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  • Anne

La Bétoine



Étymologie :

  • BÉTOINE, subst. fém.

Étymol. et Hist. xiie s. bot. (Gloss. du XIIes., L. Delisle dans Gdf. Compl. : Bethoine ... Velve, trionithes, betuinnes) ; xve s. betoine (Grant Herbier, ibid.). Adaptation du lat. betonica, vetonica ou vettonica « plante des Vettones, peuple d'Espagne (qui en aurait tiré parti le premier) », mot d'orig. gaul. selon Pline (25, Hist. nat. 8, 46 [84] dans Forc., s.v. betonica; v. aussi André Bot., p. 329, s.v. vettonica).

Étymol. et Hist. 1811 bot. (Encyclop. méthod.). Dér. de épi*; suff. -aire2*.


Lire aussi les définitions du nom bétoine et du nom épiaire et pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Betonica officinalis ; Batouane ; Belle-tête ; Bétoine officinale ; Bétoine pourpre ou pourprée ; Bétoine vulgaire ; Bétome ; Bretonge ; Butène ; Crémayère ; Épiaire officinale ; Herbe à l'évêque ; Herbe à éternuer ; Herbe au beurre ; Herbe aux bourdons ; Herbe de Saint-Benoît ; Mille en diable ; Oreille de bœuf ; Tabac des gardes.

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Botanique :

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Vertus médicinales :


Pierre-Joseph Bic'hoz, médecin de Monsieur et auteur de Etrennes du printemps, aux habitans de la campagne, et aux herboristes, ou pharmacie champêtre, végétale & indigène, à l'usage des pauvres & des habitans de la campagne (Lamy libraire, Paris, 1781) recense les vertus médicinales des plantes :


Racine de Bétoine. Elle fournit un purgatif qui n'est pas à rejeter.

 

Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


La Bétoine, Betonica officinalis, est encore en vogue dans certaines campagnes pour une mauvaise plaisanterie regardée comme fort spirituelle, et consistant à en faire cuire la racine fraîche dans le potage ou avec les aliments Il en résulte de violentes nausées suivies de vomissements.

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Pour toutes fièvres prenez le vetoine et triblez le bien et destrempez de iaue, et li donnez à boire à jeun par trois jours ou par iij. Pour fièvre tierceine, prenez iij fueilles de plantain encontre le soleil et ditez iiij fois pater noster, et bevez le ju avec iaue benoîte quant vous commencerez à trembler. Pour palazine, prenez la racine de vetoine, si la triblés et destrempez de vin, si la donez a boire par IX. jours en croissant et IX. jours en décours.

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Symbolisme :


Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Bétoine - Agitation et Brusquerie.

Agitation, parce qu’elle agit sur les épileptiques ; brusquerie, à cause de sa tige épineuse et velue.

 

Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


BÉTOINE - ÉMOTION - SURPRISE - AGITATION.

Plante labiée, fort commune, et dont les feuilles sont sternutatoires. Son odeur est des plus pénétrantes : on en fait usage en médecine.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


BÉTOINE - SURPRISE.

L'homme ne connait pas son terme, et comme les poissons sont pris à l'hameçon, les oiseaux aux filets, ainsi les enfants des hommes sont pris au jour mauvais quand il leur arrive soudain.

Ecclésiaste. IX, 12.

La bétoine officinale est une plante qui croit dans le nord et jusque dans les contrées les plus méridionales ; elle est très commune dans les bois et les prés un peu secs. L'odeur pénétrante de cette plante, respirée trop longtemps lorsque la plante est fraiche, produit des étourdissements, une sorte d'ivresse. Quelques personnes la prennent en guise de thé, d'autres la fument comme le tabac. Réduite en poudre on l'emploie comme sternutatoire. Elle communique aux laines, imprégnées d'une légère dissolution de bismuth, une couleur brune, belle et solide.

Jamais, peut-être, enthousiasme n'a été porté si loin pour une plante que pour celle-là : maux d'yeux, de tête, d'oreilles, engourdissement des membres, morsure de serpent, etc. , enfin , presque aucune des maladies qui affectent le corps humain ne pouvait résister à la vertu toute-puissante de la bétoine. C'était déjà passer les bornes de la vraisemblance ! Bientôt la bétoine deviendra plante sacrée. Musa, médecin d’Auguste, avait fait un petit ouvrage sur les propriétés de la bétoine, dans lequel il disait que cette plante était la sauvegarde de l'âme aussi bien que du corps, garantissant ceux qui voyagent la nuit de toute espèce de charmes et de dangers, écartant les visions et les fantômes des lieux saints et du tombeau des morts.


RÉFLEXION.

Quand vous êtes au matin, pensez que vous n'irez peut-être pas jusqu'au soir et quand vous êtes au soir, de vous flattez pas de voir le matin. Soyez donc toujours prêt, et vivez de telle sorte que la mort ne puisse pas vous prendre au dépourvu. Plusieurs meurent d'une mort subite et imprévue, car le fils de l'homme viendra à l'heure que l'on n'y pense pas.

(Imitation de J.-C. I-23.)

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Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Bétoine - Brusquerie

On a fait de cette plante l'emblème de la brusquerie, parce que si des épileptiques la touchent, leurs mouvements deviennent brusques et saccadés. Ses fleurs sont d'un rouge terne et sa tige est épineuse et velue.

 

Le Dictionnaire Larousse en 2 volumes (1922) propose des pistes pour comprendre le langage emblématique des fleurs :

Nom Signification Couleur Langage emblématique

Bétoine Amitié Rouge Mon amitié est inaltérable.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Bétoine (Betonica officinalis) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Jupiter

Élément : Feu

Pouvoirs : Protection ; Amour.


Utilisation magique : Deux Apulée, l'un vivant au II e siècle, l'autre au IV e , parlent des vertus de cette plante. Le premier, voyageur passionné, dissipa sa fortune dans des voyages d'étude. Un mariage avec une riche veuve redora son blason. Mais les héritiers de sa femme, voyant ainsi s'évanouir leurs espérances, intentèrent un procès à Apulée, l'accusant de s'être servi de magie pour se faire aimer. Une servante, soudoyée par la partie adverse, témoigna contre son maître : oui, il était magicien, et avait envoûté la veuve à l'herbe Bétoine.

Le second Apulée, dit Apulée Platonicus, est l'auteur d'un Herbarium latin. Il y cite la Bétoine, plante bénéfique aussi bien au corps qu'à l'âme. La liste de ses vertus est longue mais, ajoute Apulée Platonicus, se souvenant sans doute de son homonyme du II e siècle, les femmes doivent se méfier de cette herbe qui les surexcite et leur fait perdre leurs facultés de discernement.

La Bétoine pourpre est une plante protectrice et purificatrice. On porte la racine sur soi, on la râpe dans des mélanges destinés aux sachets. On la glisse sous l'oreiller où « elle fait office de bouclier entre le dormeur et les cauchemars ».

La Bétoine fleurit tout l'été. La tradition voulait qu'à la Saint-Jean, fête du solstice, on jetât des pieds entiers, racines, tiges, feuilles et fleurs en plein épanouissement, dans les feux de joie qui crépitaient un peu partout dans la campagne. On en jetait une couche suffisamment épaisse pour produire une épaisse fumée. Les villageois sautaient alors par-dessus cette fumée pour se purifier. Autour de La Roche-sur-Yon, Ils sautaient deux par deux en se tenant par la main, mais le couple était toujours formé de deux hommes ou de deux femmes, et ils criaient en traversant la fumée : « Pourpre, mon bien, Je te brûle et je te prends. Si je meurs en chemin, Sers-moi de sacrement. »

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Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


La bétoine, plante des bois à petites fleurs mauves, dont les vertus médicinales auraient été découvertes, selon Pline, par les Vettons, ancien peuple de l'Espagne romaine - d'où son nom de betonica dérivé de Vetonica -, fut une herbe sacrée aussi bien dans le monde gréco-latin qu'en Égypte. Dans le traité qu'il lui a consacré (De vetonica libellus) Antonius Musa, médecin de l'empereur Auguste, lui attribue quarante-sept applications médicinales : "La bétoine, écrit-il, contregarde les âmes et les corps des personnes et même garde ceux qui vont de nuit de tous charmes et dangers. elle préserve aussi les lieux sacrés et les cimetières des serpents malins et des visions étranges : et finalement cette plante est saincte en toutes choses." Pline, lui, en faisait l'arme absolue contre les reptiles : ils "s'entretuent si on les entoure avec cette herbe".

Au Moyen Âge, on lui faisait toute confiance pour chasser "ce qui est redoutable et faire sortir tous les os cassés". Rien qu'en reniflant ses fleurs, on était censé guérir les maux de tête ; son jus mis dans l'oreille d'un sourd remédiait à son infirmité et sa racine sous un oreiller mettait à l'abri des cauchemars.

On dit également que la bétoine cueillie "sans tache", réunie à neuf grains de terre et placée dans un petit morceau de toile neuve protège du mauvais œil et du "mauvais vent". Les Bretons croient augmenter le pouvoir de cette amulette en faisant deux signes de croix et en déposant quelques sous dans le tronc d'une église pour le Saint-Esprit.

De plus, il fut longtemps d'usage de jeter des bétoines dans le feu de la Saint-Jean et de sauter par-dessus car la fumée qu'elles dégageaient était censée purifier.

Un ancien traité recommande de lui adresser la prière suivante : "Bétoine, toi qui as été découverte la première par Esculape ou par le centaure Chiron, sois favorable à mes prières. Je t'implore, herbe puissante, par celui qui a donné l'ordre que tu sois créée et que tu serves à une foule de remèdes ; veuille aider à composer les quarante-sept remèdes que voici".

Toutefois, en haute Bretagne notamment, on mettait en garde les enfants contre le contact des "primevères des haies", réputées donner de la fièvre. Selon une croyance des Landes, les sorciers attirent les jeunes filles en leur posant une feuille de bétoine sur l'épaule. Enfin, la bétoine est l'emblème de la brusquerie car, en la touchant, les épileptiques sont animés de mouvements brusques et saccadés.

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Symbolisme celte :


Selon L'Oracle druidique des plantes, Comment travailler avec la flore magique de la tradition celte, (édition originale, 1994 ; traduction française, 2006) de Philip et Stephanie Carr-Gomm, les mots clefs associés à cette plante sont :


en "position droite : Apaise la discorde - Dissipe la négativité - Protection

en position inversée : Confrontation - Evasion - Blessures.


La bétoine est le nom commun du genre Stachys, comportant quelque 300 espèces poussant en Europe, en Asie, en Afrique, en Australie et en Amérique du Nord. En Grande-Bretagne cinq espèces poussent à l'état sauvage. Selon Pline, l'espèce appelée maintenant pédiculaire des bois était la plus appréciée par les Celtes. Les bétoines poussent mieux en plein soleil ou dans les lieux partiellement ombragés., à la lisière des bois, sur les prairies et les terres en friche. La plante s'élève jusqu'à 60 cm de haut et son efflorescences rose ou pourpre en épi a lieu en juillet et en août.

http://forum.alliance-magique.com/topic3887.html

La carte montre une épiaire bétoine (Stachys betonica) en fleur à côté du mur en pierres sèches d'un ancien jardin de simples qui a pu appartenir à l'un des médecins de Myddfai. Une tête celte sculptée gît contre le mur. A l'arrière-plan on voit une valériane, qui apaise traditionnellement la discorde, tout comme la bétoine. A droite de l'image, une inule, qui, comme la bétoine, a des propriétés antiseptiques et antibactériennes.


Sens en position droite. Les Anciens pensaient que la bétoine protégeait l'âme et le corps. Sa capacité à stopper les hémorragies et à guérir les blessures en faisant un vulnéraire. Si vous avez choisi cette carte, il est possible que vous soyez attiré par la guérison des blessures - les vôtres ou celles des autres. Lorsqu'un conflit intervient, la douleur et les blessures en sont souvent les conséquences. Il n'est pas facile de décider quand arrêter la dispute et quand la laisser suivre son cours. Pour qu'un conflit soir productif plutôt que destructif, il faut encourager la communication claire et minimiser l'esprit rancunier. Un couple heureux - ou une entreprise couronnée de succès - n'est pas celui qui ne connaît jamais le conflit, mais celui qui sait résoudre les tiraillements incontournables dans toute relation. La capacité de régler les conflits est au cœur de la faculté de guérison - dont la bétoine est un exemple, de par sa réputation de panacée et ses remarquables propriétés médicinales.


Sens en position inversée. L'arrêt prématuré du conflit, comme l'anéantissement d'un symptôme dont la cause n'est pas guérie, soulage temporairement (ce qui est parfois nécessaire), mais en fin de compte ne fait que retarder le moment où il faut s'attaquer à la cause du problème. Si vous avez choisi cette carte, vous évitez d'exprimer une opinion différente ou une émotion apparemment négative afin de "maintenir la paix". Cependant, de temps à autre il est nécessaire d'accepter le conflit, car une perspective inédite ou une proximité nouvelle peuvent émerger de la confrontation des points de vue ou des sentiments. Votre intuition vous dira si vous devez enfin affronter une personne ou une question ou faire de votre mieux pour mettre en action d'autres possibilités de règlement.

Des sentiments de discorde risquent d'émerger d'une atmosphère négative subsistant dans un endroit particulier. Évitez de vous attaquer là aux conflits et gérez-les de préférence ailleurs. Une interprétation plus subtile de cette carte signale le sentiment de blessure que vous éprouvez actuellement.

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"Vends ton manteau et achète de la bétoine"

Ce proverbe italien montre la valeur accordée à cette plante remarquable par les Anciens. Pendant des siècles, elle a été considérée sur pratiquement tous les continents comme l'une des plantes curatives les plus polyvalentes et puissantes. La science confirme ce que les Anciens savaient déjà sur cette plante : elle est altérative, antibactérienne, antipyrétique, antiseptique, antispasmodique, astringente, carminative, diurétique, fébrifuge, hypotensive, stomachique, styptique, tonique, vermifuge et vulnéraire. En regardant la signification de ces termes dans un dictionnaire, vous profiterez d'un bref cours sur les concepts essentiels de la phytothérapie. Le fait que la bétoine possède l'ensemble de ces propriétés curatives explique pourquoi on la tenait parfois pour une panacée, à l'exemple du gui, et pourquoi son nom gaélique est lus bbeathag - plante de vie.

Le nom "bétoine" est censé dériver du celte bew signifiant "tête" et ton "tonique" ou "bon", puisqu'on savait depuis la nuit des temps que cette plante soignait les maux de tête. Dans la Rome antique, la bétoine était censée soigner 47 maladies. Les herboristes anglo-saxons pensaient qu'elle soignait la "maladie de l'elfe", causée par les esprits malins. A l'époque médiévale, les herboriste l'utilisaient pour extirper "les diables et le désespoir". La bétoine était plantée dans la cour des églises et portée autour du cou en tant qu'amulette. Combinée à l'euphraise et au tussilage elle servait à la fumigation ou était sniffée pour atténuer les maux de tête. On dit qu'ajoutée à la nourriture, elle apaise les dissensions domestiques.

Les druides actuels conseillent la bétoine en tisane pour alléger les maux de tête. En infusion, elle est ajoutée au bain rituel ou à l'eau utilisée pour laver le plancher afin de dissiper les influences négatives et encourager la réconciliation."

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


BETOINE, (primula veris). — Le proverbe italien dit : « Conosciuto come la betonica. » On peut s’en rendre compte, si l’on pense à ce que Pline écrivait déjà de son temps sur les propriétés merveilleuses attribuées à cette herbe : « Tantumque gloriae habet ut domus in qua sata sit tuta existimetur a piaculis omnibus. » Pline nous apprend aussi que les serpents s’entretuent si on les entoure avec cette herbe. Macer Floridus, à son tour :


Si de Betonica viridi sit facta corona

Circa serpentes, ut Plinius asserit auctor,

Audebant nunquam positam transire coronam,

Sed morsu proprio pereunt et verbere caudae.


Walafridus Strabo, dans son Hortulus, consacre des vers remplis d’un enthousiasme naïf à la fois et pompeux à la louange de la bétoine. Les Allemands l’appellent fleur de la clef (Schlüsselblume), et les Anglo-Saxons herbe de l’évéque. Johnston, dans sa Thaumatographia naturalis, dit que non seulement elle éloigne tout ce qui est redoutable, mais qu’elle a la propriété de faire sortir tous les os cassés (1). Toutes ces superstitions semblent cependant tombées maintenant, en Italie du moins, où le peuple piémontais, qui connaît encore le proverbe, ne reconnaît plus, sous le nom de bétoine, la plante d’ailleurs très commune, à laquelle il faisait autrefois une allusion si glorieuse. Cette allusion est devenue maintenant presque une injure, puisque, dans la haute Italie, connu comme la bétoine, signifie trop connu, connu comme tout ce qui est vulgaire ; si bien que l’on remplace ce proverbe par ces deux autres : « connu comme l’ortie, » et « connu comme la mauvaise herbe ». Il existe aussi, en italien, un ancien petit traité, intitulé : Virtù della brettonica (sic), publié à Livourne en l’année 1768. Par ce livre, nous apprenons que la bétoine servait autrefois : « a ristrignere le lacrime, a calteritura di capo, ad uomo che rendesse per bocca, a pisciare la pietra che fusse nella vescica per orinare, a occhi rossi, a duolo d’orecchie, a duolo di stomaco, a febbre calda, a fare aumiliare il corpo e levare la tossa a chi avesse ambascia, a ferite recenti e fresche curare, a rotture di capo, a vizio d’occhi ». On pense que la primula veris, la Schlüsselblume, la bétoine peut être assimilée à l’ancien dodecatheon, l’herbe des douze dieux, à propos de laquelle Pline a écrit (XXV) : « Maxima autoritas herbae est, quam dodecatheon vocant, omnium Deorum majestatem commendantis. In aqua potam omnibus morbis mederi tradunt. » Seulement, on ne se retrouve plus, pour l’identification botanique, lorsque Pline ajoute : « Folia eius septem, lactucis simillima, exeunt a lutea radice. » Les Russes appellent la primula veris petit agneau (barancik). — M. Sébillot m’apprend que, d’après une croyance populaire de la haute bretagne, « les primevères des haies donnent la fièvre aux enfants qui s’amusent à trop les tripoter ». L’origine de cette croyance me semble bien plus hygiénique que mythologique, et je serais tenté de l’attribuer à la ruse des mères bretonnes, qui doivent craindre pour les petits enfants qui rôdent le long des haies les effets de l’humidité de la terre au printemps. Quant au nom populaire de cette plante, il demeure encore un mystère. Les uns prétendent que le vrai nom est Vetonica, dérivé du peuple des Vetoni, dans les Pyrénées ; d’autres lui ont cherché une origine celtique, d’après laquelle le mot signifierait « bonne tête, » par allusion à la propriété qu’on lui attribue de faire éternuer. Il suffit d’indiquer ces étymologies pour être dispensé de les discuter ; on aurait même pu les omettre, si parfois le jeu étymologique n’avait contribué à développer le jeu mythologique.


Note : 1) Tam validae facultatis, ut ossa quaeque confracta extrahat.

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