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  • Anne

Le Héron cendré, héros du camouflage ?


Je marche seule sur la plage, les roseaux naissants à ma droite, les pins qui me dominent à gauche... Délicatement déposée sur le sable, une magnifique plume gris cendrée, toute fraîche décollée s'offre à moi.



Étymologie :

  • HÉRON, subst. masc.

Étymol. et Hist. Ca 1150 hairon (Thèbes, éd. L. Constans, 444). De l'a. b. frq. *haigro « héron », cf. l'a. h. all. heigir, m. néerl. heiger « id. ». Hairo est attesté au XIe s. en lat. médiév. (Acta Sanctorum, août, t. 3, p. 619b : hairones), cf. Arch. rom. t. 6, 1922, pp. 305-306.

Pour en savoir davantage, lisez la définition du nom.


Substrat celtique : Jacques Lacroix conclue ainsi son article intitulé "Celtique craro- : quand l'abeille devient héron" paru en 2010 dans La Nouvelle Revue d'Onomastique n°52 (https://www.persee.fr/doc/onoma_0755-7752_2010_num_52_1_1536),


"Faut-il en définitive traduire craro- par 'abeille' ou 'héron' ? Des indices concordants nous font préférer la seconde solution. Une série de mots celtiques construits sur la même base ancienne renvoient sans conteste au second animal. Le sens de 'héron' appliqué aux composés comportant craro- est plus satisfaisant pour la traduction. La présence de zones humides et d'oiseaux échassiers correspond bien aux lieux de découverte des différents théonymes et toponymes concernés. Enfin, les représentations artistiques (à quoi l'on pourrait ajouter les textes mythologiques) nous montrent que le héron a été très sacralisé par les Celtes, comme tous les oiseaux aquatiques. On pourrait objecter que la langue gauloise semble avoir déjà disposé, pour désigner le 'héron', d'un appellatif *curcio, qu'on trouverait à l'origine de noms de lieux en France. C'est une hypothèse qui a été émise avec vraisemblance par X. DELAMARRE (2003, p. 133). Si les deux appellatifs *craro et *curcio ont bien existé concurremment, ils pourraient cependant s'être faits à partir d'un seul radical à variante apophonique comportant une même base onomatopéique *ker-l*kor-l*kr-(du reste, X. DELAMARRE rapproche de *curcio le gallois crychydd, le vieux-cornique cherhit, le vieux-breton corcid, le breton kerc'heiz, le vieil-irlandais corr (même réf.), tous formés selon J. POKORNY sur cette racine) (IEW, p. 567-570). Il était fréquent dans les langues celtiques anciennes que des noms à formes voisines coexistent. Quand bien même les deux appellations seraient, en définitive, jugées sans rapports, la richesse des différentes espèces d'échassiers (aigrette garzette, grue, héron cendré ou bihoreau...) permettrait d'admettre la pluralité des appellations.

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Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheebrant, l'entrée "cigogne" est couplée avec celle du héron. On peut lire dans cette notice que :


"Bien que le Lévitique (11, 18-19) la qualifie d'immonde, la cigogne est très généralement un oiseau de bon augure. Elle est un symbole de piété filiale, car on prétend qu'elle nourrit son père vieillissant. On assure, en certaines régions, qu'elle apporte les enfants ; ce qui pourrait n'être pas sans rapport avec ses mœurs d'oiseau migrateur, son retour correspondant au réveil de la nature. Mais, dans la même perspective et pour la même raison, on lui prête le pouvoir, par son seul regard, d'être cause de la conception. On le dit semblablement, en Chine, du héron.

Le héron blanc est l'hiéroglyphe toltèque d'Atzlan, l'Atlantide, l'île primordiale. Le héron, la cigogne, l'ibis sont des oiseaux destructeurs de serpents. Ils sont donc les adversaires du mal, des animaux anti-sataniques, et en conséquence des symboles du Christ. Dans l’Égypte ancienne, l'ibis était un aspect de Thoth, personnification de la Sagesse, et le phénix, symbole du cycle solaire et de la résurrection, pourrait bien avoir été le héron pourpré. L'attitude de ces oiseaux, dressés immobiles et solitaires sur un seul pied, évoque naturellement la contemplation.

En Extrême-Orient, et notamment au Japon, la cigogne se confond aisément avec la grue, et apparaît comme un symbole d'immortalité.

Elle est tout au moins le symbole le plus courant de la longévité. On lui prête le pouvoir d'atteindre un âge fabuleux. Mais alors qu'elle arrive à six cents ans, elle ne mange plus, se contentant pour vivre de boire ; après deux mille ans, elle devient toute noire. Elle est, avec le lièvre et le corbeau, un animal cher aux alchimiste taoïstes.

L'opposition du héron au serpent comme du feu à l'eau se retrouve dans les croyances populaires du Cambodge : le héron amène la sécheresse ; perché sur la maison, il en présage l'incendie."

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Selon Jamie Sams et David Carson dans les Cartes médecine, Découvrir son animal totem (édition revue 1999, traduction française 2010 :


"La médecine du Héron est le pouvoir de la connaissance de soi que confère la découverte de ses propres talents et l’affrontement de ses défis. C’est l’habileté d’accepter toutes les pensées et tous les sentiments sans en refouler aucun. Le Héron plane au-dessus de ceux qui ne savent pas qui ils sont et où se trouve leur place en ce monde. En laissant tomber une simple plume bleue sur eux, le Héron leur demande de suivre leur intuition et de se lancer dans l’aventure de la réalisation de soi.

Si le grand Héron bleu a atterri dans vos cartes aujourd’hui, il vous invite à plonger dans l’univers fluide de vos sentiments afin d’en découvrir la vérité. Le Héron vous enseigne à développer vos talents de réflexion personnelle afin que vous puissiez vous connaître de façon intime. Lorsque vous vous regardez à travers la lentille déformante de la suffisance, la perception embrouillée d’une faible estime de soi ou la vision myope de l’apitoiement, vous ne pouvez réaliser votre plein potentiel et apprécier les occasions qui s’offrent à vous.

Le Héron vous demande de vous regarder froidement et de voir ce que vous aimeriez améliorer ou changer. Si vous vous embourbez dans la procédure c’est peut-être que vous êtes trop dur ou trop critique envers vous-même. Choisir de blâmer les autres ou de pointer du doigt les différentes épreuves de la vie plutôt que de revendiquer la responsabilité de vos gestes démontre un manque de courage face à cet ennemi intérieur.

Ceux qui pratiquent la médecine du Héron sont prêts à se regarder en face et à accepter leurs intentions, actions, sentiments, rêves, buts, forces et faiblesses intérieures. En équilibrant ces vérités, la médecine du Héron vous montre comment affronter vos faiblesses et comment continuer à développer ces talents qui vous mèneront vers la force intérieure et la certitude de votre but.

Êtes-vous prêts à plonger dans les profondeurs fluides de vos propres sentiments et à découvrir le rôle de votre essence spirituelle ? Le Héron vous convie à descendre plus profondément, à vous découvrir et à croire en votre voie. Comme le Phénix qui renaît de ses cendres, le Héron émerge des mondes invisibles de l’esprit vers un nouvel équilibre intérieur afin de réaliser son plein potentiel.

La splendeur de l’esprit humain réside dans la joie de la découverte, si vous avez le courage de suivre le grand échassier dans l’aventure. Le Héron vous rappelle que chaque voyageur sur le sentier de la vie est un messager, et que chaque destination est le début d’un nouveau cycle de vie dans la Grande Roue de Médecine.


A l’envers :

Surprise ! Si le Héron apparaît en sens contraire, il est peut-être temps de remonter à la surface pour respirer. Trop de réflexion personnelle peut devenir obsessionnel ou induire un morbide sens de l’humour. Si, après l’introspection, vous vous critiquez, attention ! Il est imprudent de noyer le sentiment de joie qui accompagne l’aventure de la découverte de soi. Vous avez peut-être souscrit à l’idée que la perfection est souhaitable. C’est ce que les marchands de rêves voudraient bien vous vendre mais cette attitude laisse très peu de place à l’humain. Désolé, vous apprendrez les plus grandes leçons de vie grâce à vos erreurs. Ne serait-il pas ennuyant si chacun n’était que le clone d’un humain idéal ?

Le Héron en sens contraire vous indique également qu’il est préférable de faire preuve de discernement dans notre désir de changer. Il y a plusieurs niveaux de vérité et il est impossible d’atteindre la plénitude dès le premier plongeon. Vous tombez à plat lorsque vous devenez critique, rigide et unidimensionnel. Si vous plongez profondément dans vos sentiments, vous en ressortirez renouvelé. Mais si vous êtes trop critique et que vous faites la planche à la surface de l’eau, vous ne ferez que vous décourager. Le Héron vous rappelle de plonger profondément mais de ne pas retenir votre souffle dans l’attente de l’illumination totale et instantanée. Si vous ne refaites pas surface pour respirer, les sentiments de l’ensemble de l’humanité et l’infinie profondeur de l’éternité auront tôt fait de vous noyer.

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Il existe quatre espèces principales : le héron bihoreau, présent dans le monde entier, le héron crabier, que l'on trouve surtout dans le sud de l'Europe et en Afrique du Nord, le héron cendré, qui vit dans presque toute l'Europe, et le héron pourpré, dont la population couvre le sud-est de l'Europe, mais que l'on voit aussi dans le sud-ouest de la France et au Portugal. Ce sont surtout les hérons cendrés et pourpré que nous connaissons bien. Un peu plus grands qu'une cigogne, ils vivent essentiellement dans les marais et près des étangs. La femelle pond 3 ou 4 œufs chaque année, entre les mois de mars et de mai, mais le mâle contribue à la couvaison durant environ 28 jours. Les hérons trouvent leur nourriture parmi les poissons, les grenouilles, les reptiles, les mollusques et les insectes. Dès les premiers jours du mois d'octobre, ils s'envolent vers l'Afrique, d'où ils ne reviennent qu'au mois de mars suivant.

Une légende de la mythologie grecque se rattache au héron. Il s'agit de la légende de Scylla, fille de Nisos. Par amour pour Minos, le roi de Crète qui convoitait le royaume de Nisos, elle trahit son père. Minos fut donc vainqueur de Nisos et s'empara de sa patrie, grâce à Scylla. Toutefois, il ne tint pas promesse de l'épouser et, horrifié par sa trahison envers son père, il l'enchaîna à la proue de son navire de guerre. Les dieux de l'Olympe ayant pitié d'elle la sauvèrent de la noyade et la transformèrent en héron. Dès lors, elle put s'envoler librement vers le ciel. Depuis, le héron symbolise à la fois la passion aveugle, la trahison et la rédemption. Par ailleurs, en observant cet oiseau fouiller les marais de son long bec pour chercher sa nourriture, nos ancêtres en ont fait le symbole vivant de la curiosité, mais aussi de l'indiscrétion."

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D'après Madonna Gauding, auteure de Animaux de pouvoir, Guides, protecteurs et guérisseurs (Octopus Publishing Group 2006 ; traduction française : Éditions Véga, 2006) :


Guide d'interprétation

En tant que symbole onirique

Équilibre ; Grâce ; Agilité ; Solitude ; Intuition ; Dignité ; Confiance en soi.


En tant que gardien ou protecteur

Protège contre l'insécurité ; Met en garde contre l'insécurité.


En tant que guérisseur

Soigne l'équilibre physique ; Favorise la tranquillité et la quiétude.


En tant qu'oracle ou augure

Suivez votre propre voie ; Occasions professionnelles.


Mythes et contes

En Égypte, le héron était associé au dieu Osiris et identifié à l'oiseau Benou.


Si le héron est votre animal de pouvoir

Les autres vous surprennent seul, immobile, plongé dans vos pensées. Ils admirent votre indépendance et équilibre émotionnel. Quoi qu'il se passe autour de vous - demandes des amis, embouteillages - vous respectez toujours votre rythme personnel. Votre nature émotionnelle est forte. Au travail, vous combinez vos sentiments cachés et votre passion avec votre considérable ambition visant l'atteinte de vos buts. Bien qu'altruiste, vous savez profiter des situations. Solitaire et indépendant, vous appréciez votre propre compagnie. Vous évitez le travail régulier et préférez essayer toutes sortes d'emplois. Vous rayonnez le pouvoir silencieux et la grâce élégante et incarnez l'équilibre émotionnel et physique. Cet équilibre exquis est le cadeau que vous offrez au monde.


Demandez au héron de vous aider

- à apprendre à vous concentrer et à méditer

- à éliminer tout apitoiement sur vous-même

- à saisir l'occasion qui se présente.

Accéder au pouvoir du héron en

- pataugeant dans une mare ou un lac peu profond

- faisant quelque chose d'inédit pour vous.


Le héron semble endormi, puis bouge comme l'éclair, attrapant sa proie dans son long bec. Êtes-vous préparé à réagir rapidement lorsqu'une occasion d'affaires apparaît ou un nouvel emploi que vous aimeriez est proposé


Élément Air."

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Symbolisme celte :

Dans La Nouvelle Revue d'Onomastique n°52, parue en 2010, Jacques Lacroix propose un article intitulé "Celtique craro- : quand l'abeille devient héron" (https://www.persee.fr/doc/onoma_0755-7752_2010_num_52_1_1536), dans lequel il précise que :


Aujourd'hui, en France, les zones de marais salants sont assidûment fréquentées par des oiseaux aquatiques, en particulier des hérons et des grues (les marais salants de Batz-sur-Mer et de Guérande regorgent d'aigrettes). A Lattes (Hérault), les prés salés sont le refuge de nombreux oiseaux, dont des hérons garde-bœufs et des hérons cendrés. Les lacs salins naturels du Midi - dont on exploitera les richesses à l'époque gallo-romaine - devaient aussi être jadis le lieu de séjour de multiples échassiers (ils y vivent encore nombreux).

Leur présence a pu être sacralisée : à l'instar d'autres peuples antiques, les Celtes ont lié les oiseaux aux dieux, dont ils étaient censés être les messagers (DU VAL 1976, p. 53-54 ; LACROIX 2007, p. 107-113). Dans de nombreuses traditions, le héron est un oiseau d'eau sacré. Il aura suscité des images de majesté, de vigilance, de maîtrise, d'intelligence supérieures (très sculptural dans son profil, hiératique, doté d'une ouïe et d'une vue très développées, il attend immobile sa proie, aussi longtemps qu'il le faut, campé droit sur ses pattes). Son départ hivernal pour de longues migrations le reliait à l'idée de voyage au loin, de mort et d'au-delà (n'emportait-il pas les âmes des défunts ?) ; mais son retour régulier à chaque printemps l'attachait aussi à l'idée de naissance, de nouvelle existence (la légende germanique des cigognes apportant les nouveau-nés doit appartenir à ce fonds commun de légendes) : il pouvait symboliser le renouveau perpétuel de la vie.

On retrouve l'animal évoqué dans une série de textes mythologiques des anciens pays celtiques (ROSS 1961, p. 422-434) ; mais son image parfois négative a dû subir une dévalorisation chrétienne. Plusieurs représentations d'oiseaux aquatiques figurent sur des équipements militaires gaulois : hérons du bouclier de l'Arc d'Orange (avec le nom Catus gravé), cygne du casque de Tintignac, tête sculptée de déesse avec un casque au cimier en forme de cygne à Kerguilly (Finistère), couvre-joue du casque de Carniole à décor de petites aigrettes, etc. (ESPÉRANDIEU 1907, p. 199 ; ROSS 1961, p. 414-417 ; DUVAL 1976, p. 54 ; MAN1QUET 2009). Protégé par ces oiseaux divins, qui l'emporteraient sûrement vers l'Au-Delà, le guerrier ne pouvait craindre de risquer la mort au combat. [...]

Deux bas-reliefs gallo-romains montrant des échassiers ont aussi été retrouvés à Narbonne, dont la région est parsemée d'étangs salins (ESPÉRANDIEU 1907, n° 569 et 570 ; ROSS 1961, p. 416 et 419 ; DELLONG 2002, p. 263). L'une de ces représentations donne à voir une grue ou un héron parlant à l'oreille d'une figure humaine : lui transmettant peut-être un message des dieux. Salsocrarus, près de la bordure méditerranéenne, a pu être révéré comme le divin « Héron-des-Eaux-Salines ». Une série de divinités gauloises tirent leur dénomination d'un nom d'animal (qu'on songe à Artio, Damona ou Epona). Le héron a pu être associé à un dieu.

Dans le même département de l'Hérault, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Fouzilhon, sur la commune de Roquebrun, une autre dédicace à nom en -crarus nous est connue. [...] A nouveau, on a affaire à un dieu prié sous l'apparence d'un héron, oiseau sacré offrant peut-être à l'homme l'espoir de gagner l'Au-Delà. L'endroit où est conservée la pierre (assez proche, on peut le penser, du lieu de découverte, car le tronçon de colonne doté de sa base carrée devait être malaisé à transporter) se situe à 2 km au sud est de Roquebrun : dans la chapelle de l'ancien prieuré de Saint-André. Elle est implantée près d'une courbe du cours moyen de l'Orb (là où le Ruisseau de Cabrillo donne ses eaux au fleuve côtier). On peut risquer l'hypothèse que le prieuré chrétien ait succédé à un lieu de culte païen (dont il aurait récupéré le potentiel de croyances), même si archéologiquement rien n'a été prouvé. Rencontre d'eaux sacralisées, jadis sous la tutelle d'une divinité ? D'autres raisons paraissent s'ajouter. Le long de la vallée de l'Orb (et de ses affluents), la présence de hérons est signalée : les peupliers, saules et autres aulnes qui bordent le cours d'eau sont le refuge d'oiseaux migrateurs (hérons cendrés, flamants roses, hérons blancs, aigrettes garzettes. . .). [...] L'Orb pouvait être jadis le lieu de vie d'oiseaux aquatiques comme il l'est aujourd'hui : Diocrarus paraît donc bien avoir été le « Héron-des-Eaux-Divines », qu'on venait prier en ce lieu.

[...]

Mais on n'exclura pas que le nom divin d '*Albocrarus, le 'Héron-Céleste', le 'Héron-du-Monde-Lumineux-d' En-Haut', soit à mettre en relation avec les passages réguliers d'oiseaux échassiers dans le ciel, observés au moment des migrations vers le Sud (et à leur retour, traçant vers le Nord), phénomène mystérieux, qui semblait commandé par des raisons supérieures, et qui justifierait pleinement le nom divin de 'Héron-du-Monde-Lumineux-d'En-Haut'. Cet oiseau a un vol majestueux très caractéristique, assez lent et puissant, avec de grands battements d'ailes ; il n'a pu manquer d'impressionner les hommes et de susciter un lien au sacré.

[...]

On n'exclura pas que le sens topographique [de Novencraris] ait pu être aussi mythique : les oiseaux étaient considérés comme des guides ouvrant le bon chemin. Dans L'Iliade d'Homère, la déesse Athéna dépêche auprès d'Ulysse et Diomède un héron, afin de les conduire dans la bonne direction ; elle en envoie aussi un aux marins du navire Argo, pour leur montrer l'itinéraire à suivre (LE QUELLEC 1996, p. 1 17).

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Selon Gilles Wurtz, auteur de Chamanisme celtique, Animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres (Éditions Véga, 2014) :


"Le héron cendré peut mesurer jusqu'à 95 centimètres pour une envergure de 1, 85 mètre. Il a la particularité de voler le cou replié en S, à la différence des autres échassier comme la cigogne et la grue qui volent le cou tendu. Le héron cendré se nourrit de poissons - dont il digère les arêtes - ainsi que d'autres petits animaux, aquatiques ou terrestres : batraciens, reptiles, mollusques, insectes, crustacés et même des petits rongeurs - dont il régurgite les poils par petites pelotes.


Applications chamaniques celtiques de jadis

Le héron cendré sait se monter très patient pour attendre le bon moment pour frapper. Quand la proie passe à la portée de son bec, il étend le cou à une vitesse fulgurante et l'attrape en une fraction de seconde. Les Celtes s'inspiraient du comportement du héron sur le champ de bataille. Ils combattaient nus pour être plus rapides et précis que leurs adversaires alourdis et ralentis par des protections souvent massives. Ces deux atouts les rendaient redoutables et extrêmement efficaces sur le champ de bataille. De plus, leur nudité provoquait le trouble chez les combattants adverses qui, effarés, croyaient que ces guerriers nus bénéficiaient d'une protection naturelle invisible.

Lorsque les guerriers celtes s'exerçaient à l'art de la guerre, ils travaillaient régulièrement avec les esprits de différents animaux. L'esprit du héron leur apprenait à aiguiser cette qualité de rapidité et de précision dans l'exécution du geste.

Ce comportement rapide et précis du héron était également très souvent utilisé pour la chasse. Les chasseurs, comme les guerriers, pratiquaient souvent la métamorphose avant la chasse, ou le combat, pour rester centrés, concentrés pour être capables de porter le coup fatal, rapide et précis, qui paralyserait la proie ou neutraliserait l'adversaire.


Applications chamaniques celtiques de nos jours

La rapidité et la précision du héron sont indispensables dans de nombreuses disciplines sportives. Et certains arts martiaux s'inspirent de qualités et comportements exemplaires d'animaux. Nous pouvons faire de même grâce à notre pratique chamanique, car beaucoup de situations, professionnelles ou non, requièrent de nous cette maîtrise, cette précision : cette concentration sur notre but. Un travail chamanique celtique avec l'esprit du héron peut nous aider à ancrer en nous cette qualité de rapidité efficace, cette précision imparable.


Mots-clefs : La rapidité ; La précision."

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Littérature :


Dans Un lieu incertain (Éditions Viviane Hamy, 2008) comme dans tous ses romans, Fred Vargas utilise souvent la métaphore animale pour brosser le portrait de ses personnages :


Ainsi d'un des adjoints du commissaire : "En réalité, Adamsberg n'était pas en train de réfléchir mais de se dire que Mordent avait tout à fait l'allure du héron qui vient de trouver un poisson et le serre dans son bec, encore tout heureux de sa prise rapide. En l'occurrence Emile. [...]

Cette fois, Mordent sourit. Il est sur du solide, pensa Adamsberg, il attaque le poisson au ventre. A mieux le regarder, Mordent avait mauvaise figure. creusée, du violet sous les yeux jusqu'au milieu des joues. [...]

Adamsberg attrapa Mordent sous un bras, Danglard se posta sur son autre flanc. Le commandant les regarda tour à tour comme un grand vieux héron piégé par la police des polices. Comme un grand vieux héron ayant perdu son prestige et ses plumes, condamné à la pêche honteuse et solitaire. [...]

Le bras du commandant s'agita à peine sous les doigts d'Adamsberg. Un vieux héron totalement à bout de forces. Adamsberg l'assit entre eux comme on lâche un ballot. [...]

- C'est foutu, hein ? marmonna Mordent. Normal, ajouta-t-il en relevant ses mèches grises, tirant son cou hors de sa chemise, avec ce mouvement d'échassier que lui seul savait faire."

Dans L'Armée furieuse (Éditions Viviane Hamy, 2011) de Fred Vargas, on retrouve Mordent qui "donn[e] une secousse rapide à son long cou maigre, ce qu'il faisait chaque fois qu'il lançait un commentaire, comme pour marquer le coup. L'allure de Mordent rappelant celle d'un vieux héron déplumé, ce geste évoquait toujours pour Adamsberg un gloussement de l'oiseau avalant un bon poisson. Si tant est que le héron fût un oiseau et le poisson un poisson."

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La flamme du héron s'échevelle

dans la rosée du matin

Son vol bas et silencieux au-dessus de l'eau

Allume des reflets dans la rivière

La lumière de l'été brille en s'amplifiant

Le héron chasse ; le saumon passe

Et moi, les pieds dans l'eau ;

Je bois à pleins poumons

L'eau vive de la cascade

Qui me tombe sur la tête

Comme un grand coup de tonnerre

Comme un orage éblouissant

Tranquille pourtant, le héron perche au milieu de l'eau.

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