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  • Anne

L'Abeille

Documentaire très intéressant sur les abeilles qui permet de mieux comprendre la puissance de cet insecte quand il devient animal de pouvoir !

A voir en replay ou demain samedi 18 juillet à 22 heures sur Public sénat : "Miel en banlieue" réalisé par Florent Kolandjian et Adrien Urbin et produit par Images et solidarité.

Étymologie :

  • ABEILLE, subst. fém.

Étymol. − Corresp. rom. : a. prov., port. abelha ; ital. pecchia ; esp. abeja ; cat. abella. 1re moitié xive s. « insecte qui produit le miel et la cire » (Établ. de St Louis, appendice, éd. P. Viollet, t. II, 488, n. 36, ms. I : de mouchees. I. [id est] abueilles pardues et de leur sorte, sete, sans perdre ; local. : centre de la France); 1352 (Gloss. lat.-gall. ex. cod. reg. 4120 ds Du Cange s.v. abeilla : alveolus [ruche] = abeles). Empr. de l'a. prov. abelha « id. » dep. 1268 (Livre de Sydrac, fol. 117 ds Rayn.), du lat. apicula, cf. sup. ital. et lang. hisp. (lat. apicula « abeille », du domaine prov., continuation du lat. apicula, Plaute, ou, strate rom. superposée à un sous-sol apis, voir Meyer-L. ds Lit. Blatt, XL, no11-12, pp. 371-386 et Jud ds Arch. St. n. Spr., CXXVII, 1911, 419-421). La répartition des types dans le domaine gallo-rom., établie par Gilliéron (Généalogie des mots qui désignent l'abeille et Pathologie et thérapeutique verbales) reflète les réactions opposées aux collisions homon. subies par les représentants du lat. apis, du type a. fr. ef (puis é), plur. es (dep. début xiie s. Ps. d'Oxford, éd. Fr. Michel, 117, 12 ds T.-L.) s.v. es : Avirunerent mei sicumees, [circumdederunt me sicut apes] (cf. vegl. guop, ital. ape, log. abe, frioul. af, gröd. eva). S'étendant d'abord à toute la France septentr., l'emploi de ef se limite à la Flandre fr. (Corblet : ès « abeille ») et à une partie des îles anglo-norm. (plus l'estuaire de la Gironde dans domaine d'oc). Ef est remplacé en fr. par mouchette (demeuré en lorr. cf. Zéliqzon, Dict. pat. rom. Moselle, mohhate « abeille ouvrière », et en fr.-comtois, cf. Monnier, Vocab. ... Séquanie, Mouchetè, s. f. « Abeilles, petites mouches » Montagnes du Doubs et Contejean, Gloss. Montbéliard, Môtchotte « abeille »), attesté en Lorraine dep. févr. 1291 (Coll. de Lorr., Not. des mss., XXVIII, 224 ds Gdf. s.v. troigh : troigh de mouxates « essaim d'abeilles »). Mouchette serait issu de mouche-ep (Gilliéron) (ep par influence de guêpe sur é, FEW; par latinisation de é d'apr. apis, E. Gamillscheg, Z. rom. Philol., XLIII, 529), hyp. controversée par Jaberg (Rom. 46, 121 : mouchette, dimin. de mouche). Mouchette aurait eu ensuite pour successeurs mouche à miel (attesté dep. 1422, dans la lang. litt. : Alain Chartier, Quadrilogue invectif ds Littré s.v. essaim : Les mouches à miel, qui chascune en leur exain ... et dominant encore dans les dial. septentr., cf. Corblet : mouches « mouches à miel ») puis abeille par l'intermédiaire de mouche-abeille (Gilliéron; contesté par Meyer-L., op cit.). − Abeille l'emporte sur son concurrent momentané avette (dimin. de af, ef), formé en Anjou. (Cf. Ronsard, Odes, II, 7 ds Hug. : Et du miel tel qu'en Hymette, La desrobe-fleur avette Remplit ses douces maisons). Forme rég. représentée par fr.-prov. aveille (dep. xives. ds Du Cange s.v. avillarium ; voir Terracher ds Mél. Thomas, 1927, pp. 445-446). Répartition types apis, apiarium, apicula dans la Romania, voir Jud., Op. cit.


HISTORIQUE I.− Pas de sens disparus av. 1789. II.− Hist. des sens attestés apr. 1789.

A.− Sém. A I − 1. Accept. 1, grande stab. dep. la 1re moitié du xiv e s. cf. étymol. et aussi : − 2e moitié du XIVe s. : Que toutes les aboilles qui seront trouvees en la forest de Nichier seront amadame. Tit. de la mais. de Sully [1369], (Gdf.). − xves. : Le suppliant et Colin Vallee trouverent une bezanne d'abeulles, la leverent, et en prirent tout le couppeau et miel de dedans. A. N. JJ 190, pièce 69 [1460], (Gdf.). −xvies. : Dessus cest arbre par moult grandes merveilles se posa lors une turbe d'abeilles. Oct. de Sainct-Gelays, VIIe liv. de l'Énéide [1540], 60 vo., (Quem). − xviies. : Comme on voit les frelons, troupe lâche et stérile, Aller piller le miel que l'abeille distille? Boil., Sat., Le départ du poète, 1966, (Rob.). − xviiies. : Qu'importe au genre humain que quelques frelons pillent le miel de quelques abeilles Volt., Lett. 30/8/1755, (DG). 2. Accept. 2, le 1ersens fig., ,,par allusion à la douceur du miel``, est mentionné pour la 1re fois ds Fur. 1701 : Abeille, se dit quelquefois figurément de ceux qui parlent, ou qui écrivent élégamment. Xénophon a été la Muse et l'Abeille Athénienne, à cause de la douceur de son stile. Mle Sc. Les ex. de l'art. sém. montrent que le mot d'abord devenu nom propre qualificatif (« surnom ») est devenu ensuite chez qq. auteurs un nom commun à valeur symbolique désignant une catégorie d'écrivains. Le sens fig., terme d'affection, n'est apparu qu'au xxes. (cf. sém. B 2).

B.− Sém. B (technol.). − A partir du xviiies. apparaît une série de sens techn. (les uns p. anal. avec la forme de l'insecte ou de son alvéole, les autres par référence aux diverses qualités de l'abeille) ; ils sont cités ci-dessous dans l'ordre chronol. de leur apparition. 1. Astronomie : Abeille est l'une des douze constellations australes qui ont été observées par les modernes depuis les grandes navigations. Oz. Fur. 1701. 2. Héraldique : Abeille, symbole de l'autorité impériale. Ac. Compl. 1842. − Rem. On sait que l'abeille, symbole du travail, fut adoptée comme emblème par Napoléon Ier (qui voulait aussi rattacher par là la dynastie qu'il venait de fonder à la première qui eut régné sur la France, l'abeille ayant déjà été l'emblème des Mérovingiens). 3. Titre de sociétés et de périodiques : Mich., Journal, 1857, (cf. sém.). 4. Joaillerie : épingle-abeille, attesté en 1858 (cf. sém.) ; abeille continue à s'employer au xxes. (Ph. Hériat, Les enfants gâtés, 1939, IV, 3). 5. Danse : Pas de l'abeille, danse lascive de l'Égypte. La Châtre 1865. 6. Text. dans l'expr. tissu ou serviette nid(s)-d'abeilles que le DG définit ainsi : ,,Travail d'un tissu qui ressemble aux cellules d'une ruche.`` 7. Autom., aviat., abeille appliqué à ces techniques (début du xxes.?) n'est empl. que dans l'expr. radiateur en nids d'abeilles (cf. sém.). 8. Arg., « fille galante » (Bruant 1901). 9. Milit. « petit éclat d'obus », Esn. Poilu 1919. 10. Ébénisterie, apparaît ds Lar. 20e: Bois d'abeille, nom donné à un bois dur, très apprécié en ébénisterie, et qui provient de la Guyane, des Indes et des Iles de la Sonde. − Rem. Pour la répartition géogr. des appellations de l'abeille, cf. les travaux de Gilliéron et FEW s.v. apicula et musca.

  • AVETTE, subst. fém.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1. Ca 1170 evete « abeille » (B. de Ste Maure, Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 335 : Dunc autresi com les evetes De lor diverses maisonnetes Gitent essains granz e pleners) ; 2. 1385 avette (Cout. d'Anjou et du Maine, 1, 216, Beautemps-Beaupré ds Quem., s.v. abeille : Cil qui emble avettes, que l'on appelle eps en France et veilles en Poitou, l'en li doit crever les œilz) ; souvent attesté au xvie s. ; qualifié de ,,vieux mot`` dep. Fur. 1690 ; bien attesté dans les dial. mod. du Nord-Ouest : norm. (Moisy), ang. (Verr.-On.), v. FEW t. 252, p. 11b. À noter également dans les mêmes régions la forme apette. 1 dér. de l'a.fr. ef (abeille*) ; suff. -ette* (EWFS2, REW3). 2 du lat. vulg. *apitta (dimin. du lat. apis) (DG, Dauzat 68) corresp. dans le nord du territoire gallo-roman, au type apicula, en usage dans le sud, v. abeille.

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Éthologie :


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Zoologie :


Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt s'intéresse à la communication chez les animaux et chez les plantes, et en particulier à la toxicité des poisons qu'ils produisent :


Comparée à ce redoutable palythoa, la force de frappe des hyménoptères piqueurs (abeilles, guêpes, frelons) paraît dérisoire. L'apamine et la mélitine, les deux poisons spécifiques du venin d'abeille, ont une toxicité de l'ordre de 3.5 à 4 mg/kg chez la souris, soit deux mille fois moindre que celle de la palytoxine.

[... Il s'intéresse également à la production des phéromones : ]

Ce jeu subtil des synergies et des inhibitions se retrouve également chez les hyménoptères. On sait que chez les abeilles, des ouvrières, attirées par la substance royale des reines, lèchent le corps de celles-ci et ingurgitent ainsi des substances actives, parmi lesquelles cette fameuse substance dont la structure chimique est aujourd'hui connue. Par ce procédé la reine se réserve l'exclusivité de la ponte, la substance royale bloquant le cycle ovarien des ouvrières. Cette même substance inhibe la construction de cellules royales, condamnant les ouvrières à n'édifier que les alvéoles ordinaires de la ruche. Enfin, la substance royale contribue à attirer les mâles vers la reine lors des rares sorties de cette dernière.

Voilà donc une phéromone qui exerce tout à la fois un rôle social et un rôle sexuel. Ici encore, les phénomènes de synergie jouent à fond, car la substance royale est d'autant plus active qu'elle est accompagnée d'autres constituants issus des glandes mandibulaires de la reine. Ces mélanges présentent la particularité que leurs constituants - notamment des acides - n'ont aucune efficacité lorsqu'ils sont utilisés à l'état pur, et ne manifestent leur activité que dans des formules synergétiques. Preuve à nouveau - c'est trop peu dit pour ne pas mériter d'être répété - que le tout est bien plus que la somme des parties.

L'attraction qu'exerce la substance royale est ensuite transmise à d'autres ouvrières qui pratiquent entre elles une sorte de bouche à bouche, après avoir léché la reine, pour communiquer à toute la colonie les phéromones ainsi prélevées. Autre mode spectaculaire de communication et de transmission de messages chimiques : on colporte la substance royale comme in chuchote des nouvelles...

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Selon Joël de Rosnay, auteur de La Symphonie du vivant, Comment l'épigénétique va changer votre vie (Éditions Les Liens qui libèrent, 2018) :


"Notre intérêt pour les abeilles ne date pas d'hier. Dans la Grèce antique, le venin d'abeille était déjà utilisé comme remède antidouleur. Le philosophe grec Démocrite, mort à 109 ans, vers 370 ac. J. C., tout comme son compatriote le poète Anacréon, décédé à l'âge de 115 ans, n'attribuaient-ils pas leur longévité à la consommation du miel ? Outre les vertus médicinales de cet insecte, ce sont plus encore ses capacités surprenantes et ses comportements sociaux très élaborés qui fascinent depuis toujours les chercheurs du monde entier.

Le naturaliste suisse François Huber (1750-1831) fut le premier scientifique à comprendre que la reine de la ruche était fécondée dans les airs. Il découvrit également le rôle des antennes et l'origine de la cire d'abeille. Il démontra que les larves nourries à la gelée royale par les abeilles nourricières se transformeraient à coup sûr en reines. Il ouvrit ainsi la voie à des générations de passionnés qui dévoileraient à leur tour les fantastiques performances de ces insectes pleins de ressources.

Dans leur laboratoire de l'université de l'Arizona, aux Etats-Unis, Andrew Feinberg et Gro Amdam réalisent avec leurs étudiants Brian Herb et Florian Wolschin de singulières expériences. En comparant les cerveaux d'abeilles butineuses (en quête de fleurs et de nourriture) et ceux de nourrices. Herb constate des différences dans les niveaux de "méthylation" de 155 gènes. La méthylation, comme nous le verrons, est le processus permettant d'activer ou de désactiver certains gènes à partir d'un même génome (l'ensemble des gènes de l'organisme) sans le modifier.

Lorsque Florian profite de l'absence des butineuses pour retirer les nourrices des ruches, quelle n'est pas sa surprise de constater que la moitié des butineuses se sont métamorphosées en nourrices ! Cette métamorphose est d'autant plus intéressante que l'aspect physique et les comportements des nourrices et des butineuses sont extrêmement différents et font appel à des compétences particulières.

Au cours de cette transformation des butineuses en nourrices, les niveaux de méthylation ont été modifiés dans 107 gènes. Il est à noter que ces gènes interviennent dans la régulation d'autres gènes qui entraîneront des changements physiques et comportementaux. Plus étrange encore, ces transformations sont réversibles. Si l'on tente l'expérience inverse en faisant disparaître les nourrices, on s'aperçoit que les butineuses retrouvent leur état d'origine.

Ces travaux sont une parfaite illustration des changement "épigénétiques" : une information extérieure (la disparition des nourrices) déclenche le processus de méthylation. A partir d'un même code génétique, ce processus permet de réguler l'activité des gènes des butineuses de façon à faciliter ou empêcher l'expression de certains d'entre eux. Dans le cas qui nous occupe, la méthylation a donc permis de compenser la perte d'une caste d'abeilles par l'apparition d'une autre (des nourrices devenant butineuses, et inversement). Brian et Florian ont été les premiers à démontrer que le comportement des abeilles était réversible, de même que la méthylation.

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[...] Savez-vous que les larves d'abeilles naissent toutes avec le même ADN, comme les jumeaux monozygotes génétiquement identiques ? Elles possèdent exactement le même patrimoine génétique, et pourtant certaines d'entre elles seront reines alors que d'autres deviendront ouvrières. Quelle est donc la clé de ce mystère ?

Des expériences menées en laboratoire ont mis en évidence l'influence de la nutrition sur le développement des larves; On sait depuis longtemps déjà que la gelée royale a pour effet de diminuer la méthylation de l'ADN. Des chercheurs sont allés plus lin en étudiant l'impact de l'apport en gelée royale sur une durée plus ou moins longue. L'alimentation allait-elle engendrer des différences significatives ? Ils ont observé que des larves nourries pendant au moins cinq jours avec de la gelée royale se transformaient systématiquement en reines. Soumises au même régime alimentaire pendant trois jours maximum, 55% des larves de la colonie devenaient ouvrières, 25% intercastes (faux bourdons) et seulement 20% reines. Selon qu'ils recevront ou non un repas de roi - ou plutôt de reine -, certains gènes vont s'exprimer pour produire une abeille plus grosse et capable de vivre plus longtemps que les autres. Au cours de sa vie royale, qui peut durer quatre ou cinq ans, la reine se consacrera presque exclusivement à la ponte. Les ouvrières, elles, petites, très mobiles et stériles, ne vivront que quelques semaines, mais participeront à des activités beaucoup plus variées.

Des recherches récentes indiquent que, outre la gelée royale, d'autres facteurs nutritionnels interviennent dans la transformation des larves en reines, notamment l'acide coumarique, une substance phytochimique présente dans de nombreuses plantes et de nombreux fruits.

Une expérience fondatrice, réalisée en 2008 par des chercheurs australiens, a démontré que la suppression d'une enzyme nécessaire a la méthylation de l'ADN (l'ADN méthyltransférase) modifiait le destin des larves. Il apparaît que, privées de cette enzyme déterminante, les larves, nourries comme les futures ouvrières qu'elles étaient destinées à devenir, se sont transformées en reines. Bien qu'ayant reçu du miel et du pollen, elles se sont comportées comme si elles avaient été nourries avec de la gelée royale !"

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Croyances populaires :

Selon Jean Baucomont, auteur d'un article intitulé "Les formulettes d'incantation enfantine", paru dans la revue Arts et traditions populaires, 13e Année, No. 3/4 (Juillet-Décembre 1965), pp. 243-255 :


La tradition orale se perpétue dans le folklore de la vie enfantine. […] Une des catégories les plus curieuses de ces formulettes est celle des formulettes d'incantation.

L'incantation, nous disent les dictionnaires, signifie étymologiquement : un enchantement produit par l'emploi de paroles magiques pour opérer un charme, un sortilège. Le recours à l'incantation postule une attitude mentale inspirée par l'antique croyance au pouvoir du verbe, proféré dans certaines circonstances.

[…]

« L'incantation, dit Bergson, participe à la fois du commandement et de la prière. »On constate effectivement, que la plupart des formulettes d'incantation comportent à la fois une invocation propitiatoire : promesse d'offrande en cas de succès et une menace de sacrifice expiatoire, d'immolation en cas d'échec. Ce qui est proprement le caractère de l'opération magique traditionnelle.

[…]

Loge, ma belle, loge. (Vendée)

Bella belle paousa-te (Gard)


Se disent, par les enfants, qui frappent dans leurs mains ou sur une casserole quand ils voient passer un essaim d'abeilles.

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Selon Grażyna Mosio et Beata Skoczeń-Marchewka, auteurs de l'article "La symbolique des animaux dans la culture populaire polonaise, De l’étable à la forêt" (17 Mars 2009) :


"L’abeille - insecte volant, produisant du miel et de la cire, était nommée dobry robacek - bonne bête - ou même święty robacek - sainte bête -, ce qui exprimait l’admiration pour son utilité et son assiduité au travail. Sa nature la situait entre le monde des mortels et le domaine appartenant à l’ordre du sacré. La conviction assurant la relation de l’abeille avec le ciel est exprimée entre autres par les paroles suivantes : “Le miel tombe des nuages, c’est Dieu qui cause tout ça, il tombe sur les feuilles, sur les fleurs, et les abeilles le ramassent” (Olędzki 1961 : 42). L’origine de la cire, qui servait entre autres à la production des chandelles pour les autels ou des objets votifs, était dérivée de la rosée céleste. Le sommeil hivernal de l’abeille la reliait au domaine de la mort. Il était interdit de la tuer, elle imposait un comportement de grande estime et délicatesse. On disait que l’abeille “travaille à la gloire de Dieu et au profit des hommes” (Dworakowski 1964 : 207). Elle ne “crevait” pas, mais elle “mourait”, ou “s’endormait” (Olędzki 1961 : 39-40, Grybel, Madzik 1965 : 121). On conversait avec les abeilles. L’essaim était informé de la mort de l’apiculteur et réveillé au moment de ce décès. Ceci par la crainte que les abeilles ne se réveilleraient pas elles non plus, comme leur patron. On croyait que l’apiculteur devait “vendre le rucher avant la fin de sa vie (...), parce que le restant de la famille n’aura plus d’aussi bons résultats et les perdra. Les abeilles réussissent encore moins bien chez quelqu’un qui les achète après la mort du propriétaire précédant” (Kolberg 1962b : 150). De même le voleur d’un essaim ne pouvait s’attendre à ce qu’il prospère, il pouvait même perdre les abeilles qu’il possédait. Les apiculteurs et leurs précurseurs nommés bartnicy - éleveurs d’abeilles sauvages -, étaient considérés comme des sorciers, surtout lorsqu’ils avaient du succès dans leur travail. On les soupçonnait d’employer dans ce but diverses opérations magiques, parmi lesquelles le sacrilège consistant à placer dans la ruche une hostie prise en secret. Des propriétés magiques étaient accordées aux ruches faites de troncs évidés, aux formes anthropomorphes (par exemple de Saint Ambroise, ou de moines) ou zoomorphes (d’ours). Une telle ruche attirait le mal sur elle, tout en protégeant les abeilles et leurs produits."

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Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on apprend que :

"Innombrable, organisée, laborieuse, disciplinée, infatigable, l'abeille ne serait qu'une autre fourmi, comme elle symbole des masses soumises à l'inexorabilité du destin - homme ou dieu - qui l'enchaîne, si, de surcroît, elle n'avait des ailes, un chant, et ne sublimait en miel immortel le fragile parfum des fleurs. Ce qui suffit, à côté du temporel, à conférer une haute portée spirituelle à son symbolisme. Ouvrières de la ruche, cette maison bourdonnante que l'on compare plus naturellement à un joyeux atelier qu'à une sombre usine, les abeilles assurent la pérennité de l'espèce, mais aussi, prises individuellement en tant qu'animatrices de l'univers entre terre et ciel, elles en viennent à symboliser le principe vital, à matérialiser l'âme. C'est ce double aspect - collectif et individuel, temporel et spirituel - qui fait la richesse de leur complexe symbolique, partout où il est attesté. Commentant Proverbes, 6, 8 : Va voir l'abeille et apprends comme elle est laborieuse, saint Clément D'Alexandrie ajoute : Car l'abeille butine sur les fleurs de tout un pré pour n'en former qu'un seul miel (Stromates, 1). Imitez la prudence des abeilles, recommande Théolepte de Philadelphie, et il les cite comme un exemple, dans la vie spirituelle des communautés monastiques.


Pour les Nosaïris, hérésiarques musulmans de Syrie, Ali, lion d'Allah, est le prince des abeilles qui, selon certaines versions, seraient les anges, et, selon d'autres, les croyants : les vrais croyants ressemblent à des abeilles qui se choisissent les meilleures fleurs.

Dans le langage métaphorique des derviches Bektachi, l'abeille représente le derviche, et le miel est la divine réalité (le Hak) qu'il recherche. De même dans certains textes de l'Inde, l'abeille représente l'esprit s’enivrant du pollen de la connaissance.

Personnage de fable pour les Soudanais et les habitants de la boucle du Niger, elle est déjà symbole royale en Chaldée, bien avant que ne la glorifie le Premier Empire français. Ce symbolisme royal ou impérial est solaire, l'ancienne Égypte l'atteste, d'une part en l'associant à la foudre, d'autre part, en disant que l'abeille serait née des larmes, de , le dieu solaire, tombées sur la terre.

Symbole de l'âme, elle est parfois identifiée à Déméter dans la religion grecque, où elle peut figurer l'âme descendue aux enfers ; ou bien, au contraire, elle matérialise l'âme sortant du corps. On la retrouve au Cachemire et au Bengale, et dans de nombreuses traditions indiennes d'Amérique du Sud, ainsi qu'en Asie centrale et en Sibérie. Platon, enfin, affirme que les âmes des hommes sobres se réincarnent sous forme d'abeille.

Figuration de l'âme et du verbe - en hébreu le nom de l'abeille, Dbure , vient de la racine Dbr parole - il est normal que l'abeille remplisse aussi un rôle initiatique et liturgique. A Éleusis et à Éphèse, les prêtresses portent le nom d'abeilles. Virgile a célébré leurs vertus.

On les trouve figurées sur les tombeaux, en tant que signes de survie post-mortuaires. Car l'abeille devient symbole de résurrection. La saison d'hiver - trois mois - durant laquelle elle semble disparaître, car elle ne sort pas de sa ruche, est rapprochée du temps - trois jours - durant lequel le corps du Christ est invisible, après sa mort, avant d'apparaître de nouveau ressuscité.