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  • Anne

La Taupe



Étymologie

  • TAUPE, subst. fém.

Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 1250 (Richard de Fournival, Bestiaire d'amour, éd. C. Segre, p. 35, 3 : la taupe ki goute ne voit, ains a les iels desous le cuir) ; xiiie s. [ms.] (La Chante-pleure, ms. Bibl. nat. fr. 837, fol. 335 vo, fac-sim. publ. par H. Omont, Paris, 1932, p. 670b) ; 1840 empl. adj. couleur taupe (Pt courr. dames, loc. cit.) ; b) 1798 fig. « homme sournois et dangereux qui agit par voies souterraines » (Ac.) ; 1845 « traître » (Besch.) ; 2. a) 1765 taupe de mer « scolopendre de mer » (Encyclop. t. 15, p. 938b); b) 1779 id. « squale, requin » (Duhamel du Monceau, Traité des pêches d'apr. FEW t. 13, 1, p. 61b) ; 3. 1783 « tumeur à la nuque du cheval » (Fr. Rozier, Cours compl. d'agric., t. 3, Paris, p. 272a). B. 1888 « classe, ensemble de taupins » (Villatte, Parisismen). A issu du lat. talpa « taupe ». B réfection de taupin*.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :

Dans son Atlas de zoologie poétique (Éditions Arthaud-Flammarion, 2018) Emmanuelle Pouydebat expose les caractéristiques de la Tapue à nez étoilé (Condylura cristata) qu'elle qualifie de "fouisseuse tentaculaire" :


Survivre sous terre... Tel est le défi relevé par de nombreuses taupes. Parmi elles, la taupe ou le condylure à nez étoilé semble sortir tout droit de l'imagination ! Actif de jour comme de nuit, ce mammifère semi-aquatique vit en colonie. Son nid, construit avec divers végétaux, dispose de galeries débouchant parfois directement sous l'eau des ruisseaux ou des étangs. L'hiver, cette taupe n'hésite pas à creuser sous la neige et à plonger sous la glace ! Très bonne nageuse, elle consomme volontiers des invertébrés aquatiques, des crustacés, des mollusques, des vers et parfois même des poissons, qu'elle détecte avec son ouïe et son odorat, ses yeux étant minuscules. Diffusant une odeur pestilentielle très dissuasive, elle craint peu de prédateurs, bien que de grands chasseurs comme les rapaces et le brochet n"hésitent pas à l'attaquer. Outre son parfum, la taupe à nez étoilé est une fouisseuse, creusant des galeries souterraines pouvant atteindre jusqu'à 270 mètres de long ! Elle possède tout ce qu'il faut pour exceller dans cette fonction : des membres antérieurs particulièrement efficaces pour creuser le sol. En effet, ils sont courts, musclés et se terminent par des mains très larges, pourvues de griffes puissantes et tournées vers l'extérieur. Cette taupe possède également une fourrure peu épaisse pouvant se lisser dans tous les sens et favoriser les changements de directions et la marche arrière dans ses galeries étroites ! Autre adaptation, munie d'yeux minuscules, elle est presque aveugle mais bénéficie d'un bon odorat, même sous l'eau, et d'un excellent sens du toucher, l'un des plus développés de tous les mammifères : un long museau muni d'un disque nasal composé de vingt-deux tentacules roses symétriques lui permettant de sonder les sédiments au fond de l'eau et les parois des galeries souterraines. Lorsque la taupe creuse ses longues galeries, elle les replie au-dessus de ses narines, sur le bout du nez, afin de les protéger de la poussière. Ces appendices se déplacent perpétuellement à ne rapidité exceptionnelle, sont tapissés de milliers de fibres nerveuses et de dizaines de milliers de récepteurs mécaniques, les organes d'Eimer. Notre taupe à nez étoilé pourrait même détecter le champ électrique généré par un mets de choix consommé dans les galeries : le ver de terre. Elle le détecte et le consomme en moins d'un quart de seconde, ce qui fiat d'elle l'un des plus rapides mangeurs du monde ! D'ailleurs l'arrivée d'une taupe dans une galerie provoque une sorte de panique chez les vers et les fait affluer à la surface ! Il y a plus encore. Les tentacules auraient des fonctions différentes : les plus longs serviraient à repérer les proies à distance pendant que les plus courts seraient employés pour inspecter la proie de près. Peut-elle sentir les fines textures avec un seul toucher de son nez ? Quels sont les gènes et les molécules qui permettent à l'étoile de se développer et comment son cerveau amplifie-t-il autant les signaux tactiles provenant de son nez ? La taupe n'hiberne pas en hiver, alors, comment est-ce qu'elle garde une étoile sensible lorsqu'elle plonge dans l'eau glacée ? (Ken Catania)

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Croyances populaires :

Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


Une Taupe ne doit pas traverser un chemin fréquenté par les hommes, si elle le fait elle doit mourir. Certaines personnes s'amusent à forcer une Taupe à traverser une route (Fully).

Si une Taupe soulève la terre dans une cave ou une écurie c'est un signe de mort (Mase).




Symbolisme :


Selon Hildegarde de Bingen, dans Physica, Le Livre des subtilités des créatures divines (XIIe siècle ; traduction P. Monat, 2011) :


"La taupe est froide, et se tient de préférence dans une terre grasse et limoneuse, et évite la terre sèche. Elle rejette la terre qui est mauvaise, malsaine et inutile, et reste dans celle qui est bonne et saine. Elle ne voit rien, puisqu'elle n'est pas dans l'air, mais elle a en elle une grande faculté de connaissance ; elle sent et devine où elle doit aller. Elle mange de la terre. Sa chair n'est pas bonne à manger pour l'homme, car elle se nourrit d'humidité ; que nul n'en mange pour se soigner !

Si on a de l'infection en soi ou des scrofules sur le corps, on fera cuire une taupe avec de l'eau et on la mangera ; ou on la pilera et on mangera cette bouillie comme on pourra, et l'intérieur du corps sera assaini, ainsi que les scrofules, si elles ne s'étaient pas encore ouvertes : en effet, de même que la taupe rejette la terre qui est mauvaise, de même elle fait rejeter tout ce qui est mauvais à l'intérieur du corps de l'homme. L'homme ainsi atteint pourra manger le foie de la taupe avec le reste du corps, mais il ne mangera ni le cœur ni les poumons.


[Ed. Celui qui souffre du haut mal prendra du sang de taupe ; il réduira en poudre du bec de canard, femelle bien sûr, et des ongles d'oie, femelle également, de façon qu'il y ait deux fois plus de bec de canard que d'ongle d'oie et qu'il y ait, deux fois plus de sang de taupe que de bec du canard. Il mettra tout cela dans un linge, à un endroit où une taupe vient de rejeter de la terre, et le laissera trois jours. Puis il placera de la glace par-dessus pour que tout soit gelé. Ensuite, il enlèvera et fera sécher le tout au soleil. Puis il prendra un peu de foie de chaque animal et de chaque oiseau comestible, dans la mesure où il pourra s'ne procurer ; avec tout cela et un peu de farine de seigle, il fera des boulettes auxquelles il ajoutera de la poudre susdite, avec un peu de cumin, et il les mangera ainsi. Celui qui souffre de cette maladie mangera de ces boulettes pendant cinq jours ; s'il ne va pas mieux, il en prendra encore pendant cinq jours ; et si cela ne réussit pas, qu'il répète sept fois cette série de cinq jours. Qu'il mange en même temps du pain et de la viande de bouc cuite avec du persil, et aussi des jeunes brebis ; mais qu'il évite la chair des porcs, des bœufs, l'anguille, les formages, les œufs, les fruits et les légumes crus. Qu'il boive du bon vin, coupé d'eau, et de la cervoise.]"

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Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


"La taupe, animal chtonien s'il en est, symbolise toutes les forces de la terre. Son nom grec l'apparente au lézard et au hibou, bénéfiques et aveugles comme elle. Asklépios, dieu de la guérison, serait à l'origine un dieu-taupe, comme l'était en Inde Rudra, dieu archer-guérisseur. la taupinière, creusée de galeries souterraines, a même pu servir de modèle au labyrinthe archaïque d’Épidaure consacré à Asklépios ; ce labyrinthe était conçu à la fois comme le tombeau et comme le séjour souterrain du dieu.

La taupe apparaîtrait comme le symbole de l'initiateur aux mystères de la terre et de la mort, initiation qui, une fois acquise, préserve ou guérit des maladies. Du plan physique, celui de l'animal des cultes agraires, le symbole permet de passer au plan spirituel, celui du maître qui guide l'âme à travers les ténèbres et les détours du labyrinthe souterrain et la guérit de ses passions et de ses troubles."

Selon Eloïse Mozzani, auteure du Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, S.A.S, 1995, 2019) :


Parce que les pattes des taupes ressemblent à des mains, de nombreuses légendes considèrent ces animaux comme le fruit de la métamorphose de certains personnages. Ce sont d'anciennes fées punies par cs curés (Anjou), voire par Dieu lui-même pour s'être révoltées contre lui, et, en Angleterre, des femmes trop orgueilleuses. Dans les Vosges, les fées demandèrent à être transformées en taupes : elle sont accusées depuis de ravager les potagers.

Selon une tradition auvergnate, le diable tentant de créer l'homme ne réussit qu'à faire la taupe, familière des entrailles obscures et mystérieuses de la terre et qui, tel un fossoyeur, creuse des galeries souterraines. De plus, sa couleur sombre et le préjugé très commun que, privée de vue, elle possède une ouïe très développée - à tel point que, selon Paul Sébillot, on parlait dans les environs de Dinan d'une taupe qui « de son trou, situé à plusieurs kilomètres de la vile, entend[ait] et compren[ait] tout ce qui s'y dis[ait] »-, renforcent l'inquiétude qu'elle suscite. un mythe grec explique à la fois la cécité et l'indiscrétion de la taupe : elle est la métamorphose de Phinée qui laissa crever les yeux des deux fils que lui avait donnés sa première femme Cléopâtre, et qui « avait révélé les secrètes pensées de Zeus. »

La réputation maléfique de l'animal, qui lui a valu d'être souvent maltraité, torturé et tué, fut longtemps confirmée par la croyance, très vivace au XVIIe siècle, que des sorciers, appelés « meneurs de taupes », avaient le pouvoir de les envoyer dans les jardins et les champs. Le taupier, qui est chargé pourtant de détruire les taupes, fut longtemps soupçonné au contraire de les amener, par vengeance, chez ceux qui n'avaient pas recours à ses services. Dans le Bocage normand, ce personnage, qui est souvent « disgracié de la nature, mal conforme, bossu, chétif ou boiteux » (Lecœur, Esquisse du Bocage normand, 1883), était si méprisé (encore à la fin du siècle dernier) qu'il ne devait pas prendre ses repas avec les autres ouvriers d'une ferme. Les Wallons le considéraient comme un magicien, capable d'attirer en un clin d’œil n'importe quel animal, dont, bien sûr, la taupe.

Celle-ci est d'autant plus crainte que ses monticules de terre près du seuil, sous les fenêtres ou contre un mur d'une maison portent malheur. Selon une superstition du pays de Galles, une motte dans une cuisine ou une buanderie est le signe du décès prochain de la maîtresse de maison tandis que dans la Marne, si elle apparaît autour d'un cep de vigne, un homme de la famille du propriétaire mourra ; si la motte est placée entre deux rangées de ceps, il s'agira d'une femme. Apercevoir une taupe sur un chemin promet un ennui, ce qui explique l'usage vendéen de faire une croix là où elle s'est montrée. En songe, elle est également de mauvais augure, annonçant dans les Vosges des dégâts faits par la pluie ou la grêle.

Pour faire disparaître les taupes, il faut bêcher son jardin le mardi de Noël ou le mardi suivant en ayant la tête nue, en répandre autour de la maison les cendres de la bûche de Noël. On peut également, comme c'était l'usage en Alsace, renverser, le jour de l'an, les taupinières ou parcourir les champs, le premier dimanche de carême, avec des torches allumées en disant :

Taupes et mulots

Sors de men [sic] clos

Ou je te casse les os.


Parmi les petits mammifères sauvages, la taupe occupe le premier rang pour les amulettes. Son cœur met à l'abri des voleurs ; un de ses os, placé sous l'aisselle gauche, protège des maléfices (Berry), sa langue dans un petit sachet fait revenir la mémoire (Lorraine), ses pattes portent bonheur, aussi bien en Europe qu'aux États-Unis (en particulier chez les créoles de la Louisiane). Ses os ont également une autre propriété si l'on respecte les règles suivantes : la taupe doit avoir été tuée en amour, et ses os enlevés un à un sont mis dans un ruisseau qui vient d'une fontaine ; celui seul qui remonte à la surface possède « la vertu d'attirer la chance au jeu », dit-on en Haute-Bretagne.

Attention cependant à ne pas mettre dans la bouche d'un cheval une patte de taupe enveloppée dans une feuille de laurier (il en deviendrait fou de frayeur) ni de la déposer dans un nid d'oiseau car elle rendrait les œufs stériles. Albert le Grand qui nous met ici en garde ajoute qu'on peut blanchir totalement un cheval noir en le frottant avec de l'eau dans laquelle a cuit une taupe.

Les pattes de taupe (en général les pattes avant, et arrachées à l'animal vivant), outre ces caractéristiques, jouent un grand rôle dans la médecine magique : enfermées dans un petit sachet porté autour du cou, elles guérissent la fièvre (Bretagne), la sciatique (Tarn-et-Garonne), l'incontinence (avaler chaque soir un peu de poudre de taupe cuite au four), font passer les crampes (Angleterre) et les aphtes (par frottement sur les gencives en Bretagne), et protègent des convulsions (Belgique). Une liqueur d'eau-de-vie dans laquelle ont macéré les pattes avant d'une taupe soulage les coliques (Hainaut). Toujours portées autour du cou (ou dans la poche comme à Marseille), elle sont surtout considérées comme un remède souverain contre les affections dentaires et spécialement pour faciliter la poussée des dents des enfants et empêcher les douleurs, recours expliqué ainsi par Françoise Loux : « Comme des taupinières, les dents tuméfient la gencive de l'enfant avant de sortir. Comme des taupes, elles se forent des galeries dans la gencive. Si l’on ajoute à cela les légendes qui courent sur l'avidité dévoratrice de la taupe, on comprend que cet animal soit un des meilleurs adjuvants contre les troubles de la dentition. » Deux moitiés de taupe placées sur chaque côté de la mâchoire (Vendée), une peau de taupe sous le bonnet (très répandue en Angleterre et dans l'Aube) ou autour du cou de l'enfant (Normandie) constituaient de bons substituts de la patte de l'animal. La peau de taupe, posée sur la tête, a de plus le pouvoir de donner de la force aux nouveaux-nés (Loire-Atlantique) ou d'empêcher les enfants d'uriner au lit (Deux-Sèvres). un fil trempé dans le sang d'une taupe et porté autour du cou a le même effet, tandis que, nué au-dessus d'une pluie, il empêche l'infection. Le « fil de taupe » était très utilisé en ce sens en Vendée ; il était vendu par les taupiers qui se servaient d'un fil à coudre ordinaire passé dans une aiguille pour percer de part en part l'animal vivant.

L'ethnologue Dominique Camus a relevé récemment en haute Bretagne l'utilisation d'une taupe coupée en deux et qui, appliquée à l'endroit du cœur pendant le sommeil, doit calmer les angoisses nocturnes. L'opération dure trois nuits avec à chaque fois une taupe nouvelle.

Le sang de l'animal, réputé pour redonner la virilité (Puy-de-Dôme), est introduit dans l'oreille contre la surdité (Poitou) ou appliqué sur des cors ou des verrues (Bretagne). En boire guérit en outre de l'ivrognerie. La graisse de taupe sert à cicatriser les crevasses de la peau (Ardennes, Picardie) et son foie empêche les crises épileptiques. Au Portugal, les femmes qui ont certains furoncles, appelés toupeiras, attribués au « venin » de la taupe, doivent en tuer une, sans le dire, et bénir le mal neuf jours de suite.

Dans diverses régions de France, ceux qui se livrent à certains actes cruels sur cet animal, en particulier l'étouffement, acquièrent des pouvoirs magiques de guérison : on dit alors qu'il sont la « main taupée ». Dans le Maine, un jeune homme encore vierge qui a plongé un doigt toute la nuit dans le ventre d'une taupe qu'il vient d'attraper peut soigner les coliques des chevaux par attouchement de la partie malade. Dans les Ardennes, étouffer de la main gauche la première taupe rencontrée au mois de janvier permet également de dissiper les coliques des chevaux et d'autres animaux, en faisant juste un signe de croix sur leur ventre. En Normandie, la main qui étouffe une taupe guérit de nombreuses maladies, tant des hommes que des bêtes ; celle qui en a étranglé trois a de grands pouvoirs contre le venin. Celui qui en écrase une entre ses doigts n'a pas à redouter la fièvre (Vosges), et laisser mourir une taupe dans ses mains les empêche de devenir moites (Wallonie). Le vartaupier, qui doit son nom au vertaupe ou vartaupe - dont la définition très floue va d'un ver qui loge sous la peau à une sorte de panaris ou à un furoncle, des rhumatismes à un abcès, toutes affections que ce personnage est censé guérir -, est doté de ce pouvoir depuis qu'il a étouffé sept taupes puis mangé de la soupe de graisse (centre de la France). Le vartaupier était très estimé dans les campagnes ; en 1930, un auteur mentionne encore le respect qu'il suscitait, d'autant qu'il soignait également les cancers.

En Belgique,dans la région de Liège, celui qui empale la taupe au bout de son index jusqu'à ce qu'elle meure, procure au doigt la propriété de guérir pendant un an les maux de dents. Dans la Creuse, un sourd-muet retrouvera la parole s'il étouffe dans sa main une taupe.

Enfin, laisser pourrir une jeune taupe sur le ventre d'un malade de la jaunisse, la queue tournée vers le nombril, le guérit. Au Moyen Âge, on recommandait d'uriner sur les monticules pour faire venir les règles.

L'emploi médical de la taupe remonte à l'aube des temps : le dieu grec de la Médecine, Asclépios, « serait à l'origine un dieu-taupe, comme l’était en Inde Rudra, dieu archer-guérisseur ». Les vertus magiques de cet animal datent également de l'Antiquité : selon Pline, manger cru le cœur d'une taupe donne le don de prophétie.

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Le vendredi 22 avril 2005, lors de ma formation en psychologie transpersonnelle sous la houlette de Nicole Roux et François Cusano, je découvre que mon chakra racine est associé symboliquement à la taupe (ainsi qu'au blaireau). Nous apprenons à "faire parler" l'animal en état d'hypnose éricksonienne à partir de questions préalablement établies :

Bonjour, animal du premier chakra. Bienvenue à toi. Qui es-tu ?

Je suis une petite taupe minuscule à la peau luisante et noire et à l'adorable petit museau rose et aux yeux aveugles.


Merci. Peux-tu nous dire, s'il te plaît, quelle est la médecine de ton peuple ?

Malgré notre apparente faiblesse, nous creusons des kilomètres de galeries pour aérer la terre, pour lui permettre de respirer, pour l'honorer. Nous vivons en elle, profondément et c'est ce que nous apprenons aux hommes. Ne pas avoir peur de la terre noire car plus elle est noire, plus elle est riche, riche de vies futures, de promesses. Nous n'avons pas d'yeux mais nous sentons ; nous humons l'humus en permanence. Nous apprenons à savourer le savoir de la terre, à nous nourrir de cette énergie profonde, puissamment douce.

Merci. Et quelle est ta médecine plus particulière dans le cercle des animaux des chakras ?

J'aspire la spirale. Tous, nous formons une sorte de tornade dont je suis le point fixe, en bas. Je permets aux autres de tournoyer librement, en sécurité.

Merci. Comment instaures-tu un partenariat avec les autres animaux de ce cercle ?

Je suis à la fois la plus jeune et la plus ancienne. Ils m'écoutent comme une vieille femme mais aussi, ils m'encouragent comme une jeune fille. J'ai les deux extrémités du temps dans le point fixe que je représente et les autres s'inscrivent parallèlement à ça. Ils sont dans un faisceau différent mais tous reliés en moi.


Merci. Et comment les autres animaux te manifestent-ils le respect qu'ils te doivent, et que tu mérites en tant que souverain du premier chakra ?

Ils viennent me demander conseil, ils écoutent mes conseils et quelquefois même, ils les mettent en pratique.

Merci. Cette forme te convient-elle pour accomplir ce que tu as à accomplir en tant qu'animal de ce chakra ?

Oui, ma forme est parfaite.

Merci. Et maintenant, voudrais-tu dire quelque chose aujourd'hui à Anne, en général ou en tant que responsable de ce chakra ?

« Accroche-toi, ça va déménager ! »

Le Dimanche 26 juin 2005, je réitère l'expérience :

Je suis la taupe, la taupe noire et minuscule qui se fraie un passage dans la terre, la terre riche et noire également. J'ai des pattes toutes roses qui écartent les grains de terre devant moi et je peux aller vraiment très profondément dans cette terre-mère très noire, très riche.


La médecine de mon peuple c'est d'assainir, d'assainir les souterrains, de creuser des galeries pour aérer les racines des arbres dans tous les sens du terme, arbre généalogique pour les humains, de faire de la place, de faire de l'espace, d'élaguer les racines s'il le faut, pour que chacun retrouve sa place, propre, et ne soit pas mélangé avec d'autres choses qui ne lui appartiennent pas. Voilà la médecine de mon peuple.


Je suis la base, la base de laquelle tout part, qui ancre les autres, qui les rend stables, solides, même s'ils n'entrent pas en contact avec moi. Je les enracine, je les accroche au cœur de la terre et je forme en quelque sorte le premier maillon d'un pilier, d'un pilier de sept, sept chakras, sept animaux mais je leur rappelle surtout que pour monter au sommet, il faut commencer par le bas et il faut que ce bas soit solidement attaché pour qu'il puisse supporter les six autres.


J'agis dans l'ombre, de manière souterraine, donc ils ne me voient pas mais ils sentent ma présence, ils sentent les effluves en quelque sorte, l'énergie peut-être, plus précisément et je leur envoie donc mon énergie d'en bas, par le bas. Ils la reçoivent, ils s'appuient dessus pour construire leur propre demeure, pour ouvrir leur propre chemin.


Ils ne cherchent pas à m'attirer à la lumière. Ils savent que je suis aveugle et que c'est donc inutile. Ils respectent ma propension à rester cachée dans le noir et ils n'en déduisent pas pour autant que je suis mauvaise ou que je suis inhibée ou je ne sais quoi. Ils savent que cela fait partie de moi, que c'est mon chemin d'être dans l'ombre, que chacun a sa place, où qu'elle soit.


Il y a eu flottement, hésitation dans les images avec le blaireau et la marmotte mais, ce sont des animaux voisins puisqu'ils ont un terrier, mais finalement je préfère la noirceur de la taupe qui est plus dense, plus compacte. Je garde la taupe.


Il ne faut pas craindre d'hiberner, de ralentir, d'enterrer spontanément, même si c'est un hiver qui tombe en plein été pour les autres. Il faut accepter et suivre ses rythmes propres et ne pas se laisser influencer par ceux des autres et parvenir peu à peu à accepter son rythme, quand il est différent, dans la douceur, sans conflit, sans chercher à faire la victime peut-être, ce qui ne favorise pas la communication.

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Pour Jacques Voisenet, auteur de "L’animal et la pensée médicale dans les textes du Haut Moyen Age." paru dans la revue Rursus. Poiétique, réception et réécriture des textes antiques, 2006, n°1 :


Il est souvent difficile d’établir une filiation précise entre le vaste savoir médical de Pline (avec ses centaines de médications) et la culture savante qui, à travers les encyclopédistes et autres compilateurs (d’Isidore de Séville à Hildegarde de Bingen…), l’a adapté, christianisé et complété par d’autres influences, y compris populaires. Toutes les pratiques quotidiennes, faisant appel à la magie, ont été condamnées par le clergé séculier (prêtres, évêques…) qui y voyaient l’expression de comportements païens qu’il fallait éradiquer avec la fermeté la plus grande. Or, certaines de ces médications populaires dont on a de très rares mentions tant la répression a été forte, présentent des similitudes avec les recommandations médicales de Pline ou d’ecclésiastiques du Haut Moyen Age. Elles semblent ainsi appartenir à un même fond de croyances, collectées en son temps par Pline et transmises ainsi par la culture savante, et en même temps, colportées de génération en génération par des individus qui ne connaissaient même pas l’existence du Naturaliste. On peut évoquer un fond commun que certains qualifieront d’indo-européen. Si autour de ces pratiques médicales on peut reconnaître d’indéniables liens entre la culture savante et la culture populaire, il n’en demeure pas moins que le Haut Moyen Age a fait une très nette distinction entre l’héritage de Pline et des autres autorités, reçu sans véritable remise en cause, y compris les racontars les plus étonnants, et les comportements quotidiens qui s’appuyaient souvent sur les mêmes animaux ou les mêmes éléments de la médecine plinienne. Le cas de la taupe est exemplaire. Pline, une fois n’est pas coutume, se montre très critique sur les usages de l’animal souterrain : « Voici une preuve particulière des mensonges des mages : de tous les animaux c’est la taupe qu’ils admirent le plus, elle qui est en tant d’égards maltraitée par la nature, condamnée à une cécité perpétuelle, enfouie de plus dans d’autres ténèbres où elle est comme enterrée. Il n’est pas de viscères auxquels ils accordent plus de confiance, il n’est pas d’animal qu’ils regardent comme plus propre aux rites religieux, au point qu’à celui qui avalera un cœur de taupe frais et palpitant, ils promettent de connaître par divination le déroulement des événements futurs. Ils affirment qu’on guérit les maux de dents en attachant sur soi une dent arrachée à une taupe vivante. Quant à leurs autres allégations touchant cet animal, nous en parlerons en leur place ; ce qu’on y rencontrera de plus vraisemblable, c’est que les taupes combattent les morsures de musaraignes puisque, comme nous l’avons dit, la terres prises au fond des ornières les combat également ». Ce passage est tout à fait révélateur de l’esprit de Pline, critiquant les « mensonges des mages », racontés par le menu, et proposant des médications tout aussi farfelues (la terre contre les morsures de musaraignes). Il rappelle dans plusieurs passages de son Histoire naturelle la nature prêtée à la taupe par les Anciens : sa cécité, son ouïe très fine qui la fait fuir, sa clairvoyance (malgré sa vue défaillante), son rôle dans les pratiques divinatoires68… Il rapporte ailleurs, sans la moindre réserve, d’autres recettes pour lutter contre les scrofules : « On conseille (…) de la cendre de taupe dans du miel. D’autres appliquent un foie de taupe écrasé dans les mains et ne lavent la région qu’après trois jours. On affirme aussi qu’une patte droite de la taupe est un remède pour les scrofules. D’autres coupent la tête de l’animal, la broient avec de la terre qu’il soulève, puis e