'on ne mérite plus. »


Philippe Delerm, "L'odeur des pommes" in La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, (Éditions Gallimard, 1997).

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