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  • Anne

La Murène, cruelle impératrice



Murène, Reine de Mu

Serpentine dans les coraux à nu

Harponne sa proie.



Voir le documentaire diffusé sur la 5.




Étymologie :

  • MURÈNE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1100 judéo-fr. morayne (Gloses de Raschi, éd. A. Neubauer ds Rom. St. t. 1, 1871-75, p. 168, 105) ; ca 1265 murene (Brunet Latin, éd. J. Carmody, I, CXXX, 9, p. 128 et I, CXLIII, 2, p. 135) ; 1505 murene (Desdier Christol, Platine en françoys, fol. 89 roa d'apr. R. Arveiller ds Mél. J. Séguy, p. 74). Empr. au lat. mŭraēna « murène » ; la forme pop. moreine (cf. moreine, moraine, Brunet Latin, op. cit., éd. P. Chabaille, p. 184 et 194) suppose un lat. mŭrēna.


Lire également la définition du nom murène afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :


Selon Cécile Dumas, journaliste pour Sciences et Avenir.com (06/09/07) dans son article "Le double coup de dents de la murène" :


Au milieu des poissons colorés et des magnifiques coraux des eaux tropicales, la tête de la murène vient rappeler aux plongeurs que la mer n’est pas sans danger. La morsure de ce long poisson anguille caché au creux des rochers est redoutée. Ce n’est pas Rita Mehta et Peter Wainwright, de l’Université de Californie (USA), qui diront le contraire : ils ont découvert que la charmante dentition de la murène était doublée d’un second appareil situé dans le pharynx qui se saisit de la proie pour l’entraîner dans l’œsophage. Ils publient leurs travaux aujourd’hui dans la revue Nature.

Grâce à des caméras ultra-rapides, les deux chercheurs ont pu observer en détail la façon dont la murène attrapait ses proies. Beaucoup de poissons aspirent leur proie toute entière dans leur bouche. La murène Muraena retifera commence elle par coincer sa proie entre ses deux rangées de dents, puis la seconde mâchoire, équipées de belles dents crochues, avance depuis le pharynx pour attraper la nourriture et l’emporter vers sa destination finale – le système digestif. Tout cela en quelques fractions de seconde. De nombreux poissons, comme les cichlidés, sont équipés de mâchoires dites pharyngiennes qui servent notamment à écraser les coquilles des mollusques. Cependant ces mâchoires sont fixes, soulignent Mehta et Wainwright, alors que chez la murène elles avancent vers la bouche. Les deux chercheurs ont passé les murènes aux rayons X pour détailler l’anatomie de ces mâchoires pharyngiennes. Elles se déplacent sur toute la longueur de la tête, sans pour autant dépasser la première rangée de dents. Il existe plus de 200 espèces de murènes dans les eaux tropicales du globe. Il n’est pas certain que toutes possèdent le même mécanisme pour se nourrir. Mehta et Wainwright veulent maintenant savoir comment cette mâchoire pharyngienne a évolué chez les murénidés.

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Selon Frans de Waal, auteur de Sommes-nous trop "bêtes" pour comprendre l'intelligence des animaux (Édition originale 2016 ; traduction française : Éditions Les Liens qui Libèrent, 2016) :


"Dans une série d'études menées en mer Rouge, Bshary a observé une chasse coordonnée entre une truite léopard, ou truite de corail - un magnifique mérou rouge-brun qui peut atteindre près d'un mètre de long -, et une murène géante. Ces deux espèces forment un couple parfait. La murène peut entrer dans les fissures de la barrière de corail, alors que la truite chasse dans les eaux environnantes. Les proies peuvent échapper à la truite en se cachant dans une anfractuosité, et à la murène en s'enfuyant dans l'eau, mais elles ne peuvent pas esquiver les deux réunies. Dans une des vidéos de Bshary, on voir une truite de corail et une murène nager ôte à côte comme des amies en promenade. Elles recherchent mutuellement leur compagnie : la truite vient parfois recruter activement sa complice en balançant curieusement la tête près de celle de la murène. Cette dernière répond en quittant sa fissure et en la rejoignant. Comme les deux espèces ne partagent pas, mais avalent la proie en entier, leur comportement semble être une forme de coopération dans laquelle chacune obtient une récompense sans rien sacrifier à l'autre. Elles courent après leur propre gain, mais l'atteignent plus facilement ensemble que séparément.

Cette répartition des rôles vient naturellement à deux prédateurs qui ont des styles de chasse différents. Ce qui est vraiment spectaculaire, c'est que le modèle d'ensemble – deux acteurs qui semblent avoir ce qu'ils vont faire et quel bénéfice ils vont en tirer – n'est pas celui qu'on associe habituellement aux poissons. Nous avons beaucoup d'explications supposant une cognition de haut niveau pour nos propres comportements, et nous avons du mal à croire qu'elles soient vraies aussi pour des animaux qui ont un cerveau beaucoup plus petit. Mais, au cas où on l'on s'imaginerait que les poissons font preuve ici d'une forme simplifiée de coopération, les récents travaux de Bshary fragilisent cette théorie. On a montré à des truites de corail une fausse murène (une murène en plastique capable de quelques mouvements, comme sortir d'un tube) qui pouvait les aider à attraper des poissons. L'expérience suivait la même logique que le test de traction dans lequel les chimpanzés recrutaient des auxiliaires quand ils en avaient besoin, mais ne le faisaient pas s'ils pouvaient accomplir seuls la tâche. Les truites ont réagi absolument comme les grands singes, et se sont montrées tout aussi capables de décider de l'utilité ou non d'un partenaire.

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Symbolisme :

Lors de la formation transpersonnelle dispensée par les psychothérapeutes François Cusano et Nicole Roux dans leur école E.T.E., j'ai trouvé comme animal lié au chakra du ventre, la murène et voici son message (en fonction des questions prévues dans le protocole) :


Dimanche 24 avril 2005 :

Bonjour, animal du premier chakra. Bienvenue à toi. Qui es-tu ?

« Je suis l'animal du deuxième chakra. Je suis très longue, très souple. J'ondule sans bruit, j'ai presque envie de dire sans mouvement. Souvent, on ne voit pas mon corps. On n'en voit ni la longueur ni la puissance. Je me rétracte dans les rochers comme si je faisais corps avec eux, corps caverneux. On ne sait plus très bien qui est le contenant et le contenu et je ne montre que mes crocs durs comme la pierre également. Je ne fais qu'un avec mon habitat. Mais quand j'en sors, j'ai la vivacité de l'éclair, un éclair d'eau, une trace, un sillon dans la mer. J'ouvre les chemins de la mer.


Merci. Peux-tu nous dire, s'il te plaît, quelle est la médecine de ton peuple ?

Nous miroitons sous l'eau. Le gris de notre peau peut prendre tous les reflets, argenté, rose, vert, et sous l'aspect rebutant que nous avons se cache une beauté puissante. La médecine de mon peuple, c'est la puissance cachée qui n'a pas besoin de se manifester avec outrance. C'est la puissance sûre d'elle-même, qui sait ce qu'elle a à faire, qui avance sans se retourner, qui trace son chemin toujours plus loin, sans faire d'ombre aux autres mais en prenant sa place. C'est la médecine de la vraie place de chacun. C'est ce que nous enseignons. Nous aidons chacun à tracer son chemin.


Merci. Et quelle est ta médecine plus particulière dans le cercle des animaux des chakras ?

Avec mon corps, je peux moi-même faire un cercle, comme un cercle sacré autour du cercle de ces animaux. Je redouble ce cercle pour en augmenter la puissance. J'amplifie chaque médecine, de chaque animal. Et la somme de toutes ces médecines en crée une autre encore plus puissante. Je suis un amplificateur. Par ma forme mouvante, qui peut onduler, faire des courbes, des cercles, fermés, ouverts, des vagues, je m'adapte à chaque situation et toujours dans le but de l'amplifier, de la magnifier voire de la sublimer. Et les animaux des autres chakras m'en sont reconnaissants car ils savent que je ne fais qu'amplifier leur médecine, leur puissance sans rien modifier. Je les respecte dans leur intégrité ; simplement, j'augmente le son pour qu'on puisse mieux percevoir la médecine de chacun.


Merci. Comment instaures-tu un partenariat avec les autres animaux de ce cercle ?

Ce sont des partenaires de combat. Le chemin est ouvert mais cela ne veut pas dire qu'il se fait tout seul, qu'il est forcément facile. Nous sommes tous les sept sur ce chemin et nous luttons pour continuer à l'ouvrir, pour le débroussailler chacun à notre manière ; moi, je m'occupe de la partie sous-marine. Je traque les algues envahissantes, gluantes, collantes, qui s'agrippent là où on ne le voudrait pas, ou qui ne parviennent pas à se décoller. Et tandis que je nettoie les fonds marins, les autres animaux s'occupent des autres parties. Voilà en quoi nous sommes partenaires.


Merci. Et comment les autres animaux te manifestent-ils le respect qu'ils te doivent, et que tu mérites en tant que souverain du deuxième chakra ?

Ils savent tout le travail que j'accomplis en silence, en toute discrétion et ils m'en sont très reconnaissants car aucun d'eux ne peut aller sous la mer. Ils sont donc très heureux que je me charge de ce travail, pas forcément toujours agréable, car je suis aussi pourchassée tandis que je fais ce travail. Certains trouvent peut-être que ce travail est inutile, voire qu'il remue trop le sable par terre, qu'il remue la vase. Et ces gens ont peur de la vase. Ils n'en voient pas toute la richesse, tout ce ferment, toutes les possibilités de résurrection qu'elle contient, ou peut-être les voient-ils trop. En tous cas, ils me pourchassent sans cesse, jusque dans le creux des rochers et ils ne me laissent pas toujours accomplir mon travail, c'est pour cela que quelquefois, ce travail semble long : c'est parce qu'il est souvent entrecoupé, gêné par l'ego des autres.


Merci. Cette forme te convient-elle pour accomplir ce que tu as à accomplir en tant qu'animal de ce chakra ?

Mon corps est totalement parfait mais il est vrai que [rires] mon visage est quelquefois lourd à porter à cause des regards qui se posent sur lui. Mais je ne veux pas céder à la facilité et même si je ne comprends pas toujours pourquoi ce visage, je sais qu'il est nécessaire de le porter à la face du monde. Je sais que je ne dois pas en avoir honte. Comme on voudrait me le faire croire... Je sais qu'il manifeste une beauté et qu'en tant que tel je dois l'aimer, non pas le porter comme une croix, mais apprendre petit à petit à l'aimer et à le chérir et je sais que je vais y parvenir.


Merci. Et maintenant, voudrais-tu dire quelque chose aujourd'hui à Anne, en général ou en tant que responsable de ce chakra ?

Je suis contente parce que je sens qu'Anne progresse dans le chemin de la souplesse, que petit à petit, elle se met à frétiller pour onduler, que les angles s'arrondissent et tout cela, c'est mon travail aussi en partie et j'en suis très fière. Je l'ai aidée et je continue bien sûr, à avancer comme une onde, une onde légère, pénétrante mais légère et non plus acérée comme elle a pu l'être. Et mon message c'est donc de continuer et bravo, bravo. »

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La Murène / Baleine :


Dimanche 26 juin 2005 (même exercice que précédemment) :


« Je suis... , j'ai une forme double : je suis une murène très longue, très grise, qui glisse, qui serpente, qui ondule, sur le sable près des côtes. Je me cache dans les rochers, on ne connaît pas ma longueur. Je suis insaisissable, vive, et au large, je prends la forme d'une baleine, immense, bleue, qu'on pourrait confondre avec l'océan tellement je suis géante, souple comme la murène, mais dans d'autres proportions et je fais corps avec la mer, ce qui fait qu'on peut aussi me voir comme une sorte de serpent. ... Je suis femelle.


C'est la médecine de l'ouverture des sillons, des sillons multiples, jamais rectilignes, la médecine des courbes, de la douceur, de la souplesse, de l'allongement, de l'étirement, dans tous les domaines, dans le corps, dans l'esprit, dans le cœur.

Je suis la reine des os (eaux) dans tous les sens du terme, je vais dans les profondeurs marines, là où les autres animaux ne peuvent pas aller. J'explore pour eux, à leur place, ces abysses noires, qui peuvent effrayer certains. Donc, c'est mon travail d'aller dans les fonds marins et de les nettoyer, de les aérer, de brasser, pour que toujours la vie germe, renaisse, pour éviter les stagnations mortelles, pour que l'océan soit vivant et riche de potentialités, de fertilités. Voilà.

Je les entoure. Je redouble le cercle. Je les entoure de mon corps souple qui peut former un cercle. Je les entoure, pour à la fois les contenir, les protéger, d'eux-mêmes, et oui, les contenir.


Ils ne s'approchent pas de moi car ils craignent la puissance de mon élément donc c'est un respect fait de distance mais d'une distance paradoxalement chaleureuse. Nous communiquons d'une manière subtile, par des ondes qui ne passent ni par l'eau ni par l'air. Et dans ces ondes que je reçois d'eux, je sens tout le respect qu'ils me manifestent : c'est un respect empreint d'amour, l'amour qu'on éprouve pour une mère enveloppante, mais de laquelle on n'ose plus trop s'approcher, peut-être parce qu'on a grandi. Voilà.


Tout à fait.


Je voudrais la féliciter d'avoir progressé dans la souplesse de son esprit. Elle est moins critique, elles fait moins de reproches, c'est bien, même s'il faut continuer encore. Et surtout, il faut aussi, maintenant, parallèlement travailler cette souplesse du corps qui fait défaut, accepter que les muscles, les os jouent librement. Ne pas craindre de se heurter, de tomber, acquérir cette souplesse physique. »


Dans mes voyages chamaniques ultérieurs ou lors de méditations, la Baleine est revenue fréquemment me visiter et m'a souvent engloutie, telle Jonas ou Pinocchio pour me permettre des renaissances toujours intéressantes. La Murène est plus discrète mais s'est toujours affirmée comme la Reine de Mu. »

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Littérature :


Nicolas Bouvier dans son récit de voyage intitulé Le Poisson-Scorpion (Co-Éditions Bertil Galland et Gallimard, 1982 ; Éditions Gallimard, 1996) raconte son approche de l'île de Ceylan (désormais Sri Lanka) :


Les prospectus assurent que l’île est une émeraude au cou du subcontinent.

L’Arcadie de voyages de noces victoriens qui ont fait date. Un paradis pour les ethnologues. Une occasion de voir le "Rayon vert" à des prix intéressants.

Moi, je veux bien. Mais trois mille ans avant Baedeker les premiers rituels aryens sont un peu plus circonspects. L'île est le séjour des mages, des enchanteurs, des démons. C'est une gemme fuligineuse montée du fond de l'Océan sous le règne de mauvaises planètes. Et plusieurs passages qui la citent sont prudemment introduits et conclus par cette formule :

venins de l'ichneumon

de la murène

et du scorpion

tourné vers le Sud

trois fois je vous réduis en eau.

On verra bien.

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Arts visuels :

Quartier Championnet à Grenoble, une vanité qui mêle le colibri à la murène :