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  • Anne

L'Ibis




Étymologie :

  • IBIS, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1121-34 ibex (Ph. de Thaon, Bestiaire, 2631 ds T.-L.) ; 1537 ibis (Saliat, Man. d'instruire les enf., fol. 13 rods DG). Empr. au lat. ibis, gr. ι ́ ϐ ι ς « ibis ».


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Croyances populaires :

Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


Le monde divin des Egyptiens possédait son dieu-médecin, appelé Duhet ou Toth. L'Ibis lui était consacré, quiconque en tuait un volontairement était puni de mort. La légende suivant laquelle cet oiseau s'administrait lui-même, à l'aide de son bec, des lavements d'eau de mer, lui a valu de faire passer son protecteur pour l'inventeur de ce procédé médical. L'Ibis est toujours représenté comme un des attributs de la médecine et de la pharmacie.

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Symbolique :

Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition 1969 ; Édition revue et corrigée, Robert Laffont : 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on apprend que :


L'ibis est "l'incarnation du dieu Thot, dieu de la parole créatrice, patron des astronomes, des comptables, des magiciens, des guérisseurs et des enchanteurs. De son assimilation au dieu grec Hermès, sont nés les traités syncrétiste et ésotérique attribués à Hermès Trismégiste : nom donné à Thot, trois fois très grand. L'ibis au bec pointu symboliserait toute opération de l'intellect pratique. Mais, pour pratique qu'elle soit, sa sagesse n’exclurait pont le recours aux connaissances ésotériques.

Le Livre de Job (38, 36) attribue à l'ibis, comme au coq, une faculté de prévision, le premier annonçant les crues du Nil, le second le lever du soleil :

Qui a mis dans l'ibis la sagesse

donné au coq l'intelligence ?


On a voulu voir aussi dans l'ibis un oiseau lunaire, à cause de la forme de son bec, qui rappellerait le croissant. Mais cette même forme a inspiré une autre inspiration, beaucoup moins poétique : l'ibis serait un symbole de salubrité, son bec ayant la forme d'un clystère et pouvant être utilisé aux mêmes fins. Pline écrit en effet (VIII, 27) : Grâce à la courbure de son bec, il irrigue cette partie de lui-même par laquelle la santé nous appelle à décharger les mets. Aussi, les poètes grecs et romains, tels que Callimaque et Ovide, se servaient-ils parfois, comme d'une injure, du terme d'ibis."

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Selon l'Encyclopédie des symboles publiée sous la direction de Michel Cazenave (La Pochotèque, 1989) :


"Dans l'ancienne Égypte, où on l'appelait hibi, l'ibis était chargé d'une grande valeur symbolique. On le qualifiait encore de nos jours d'ibis sacré (Threskiornis aethiopica). Cet oiseau, d'une hauteur d'environ 75 centimètres, fouille sans arrêt les sols marécageux de son bec recourbé, et donne ainsi l'impression d'une quête perpétuelle ; la courbure de son bec rappelle celle du croissant de lune, de la même façon que l'eau, dont il a fait son élément, peut évoquer un " caractère lunaire". Les Égyptiens avaient consacré l'ibis au dieu de la Sagesse, Thot, et le considéraient même parfois comme sa manifestation terrestre. C'est pourquoi on embaumait les ibis, et on les conservait dans des jarres de terre cuite : on en a trouvé des millions dans les tombes de Saqqarah. D'après la croyance populaire, une seule plume d'ibis suffisait à repousser les serpents, et un seul œuf à chasser n'importe quel!e bête sauvage. - Les Juifs considéraient au contraire l'ibis de façon négative, comme le montre la lecture du Deutéronome, qui compte tous les échassiers au nombre des "bêtes impures". C'est pourtant par ces mots que le Seigneur dévoile, dans le chapitre 38 du Livre de Job, le mystère de la Création : "Qui à mis dans l'ibis la sagesse, donné au coq l'intelligence ?". Le Physiologus de la chrétienté primitive et le Bestiarum du Moyen Âge font tous deux observer que l'ibis ne sait pas nager, et qu'il se nourrit par conséquent des poissons morts échoués sur les rives. Il nourrit aussi ses petits de poissons et de serpents. De même que l'ibis, les hommes sont enclins à manger de la chair ; ils consomment leurs propres œuvres de mort, et nourrissent leurs enfants de cette perversion" (Unterkircher). "L'ibis est le pire de tous (les animaux) ; car les péchés naissent des pêcheurs" (Physiologus).

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D'après les rédacteurs du site http://1001symboles.net/ : " l'ibis est le symbole de la sagesse.


Chez les égyptiens

En Égypte, l'ibis symbolise le savoir et l'éloquence. En outre, il a joué un rôle bénéfique en épouillant les animaux et en débarrassant le pays des serpents. C'est d'ailleurs certainement l'une des raisons pour lesquelles l'ibis est devenu l'attribut de Thot (dieu des arts et des scribes), qui participe au jugement des morts. Aussi, on a retrouvé de nombreux ibis sacrés momifiés dans les tombes égyptiennes."

Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


Il aime à vivre au bord des fleuves au cours d'eau lent, dans les deltas, au bord des lacs et des marais, qui sont ses lieux privilégiés de nidification, le plus souvent en colonies de plusieurs centaines de couples, se mêlant aux corbeaux, aux cormorans et aux hérons. Au mois d'avril, le mâle et la femelle bâtissent ensemble un nid en tiges de roseaux et en branches, avant que la femelle ponde ses 4 ou 5 œufs bleu-vert foncé au mois de mai que le mâle couve avec elle pendant un peu plus de deux semaines. Mais c'est uniquement le mâle qui pêche et, en un superbe vol plané très impressionnant, revient nourrir toute la nichée avec des crustacés, des vers et des mollusques. Haut perché sur ses pattes longues et tendues, l'ibis est pourvu d'un très long bec fin et recourbé très caractéristique.

En Égypte antique, l'ibis était la figure symbolique de Thot, le dieu des scribes, des magiciens, des astronomes, des guérisseurs, des prêtres ritualistes, des enchanteurs, mais aussi des Mystères, et qui était considéré parfois comme le scribe des enfers. Ainsi, Thot était souvent représenté par une statue au corps d'homme, pourvu d'une tête d'ibis au long bec recourbé. Les Grecs ont vu en Thot une représentation égyptienne du dieu Hermès, qui est devenu le Mercure des Romains."

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Littérature :







Ibis


Oui, j’irai dans l’ombre terreuse Ô mort certaine, ainsi soit-il ! Latin mortel, parole affreuse, Ibis, oiseau des bords du Nil.


Guillaume Apollinaire, "Ibis" in Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée, 1911








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L'IBIS


Un ibis avait un bec

Comme le sabre d'un cheik.


Aussi, notre volatile,

Au mépris des crocodiles,


Becquetait, becquetait-il,

Des serpents le long du Nil,


Becqueta, becqueta tant Qu'il mourut en becquetant. Dans le ventre de l'ibis, On trouva deux tournevis, Deux tubes de dentifrice, Deux épingles à nourrice, Deux étoiles de police, Et deux balles de tennis. Puisqu'il trouvait fabuleux, De becqueter tout par deux, De Port-Saïd à Tunis, On l'appelait l'ibis bis.


Pierre Coran